‹ A travers cinq siécles de gravures, 1350-1903; les estampes célèbres rares ou curieuses (volume 3)Chapitre 38 sur 84 · MANIERE CRIBLÉE · texte numérisé non relu

MANIERE CRIBLÉE

Les estampes de cette manière sont extrêmement rares et généralement grossières et dénuées de tout intérêt artistique ; on sait qu'elles étaient presque les contemporaines des premiers bois ; M. Delaborde a essayé d'établir d'une façon peu claire à nos yeux, en faisant jouer des combinaisons de cycle solaire, nombre d'or, comput, etc., que c'est en 1406 que furent gravés Le Portement de Croix et la Sainte Face dont le Département des Estampes se rendit acquéreur en 1869.

Comme il est indispensable d'avoir au moins un spécimen de ces gravures, ne serait-ce qu'à titre de pure curiosité, nous conseillons d'essayer de se procurer la suivante, qui est une des plus belles du genre qu'il nous ait été donné de rencontrer et qui est extrêmement typique. Elle semble avoir été gravée vers 1460 et nous devons ajouter qu'elle est malheureusement delà dernière rareté. On ignore à qui en attribuer lapaternité.

Mariage mystique de sainte Catherine d'Alexandrie. —

La Vierge Marie assise occupe le milieu de l'estampe, la tête auréolée légèrement penchée à droite, ayant l'Enfant Jésus nu sur ses genoux ; sainte Catherine un glaive à la ceinture est à gauche et à genoux, elle est tournée vers l'enfant qui lui tend les bras. Cinq autres personnages les entourent, deux à gauche et trois à droite, deux portent des palmes. Le fond de l'estampe est une sorte de treillage tapissé de branches et de feuillages. Le double trait qui délimite la gravure est parsemée d'étoiles. Tous les personnages portent leur nom inscrit dans leur auréole. Sainte Catherine et sainte Dorothée sont assises l'une à gauche l'autre à droite, sur des bancs qui semblent être en briques, leurs vêtements sont en pointillé.

Cette pièce mesure H. 270™'" — L. 190 "ini.

Ventes : Vico, 1375 — Angiolini, 1325. Ces deux exemplaires portaient encore des traces de coloris de l'époque.

MEGKENEN (Israël van)

On ignore où et quand il naquit ; tout ce que l'on sait, c'est qu'il mourut à Bocholt vers 1503 ; aucune particularité de sa vie n'est connue. Ils étaient deux, le père et le fils, mais c'est ce dernier seulement qui grava. Son œuvre, composé de 250 à 280 pièces, est extrêmement intéressant au point de vue documents, costumes, scènes de mœurs ; il y a des morceaux tout à fait supérieurs et qui dénotent un ouvrier consommé, mais pas très original cependant. Il a copié beaucoup de pièces d'après différents Maîtres :

Durer, le Maître E. S., le Maître de UNO, mais surtout d'après Schône, dont il subit l'influence «l'une façon très marquée et très nette. L'artiste signait généralement de ses initiales I. Y. M. en caractères gothiques un peu fantaisistes, quelquefois simplement Israhel, ou Tsrahel Y. M., deux fois seulement il écrivit son nom en toutes lettres ; c'est le premier graveur, dit Zani, qui inscrivit son prénom avant son nom patronymique.

Judith (Bartsch 4). — A droite de l'estampe, Judith mettant dans un sac tenu par une servante la tôle d'Holopheme qu'elle vient de tuer dans sa tcnle ; à gauche, château fort, canons, et guerriers se combattant. En bas et du même côté : Israhel V. M.

Fort belle et très rare estampe, adjugée vente Holford 1950 francs et vente Angiolini' 137; cette dernière avait été restaurée et laissait à désirer.

Danse d'Hérodiade (9). — Allant de gauche à droite, en costume allemand du XVe siècle, une longue théorie de personnages de la cour d'Hérode, hommes et femmes deux par deux dansent et marchent au son d'instruments dont jouent trois musiciens montés sur une sorte de colonne à pans coupés, ils se dirigent vers une table où se tient le Roi, qui vient de recevoir la tète de saint Jean-Baptiste dont Hérodiade avait obtenu la mort. Au fond à gauche, la scène de la décollation. Au milieu du bas de l'estampe : Israhel V. M.

dette grande et curieuse pièce est fort rare ; elle peut être considérée comme l'œuvre capitale du Maître; un exemplaire à la vente Oppermann

fut adjugé 1137 francs.

