LES S" REY, CAZENAVE ET REGNIER
Auteurs et signataires d'une pétition pour quelques habitans
de Grenoble.
Jusqu'à ce jour, le lieutenant- général Donnadieu n'a pu obtenir que justice lut fût rendue. Vainement, après avoir demandé des juges, s'est-il adressé aux Chambres/ pour que les ministres du Roi fissent enfin connaître la vérité sur les évènemens de Grenoble j les mi* nislres ont gardé le silence , et le général s'est vu dans la nécessité de porter plainte devant les tribunaux, contre les auteurs d'une pétition
Chamb d'accusat
où il est accusé d'ass*ssiwat! Au milieu des alarmes géiéndes, il faut se hâter de détruire les mensonges j le temps nous presse : qu'il soii permis du moins d'emporter île celte lutte son honneur sauf, ei son nom sans souillures.
Libre de crainte et d'espérance, je ne suis rien dans les partis; je dirai les vérilés dont je peux donner la preuve. J'en tairai d'autres qui, plus tard, deviendront manifestes à leur tour. Je me propose, dans cet écrit:
i° De retracer tous les évènemens qui ont eu lieu tant que le général Donnadieu a conservé le commandement de la 7" division militaire, et d'exposer les principes qui ont réglé sa conduite;
a" De signaler le système et les manœuvres à l'aide desquels les faits ont été dénaturés et la vérité étouffée ;
3° Enfin, je répondrai aux imputai ions des calomniateurs, et s'il fut un coupable, je le ferai reconnaître.
Quand je parle du ministère français, je ne nomme qu'un seul homme; je le dois. M. Decazes, durant le cours de quatre années, a seul dominé toutes les affaires du royaume. Enhardi par l'incapacité ou la mollesse de ses collègues; sans système et sans opinion, sans
(5) autre but que la défense journalière de sa position , abandonné au mouvement des circonstances, il a opprimé alternativement tous les partis , flatté toutes les haines , blessé toutes les consciences , froissé toutes les affections ; il n'a respecté aucune résistance; et nous avons vu tour k tour MM. Richelieu» Barbé Mar~ bois, Dambray, Pasquier, deFeltre, du Bouchage, Mole, Corvetto, Roy, Vaublanc^ Laine, Dessolles, Lonis et Gouvion Saint-Cyc (hommes d'opinions si différentes), prendre ou quitter le ministère, selon qu'ils semblaient partager ou combattre ses volontés du moment. M. Decazes a été constamment premier ministre de fait (i), et il n'a su user de ce 0> ■ ■ ■ ■■ ■» ■ ii ii ii. , .
(1) Un seul fait décèle à la fois la puissance et la versatilité de M. Decazes. A la fin de 1818, opposé à tout changement de la loi des élections, il réduisit MM. Richelieu, Laine et Mole a abandonner le porte-feuille. Il souleva toutes les puissances de son double ministère , pour repousser la proposition de M. Barthélémy, s1 écriant à la tribune : Proposition que je regarde comme la plus funeste qui puisse sortir de cette enceinte, 11 décredita la pairie par la nomination de soixante pairs , pour briser la majorité formée dans la Chambre haute. Dix mois s'écoulèrent à peine, et M. Decazes proposait lui-même une autre loi d'élections , et écartait du ministère MM. Dessolles , Louis et Gouvion-Saint-Cyr, qui ne roulaient point adopter ses nouvelles idées.
pouvoir immense que pour tromper l'Europe, la France et son maître. Hélas! les plus sages des Rois doivent s'égarer, quand ils ont le malheur d'être livres une fois à des hommes qui ont l'art de se rendre nécessaires. Dioclétîen disait : « 11 n'y a rien de plus difficile que de ,« hien gouverner : quatre ou cinq hommes s'ut nissent et se concertent pour tromper l'emtf pereur. Lut, qui est enfermé dans ses cabi- * nets, ne sait pas la vérité. 11 ne peut savoir i que ce que lui disent ces quatre ou cinq « hommes qui l'approchent. Il met dans les 1« charges des hommes incapables; il en éloigne * les gens démérite. C'est ainsi, disaîtee prince, « qu'un bon empereur, un empereur vigilant « et qui prend garde à lui , est vendu. Bonus, m cautiis r optimus venditur imperator (i). »
(l) Bosbdst, Polit, tac., liv. v, art. 2, prop. 5.