LE DIAGNOSTIC
1° La pleuropneumonie infectieuse des chevaux sera différenciée par le fait que les symptômes de l'appareil respiratoire sont prédominants, ensuite cuérison radicale par le néosalvarsan.
2° L'influenza des chevaux se caractérise par une fièvre continue tout à fait typique, du reste sa marche est plus rapide.
3° La maladie de Bruxelles affectionne surtout l’appareil respiratoire, l'état de nutrition y est meilleur.
4 Le charbon sera différencié par la recherche de la bactéridie charbonneuse.
5° Dans la piroplasmose, les muqueuses sont toujours d’un teint jaunâtre, ensuite cela se caractérise par l’hémoglobinurie et la présence des bactéridies spécifiques.
6° Pour écarter la suspicion de la morve, il suffira de procéder à la Malléination, de même que pour
7° La tuberculose à l'épreuve de la tuberculination,
8° Les maladies dues à la présence de parasites tels que : Ascarides Oxyures, Gastrophiles, etc., peuvent être écartées après visite des excréments et de l’anus.
9° Le diabète — affection assez rare chez les animaux — est déjà reconnaissable par l’anamnèse.
10° Pour écarter la leucémie, il suffit de procéder à la visite microscopique du sang.
11° Les catarrhes infectieux des voies respiratoires supérieures dans les infections de gourme occasionnent des abcès des ganglions lymphatiques.
12° Pour écarter le rachitisme, il suffit de faire la preuve d'une anémie hypophosphatique.
Le diagnostic est en général difficile. Malgré cela, on doit pouvoir y arriver rapidement en écartant :
1° les fautes de régime ;
2° les maladies spécifiques d’un organe ;
3° l’amaigrissement malgré un bon appétit ;
4° faiblesse de l’arrière-main après quelques mouvements de marche :
5° les troubles mécaniques de la circulation et de la respiration ;
6° des pétéchies sur les muqueuses apparentes ;
7° la présence d’albumine dans l’urine, mais peu de dépôt ;
8° l'absence de germes spécifiques ;
9° la diminution des hématies et de la contenance d’hémoglobine.
Il faut également prendre en considération que des états analogues peuvent se produire après des accouchements laborieux et après un surmenage sérieux.
Dans la forme chronique, il faut, et ceci surtout chez les jeunes animaux, rechercher la présence éventuelle de parasites (visite microscopique des excréments), ensuite il faut absolument se rendre compte si l’on ne se trouve pas en présence d’une anémie hypophosphatique. 11 faut ensuite procéder à des prises de température journalières.
Des températures matinales de 38,9 à 39° C. pour des chevaux qui travaillent régulièrement, et de 38° C. ainsi que des pulsations supérieures à 40° C. pour des animaux au repos sont suspectes, et ceci d'autant plus si ces températures sont accompagnées d’une hypoglobulie et d’une diminution de l’hémoglobine.
2 ON, Le
Etant donné que, malgré tout, le diagnostic clinique reste difficile à établir et que le résultat de l’autopsie, surtout dans les cas chroniques, n’est pas satisfaisant, on a entrepris des recherches plus approfondies pour létablissement du diagnostic clinique :
1° On a eu recours à la vitesse de sédimentation des hématies. Cette expérience n'a donné aucun résultat spécifique.
2° On a essayé le procédé provocateur en appliquant des injections d'Aleurone (1 à 5 grammes) par voie intraveineuse, de Peptone (30 grammes) par voie intraveineuse, de Tuberculine (10 grammes) par voie sous-cutanée, de Malieine (10 grammes) par voie sous-cutanée, de Virus typhoïde ou de choléra (10 grammes) par voie sous-cutanée, de cultures virulentes de rouget de porc, voie intraveineuse, etc. On a également recours à des saignées abondantes (6 à 8 litres) qui doivent, selon quelques auteurs, provoquer en 17 jours une augmentation de température normale. Il est dans ce cas d'autant plus caractéristique pour le diagnostic de typho-anémie, si après une augmentation régénérative momentanée du nombre des hématies et de l’hémoglobine, une diminution précipitée de ces derniers se fait remarquer.
3° Au moyen de la sérologie, en employant l’hémolyse de Saponin, la recherche d’iso et autohémolysines, ensuite par la fixation du complément, la précipitation, enfin par la réaction de Klausner, qui est obtenue en diluant le sérum avec la triple ou quintuple quantité d'eau distillée. Citons encore la réaction de Tagava qui est faite de la façon suivante :
Un sérum inactivé, mais absolument limpide, est chauffé à 57 degrés pendant 30 minutes. Après cela, il est stratifié sur une solution saturée en y ajoutant une solution d’azotate de potasse (0,1 gramme : 1.000 grammes).