La Naissance de la Vierge (31). — Sur un lit, au fond à gauche, sainte Anne est étendue ; sur le premier plan du même côté, une femme qui a un trousseau de clefs pendu à sa ceinture, essuie la Vierge qui vient de naître et (lui sori du bain ; dans la pièce, au milieu d'ustensiles de cuisine, des femmes vaquent au soin du ménage. En bas dans le milieu de la marge: Israhel Y. M.

('.elle fort belle estampe qui, avec les t\eu\ suivantes, lait partie de la remarquable série des 12 pièces dite : /.(.• Vie île ld Vierge (30-41), fui adjugée (175 francs à la vente Didot.

L'Annonciation (34). -- L'ange Gabriel à gauche, tenant un bâton autour duquel s'enroule une banderolle où on lit : A ve gracia plena, se présente à la Vierge qui est agenouillée à droite de l'estampe

i La collection de cel amati ux était partlculli rcmenl i Ictae en asin re de l'artiste.

el qui se retourne pour écouter. Par une fenêtre on aperçoit la scène de la Visitation. En bas au milieu de la marge : Israhel V. M.

A la vente Angiolini, une épreuve d'une beauté et d'une fraîcheur exceptionnelles fut payée 1202 francs.

Le Massacre des Innocents (38). — A gauche de l'estampe, assis sur son trône, Hérode assiste impassible au massacre des enfants; des femmes pleurant, sont à genoux devant lui au milieu des pauvres innocents qui gisent à terre inanimés. Au fond à droite, la fuite en Egypte. En bas sous le trait carré : Israhel V. M.

Pièce extrêmement typique et autrement intéressante, suivant nous, que celle si vantée de même nom, gravée par Marc Antoine. En avril 1891, un exemplaire superbe fut vendu par H. -G. Gutekunst 732 francs ; à la vente Griffiths, une épreuve ordinaire fut payée 337.

La Vierge, saint Bernard et sainte Catherine (45 et P 242). — Dans une sorte de temple, la Vierge est assise de face et, les yeux baissés, regarde en coulisse — si l'expression ne semblait pas trop irrespectueuse dans la circonstance — saint Bernard qui est à sa droite en adoration de profil à droite, elle presse sa mamelle droite dont le lait va rejaillir sur la figure du saint. L'Enfant Jésus nu est placé sur un coussin de trois quarts à droite et demi couché devant sa mère qui le soutient du bras gauche, il passe une bague dans le doigt de sainte Catherine. Derrière la Vierge, un tapis est suspendu ; saint Bernard tient une crosse d'abbé et sur une banderolle on lit : Monstrate ee matre >. En bas dans la tablette les initiales /. V. M.

Cette estampe pourrait aussi s'appeler : Le Mariage mystique de sainte Catherine ; elle est rarissime, une épreuve fut adjugée à la vente du prince Waldburg-Wolfegg 2175 francs.

La Vierge immaculée (49). — Debout sur un croissant, la Vierge tient de la main gauche l'Enfant Dieu et de l'autre un crucifix, deux anges supportent la couronne qui est au-dessus de sa tête, deux autres dans l'espace sont près d'elle, l'un joue de la guitare, l'autre de l'orgue. A ses pieds deux archanges combattant chacun un démon. Dans le bas une légende latine commençant par : Omnes maculavit. . . et : Israhel V. M. A" 1502.

* Et non : Mostru te ee matre, comme l'indique par erreur Passavant.

Un exemplaire d'une beauté remarquable de celte très rare pièce existe au Département des Estampes. — En avril 1893, H. -G. Gutekunst en fit adjuger une épreuve G01 francs.

Saint Stéphane (94). — De profil à gauche sur un terrain fortement pente, agenouillé les mains jointes et les yeux levés vers le ciel, le saint est en but aux six bourreaux qui sont en train de le lapider ; celui de l'extrême droite se fait enlever son vêtement pour être plus à l'aise sans doute. A gauche un château fort, et aux tous derniers plans, les silhouettes de trois autres châteaux. En haut au milieu de l'estampe, et au-dessus du personnage qui tient un gros caillou dans ses bras levés, les initiales /. M.

C'est par erreur que Bartsch l'appelle saint Etienne, c'est bien saint Stéphane qu'il faut lire. — Une admirable épreuve de cette rareté fut adjugée à la vente Angiolini 1900 francs.

Une Partie de Jeu (114). — Assis l'un en face de l'autre à une table de jeu, une femme montre à son partenaire la figure qu'elle tient à la main ; un vase à rafraîchir avec un pot et une fiole complètent le tableau.

Rare estampe adjugée 12li2 francs à une vente faite par H. -G. Gutekunst, en mai 1900, à Stuttgart.

