‹ À tire-d'aileChapitre 43 sur 43 · A MADAME L. DE C · texte numérisé non relu

A MADAME L. DE C

Je veux vous conter une histoire Une histoire des temps passés.

Hélas ! elle est triste et bien noire Les deux héros sont trépassés Et la scène est un cimetière!

Mais ici-bas, douleur sincère Est plus douce que la gaîté :

La larme — c'est la vérité

Dure parfois, mais qui console:

Le rire — Tillusion folle

Qui laisse, alors qu'elle s'envole,

Plus froide la réalité.

Si donc rhistoire n'est pas gaie,

Si même elle semble peu vraie,

N'en accusez pas le conteur :

Il l'a prise en une légende

Bien vieille — mais pas allemande ! —

Comme en un herbier une fleur.

Ils s'aimaient d'amour sans égale :

Tristan, Yseult étaient leurs noms.

Il s'aimaient : la chance fatale D'avance avait marqué leurs fronts, Car une lâche et sombre envie Les poursuivant partout, toujours, Avait empoisonné leur vie Et brisé leurs belles amours.

Le roi Mark — c'est le nom du traître Était de ces vieillards maudits

Comme on en trouvait tant jadis, Comme on en trouve encor peut-être, Qui, voj'ant d'un œil irrité Briller auprès d'eux la jeunesse, Aigris par leur sombre vieillesse, De ce monde déshérité Voudraient bannir toute tendresse, Toute grâce et toute beauté.

Pauvres enfants ! douces victimes I Hélas! contre un tyran jaloux Et si puissant, que pouviez-vous Malgré vos tendresses sublimes?

Aussi de l'amour partagé Après avoir connu l'ivresse, Après mainte et mainte promesse.

Maint serment entre eux échangé, Alors qu'une joie éternelle Un avenir aux jours dorés A leur tendresse mutuelle Souriait — cette main cruelle Les avait soudain séparés.

0 longue et pénible l'absence Quand au bout n'est pas le retour !

Quand envolée est l'espérance, Et que le jour succède au jour Et la souffrance à la soufifrance !

Quand jamais un rayon n'a lui Au cœur que la peine dévore ; Quand aujourd'hui, c'est hier encore 1 Quand demain doit être aujourd'hui !

Or Tristan, l'âme consumée Dans l'ennui d'un exil amer, Un soir qu'il regardait la mer Par le couchant tout enflammée.

En pensant à sa bien-aimée Eut un sourire triste et doux.

Et mourut. — Eh quoi ! direz-vous, Mourir comme cela, sans cause, Sans nul mal que la Faculté Ait bien et dûment constaté, Anévrisme, fièvre ou névrose?

Mourir ainsi, rien que d'amour?

Nous te croirons un autre jour, 0 conteur, et trouve autre chose !

Autre chose? à quoi bon! Au temps Où nous transporte notre histoire, Quand le monde, dans son printemps, Rayonnant de sa jeune gloire. Avait la faiblesse de croire Aux cœurs à tout jamais constants, Quoi qu'on en pense ou qu'on en die, Soyez sûr que pour son amie On mourait ainsi, sans effort, Et que l'amour donnait la mort Aussi bien qu'il donnait la vie !

Donc, le pauvre Tristan mourut.

Pour le voir, Yseult accourut.

Trop tard, hélas ! car sous la terre Le bien-aimé dormait glacé Dans son tombeau de blanche pierre.

Triste alors, le cœur harassé, Sur un des coins du mausolée

Elle mit son front sans gémir.

Puis soupira... Dans ce soupir Son âme s'était envolée !

L'histoire de ces deux amours Dans tout le pays répétée Occupa pendant quelques jours L'esprit d'une foule attristée.

Avec grande pompe Ton mit Le corps de la pauvre héroïne Dans la tombe toute voisine De celle de Tristan ; l'on fit Étalage de grande peine Pendant le jour qu'on l'enterra; On pria beaucoup, on pleura...

Puis, comme en toute chose humaine, Bientôt après on oublia.