Si nous constatons une opacité à l'endroit du contact des deux liquides, ceci est à considérer comme réaction positive. Néanmoins, ces réactions sont reconnues comme non spécifiques par la plupart des auteurs.
Cependant, Oppermann et Lauterbach attribuent une importance capitale à l’hémoagglutination des hématies du lapin par le sérum de chevaux atteints de typho-anémie. Du côté technique, ce travail exige des préparatifs importants par le fait qu’il faut préparer deux sortes de lapins, ce qui demande un nombre assez élevé de ces derniers. Un sérum contenant beaucoup d’agglutinines, agglutine aussi bien les hématies de lapins indemnes que de malades. S'il ne contient que peu d’agglutinine, il n’agglutine que ces derniers. Seule la réaction positive est décisive. Cette théorie est également très discutée.
Depuis quelque temps, Oppermann a remplacé les lapins par des poules. Sur son intervention, le Gouvernement allemand a installé aux frais de l'Etat cinq laboratoires qui sont chargés de procéder à des recherches.
Nous allons citer maintenant d’une façon plus explicite la méthode de diagnostic préconisée par Oppermann.
Ce travail nous est facilité par les essais et les statistiques fournies par Oppermann et Lauterbach. Leurs essais portent surtout sur la possibilité d'établir un diagnostic certain. La base de départ pour ces travaux a été donnée par le fait que le virus de la typho-anémie provoque une formation assez rapide d’agglutinines dans le sang. C’est cette découverte qui a inspiré tous les travaux modernes. Le tout était de savoir quel était l’animal susceptible pour procéder à des essais. Nous avons déjà cité, au chapitre précédent, les capacités de réaction contenues dans le sang du lapin. Primitivement, les essais d'infection opérés sur des lapins échouèrent tous sans
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exception. Depuis ce temps, une soixantaine de collaborateurs ont procédé à des essais sur 3.000 lapins. Les résultats qu’ils ont obtenus sont très intéressants : augmentation de la température normale, inappétance prononcée, poil hérissé, perte de gaieté et de vigueur, infiltration et coloration ictérique des muqueuses et enfin diminution de poids assez sensible.
Il est à remarquer que les lapins gravides et âgés de moins de six mois sont inaptes aux essais. Les lapins doivent être placés isolément dans des cages spéciales et il faut procéder au moins journellement, pendant huit jours, à l’'énumération des hématies à l’aide du microscope. Les animaux qui accusent une oscillation assez sensible sont à supprimer. Après l'infection artificielle, il faut également porter toute son attention au résultat de la visite microscopique du sang. Une diminution rapide et parallèle des gammes d’hémoglobine et érythrocytaire est à considérer comme réaction positive. Si l’on procède, pendant ou immédiatement après la réaction, à l’abatage des lapins, on trouve les symptômes histologiques tout à fait caractéristiques.
On peut procéder à l'infection artificielle des lapins par voie souscutanée ou intraveineuse, ou intramusculaire, ou intrapéritonéale ou percutanée, même l'application buccale ou rectale est possible. La teneur du sang des lapins peut être également modifiée par des injections de glycérine, d'acide pyrogallique, de bacilles paratyphiques, de l'extrait de gastrophiles, ainsi que par le sérum de porcs, de l’eau distillée ou des sérums de chevaux sains. L'application peut être faite en doses assez fortes et répétées.
Nous passerons maintenant des essais pratiqués sur le lapin à ceux qui ont été entrepris sur d’autres espèces. Il est évident que l’on a écarté autant que possible les essais sur des chevaux, étant donné les frais occasionnés par le prix élevé de ces derniers. Après le lapin, on a donc eu recours au pigeon. Cet essai s’imposait du reste par le fait que l'addition d’hématies et d’hémoglobines aux matériels infectieux injectés aux lapins provoquent chez ceux-ci une agglutination spécifique des hématies. Ce fait présentait des inconvénients assez marquants, et ce qui est plus important, il pouvait troubler sérieusement le résultat des expériences. Après de longues recherches, Oppermann établit enfin que le sérum du pigeon offrait toutes les garanties pour un essai de ce genre. À première vue, cet essai semble assez difficile à effectuer, mais dans le laboratoire ce travail ne peut constituer aucun obstacle. Pour obtenir en effet du sérum de pigeon, il faut percer à l’aide d’une canule la partie gauche du thorax et perforer jusqu’au cœur du pigeon. Sur cette canule, on fixe ensuite une seringue de Pravaz et on retire à peu près 4 centimètres cubes de sang. Les pigeons supportent cette opération d’une façon assez étonnante. L’essai même de l’hémoagglutination se pratique de la même façon que chez les autres animaux. Néanmoins, il se présente un petit obstacle. Le sang des pigeons contenant beaucoup de globulines, il faut éliminer ces éléments albumineux avant de procéder à la réaction. Cette élimination est obtenue par une solution d’acide chlorhydrique. Les pigeons soumis à ces essais sont visités préalablement. Il s’agit surtout de savoir si leur sang ne contient pas déjà une valeur agglutinante de 1: 40. A cette solution nous ajoutons encore une de 1 : 100. Si la réaction est positive pour la solution 1 : 40, le pigeon sera exclu de tout essai, même si la solution de 1 : 100 ne provoque aucune hémoagglutination.
