NINO.X
J'y pense, dis-moi donc, si c'était un amant!
NINETTE
S'il allait revenir! — Il faut que tu me caches.
NINON
C'est peut-être papa qui veut te faire peur.
Dans tous les cas, Ninette, il faut qu'on te ramène.
Holà! Flora, Flora! reconduisez ma sœur.
Flora paraît sur la porte.
Adieu, va, ferme bien ta porte.
NINETTE
Et toi la tienne.
Elles s'embrassent. Ninotte sort avec Flora.
NINON, soiile, mettant son verrou.
Des éperons d'argent, un manteau de velours! Une chaîne! un baiser! — c'est extraordinaire.
Elle se décoiffe.
Je suis mal en bandeaux; mes cheveux sont trop courts. Bah ! j'avais deviné ! — C'est sans doute mon père. Ninette est si poltronne! — Il l'aura vu passer. C'est tout simple, sa fille, il peut bien l'embrasser. Mes bracelets vont bien.
Elle les dôlache.
Ah! demain, quand j'y pense, Ce jeune homme étranger qui va venir dîner! C'est un mari, je crois, que l'on veut nous donner. Quelle drôle de chose! Ah! j'en ai peur d'avance. Quelle robe metlrai-je?
Ellç se couche.
Une robe d'été?
Non, d'hiver : cela donne un air plus convenable. Non, d'été : c'est plus jeune et c'est moins apprêté. On le mettra sans doute entre nous deux à table. Ma sœur lui plaira mieux. — Bah! nous verrons toujours. — Des éperons d'argent! — un manteau de velours! Mon Dieu! comme il lait chaud pour une nuit d'automne! Il faut dormir, pourtant. — N'entends-je pas du bruit? C'est Flora qui revient; — non, non, ce n'est personne. Tra la, tra deri da. — Qu'on est bien dans son lit! Ma tante était bien laide avec ses vieux panaches, Hier soir à souper. — Comme mon bras est blanc! Tra deri da. — Mes yeux se ferment. — Des moustaches... Il la prend, il l'embrasse et se sauve en courant.
Elle s'assoupit. — Oa entend par la fenêtre le bruit d'une guitare et une voix.
— Ninon, Ninon, que fais-tu de la vie? L'heure s'enfuit, le jour succède au jour.