‹ A propos du comptoir coopératif [microforme]Chapitre 6 sur 6 · CR · texte numérisé non relu

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alors disparattront à jamais les derniers vestiges de ce funeste préjugé qui a si longtemps retardé le progrès agricole, préjugé allant à faire croire que la science agricole n’est pas nécessaire au cultivateur. Pour combattre ce préjugé, qui pour tant est moins enraciné qu’autrefois dans l'opinion, mais contre lequel il faut lutter jusqu’à sa complète extinction, comme il le faudrait contre les plantes vénéneuses qui infesteraient nos champs, j'emprunte les paroles d'un des orateurs du premier congrès des cercles agricoles tenu à Trois-Rivières en 1887, à savoir que la science agricole est une science très étendue qui utilise les travaux et les découvertes des autres sciences : la physique, la chimie, la botanique, la minéralogie, la médecine, etc.

« Le cultivateur, disait-il, s’il voulait cultiver comme il faut, devrait savoir presque toutes ces sciences. La vie de chaque plante comme celle des animaux a son alimentation propre ainsi que ses traitements, ses maladies. Le cultivateur en est le nourricier et le médecin. S'il ne sait pas son métier, il fera comme le charlatan qui s’exposerait à soigner ses mala-

des à l’arsenic. Les procédés empiriques en agriculture sont plus ruineux que dans l'alimentation des hommes, car les hommes savent se plaindre et indiquer la source du mal, tandis que les plantes et les animaux souffrent et meurent sans indiquer la source du mal ; seul le cultivateur instruit la devine et la corrige. »

(R. P. Herbreteau, S. J.).

Ce que je dis, messieurs, de la scienoe agricole et de l'intéret que lui portera nécessairement le Comptoir Coopératif est pour faire ressortir, si possible, que l'association, à commencer par l’association paroissiale, rendra plus facile la diffusion des connaissances que doit posséder l’agriculteur, — ne serait-ce qu'en secondant les efforts de nos ministres de l’agriculture, — et donnera aux membres du Comptoir les plus actifs et les plus dévoués plus d' influence et plus d'emprise pour combattre autour d'eux l’indifférence ou l'inertie et pour exercer leur esprit d’apostolat.

C'est l'esprit d’apostolat en effet, messieurs, qui a présidé à la fondation, à la mise en œuvre du Comptoir Coopératif et qui le soutient, comme c’est le même

esprit d'apostolat qui a fait de la Ligue des paysans la plus belle œuvre sociale de la Belgique.

Avant l'établissement des sociétés coo- Pératives réunies ensuite à la Ligue des paysans, l’agriculture était en détresse en Belgique. Mais nous savons que, sinon aujourd'hui, au moins tout récemment, l’agriculture était là dans un degré de prospérité des plus enviables. Cette Ligue des paysans poursuit un triple but :

la défense ou le soutien des intérêts moraux et matériels des cultivateurs ; le perfectionnement de la législation agricole et l’organisation coopérative de l’agriculture. Elle encourage la formation des associations coopératives paroissiales qu'elle groupe autour d'elle, et d'où rayonnent des formes coopératives multiples: sections d’achat et de vente collective des produits, caisses rurales, laiteries coopératives, sociétés d' assurance mutuelles, toutes choses susceptibles d’améliorer la condition des cultivateurs.

Je mentionne les assurances du bétail contre la mortalité et des récoltes contre la grêle. Quand à l'assurance contre l'incendie, la Ligue, grâce à des contrats

conclus avec une compagnie anglaise (Norwich Union), accorde à ses membres une diminution de 30 à 40%, sur le tarif ordinaire des primes.

Les causes qui ont occasionné le mouvement coopératif en Belgique sont les mêmes que celles qu’on rencontre en tous les pays. L'évolution scientifique et industrielle de l’agriculture moderne, en recommandant l'emploi des engrais chimiques et la substitution des machines à la main-d'œuvre, amenait une transformation qui exigeaitun capital dont ne pouvait disposer chaque cultivateur pris isolément. Il semblait urgent aussi de supprimer les intermédiaires dans le commerce des produits, parce que les gains qu'ils réalisaient étaient une perte pour les agriculteurs. Ainsi non seulement les cultivateurs bénéficient de ce qui constituait le gain des intermédiaires, mais ils arrivent encore à obtenir, grâce aux achats faits en masse, des prix bien plus acceptables. En dehors de ces causes d'ordre général, il faut en mentionner d’autres d’un ordre plus spécial. Mentionnons surtout l’action des pouvoirs publics qui a contribué à l'efflorescence des Associations agricoles.

L'action gouvernementale s’est déployée plus particulièrement sous les trois formes suivantes : l’enseignement agricole sous différentes formes et à des degrés divers; la propagande en vue de la création des associations rurales, le concours direct par voie de subsides aux associations. (Étude Monographiques publiées par l'Institut international d' Agriculture, ler volume, pages 108 et 109).

Les associations adhérentes à la Ligue des paysans de Belgique, Bœrenbond.

étaient au nombre de 599 en 1913 avec un total de 587680 sociétaires. Ceux-ci n'étaient que 21,812 en 1903. L'augmentation de 31,877 sociétaires en dix ans prouve la valeur de cette fédération, le bien qu'elle a produit et la confiance qu'elle a méritée.

En 1897 il y avait en Belgique 159 caisses rurales. II y en avait 762 en 1913 dont 378 étaient affiliées à la caisse Centrale de la Ligue. En 1897 les dépôts des caisses locales à la Caisse Centrale étaient 37,485 francs, en 1913 15,517,251 francs.