Une autre difficulté était provoquée par le fait que l’on ignorait le jour où la présence de l’hémoagglutination était apprécciable. Les ponctions trop fréquentes ne semblant pas être sans danger pour le pigeon, il fallait
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donc guider les recherches sur ce point délicat. Ceci fut atteint, car la plupart des examens révélèrent la présence du phénomène de l'agglutination à partir du neuvième jour après l'infection. Dans quelques cas très rares, la formation des anticorps remontait à un deux jours plus tard. L'examen du sang se fait donc le neuvième jour. Au cas où le résultat est positif, l'essai est terminé, par contre un résultat négatif implique une nouvelle visite le onzième jour après l'infection.
Etant donné que la formation des agglutinines pouvait être occasionnée par le seul fait de l'injection d’albumine hétérologue, il fallait procéder à des essais excluant cette possibilité. A ce sujet, les auteurs procédèrent à l'injection de sang normal de chevaux, de bovins et, en fin de compte, de tuberculine. Tous ces essais ne purent provoquer aucun cas d’agglutination. Il est donc à peu près certain que le sang du pigeon ne forme aucun anticorps provoqué par l'injection d’albumine d'une autre espèce.
Les essais portèrent ensuite sur le pourcentage de pigeons réceptifs à l'infection. Le résultat acquis est que seuls 15 % des animaux infectés artificiellement n'ont pas réagi par une hémoagglutination spécifique. Entin, Oppermann et Lauterbach ont étudié la question à quoi attribuer le fait que des pigeons, avant d’être infectés artificiellement, réagissaient positivement à l'essai de Phémoagglutination. Des transfusions de sang de ces animaux sur des lapins provoquèrent le phénomène spécifique. Etant donné que le sérum normal du pigeon ne provoque pas d’agglutination chez le lapin, il est à présumer que ces animaux ont dû contracter l'infection par l'absorption de matériel infectieux qui se trouve en abondance sur les fumiers de ferme où sévit la typho-anémie.
Nous avons déjà dit que les mêmes auteurs avaient procédé à des essais d'infection artificielle sur des poules. Dans ces premiers essais, on put constater que le sérum des poules réagissait assez vivement à linjection du virus anémique. En effet, le nombre des hématies diminuait d’une façon assez rapide, tandis que la transfusion de sang normal ne provoquait aucune réaction. Par contre, les auteurs avaient omis de procéder à des recherches d’altérations spécifiques dans les organes, surtout du foie. Dans un nouveau travail, cette lacune est comblée, car Oppermann et Lauterbach ont trouvé dans le foie les cellules chargées de pigmentation ferrugineuse, telles que nous les trouvons dans le foie du cheval atteint de typho-anémie. Afin de contrôler ces constatations, les auteurs firent acheter des poules dans différentes régions et procédèrent à leur visite après les avoir abattues. Le foie normal ne contenait jamais ces cellules spécifiques. Pour être complètement rassurés à ce sujet, Oppermann et Lauterbach procédèrent ensuite sur toutes les poules soumises aux essais à lextirpation d’une petite partie du foie, qui fut soumise à un examen histologique. Afin de pouvoir constater que le foie de ces animaux ne contenait aucun dépôt de pigmentation ferrugineuse par suite de l’extirpation d’une partie du foie, cinq poules furent abattues sept jours après l'opération. Aucune altération n'étant constatée, on peut admettre que l'opération sus-indiquée se pratique sans danger pour l'animal. A titre d'essai, plusieurs poules reçurent par voie intramusculaire 3 centimètres cubes de sérum normal du cheval. Abattues après 4, respectivement 7 jours plus tard, aucune altération du foie ne fut constatée. D’autres furent abattues après 9 jours, et là également sans résultat spécifique. IT est donc hors de doute que le sérum normal du cheval ne provoque aucune altération sur le foie de la poule. Ce point étant acquis, les essais d'infection purent commencer. Toute une série de poules furent infectées par 3 centi-
mètres cubes de sérum provenant de chevaux atteints de typho-anémie. Une partie fut abattue après 3 jours, d’autres entre le 4° et le 10° jour après l'infection. Le résultat fut surprenant, car à quelques unités près, toutes les poules montrèrent les cellules caractéristiques dans le foie. Les résultats sont surtout nets si l’on exclut de l'essai les jeunes animaux. A la suite de ces essais, Oppermann et Lauterbach concluent que l'infection artificielle des poules par le virus de chevaux atteints de typho-anémie aiguë ou chronique, ou même par des porteurs de germes, provoquent des altérations caractéristiques du foie sous forme de dépôts de cellules chargées de pigmentation ferrugineuse. Ces altérations sont surtout appréciables si les animaux sont abattus entre le 5° et le 7° jour après l'infection. Ces résultats furent acquis après infection intramusculaire. À titre d’essai, d’autres poules furent infectées par voie intracutanée. Dans ce cas, les altérations spécifiques ne firent leur apparition que vers le 9° jour.
