SCÈNE XIV
ALAIN, seul.
Ouf!.... me v'ià remis un peu. Je vois bien à présent qu'ils ne savent rien du tout ; mais j'ai passé quoiqu'ça un vilain quart d heure.... 11 me parait qu'on veut se servir de maoïselle Agatlie pour dcjuner une petite houfiee d'humeur à M. de iVIerville : et je dis , c'est un joli choix qu'ils ont fait là. Ah, mou dieu î mon dieu ! je n'ai pas idée que çà liuisse bien. 11 n'y a qu'une ressource pour moi làdedaus ; c'est que mon maître, vif comme il l'est, dès qu'il verra son rival, sauvera dessus; le rival, qui est brave , se défendra. ( // se met en garde. ) Ah ! ah ! il y en a un de tué , l'autre (jui se sauve-, et quand il faudra que mon maître s'occupe de fuir ou de se faire enterrer, je ne crois pas qu il s'amuse à me rosser. Ah!.... ah!.... qu'est-ce qu'est-ce que vous dites donc là, M. Alain? je vous croyais un meilleur cœur que çà. Comment! pour sauver votre dos, vous feriez percer le ventre à un maître! allons , allons, çà n'est pas bien ! Diable ! c'est qu'un petit coup de gaule sur noire peau, nous fait plus de mal qu'un grand coup d'épée dans le corps.... d'autrui. Mais comment donc faire pour qu'il n'y ait îii coup d'épée ni coup de gaule? Pardine , que je suis bèlc ! je n'ai qu'à prévenir mon maître que cet amant qu on lui fera voir avec mamselle Julie n'est que sa femme de chambre : quand il saura que c'est un piège pour le fâcher, il n'en fera que
rire , et tout se passera eu douceur.... Oh ! c'est singulier comme je me forme l'esprit , moi. Je vois M. de Merville , je m'en vais lui couler çà ea deux mots , et profiter toujours du petit avis de mamselle Jeuny, pour aller voir mon Ursule , sans qu'il le permetie ; çà lui donnera peutêtre uno crise ; mais puisque c'est pour sou bien , il faut que je m'y prête.