DISCOURS PRONONCÉ PAR M. L’'ABBÉ MICHAUD
à la réunion plénière des actionnaires du Comptoir tenue à Québec, le € septembre 1916.
Le Comptoir Coopératif a pour but « de travailler au progrès religieux, intellectuel, social et économique de ses membres en prenant à cœur leurs intérêts maté.
riels ». Les nombreuses associations agricoles disséminées en tous les endroits de la Province, mais faibles parce qu'elles sont isolées, et les autres semblables qu'il veut continuer à établir, le Co-uptoir a l’ambition de les réunir toutes en une puissaute fédération qui sera forte par le nombre et le concours de ses membres, qui commandera l'attention publique, l’estime et le respect même, et qui pourra produire des bienfaits de plus en plus nombreux et durables.
Le but si noble poursuivi par le Comp- ‘toir Coopératif ne saurait laisser indifférents ceux qui s'intéressent au progrès : agricole, au bien-être des populations agri-
cooles, je dirai même à l'avenir de notre
Province. Se peut-il qu'il rencontre des obstacles suscités par l'hostilité, ou par l'indifférence ou par la méfiance ? Ces obstacles peuvent venir de ce que le but de l’œuvre n'est pas suffisamment connu et compris. En tout cas, les intérêts à soutenir sont de trop haute valeur pour qu'ils souffrent de la concurrence des intérots secondaires,
Il devrait suffire, nous semble-t-il, d' inviter les agriculteurs à devenir membres des associations coopératives agricoles pour remplir immédiatement les cadres de ces assbciations. Il n’en est pas ainsi, loin de là. La mentalité est à créer sur ce sujet. Aussi beaucoup de sociétés déjà existantes n’ont pu praduire des bienfaits signalés ni aussi précieux, ni aussi nobreux que ceux qui sont l'objet de l’ambition du Comptoir Cooptratif. Exclusivement paroissiales, la plupart ne pouvaient commander la confiance populaire à un haut degré, ni exercer un prestige très grand. D’autres qui pouvaient avoir un champ d'opération plus étendu avaient un but trop restreint, ou elles ont manqué d'orientation, ou encore les hommes qui auraient pu tirer plus efficacement parti
de ces associations pour le bien dé la communauté manquaient.
Présentement les cultivateurs font de la coopération. Les prix rémunérateurs du beurre et du fromage sont déjà depuis longtemps les résultats heureux de la coopération. Personne n'ignore le bien apporté en ces dernières années par la Société Coopérative Agricole des Fromagers de Québec. Les Cercles agricoles font aussi de la Coopération quand ils groupent les achats de leurs membres qui demandent des grains de semences ou des graines fourragères, mais on ne va pas plus loin.
Quelle distance y a-t-il entre la Coopération ainsi pratiquée par les Cercles agricoles et le programme si beau et si vaste du Comptoir Coopératif ? Distance immense, direz-vous. Sans parler de la partie éducative de ce programme, qui ne voit que les achats de 25, de 50, de 100 cercles agricoles pourraient être faits à des conditions beaucoup plus avantageuses encore par l'entremise du Comptoir Coopératif qui grouperait tous ces achats et qui agirait ainsi envers les Cercles agricoles comme ceux-ci agissent envers leurs membres ? Il est tout à fait
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hors de doute que les grains de semences, les aliments pour le bétail, les graines fourragères, les engrais chimiques, les machines agricoles, le fil pour clôture pourraient être délivrés aux membres des cercles agricoles ou des autres sociétés coopératives affiliées au Comptoir Coopératif à des prix plus faciles.
Je crois l’occasion favorable pour signaler ici ce que je puis appeler une branche de la partie éducative du programme du Comptoir Coopératif. La science agricole a progressé depuis quelques années. La chimie agricole a révélé l'utilité des engrais chimiques pour la culture à grands rendements. L'acheteur ne doit pas être trompé sur la valeur, ou si l’on veut sur le titre des matières fertilisantes qui lui sont offertes par le commerce. Il faut qu'il sache ce qu'il emploie comme fertilisants. Un contrôle exact s'impose donc, comme il faut d’ailleurs une inspection rigoureuse pour les grains de semence et les graines des plantes fourragères afin de ne recommander que des semences de toute première qualité et afin de cesser d'importer dans Ia Province des graines de plantes nuisibles.