La Sainte Famille (148). — Sainte Anne assise sur un trône reçoit l'Enfant Jésus des mains de la Vierge. Au-dessus d'eux le Saint- Esprit, et Dieu le Père plus haut encore. Près de Marie, saint Joseph à gauche, et à droite trois saints debout près de sainte Anne. En bas au milieu de l'estampe, /. A/., et en haut dans le trait cintré, Bocholt; à gauche un petit écusson aux armoiries de Meckenen, à droite un second écusson faisant pendant, est vide.

Au Département des Estampes, l'exemplaire est aux deux écussons blancs. — Cette pièce, une des plus rares et des plus capitales de l'œuvre, fut adjugée à la vente Vico 1312 francs, elle était d'une insurpassable beauté; une autre, en l« état et avant beaucoup de travaux, atteignit 000 francs a une vente faite par H.-G. Gutekunst en mai 191)0; elle provenait de la collection Durazzo.

La Mort de Lucrèce (lb\8). — Tarquin ayant ravi l'honneur de Lucrèce, celle-ci se donne la mort en présence de son époux Collatin et des premiers citoyens de Home ; elle est environnée de ses femmes

qui sont à gauche de l'estampe comme elle; Collalin est à droite. En bas au milieu de la pièce, on lit : Israhel V. M., et dans la marge la légende latine : Pro nece lucretie, etc.

Ventes : Aylesford, 225 — En mai 1894, par H. -G. Gutekunst, une épreuve merveilleuse fut vendue 1087 — Angiolini, 912 — En mai 1900, par H. -G. Gutekunst, un exemplaire de la dernière rareté avant la légende fut adjugé 1050.

Homme et Femme en habits de voyage (171). — Homme et femme marchant; l'homme a le bras gauche sur le dos de sa compagne, il est coiffé d'un bonnet de voyage et a un couteau passé à la ceinture, la femme a la tête recouverte d'un voile. Au-dessus d'eux des banderolles. En bas au milieu, /. M.

Pièce très rare, adjugée vente Griffiths 200 francs, et en mai 1900 par H. -G. Gutekunst, 862.

La Chanteuse et le Joueur de guitare (174). — Tous deux sont assis ; la femme à gauche avec un cahier de musique, l'homme à droite accompagnant avec sa guitare la chanteuse. Au milieu de la marge, les initiales /. M.

Très rare ; adjugée à la vente Didot 440, et à deux autres ventes, en avril 1893 et mai 1900 par H. -G. Gutekunst, 668 et 194 francs.

Le Joueur d'orgue (175). — Sur une table est placée un orgue dont joue un homme qui est à droite, les soufflets sont manœuvres par une femme assise. En bas au milieu de la marge, les initiales /. M.

Très rare.

Ventes : Didot, 450 — Angiolini, 1650 ; l'épreuve était éblouissante — H.-G. Gutekunst, 600 — Waldburg-Wolfegg, 950.

Le Moine et la Religieuse (176). — Une religieuse tenant dans ses mains jointes un long rosaire, suit un moine qui, un bâton dans la main gauche, se dirige vers la droite et se retourne pour la regarder. En bas au milieu de la marge les initiales /. M.

Pièce rare.

Ventes : Schloesser, 813, de la collection Alferoff — Vico, 350 — H.-G. Gutekunst, 437 — De Sallet, 500, sur papier à la cruche.

Le Concert instrumental (178). — Assise à gauche, une femme joue de la harpe, tandis qu'à droite, un homme pince de la guitare,

ayant à ses pieds la boite de l'instrument demi ouverte. Au milieu

de la marge en bas, les initiales /. M.

Très rare.

Ventes : Didot, 430 — Liphart, 613 — Angiolini, 1562 ; d'une beauté exceptionnelle — H. -G. Gutekunst, 1006 — Schultze, 150.

L'Officier et sa Maîtresse (182). — A gauche de l'estampe, un jeune homme vêtu d'un manteau et l'épée au côté, semble causer avec une jeune femme de profil qui est en face de lui et qui relève sa robe par derrière. En bas au milieu de l'estampe /. M.

Pièce rarissime dont une épreuve fut adjugée à Stuttgart, en mai 1900, par H. -G. Gutekunst, 762 francs.

La Fileuse (183). — Assise à droite et de profil une femme file, près d'elle et d'une armoire un homme est là, revêtu d'un manteau. En bas à gauche : /. V. M.

Ventes : Knowles, sur papier au P gothique, 289 — En mai 1900 par H.-G. Gutekunst, une admirable épreuve, 1750.

Enfants jouant (188). — Sept enfants se livrent à des jeux divers, dont deux à droite remplissent un vase d'eau. En bas de ce côté, /. M.

