SOUHAIT
Je serais rayon, et dans ma lumière Belle prisonnière Je vous bercerais.
Si vous deveniez la naïade blonde
Moi je serais Tonde
Du ruisseau jaseur, Et vous charmerais, dans la grotte obscure.
De mon doux murmure
Et de ma fraîcheur.
Mais puisque aujourd'hui vous êtes la femme
Qui ravit mon âme,
Je serais heureux D'être seulement, pour calmer mes fièvres,
Le sang de vos lèvres.
L'or de vos cheveux !
xu
LA RÉYÉE.
Elle serait blonde ou brune Pourvu qu'en son œil vainqueur Pût se refléter chacune Des tendi'esses de son cœur :
Elle aurait Tàme joyeuse Comme Taube à son réveil, Ou serait sombre et rêveuse, Préférant Fombre au soleil,
Pourvu que triste ou bien gaie, Sans faux dehors affecté.
Elle eût la tristesse vraie Et sincère la gaîté !
Ah ! cette femme inconnue Dont on rêve si souvent, Le soir, suivant quelque rue.
Le nez et l'esprit au vent,
Qu'elle vienne ! brune ou blonde !
Du midi, du nord glacé !
De l'ancien, du nouveau monde !
Du présent ou du passé !
Romaine à la noble pose Loin des regards importuns.
Dans le bain de marbre rose Ruisselante de parfums ;
Jeune guerrière d'Irlande, Beauté qu'Ossian chanta, ~
Hirondelle de la lande Ou Minvane ou Malvina:
Héroïne du vieux monde Amante d'un ancien preux, Yseult, Berthe ou Florimonde La Sarrasine aux doux yeux ;
Damoiselle au fin corsage, Lasse d'avoir trop prié , Distraite, et fermant la page Du missel armorié ;
Belle et fringante marquise.
Cheveux poudrés, grands paniers, Amarinthe ou Cj'dalise, Dans les larges escaliers.
Ou dans le parc, à Versailles, Près d'un triton embourbé,.
Sur quelque banc de rocailles Sermonnant un jeune abbé :
Espagnole de Grenade De Séville ou de Puerto, Rêveuse à la sérénade Et fringante au fandango ;
Vénitienne brunie Sous son éternel azur ; Noble fille d'Ionie, Au nez droit, au profil pur ;
Fellah, superbe et hautaine, Dans le couchant empourpré, Rapportant de la fontaine
Le large vase cuivré ;
Ou peut-être — je suppose Que le plus près est le mieux —
Parisienne au teint rose,
Aux mains blanches, aux grands yeux,
Coquette et toute mignonne Dans son coupé brun, passant Par quelque beau soir d'automne Au grand trot de son pur-sang...
Qu'elle vienne ! qu'elle vienne !
Pourvu qu'en son cœur naïf N'ait jamais germé la graine Du doute, poison hâtif!
Pourvu qu'en donnant son être Quelque chose bas, bien bas, Ne lui dise pas : « Peut-être Un jour tu le reprendras ! »
Pourvu qu'on n'ait pas la rage De sentir qu'on n'est plus seul
Dans son cœur, et qu'on partage Jusqu'aux plis de son linceul !
Pourvu qu'enfin, Tàme unie Par un lien éternel, On glisse à travers la vie Sans jamais quitter le ciel !
Mais cette femme fidèle Qui pourrait aimer toujours, Dont rame serait trop belle Pour s'ouvrir à deux amours ;
Cette femme tant rêvée, Faite d'espoirs, de regrets, Ici-bas l'a-t-on trouvée ?
La trouvera-t-on jamais?
La lune au front pâle Dans la nuit d'opale
Glissant, A travers les branches Par cascades blanches
Descend.
Le hamac voltige Effleurant la tige
Des fleurs.
Où, perle irisée, Brille la rosée
Ea pleurs.
Sur ta tête brune Un rayon de lune
Changeant, Voltige et scintille Comme une mantille
D'argent.
Sur ta bouche rose, Le zéphjT se pose
Joueur, Et dans ton sourire Voici que respire
Ton cœur.
Dors, ma souveraine !
Ta vie est sereine,
Tes jours Sont tissés de soie Et semés de joie Toujours !
Sur tes seize années Point de fleurs fanées !
Jamais Tu n'as connu larmes, Désespoirs, alarmes,
Regrets !
Dors, ma bien-aimée !
La nuit embaumée
Sans bruit,
Étendant ses voiles
Parsemés d'étoiles,
Reluit 1
Dors, calme et suave !
Moi que fait esclave
L'amour, Moi qui souffre et t'aime, Sans espérer même
Un jour.
Rêveur, je balance, Versant en silence
Des pleurs.
Le hamac qui vole Frôlant la corolle
Des fleurs !
Pour te dire ce que je sens Près de toi, mon unique amie, Trop faibles seraient mes accents Et ma voix trop mal affermie.
Pour te dire quels sont mes maux Loin de toi, quel souci m'oppresse.
Insuffisants seraient les mots Cherchant à peindre la tristesse...
Ah ! sache-le ! sache-le bien !
Il est des tendresses humaines
Que rien ne peut exprimer, rien Que tout le sang pur de nos veines!
Pour te répondre j'aime mieux Prendre ta main eflfarouchée, Plonger droit mes yeux dans tes yeux, Et, la tête sur toi penchée,
Doucement, longuement, poser Sur ta bouche aux lèvres de flamme Un baiser, un loyal baiser Qui t'ouvrira toute mon âme.
Alors tu pourras à ton gré Y lire qu'elle est toute tienne.
Et que dans mon être enivré Il n'est rien qui ne t'appartienne ;
Tu pourras y voir à quel point Ta vie en ma vie est passée ;
Qu'en dehors de toi je n'ai point De souvenir ni de pensée ;
Que mon passé s'est consumé A ton approche, de lui-même, Et que je n'ai jamais aimé Que depuis le jour où je t'aime !
Jour adorable où ta beauté M'apparut, forme exquise et douce, Sous laquelle vit ta bonté Ainsi que la fleur sous la mousse !
Tu verras aussi qu'il nous faut, Puisque même est notre tendresse, Nous aimer gaîment, le cœur haut.
Sans soupçon comme sans faiblesse ;
Que narguant le doute moqueur, Croyant aux choses éternelles.
Il nous faut goûter le bonheur Des confiances mutuelles,
Et dans ce monde seuls tous deux Quand Tun près de l'autre nous sommes, Oublier, les yeux dans les yeux, Le temps, les choses et les hommes!
Voilà ce que ton cœur lira
Dans ce cœur que je t'abandonne ;
Voilà tout ce que te dira
Ce bon baiser que je te donne :
Pour me répondre, rends-le-moi, Et, dans une extase infinie, Tu sentiras vibrer en toi A ton âme mon âme unie !