Mais la haine jamais n'oublie.

Jaloux, même après le trépas, Le tyran Mark ne voulut pas

Que, séparé de son amie Tout le temps que dura sa vie, Tristan par la mort pût s'unir A sa bien-aimée, et dormir L'éternel sommeil près de celle Qui, vivante, resta fidèle.

Entre les deux tombeaux placés L'un près de l'autre. Mark fit faire Pour séparer les trépassés, Un mur de ciment et de pierre S'enfonçant de dix pieds en terre, S'élevant d'autant vers les cieux.

Quand ce travail mystérieux Fut fini, le jour allait naître Et déjà blanchissait la nuit...

Alors le tyran fut instruit Qu'il pouvait venir voir en maître Le mur par ses ordres construit.

Bientôt dans le grand cimetière Qu'illumine de sa lumière

L'aurore, il pénètre, joyeux, Portant, rayonnant dans ses yeux, L'éclair de sa haine assouvie :

« Ils seront, se dit-il tout bas, « Séparés après le trépas, « Comme ils l'étaient pendant leur vie ! » Et du triomphe fier et sûr.

Il lève les yeux vers le mur...

0 rage ! ô vengeance incomplète !

Du tombeau de Tristan partait Un laurier-rose, qui montait Le long du mur jusqu'à la crête.

Et de l'autre côté sortait, Recouvrant, voûte parfumée Où brillait la rosée en pleurs.

Le tombeau de la bien-aimée De son ombrage et de ses fleurs !

Se tournant vers son entourage

D'un pareil miracle interdit :

« Qu'on coupe cet arbre maudit 1 »

Ordonne Mark, tremblant de rage.

A sa parole on obéit.

Mais dès le premier coup de hache

L'arbre pousse un cri de douleur :

On s'arrête, on tremble, on a peur...

M Allons ! » dit Mark plein de fureur,

« Qu'on frappe encore, ou je me fâche ! »

Un second coup... Mais aussitôt,

De la verdure frémissante

Sort et monte comme un sanglot

Une voix plaintive et dolente :

« Oh ! méchant ! Quel cruel souci

« As-tu de me blesser ainsi?

— Par l'enfer I dit Mark, plus de hache :

« Au lieu de couper, qu'on arrache ! »

Personne ne veut obéir,

Le devoir cède à l'épouvante...

Voyant sa parole impuissante

Mark de honte se sent frémir

Et devient ivre de colère :

11 met les deux genoux en terre,

Il saisit de sa large main L'arbre, et d\in effort surhumain Cherche à Tarracher... mais soudain, Voici que les branches grandissent, Entourent son corps, le saisissent, L'étreignent dans leurs bras fleuris...

Le tyran appelle à grands cris...

Mais les soldats, saisis de crainte.

Se sont enfuis hors de Tenceinte.

Alors, entouré de tombeaux.

Seul dans l'immense cimetière Contre l'arbuste qui le serre De ses innombrables rameaux, S'appuyant au bord de la tombe Il veut se roidir... vains efforts!

Il étouffe, il râle, il succombe Au milieu d'un peuple de morts !

Quand le soir, les gardes cherchèrent

Ce que Mark était devenu.

Du laurier-rose ils s'approchèrent :

Le cadavre avait disparu.

Mais, constellé de fleurs écloses.

L'arbre, montant d'un jet plus sûr, Faisait disparaître le mur Sous ses ondulations roses ; Et, recouvrant de ses rameaux La tombe de la bien-aimée.

Dans la même étreinte embaumée Réunissait les deux tombeaux.

0 miracle ! en dépit des haines

Et des complots d'un cœur mauvais.

Tous les deux dans ces douces chaînes

Étaient réunis à jamais î

0 chaste et gracieux mystère !

L'amour, toujours jeune, et plus fort

Que le ciment et que la pierre,

Bravait tyrannie et colère.

Et sortait vivant de la mort !

0 vous! dont les âmes jumelles Dans des tendresses mutuelles

N'ont pu se rejoindre ici-bas, Puisse vous unir le trépas !