Ventes : Knowles, 313 — Angiolini, 875 ; superbe exemplaire.

Le Rinceau au Couple amoureux (205). — Au milieu d'entrelacs et d'ornements, une jeune femme est assise ayant un épagneul sur ses genoux ; un jeune homme lui offre une pomme de la main gauche. Au-dessus d'eux une banderolle avec la signature : Israhel V. M.

Pièce de la dernière rareté.

Ventes : Oppermann, sur papier au P gothique, 1450 — Holford, 1775 — En avril 1894 par H.-G. Gutekunst, 1875.

La grande Crosse d'Evêque (B sup1 139). — Une crosse tournée à gauche, de style gothique et extrêmement ornementée; dans la partie formant une espèce d'entablement, au-dessus duquel se dessine l'arceau d'une sorte de tabernacle, on aperçoit la Vierge couronnée debout et de face tenant dans ses bras l'Enfant Jésus, elle a les yeux baissés. Très au-dessus, et dans la partie où la courbure va bientôt se produire, on distingue trois statuettes, à gauche saint Pierre, au milieu un saint tenant une banderolle, et à droite un évèque ; à gauche

de ces trois personnages, s'accrochant à une partie courbe, un Génie

ailé soutient de sa main gauche un écusson aux armes de l'artiste.

A gauche de la hampe : Israhel, et en face à droite : V. M.

Cette estampe imprimée sur deux feuilles est une fort belle pièce ; mais on demeure bouche bée quand on a vu payer 13800 marcks soit 17250 francs ! ! ! l'exemplaire qui passa à la vente Angiolini. L'épreuve était, il est vrai, avec sa marge et d'une beauté parfaite, mais le prix atteint n'en est pas moins hors de toute proportion avec la valeur réelle, quand on songe qu'une estampe de Durer, le Maître des Maîtres, n'a jamais dépassé, que nous sachions du moins, le prix déjà coquet de 15000 francs. Admettons qu'on ait payé la rareté, c'est la seule excuse à invoquer, et passons.

Sainte Hélène. — La sainte est debout, presque de face et dirigée vers la droite, la tête couronnée et la main gauche appuyée contre une croix, elle tient un livre sous le bras droit. Dans la partie supérieure au-dessous de la traverse de la croix, on lit : Sancta Helena.

Cette pièce inconnue, croyons-nous, à presque tous les iconographes est d'une insigne rareté, elle mesure H 121mm L 72ram. En 1865 un exemplaire passa à la vente Camberlyn; il y fut adjugé 78 francs.

MEIER (Melchior)

Graveur de la fin du xvf siècle, d'un métier très fin, dont la fort belle pièce suivante est au Département des Estampes.

Saint Guillaume (P 3). — Guerrier debout et de face, le casque empanaché de volumineuses plumes blanches, le poids du corps repose sur la jambe droite, la main gauche s'appuie sur un bouclier armorié qui est à terre, et la droite sur une lance. Il est ceint d'une écharpe blanche que fait flotter le vent. Au fond de l'estampe, colline, ville et rivière. En bas dans la tablette : M M se et excudit in friburgi helvet, et sous le trait carré : Miles an Monacus, etc.

Superbe et intéressante estampe, le personnage tout particulièrement est une merveille de finesse.

MULLER (Frédéric)

Né à Stuttgart en 1786, mort en 1816, au château de Sonnenstein, près Pirna. Ce n'est pas un vieux Maître, comme on le voit par ces dates, mais nous tenions à le mentionner cependant, à cause de la pièce suivante, qui, très délaissée aujourd'hui, a eu son heure de célébrité au point de vue de la haute cote.

La Madone de Saint-Sixt.

A la vente Thorel, en 1853, l'un des cinq exemplaires connus avant toutes lettres et avant l'auréole autour de la tète de la Vierge fut adjugé 2250 francs, elle venait de chez Révil ; à la même vente, un autre exemplaire avant la lettre, mais avec le titre : Madona di S. Sisto, etc., et les noms des artistes en lettres tracées, sur chine, fut payé 1319 francs; il provenait de la collection Debois où, en 1844, il fut adjugé 1300 francs.

Celte estampe fut gravée sur le dessin de M"»' Seidelman, d'après le tableau en hauteur de Raphaël qui se trouve dans la galerie de Dresde.

PENCZ (Georges)

Né a Nuremberg en 1500, mort à Breslau en 1550. Graveur de grand talent, voyagea en Italie où il connut Marc Antoine. On affirme que Le Massacre des Innocents a été gravé sans le chicot par notre artiste et d'une manière supérieure à celle de Raimondi. On croit aussi que Les Prisonniers de Jules Romain, attribués à Cihisi, sont de Pencz. — Son œuvre est d'environ 125 à 130 pièces, presque toujours de petit format et souvent trop encrées.