En outre ces matières fertilisantes, appelées ordinairement engrais chimiques, doivent être utilisées judicieusement suivant la nature du sol et suivant la culture qu'on y fera. Or ce contrôle nécessaire sera plus sûrement exercé par le Comptoir Coopératif en faveur de ses membres, et les méthodes rationnelles qu'il importe de suivre dans l’utilisation des engrais du commerce seront plus facilement et plus rapidement vulgarisées par l'association coopérative, surtout si elle est rattachée au Comptoir Coopératif. Que les cultivateurs aient un besoin absolu de ces renseignements, c’est admis.
M. Nagant, dont la science et la compétence en matière agricole sont connues et justement appréciées, cite à ce sujet les paroles d’un agronome français : «Si par un emploi raisonné des engrais l’agriculteur intelligent peut obtenir d’heureux résultats, l’agriculteur ignorant s’exposera souvent à faire en pure perte des sacrifices d'argent et de coûteuses écoles. II faut qu'il soit éclairé non seulement sur la composition des engrais, mais encore sur la. constitution du sol et les exigences de la plante, afin de fournir les éléments qui
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manquent. Ceux qu'il ajouterait sans nécessité peuvent être regardés comme occasionnant une perte sèche, de même que ceux qu'il appliquerait sans satisfaire les autres exigences de la plante.»
Après un tel témoignage, ne sommesnous pas amenés à dire, messieurs, que les cultivateurs qui acceptent dans les conditions actuelles les engrais que le commerce leur offre sont exposés à ne pas recevoir ou du vendeur ou de leur terre la valeur de l’argent qu'ils payent ?
Ici, messieurs, mes paroles ont pour but de signaler aux cultivateurs l’avantage qu'il y a pour eux d'appartenir à une association qui, parmi les articles de son Programme, a celui d’instruire et d’éclairer ses membres. Elles ne sont pas un plaidoyer en faveur de l'emploi exclusif des engrais chimiques. S’il est nécessaire que le cultivateur soit renseigné sur la valeur et sur les méthodes à suivre dans leur emploi, il est plus nécessaire encore qu'il soit plus attentif et plus soigneux à propos des engrais de sa ferme. Qu'ils ne sont pas rares les cultivateurs qui, leurs engrais de ferme n’ayant pas le soin voulu
ou n'étant pas employés assez judicieuse-
ment, perdent de ce chef annuellement une somme considérable ! Plusieurs seraient étonnés s'ils en connaissaient le montant.
Bien grande serait l'amélioration apportée par le mi-istère de l’Agriculture ou par l’associai:or qui convaincrait les cultivateurs de la Province que leur intéret exige impérieusement qu’ils donnent à leurs engrais de ferme un soin égal à celui que donne le cultivateur français ou le cultivateur belge ; notre agriculture serait régénérée en peu d’années. Espérons que ce sera là un des bienfaits du Comptoir Coopératif et que ses membres, hommes de progrès, enseigneront cette amél: - ation par la parole et par l’exemple.
Je viens de nommer messieurs les cultivateurs français et les cultivateurs belges.
Personne n’ignore dans quel état florissant et enviable était l’agriculture en ces pays tout récemment encore, comme d’ailleurs au Danemark et en Allemagne, et qu’on y a obtenu, en ces dernières années, et même depuis assez longtemps, des récoltes égales à celles que donnent nos meilleures terres, nos terres de l’Ouest par exemple, et qui font notre admiration.
Dira-t-on que cette grande prospérité de l’agriculture en ces pays est due surtout à la fertilité inépuisable d'un sol exploité depuis peu de temps, et qui aurait conservé sa vitalité et son énergie première ? Assurément non. Là l’agriculture a été rendue prospère par l’association, par les sociétés coopératives qui ont vulgarisé la science agricole, qui ont permis d'utiliser les découvertes de la science, qui ont mis à la portée des cultivateurs les engrais et les machines agricoles et qui leur ont fait obtenir du crédit. Et un économiste belge, M. Helleputte, pouvait dire déjà en 1903 : « Si les principes de la science agronomique ont été vulgarisés dans les pays, si les cultivateurs disposent à présent, à un prix raisonnable, d'engrais et de matières alimentaires pour le bétail non frelatées, s'ils ont le moyen d'obtenir facilement l’argent qui leur a fait défaut, si leurs habitations, leurs meubles, leurs animaux peuvent être assurés à des conditions avantageuses, s'ils ont obtenu de la législation maintes satisfactions, s'ils sont devenus puissants, c’est à l’association qu’ils le doivent.» En Belgique, l’association agricole,ce n’est pas
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