Puisse une brise passagère Prenant sur le tertre fleuri Où repose Têtre chéri Quelque graine tombée à terre, L'emporter, d'une aile légère.

Jusqu'à la tombe où vous dormez...

Et là, sous des cieux embaumés, De cette graine voyageuse Puisses-tu germer et grandir Éternellement vigoureuse, Fleur bien-aimée et précieuse.

Fleur de l'immortel souvenir I

ANDRE GHENIER

A PAUL DEROULEDE.

0 Liberté ! que de crimes on commet en ton nom ! M^e Roland.

Trois jours !... et la Terreur dont le pouvoir chancelle, Va finir dans la honte et dans l'abjection, Maudite pour jamais, ne laissant après elle

Qu'une longue exécration.

242 ANDRÉ CHÉMER.

Trois jours!... en attendant, la guillotine active Frappe à coups plus fréquents et plus précipités, Comme s'il lui semblait que le repos arrive, Que les moments lui sont comptés.

Et malgré tout, talent, innocence, génie. Malgré les longs efforts d'un père infortuné. Au nom de la justice — exécrable ironie 1 — André Chénier est condamné.

C'en est fait : emplissant les longs corridors sombres De ce nom grand déjà, désormais immortel. Le messager de mort, noir recruteur des ombres, A jeté son funèbre appel.

Le poëte écrivait : un vers venait d'éclore Dans son cerveau puissant, vers à peine achevé, Qui sur le papier blanc brillait humide encore : Brisant sa plume, il s'est levé.

ANDRÉ CHÉXIER. 243

Et lui, paisible amant des bois et des fontaines, Lui, noble citoyen au cœur loyal et haut, Poussé par le torrent inconscient des haines Où marche-t-il ? A l'échafaud !

Voyez : de la prison Lt porte s'ouvre à peine Qu'au milieu de soldats, une charrette en sort, Gémissant sous le poids de la pâture humaine Qu'elle va jeter à la mort.

Un court frémissement fait onduler la foule : Mille poings sont en l'air, mille cris sont poussés Le pesant chariot se met en marche, roule, Et fend le peuple aux flots pressés.

Lentement, vers le lieu du supplice il s'avance. Et le chemin est long, et tu peux accourir Populace, et goûter la noble jouissance D'insulter ceux qui vont mourir !

244 ANDRÉ CHÉMER.

Sans doute, entouré de ces rages, Souffleté de ces vils outrages, Par ces mille poings menacé, Le poëte a courbé la tête.

Il a frémi sous la tempête.

Un subit effroi Ta glacé.

Sans doute, à ce spectacle infâme,

Il a senti s'emplir son âme

De dégoût et d'aversion ;

Ou bien, plus que dégoût et crainte,

Il a subi la rude étreinte

D'une noble indignation...

Non, cependant : il est tranquille ; Debout dans la charrette vile Il n'a pas un instant frémi ; Et sa bouche, loin de maudire, S'éclaire d'un vague sourire, Et son œil se voile à demi.

Qu'est-ce donc ? ah ! c'est un beau rêve

Qui le ravit et qui l'enlève

A son martyre d'ici-bas !

Que lui fait ce peuple en délire

Qui se lève pour le maudire?

Il ne voit pas, il n'entend pas.

Oh ! comme il laisse sa pensée S'élancer, mollement bercée Sur les ailes du rêve d'or, Et, dans l'illusion profonde, Voler en plein ciel, loin du monde.

Monter plus haut, plus haut encor 1

246 ANDRÉ CHÉ^ilER.

Grâce au mirage qui l'enivre, Près de mourir, il croit revivre; Le présent s'est évanoui :

Au sein d'une vive lumière Voici son existence entière Qui se déroule devant lui.

Oh ! les premiers temps de l'enfance, Où la vie à peine commence Fraîche, ignorante des malheurs, Et, comme le fleuve à sa source, Ne trouvant encor dans sa course Qu'un lit tout parsemé de fleurs I

Oh ! les solitudes chéries, Où promenant ses rêveries Il a, pour la première fois, Reçu dans son àme confuse Le baiser de sa blanche muse Qui le guettait au fond d'un bois !