Le Triomphe de Bacchus (Bartsch 92). — Bacchus couronné de pampres dans un char auquel est attelé un centaure, se dirige vers la gauche ; il est précédé de deux autres centaures et deux satyres. Au bas au milieu de l'estampe, le monogramme ' sous le pied droit du centaure qui traîne le char qui est poussé par un personnage avec un casque.

Estampe d'une insigne rareté. — Un exemplaire, vendu en avril 1893 par II. -O. Gutekunst, atteignit 1GG francs.

Jean Frédéric de Saxe (B J26). - A mi-corps de face et légèrement tourné à droite dans une bordure ornée de quatorze écussons de son pays. En bas sur une pierre : Spes mea. . ., le monogramme et 1543.

Très rare estampe, considérée comme le chef-d'œuvre du graveur.

Ventes : Liphart, 150 — Schloesser, 237 — Vico, 237 — Oppermann, 150 — En mai 1900 par H. -G. Gutekunst, 107.

I Un /' dnns le pied duquel Ml passée la boucle supérieure d'un G.

RUPRECHT von der PFALZ (Prince)'

Né à Pragues en 1619, mourut à Londres en 1682 ; c'est lui qui exploita la découverte faite par Louis de Siegen — voir ce nom. — A gravé une douzaine de pièces environ en manière noire, et toutes fort rares. Il se servait de quatre à cinq monogrammes très différents les uns des autres. 11 a aussi gravé quelques eaux-fortes. — Voici de lui une pièce devenue introuvable.

Le Bourreau tenant la tête de saint Jean-Baptiste (Smith 2). — A mi-jambes de profil à droite, la tète couverte d'un mouchoir blanc, une corde nouée autour de la taille, le bourreau tient par les cheveux, élevée dans sa main droite, la tète de saint Jean qu'il regarde. A gauche derrière le bourreau, enroulée à une croix, une banderolle sur laquelle on lit : Ecce Agnus Dei, etc. La main droite et la figure du bourreau sont violemment éclairées, la main gauche qui ne se voit pas, masquée par le corps, tient un glaive sur la lame duquel on distingue difficilement une couronne avec les lettres R P F et la date 1658. Au bas de l'estampe, une mince ligne blanche occupant toute la largeur de la pièce, dans laquelle quelques lettres illisibles et oblitérées où l'on croit pouvoir distinguer Sp.

A la vente des doubles du prince YValdburg-Wolfegg, en mai 1901, un exemplaire fut adjugé l'énorme somme de 7875 francs !!

SCHONGAUER (Martin)2

Né à Colmar (?) en 1420 où il mourut en 1488 disent les uns, en 1499 disent les autres. Surnommé Martin Sch'one par les Allemands et le beau Martin par les Français. Cet artiste qui est un des plus haut cotés de l'école allemande jouit d'une réputation immense et méritée. Ses figures ont plus de distinction que celles de Durer, il a surtout su poétiser ses Vierges auxquelles malheureusement il a souvent donné des doigts démesurément grêles et effilés. Son art, dans lequel on perçoit nettement le reflet de l'école de Van Eyck, est superbe et sans défaillance. Contemporain du Maître de 1466, son influence fut considérable sur son époque. Il ne datait jamais ses estampes qui étaient presque toutes entourées d'un trait carré, mais il

i Dit en France : Le Prince Rupert. *■

2 Consulter : Œuvre de Martin Schongauer. reproduit et publié par Amand-Durand. texte par G. Duplessis, à Paris, chez Rapilly.

les signait généralement de son monogramme, un M et un S entre lesquels était un signe composé d'une croix qu'enveloppait par le bas à gauche, une courbe formant un peu plus du quart du cercle ; il fut un des premiers qui usa d'un chiffre comme signature.

Il eut pour maître un Flamand nommé Roger Van der Weyden.

Son œuvre se compose de 110 pièces. — Dans une notice sur le Maître, faite par feu Duplessis, celui-ci attire l'attention des collectionneurs sur les 13 pièces suivantes, qui n'ayant pas été gravées par lui, portent néanmoins son monogramme apposé par des éditeurs peu scrupuleux, afin d'en faciliter la vente.

