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Scribitur ad probandum et non ad narrandum.
Les érudits montrent une louable émulation à rassembler les matériaux de notre histoire contemporaine, dont tous les points obscurs ont été éclaircis. Il est temps de profiter du labeur des savants : Écrire pour raconter et non pour prouver est une œuvre vaine au point de vue supérieur de renseignement des hommes, et si Thistorien, à force d'impersonnalité, arrivait à être fidèle à son programme, il n'aurait enfanté qu'un dictionnaire.
Nous nous proposons donc, non p conter les faits et Restes des Parlement. ^ ioio, de 1830, de 1848 et de 1870, que tout le mondeconnaît, mais de tirer de leurs actes les conclusions qui s'imposent à tout esprit impartial.
La moralité qui découle de cet écrit peut être d'ailleurs profitable à la monarchie et à la République, et s'applique tout aussi bien à la France qu'à tout autre pays. C'est une thèse qui s'adresse plus particulièrement aux conducteurs de peuples, aux hommes que la Providence a placés à la tête des nations, sous quelque titre qu'ils exercent leurs difficiles fonctions; ils apprendront par l'expérience que nous avons chèrement acquise et, s'ils ne le savent déjà, que, depuis l'origine des sociétés humaines, il n'a existé que deux manières de les#gouverner :
Soit en mettant à leur tête un homme pris dans une môme famille et plus ou moins contrôlé dans sa gestion, soit en se confiant à une aristocratie privilégiée.
Trouver un troisième mode de gouvernement est une prétention vaine : la classe moyenne, si instruite et si riche qu'on la suppose, n'est pas destinée à ce rôle souverain, car elle n'a et ne peut avoir d'éducation politique.
LE PARLEMENT DE 18i5 3
Puisque nous nous adressons à des lecteurs qui ne sont pas exclusivement Français, il peut être utile de les mettre au courant de certaines habitudes de notre langage. Ils doivent savoir, par exemple, que, chez nous, l'épithète de libéral s'applique indistinctement à ropposaîit sous tous les régimes et non à Thomme qui aime la liberté.
Ils ont appris au collège que toutes les républiques sont des formes aristocratiques de gouvernement; aussi doivent-ils se rendre compte qu'une république française, conduite par un Parlement et non par un homme, est nécessairement partiale et bientôt violente, parce qu'elle froisse le sentiment très démocratique, c'est-à-dire très monarchique de ce pays, et que, ne pouvant se faire accepter, elle est réduite à s'imposer.
Nous disons qu'un Parlement est souverain quand les ministres, en qui se résume toute la puissance publique sont à la merci de ses votes et qu'il annule ainsi les prérogatives légitimes du chef de l'État.
C'est encore une nécessité d'expliquer au lecteur étranger la valeur exacte de ces mots : bourgeoisie ou classe moyenne^ qui n'ont plus de sens précis, après l'abolition en France de
toutes les classes, mais que Tusage a conservés pour peindre; non une catégorie déterminée de citoyens, mais un état, une situation particulière, des habitudes d'esprit propres à certains d entre eux. Il est hors de doute que l'ouvrier qui vit du travail de ses mains, Thàbitant de la ville ou de la campagne qui a un certain degré d'instruction et d'aisance, et enfin le savant, l'homme politique et le riche capitaliste jouissent tous de droits égaux ; mais leur condition sociale n'étant pas la même, leurs pensées communes, leurs intérêts, leurs passions peuvent être dissemblables.
A des âges différents, le même homme pense différemment, et cette diversité de l'homme avec lui-même est bien plus accusée -encore si l'on compare des conditions d'existence absolument opposées : quoi de moins ressemblant à un ouvripr qu'un petit rentier ou un modeste commerçant, et combien s'éloignent de tous deux les prétendus privilégiés de ce monde, les riches en instruction ou en écus? Sans doute, l'artisan épousera toutes les querelles du petit bourgeois quand il aura monté un degré, et ses enfants à leur tour, s'ils franchissent le dernier échelon, n'auront plus aucune des habitudes on des préjugés de leur père ; mais la masse de
chacune de ces fractions de peuple conservera toujours une physionomie distincte, en dépit de toutes les égalités politiques et civiles que leur reconnaît le Code Napoléon. La bourgeoisie, grande ou petite, réunit donc tous ceux qui vivent du travail de Tesprit ou des rentes amassées par leurs parents ; elle comprend aussi bien l'avocat et le médecin que le noble ancien ou nouveau, carils sont tous sans privilèges; et aussi, quand il nous arrivera d'employer ce mot, on voudra bien se rappeler qu il n'emporte avec lui aucun sentiment malveillant, qui serait absolument déplacé puisque nous sommes tous bourgeois et que, sans les arts, les sciences, les lettres, dans toutes les directions de l'esprit humain, nous tenons plus qu'honorablement notre rôle dans ce monde; mais, en vérité, nous ne sommes pas universels, nous devons assurément avoir une part considérable dans la politique, il est cependant au-dessus de nos forces de porter seuls ce lourd fardeau, et d'être les maîtres absolus du. pays, au moyen du Parlement souverain. C'est là ce que ce petit livre a la prétention de démontrer.