‹ A propos du Canada français; une poignée de véritésChapitre 4 sur 18 · TABLEAU DE L'HISTOIRE DU CANADA · texte numérisé non relu

TABLEAU DE L'HISTOIRE DU CANADA

Je n'entrerai pas dans les détails de l'histoire Canadienne. On les trouvera ailleurs. Mais je crois utile d'en donner ici les grandes lignes. Gabriel Hanotaux a dit: "Jamais les Français n'étudieront assez l'histoire du Canada". J'ajoute que c'est une des plus courtes et des plus belles de toutes : c'est une suite d'actions d'éclat.

1492, — Découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.

1534, — Premier voyage de Jacques Cartier au Canada.

nadiens-f rançais ? C'est ce qui a été fait dans toute TAmérique pour les Peaux-Rouges, les Iroquois, les Abénaquis, etc. . . Cette réserve canadienne-française serait la province de Québec.

Les promoteurs de cet étrange projet ont oublié que c'est Jacques Cartier qui a découvert le Canada, que ce sont les Français qui l'ont rendu habitable, qui l'ont fait prospérer, qui l'ont enrichi au prix de mille souffrances. Ils ont oublié que "légalement", de par la Constitution, un Canadien-Français est partout chez lui dans le Canada.

Voici à ce sujet une réflexion d'un journaliste de Montréal, un des meilleurs écrivains de notre langue : Gmer Héroux. Quand fut crée le timbre d'épargne de guerre, l'impression, nous l'avons dit, en fut faite en anglais seulement. Les Canadiens-français réclamèrent (comme toujours!) Alors, à Ottawa, siège du gouvernement, on fit annoncer que ces timbres seraient imprimés en français, mais pour la province de Québec seulement. C'était un acheminement vers la consécration du principe de la "Réserve", le principe qui veut qu'on reconnaisse aux Canadiens-Français du Québec des privilèges dont l'exercice s'arrêtera à la rivière Ottawa, frontière de la province. Et l'auteur ajoute:

"Ces petits carrés de papier, qui circulent par mil- "lions au pays et à l'étranger, parlent et prêchent tout le

"temps. A ceux du pays et de l'extérieur, ils diraient, s'ils "étaient bilingues : Au Canada, deux grandes races se sont "associées pour fonder un pays. Fier es et justes, elles té- "moignent à leurs idiomes traditionnels un égal respect. . . "Que voulez- vous que disent les timbres actuels, sinon ceci : "Au Canada, le français n'a pas les mêmes droits que Van- "glais ou, s'U les possède, on n'a pas le courage d'en exiger "le respect, . . Croyez- vous, pour prendre un exemple con- "cret dont chacun peut apporter l'équivalent, que, si les "timbres canadiens étaient bilingues, nous aurions reçu de "maisons, de sociétés françaises des lettres en anglais? que "ce matin même une revue belge nous écrirait pareillement "en anglais?

"Nous — et la formule enveloppe tous ceux qui com- "battent pour la même cause — réclamons du bilinguisme "partout où nous avons le droit d'en avoir; tant que, par- "tout, on ne nous aura pas donné justice, nous continuerons "de réclamer.

"Si l'on objecte que la pente est longue à remonter "et que nous tomberons peut-être avant d'avoir atteint le "sommet, nous répondrons simplement qu'une génération "grandit dont la nette volonté et la vigoureuse jeunesse "s'attelleront tout de suite à la besogne. . ."

Quelle noble fierté dans ce langage et quelle patience

Sd

ne faut-il pas à nos Canadiens-français pour lutter ainsi sans repos ni trêve depuis tant de temps!

La race entière semble vouée à la réclamation perpétuelle.

Ces réclamations ne vont pas sans amener parfois des incidents amusants: un jour, un groupe de joyeux étudiants, voyage en chemin de fer. Le contrôleur, majestuueux, imposant, vient leur demander leurs billets en anglais. Dans la province de Québec, plus que dans toute autre, on a le droit d'exiger du français. Nos étudiants feignent de ne pas comprendre. L'homme à casquette galonnée, insiste : "tickets, please." Mutisme général des étudiants. On en vient aux propos aigres-doux en anglais, puis aux insultes et l'affaire se termine devant le poîiceman. Enquêtes, réclamations, promesses de la Compagnie; elle emploiera à l'avenir un personnel bilingue. Cette promesse est exécutée, tenue pendant un mois, puis tout recommence.

Venant de New- York pour rentrer au Canada je recevais dernièrement, dans mon wagon la visite des agents de l'émigration. Ils me remirent une petite feuille remplie de questions auxquelles je devais répondre par écrit. Mais toutes ces questions étaient formulées en anglais : i) m'était impossible de répondre puisque je ne comprends pas cette

langue. Je pensais en moi-même, comme tout autre aurait pensé à ma place : il ne semble pas que le Canada soit un pays bilingue !

Il fallait pourtant écrire mes réponses : les agents de rémigration allaient revenir. Je me fis traduire les questions anglaises par un voyageur complaisant et j'écrivis mes réponses en français. Puis, je remis le tout aux agents. Que se passa-t-il? que complotèrent ces dignes fonctionnaires? Je l'ignore, mais ils durent me prendre pour un Canadien-français entêté, réclameur. Le châtiment ne se fit pas attendre ! Ils revinrent, à trois cette fois avec un douanier qu'ils avaient prévenu. Avisant un pardessus que j'avais acheté à New-York^ et que j'avais porté quelques jours, ils m'affirmèrent que ce pardessus était tout neuf et que j'avais à payer les droits de douane, soit 12 piastres. Il fallut s'exécuter: c'est ce que je fis, mais sans sourire, comme bien l'on pense.

LA LUTTE (Suite)

Page 1