D’autres essais par voie buccale n’ont pas donné les mêmes résultats, car le pourcentage d'infection est inférieur à celui obtenu par les autres modes d'application du virus.
Pour terminer les essais, les auteurs tentèrent de provoquer une infection naturelle, en obligeant les poules à ramasser les grains disséminés dans du fumier provenant de chevaux atteints de typho-anémie. Sur 12 animaux, 7 contractèrent de cette façon les altérations spécifiques du foie. Il résulte de ces derniers essais que les infections sont plus nombreuses si les animaux sont obligés de ramasser leur fourrage dans un milieu infecté. Oppermann et Lauterbach arrivent aux conclusions suivantes :
1° Les poules réagissent à l’inoculation du virus de la typho-anémie du cheval par des altérations histologiques du foie. Ces altérations se manifestent par des dépôts de cellules chargées de pigmentation ferrugineuse. L'application intramusculaire est préférable à toute autre (intracutanée ou buccale).
2° Les poules infectées ne montrent aucun symptôme clinique.
3° En raison de la résistance variable des poules et des oscillations du virus, l'examen histologique du foie se fait avantageusement le 7° jour après l'infection.
4° Les sujets trop jeunes sont à exclure des essais.
5° Avant de procéder à un essai quelconque, il faut faire l’extirpation d’une partie du foie et l’examiner histologiquement, car ce procédé est seul exempt d'erreur diagnostique.
6° Chaque poule doit être isolée dans une cage aussitôt l’extirpation faite et doit y être conservée jusqu’après l’inoculation.
7° L’extirpation d’une partie du foie ne provoque aucune altération histologique de cet organe, pas plus du reste que l'application d’un sérum normal du cheval.
8° Les altérations spécifiques du foie n’ont pas été trouvées sur des sujets péris de tuberculose ou de choléra aviaire.
9° L’infection spontanée des poules est possible dans des étables infectées de typho-anémie.
Une autre question se pose encore. Il s'agissait de savoir si l'extrait du foie ou de la rate de chevaux péris de typho-anémie pouvait provoquer les altérations spécifiques. Les mêmes auteurs ont résolu cette question affirmativement. Ils ont constaté que l'extrait du foie et de la rate provenant
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de chevaux reconnus malades et dont le foie était atteint des altérations caractéristiques, était aussi pathogène que le sang. A titre de contrôle, ils ont également inoculé du sérum de porcs atteints du virus de la peste porcine à des poules. Ni l’albumine hétorologue, ni le virus de la peste porcine n’ont causé une altération quelconque du foie des poules.
Dans un dernier essai, Oppermann et Lauterbach ont tenté de savoir quand les altérations spécifiques disparaissent chez des poules atteintes d’une infection spontanée. Ils ont constaté que ces altérations n’ont pas diminué dans un laps de neuf semaines.
Si nous ajoutons ces nouvelles méthodes pour l'établissement du diagnostic aux anciennes déjà mieux connues (hémoagglutination et réaction du complément lipoïde), nous devons avouer que la possibilité nous est donnée de faire établir un diagnostic ferme à l’aide du laboratoire.
THERAPIE
On a essayé jusque maintenant un nombre incalculable de médicaments. Les préparations d’arsenic ont provoqué des améliorations temporaires et, d'un autre côté, on attribue des cas de guérison à des préparations de bismuth. Une controverse très nourrie a été menée sur les succès soidisant acquis à l’aide de l’autohémothérapie, de même que les guérisons dues au sang normal de cheval ainsi qu'au sérum. Un remède spécifique n'existe pas à l’heure actuelle, pas plus qu’une vaccination préventive.