La Nativité (B. t. vi, p. 167, n" 2) — Le Christ en croix (P. t. n, p. 112, A) — Le Corps de Jésus descendu de la croix (B. t. vi, p. 107, n° 2) — Les quatre saintes femmes au tombeau de Jésus il', t. n, p. 113, B) — Jésus au milieu de six anges (B. t. VI, p. 169, n° 9) — La Vierge debout [B. t. vi, p. 172, n» 11) — Sainte Catherine (B. t. vi, p. 172, n°?) — Une des Vierges sages (B. t. vi, p. 174, n» 14) — 3 figures à mi-corps sur une même planche (B. t. vi, p. 174. n° 15) — Portrait de M. Luther, en haut de la planche : M. Lugter — Les Armoiries de l'Évêque de Wurstzbourg — Un Eléphant (B. t. vi, p. 175, n» 15) — Un Reliquaire (P. t. n, p. 113, C). — On estime qu'il existe en plus des pièces mentionnées ci-dessus, 90 estampes qui portent sa marque, mais qui ne sont que des copies.

Emile Galichon, en 1859, et le Dr Alfred von Wurzbach de Vienne, en 1880, lui ont consacré de très intéressantes études.

Les estampes du Maître se raréfient de jour en jour, bientôt elles deviendront introuvables, et les prix montent en raison de leur rareté.

Nous allons extraire les morceaux les plus rares et les plus appréciés de cet œuvre magistral entre tous. Disons pour n'y pas revenir qu'elles portent toutes en bas au milieu de l'estampe, le monogramme de l'artiste.

La Vierge recevant l'Annonciation (Barlsch 2). — Debout et de face, les yeux baissés et la tète légèrement inclinée à gauche, la Vierge, la main droite ramenée sur la poitrine et la gauche tombant le long du corps, un livre demi-ouvert entre les doigts démesurément longs, se recueille confuse. Sur le premier plan à gauche, un lys dans un vase.

Ventes : Vico, 700 — Oppermann, 1025 — Ilolford, 2350 — Angiolini, 1512 — De Sallet, 1000, sur papier à la prtitc couronne— Battig, même papier, 1255.

L'Annonciation (.'!). -- Agenouillée à droite de l'estampe près d'une chaise à coussin, la Vierge devant un lit que masque un rideau, la tète nimbée, de face et penchée à gauche, prèle l'oreille à l'ange qui derrière elle vient lui annoncer qu'elle allait être mère du Sauveur. A gauche sur le premier plan dans un vase, un lys; au fond dans un rayonnement, le Père Eternel.

Il existe de cette admirable pièce une des capitales de l'œuvre, de nombreuses copies entre autres par Meckenen.

Ventes : Didot, 820 — Vico, 1375 — Straeter, sur papier au P gothique, 625.

La Nativité (4). — Dans une construction de style ogival en ruines, à droite la Vierge est agenouillée les mains jointes devant l'Enfant Jésus couché par terre ; saint Joseph debout, une lanterne et un bâton de voyage à la main, contemple la scène. Un âne et une vache à droite, à gauche trois bergers, et tout en haut dans le coin droit de l'estampe, des anges soutenant une banderolle.

Pièce admirable — a été copiée.

Ventes : Liphart, 1250 — Didot, 1800 — Griffiths, 235, de chez Bammcvillc était faible — En 1894 par H.-G. Gutekunst, 2064 — Galichon, 1450, de chez Didot — Angiolini, 375 — Battig, 450 papier au P gothique — Schultze, 637 — Prince Waldburg-Wolfegg, 637.

La Nativité (5). — Dans une étable, la Vierge nimbée de profil à droite, les mains croisées sur la poitrine, adore l'Enfant Dieu couché nu sur une botte de paille, l'âne et la vache sont près de lui. Au fond de l'estampe on aperçoit saint Joseph et une femme qui arrivent, dans le ciel trois anges tenant une banderolle.

A été copiée par Meckenen.

Ventes : Didot, 175 — Knowles, 1375 — Vico, 1537.

L'Adoration des Rois (6). — Assise de face à gauche de l'estampe, tenant l'Enfant Jésus nu sur ses genoux, la Vierge abritée sous un édifice en ruines reçoit les Mages venus de l'Orient, l'un d'eux vêtu d'un long manteau est à ses pieds, il vient de lui remettre un coffret précieux qu'elle lient dans sa main gauche. On voit à gauche émerger la tèle de l'âne et de la vache, sur le tout premier plan un chien tourné à gauche, au-dessus du toit une étoile scintillante.

Superbe et très rare pièce. — Les épreuves qui portent le millésime 1482 sont à rejeter impitoyablement, l'artiste qui s'est permis de retoucher la planche usée l'ayant perdue par sa maladresse.