ANDRÉ CHÉMER. 247

Où SOUS les grands chênes antiques, Épris des chefs-d'œuvre classiques Et de la verte antiquité, Déjà, d'une touche légère.

Il tâche d'imiter Homère, Et veut marcher à son côté l

A vingt-deux ans, c'est le voyage La Suisse riante ou sauvage ; C'est, dans ce tranquille pays, L'Hasly, solitude arrosée Par l'Aar, doux et frais Elysée Qu'il a chanté pour ses amis ;

Ou bien, c'est la brune Italie, La terre classique, remplie Des purs souvenirs d'autrefois ; Et, sur les bords sacrés du Tibre, Rome, la grande cité libre, Rome, la maîtresse des rois.

Au retour, après trois années A l'art tout entières données, C'est l'Angleterre au ciel pâli ; Et dans l'ambassade lointaine Le spleen noir, que combat à peine Le travail, père de l'oubli.

La patrie enfin retrouvée

Il se livre, dès l'arrivée

Au courant paisible et dompté

Du fleuve qui parcourt la France,

Portant en ses eaux l'espérance

D'une tranquille liberté.

Mais quand le sombre orage arrive, Quand le fleuve, couvrant sa rive.

Court et bondit en mugissant, Par les campagnes désolées Roulant, dans ses ondes troublées.

Des torrents de fange et de sang ;

ANDRÉ CHÉMER. 249

Quand la liberté dépassée

Par une licence insensée

Erre sans aide, sans soutien,

Sans que sa voix se fasse entendre :

Honneur à qui vient la défendre î

Place au poëte-citoyen !

Place au lutteur noble et sincère Qui, plein d'une sainte colère Contre une vaine cruauté, Dût-il se briser dans la lutte, Défend un roi qu'on persécute Tout en blâmant la royauté !

Vains efforts ! Inutile audace ! Aux vivats de la populace Louis Seize est guillotiné :

Robespierre commande en maître Qui le désapprouve est un traître.

Qui l'ose dire, un condamné.

250 ANDRÉ CHÉMER.

Alors, loin des places publiques, Loin des orages politiques Dont le ciel se met à trembler.

Avec quelle ivresse profonde A Versailles, seul, loin du monde Le poëte va s'exiler !

Dans sa tranquille solitude Que douce lui semble Fétude I Et qu'il retrouve avec bonheur Ses livres chéris, ses poètes, Consolations toujours prêtes, Bu^me de l'esprit et du cœurl

Vaillamment il suit à la ti^ace Virgile, Tliéocrite, Horace, Sans jamais se sentir lassé ; Avec eux son âme se lie...

0 joie ineffable ! Il oublie Le présent au sein du passé.

ANDRE CIIEMER. 251

Pourtant, quand la foudre qui tonne Et dont le fracas Tenvironne Vient à pénétrer jusqu'à lui, Et d'une lumière sanglante Déchire Tombre consolante Où son souvenir s'est enfui :

Alors le rêve heureux s'efface !

Il frémit, il regarde en face

L'odieuse réalité;

Son génie indigné s'allume :

La strophe bondit, frappe, écume.

Souffletant le crime éhonté.

Mais ce sont fureurs passagères :

Le poëte aux grâces légères Pour de tels élans n'est point né ; Il préfère à l'ode énergique L'harmonieuse bucolique Ou l'églogue au chant alterné.

252 ANDRE CHEMER.

Plus que les pâles Euménides,

Il aime les Nymphes timides

Fuyant le satyre enivré,

A l'heure ou Phébé dans les branches

Revêt de ses dentelles blanches

Les profondeurs du bois sacré.

Sur la rive où pleure le saule

Il aime voir l'humide épaule

De la naïade au sein des eaux :

Il aime, aux heures matinales,

Dans les prés, les chants des cigales,

Ceux de Zéphyr dans les roseaux.