En 1897 les dépôts des particuliers à la Caisse Centrale étaient 28,000 francs, en 1913 593,119 francs. Depuis 1904 la

Caisse Centrale a ouvert une section pour le crédit foncier aux cultivateurs. Le plus grand nombre des prêts ont été accordés pour acheter et construire des maisons et pour acheter des terrains.

Pour les opérations d'achat de la Ligue en faveur de ses membres, je mentionne seulement qu'en 1898, elle achetait des engrais pour 657,889 francs et des aliments pour le bétail au montant de 857,583 ; en 1913 les achats d'engrais ont été de 2,403,838 francs, et ceux des aliments pour le bétail de 7,880, 08 1 francs.

Vous saves, messieurs, qu'il n'y a pas aue la Belgique dont on puisse louer l’organisation agricole et les institutions de crédit agricole. De nombreuses associations semblables existent dans tous les autres pays d'Europe. On a pu remarquer à la date du 27 juillet dernier un article du journal Le Devoir qui méritait d’être remarqué et dû à M. Jean Dumont, qui étudiait le secret de la force de l’Allemagne. Le secret de la puissance allemande, disait-il, vient de l’organisation économique de l'Allemagne, et il ajoutait :

c'est surtout son organisation agricole qui est merveilleuse,

S'il est un peuple qui, comme la Belgique et plus encore peut-être, a été rendu heureux et prospère par le système coopératif, c'est le peuple danois qu'on proclame le meilleur cultivateur du monde. Je cite ici un extrait de ce qui a été publié à ce sujet il y a quelques mois par l’hon. ministre de l’Agriculture d'Ottawa. Au milieu du siècle dernier le Danemark était en proie au plus grand découragement. Son sol s’appauvrissait et l'Allemagne venait de faire main-basse sur une de ses provinces. Peu de pays se sont trouvés en face d'une perspective aussi désolante. Jusque là les Danois n'avaient cultivé que le grain qu'ils ne pouvaient plus vendre avantageusement à cause de la concurrence de la Russie et des États-Unis.

Le Danemark échappa à la ruine grâce à une révolution complète dans ses méthodes, effectuée au moyen de l'enseignement et par l’application du système coopératif à la fabrication et à la vente des produits agricoles, au lieu de l'effort individuel.

Grâce à l'établissement de sociétés de crédit et grâce à l’aide de l’État, on a trouvé des capitaux, non seulement pour

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l'achat de petites propriétés mais aussi pour l’amélioration des fermes. L'exode de la campagne vers les villes a pu être arrêté, ce que peu de pays ont réussi à faire. Le Danemark est un État agricole, avec un parlement de cultivateurs, un ministère de cultivateurs et une politique agricole. La terre est loin d’être riche, le climat n’est pas des meilleurs et les hivers sont longs, mais les Danois sont les meilleurs cultivateurs du monde.

Ils sont instruits, vivent bien, contrôlent la politique de leur pays et consacrent beaucoup de temps aux entreprises coopératives. La richesse qui est très également répartie, est peut-être plus grande par tête de la population que dans tout autre pays.

Presque tous les cultivateurs sont membres de l’une ou l’autre des sociétés coopératives.

Verrons-nous, messieurs, dans notre Province de Québec une prospérité aussi grande, des populations agricoles aussi heureuses, jouissant d' autant d'estime et de respect et aussi attachées au sol que le peuple danois et naguère encore que le peuple belge ? Quel prestige notre Pro-

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vince pourrait exercer ! Quelle force serait la sienne! Ce but si noble et si élevé mérite bien de tenter les efforts des cœurs généreux et c’est bien l’ambition des directeurs et des membres dévoués du Comptoir Coopératif, Pour atteindre ce but il faudra faire la mentalité publique en faveur du système coopératif et aussi surtout refaire la mentalité, l'opinion publique au sujet de la valeur, de la dignité et de la noblesse de la profession agricole.

Suis-je dans l’erreur, messieurs, mais il me semble que le travail sera plus ardu et les résultats plus longtemps attendus et plus difficiles à réaliser. Dans les pays d'Europe, pour ne citer que la France, la Belgique, le Danemark et l’Allemagne, d'anciennes traditions rendaient plus facile l'établissement des sociétés coopératives, et là on est attaché au sol par tradition. Ils sont nombreux ceux qui ne possèdent que quelques arpents de terre, mais Péducation familiale et traditionnelle a gravé dans leurs cœurs l’amour de la terre et la conviction que rien ne vaut autant que la propriété du sol comme gage de liberté et d'indépendance ainsi que de tranquillité et de stabilité.

Chez nous en est-il ainsi ? Combien de causes ont contribué à déformer l’opinion depuis 20, depuis 30 ans et au-deià.

Elles sont trop nombreuses. Mais pour n'avoir pas assez enseigné ni pratiqué le respect du travail de la terre et l’amour du sol, pour avoir perdu de vue la noblesse des fonctions de l’agriculture, nous en sommes réduits à prêcher dans une provice essentiellement agricole comme la nôtre, sur un sol fertile comme le nôtre et jeune comme le nôtre, le retour à la

Messieurs, si le Comptoir Coopératif parvient, comme il le désire, à rendre à la profession agricole la place d’honneur à laquelle elle a droit dans l'opinion, s’il attache au sol les populations agricoles, d’autres bienfaits suivront nécessairement et nous aussi nous pourrons dire qu'il est peut-être la plus bienfaisante de nos œuvres sociales.

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