Ventes : Liphart, 812 — Didot, 1700, de chez Esdaile et Thiers — Holford, 875 — L. Galichon, 1750, de chez Didot — Straeter, papier à la petite tète de bœuf, 2325 — Defer Dumesnil, 45 — Schultze, 106.

La Fuite en Egypte (7). — Occupant le milieu de l'estampe, la Vierge montée sur un âne, l'Enfant Jésus sur ses genoux, attend que saint Joseph ait cueilli des dattes aux branches du palmier que les

anges font ployer devant lui pour les mettre à la portée de sa main. A gauche trois lézards, un par terre et deux autres sur le tronc du dattier.

Une des pièces les plus séduisantes de l'œuvre par la poésie de sa composition, ne semble pas appréciée à sa juste valeur, si on en juge par les prix plus que modestes qu'elle atteint aux ventes publiques.

Ventes : Liphart, 1600, sur papier à la petite tète de bœuf — Didot, 490 — Schloesser, 587, sur papier au P gothique — L. Galichon, 1050, l'exemplaire de Didot — Battig, 775 — Reiss, 875, de la collection Scarisbrick.

Le Baptême du Christ (8). — Au milieu de l'estampe, demi-nu dans les eaux du Jourdain, le Christ reçoit le baptême de saint Jean qui, à genoux, lui impose la main droite sur la tête, derrière le Sauveur un ange est debout. Au-dessus de la tète du divin Baptisé, le Père Eternel et le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe.

Il existe une copie en contre-partie.

Ventes : Didot, 180 — Oppermann, 375 — Angiolini, 825 — Battig, 156 — Schultze, 119.

Le Portement de Croix (21). — Succombant sous le poids d'une immense croix, le divin Maître couronné d'épines est tombé, il se dirige vers la droite et est entouré de bourreaux dont l'un à gauche le lire brutalement par la corde qui lui ceint les reins. Devant la croix, près d'un guerrier à cheval, la Vierge aux regards attristés assiste à cette scène cruelle. Sur le premier plan, deux chiens à gauche.

Grande pièce admirable et célèbre à nombreux personnages. L'exemplaire du Département des Estampes est de qualité exceptionnelle. — Plusieurs copies

existent, entre autres par Wenceslas d'Olmutz et van Mcckenen.

Ventes : Liphart, 1250 — Didot, 260, mauvaise épreuve doublée — Schloesser, papier au F gothique, 887 — Griffiths, 800, des collections Scitivaux, Debois et Bammeville — Straeter, 825, papier à la petite tète de bœuf - De Sallet, 2250 — Defer Dumesnil, 235 - Hansen, 76 — Stcrn, 1165, légèrement restaurée.

Le Christ en Croix (21). — Le divin Sauveur de face est crucifié, à gauche la Vierge défaillante est soutenue par saint Jean, deux saintes femmes sont près d'elle. A droite, vu de dos et assis par terre, un de ses bourreaux l'injurie la main droite levée vers lui, du même coté un groupe de soldats, dont l'un porte une éponge au bout d'un long bâton. Au fond, des montagnes; à terre, sur le premier plan à gauche, une tète de mort.

Ventes : Liphart, 1125, papier au P gothique — Didot, 255 — Holford, 1150 — En 1894 par H.-G. Gutekunst, 1762 — L. Galichon, 660, de chez Alferoff — Straeter, 519, papier à la petite tète de bœuf.

Jésus-Christ en Croix (25). — Au milieu de l'estampe, le divin Sauveur vient d'expirer sur la croix, la tête est retombée sur la poitrine, quatre anges recueillent dans un calice le précieux sang qui coule des mains, du côté et des pieds. A gauche, la Vierge debout, les bras croisés sur la poitrine, la tête baissée ; à droite, saint Jean prie un livre fermé entre les mains. Au pied de la croix, un tibia, une tète de mort ; au fond, des arbres, collines et maisons.

Très rare et merveilleuse pièce. — Une épreuve unique sans doute, avant que le feuillage de l'arbre s'étendant sur le bras de la Vierge à gauche ait été effacé, figurait à l'exposition Dutuit en 1869.

Ventes : Didot, 1950 — Vico, 1487 — Holford, 1650 — En 1894 par H.-G. Gutekunst, 1937 — L. Galichon, 830, de chez Didot — Reiss, 2375, de la collection Festetics.

Jésus-Christ en jardinier apparaissant à la Madeleine

(26). — Agenouillée à la gauche de l'estampe sur un tertre, sainte Madeleine de profd à droite étend la main vers le Christ qui lui apparaît à droite, tenant un étendard. Au fond, une haie, un arbre et des collines.

Il existe des copies.