Il ouvre pour quelque bergère

Daphné, Lycoris ou Néère,

D'un beau pasteur les bras nerveux,

Ou bien, sous la vague marine.

Berce la jeune Tarentine

Myrto, la vierge aux blonds cheveux.

Voilà son éternel poëme !

Voilà ce qu'il voit, ce qu'il aime ;

Tel est le pays enchanté

Où, loin de la tristesse humaine,

Libre, heureux, confiant, le mène

La muse de Tantiquité.

Les projets lui viennent en foule Tout un avenir se déroule Plein d'études et de travaux :

Il veut, et l'annonce lui-même.

Au moule de l'ancien poëme Adapter des pensers nouveaux ;

Il veut, sous cette forme antique, Célébrer la jeune Amérique; Enseigner le doux Art d'aimer^ Chanter VInvention féconde , Ou peindre Suzanne la blonde.

Au bain, prête à se parfumer.

Oh ! les beaux rêves qu'il caresse !

N'a-t-il pas pour lui la jeunesse Unie au travail bien-aimé?

Trente ans! l'âge fort où Ton crée, Où l'œuvre jaillit, inspirée, Du grain que l'étude a semé !

Mais qu'est-ce donc? Un choc brusque, soudain, l'arrête. Il se réveille... horreur! Le songe est effacé... Auprès de lui la foule et l'ignoble charrette : Devant lui, l'échafaud dressé.

ANDRE CIIEMER. 255

Il ne tressaille point. — Dans sa fierté sublime, Innocent, au bourreau sans crainte il va s'offrir : Un éclair, un bruit sourd... et Chénier meurt victime De la Terreur qui va mourir.

Oublions, oublions cette époque irritée ! 0 Liberté divine, ô fille de la loi, En voyant sous ton nom tant de honte abritée On se prend à douter de toi !

On ne t'accepte plus comme le but suprême Où conduit l'avenir, où va l'Humanité ; On est prêt à flétrir d'un indigne blasphème Ta grandeur et ta majesté.

Mais non ! car tu n'es pas coupable de l'outrage ! Non ! ce n'est point par toi que le sang a coulé : Et si ton nom sacré préside à ce carnage, C'est qu'une autre te l'a volé !

256 ANDRÉ CHÉMER.

Cette autre, que Ton hait aussi fort que Ton t'aime, Cette autre, qui se dit ta sœur, ô Liberté ! C'est la Licence folle avec l'Émeute blême La torche en main, à son côté !

C'est elle qui, marchant près de toi, pâle et sombre, Frôlant ton pur manteau de ses sales haillons, Sur ton brillant flambeau jette parfois son ombre Et met du sang dans tes rayons!

C'est elle qui te suit, ardente, et prend ta place A ta première erreur, à ton premier faux pas, Pour appeler bientôt le despote qui passe Et tomber ivre dans ses bras l

C'est elle qui se plaît à la noire hécatombe ; Elle que réjouit l'acre odeur du charnier ;

C'est elle la coupable : et sur elle retombe Le meurtre indigne de Chénier !

Et toi poëte, toi dont le vigoureux blâme De la fausse déesse a flétri les méfaits, Dors en paix au pays où t'emportait ton âme, Au beau pays que tu chantais.

Dans rorabre fraîche, au bord d'un ruisseau qui murmure, V^oici le marbre pur où ton nom est gravé ; Un souffle de printemps plane sur la nature : L'astre de la nuit s'est levé.

La rose des tombeaux et le pâle asphodèle Mêlent autour de toi leurs suaves couleurs, Et Zéphyr, en volant, vient caresser de l'aile Le gazon constellé de fleurs.

Au son plaintif et doux d'une flûte lointaine Les nymphes, s'enlaçant sous les verts orangers. Dansent sur l'herbe épaisse, en l'effleurant à peine De leurs pieds actifs et légers;

Ton vers harmonieux dans les branches soupire, Et Mnémosyne, ouvrant son péplum argenté, Dépose sur la tombe où ton âme respire Le laurier d'Immortalité !

Ad Lecteur

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