Ventes : Didot, 710, de chez Marshall — Fischer, 950 — Angiolini, 812.

La Vierge au Perroquet (29). — Vue à mi-corps la Vierge soutient devant elle, assis sur un coussin, l'Enfant Jésus nu, il a un perroquet sur la main gauche et une poire dans la droite. La Vierge de sa main droite feuillette un livre appuyé tout à fait à gauche sur le mur.

Plusieurs copies, une entre autres de Weneeslas d'Olmutz. — Cette estampe est la première qu'ait gravée le Maître, dit le docteur Alfred von Wurzbach, dans son intéressant travail sur l'artiste.

Ventes : Didot, 310 — Schloesser, 762 — En 1886, à la vente des doubles de Berlin, il9.

La Mort de la Vierge (33). — Sur un lit à baldaquin dont le rideau de gauche est relevé, la Vierge de face est couchée agonisante, le corps légèrement soulevé par des coussins placés derrière elle ; les

apôtres l'environnent et saint Jean qui est à droite se penche vers elle et lui met un cierge dans la main droite. Sur le devant du lit, à terre un riche chandelier ciselé; à gauche, deux apôtres agenouillés lisent dans un livre de prières sur lequel l'un d'eux a posé ses lunettes.

Nous considérons cette pièce comme une des plus belles de l'école allemande, elle est extrêmement recherchée et de composition magistrale.

E. Galichon, dans la Gazelle des Beaux-Arts de septembre 1859, en donne les états suivants1 :

1" état — Avant le trait échappé qui coupe le pied du second personnage

agenouillé ù droite.

2,¥ état — Avec ce trait.

3« état — La planche est brutalement retouchée en maints endroits,

notamment sur la ligure de l'apôtre qui est le plus près

du trait carré à gauche.

Ventes : E. Galichon, 1305 — Liphart, G312, sur papier à la petite tête de bœuf — Didot, 2000 ; elle provenait de chez Camberlyn où elle avait été adjugée 455, elle faisait primitivement partie du cabinet Brisart et avait quelques petites restaurations — Knowles, sur papier à la petite tête de bœuf, 750 — Scbloesser, 0262, de chez Liphart — Oppermann, 1510 — Griffiths, 1237, de chez Brooke — Des doubles de Berlin, 755 — Fischer, merveilleux exemplaire sur papier à la petite tète de bœuf, provenant de chez Hawkins, 7500 — L. Galichon, 105, de chez E. Galichon — Angiolini, 375 — Straeter, sur papier à la petite tête de bœuf, considéré comme probablement le plus bel exemplaire connu, la perle de la collection, 6000».

La Tentation de saint Antoine (47). — Il est enlevé dans les airs par des démons aux formes fantastiques; pendant que les uns cherchent à lui arracher ses vêtements, d'autres armés de hâtons et de massues vont le frapper; il demeure impassible. A droite un bout de rocher.

Pièce capitale et très rare, copiée par Meckcncn et Bocholt. On raconte — ce qui nous paraît terriblement fantaisiste — que Michel-Ange fut tellement impressionné par la beauté de cette pièce qu'il s'en inspira pour son tableau. — Le lir état est avant les tailles croisées dans le ciel.

Ventes : Liphart, 4350 Didot, 1" état, 1100 — Knowles, 1200, de chez Didot — Griffiths, 470, avec les témoins ; elle provenait de la vente Yischer où, en 1852, elle avait été adjugée, fait curieux a enregistrer, 540 - Fischer,

1 Nous Ferons remarquer que le Maître comme 'lu reste tous les Primitifs et il peut presque être considéré comme tel n'avall jamais pour ainsi dire (fêtais.

3 Un exemplaire au moins aussi beau futadjugén la vente Arozarena 2700 francs; il venait de chez John

en un l" état non décrit, c'est-à-dire avant que la draperie sur la hanche droite du saint ne soit terminée et avant les taches noires sur l'aile droite du démon, etc., 1125 — Angiolini, 600 — Straeter, 2125; exemplaire éblouissant — Battig, 1035, de chez Alferoff.

Jacques le Majeur (53). — Combat de guerriers à cheval et armés de lances dans un défilé montagneux ; le Saint Patron de l'Espagne, presque au milieu de l'estampe, est aussi à cheval, il se dirige vers la droite brandissant son glaive de la main droite, il excite ses soldats contre les Sarrazins. Au tout premier plan à gauche, un cheval couché dont la croupe non terminée est vierge de failles, ainsi qu'un bouclier qui est à terre, et qui est resté blanc. Au milieu de l'estampe, sous le cadavre d'un soldat gisant à terre décapité, le monogramme.

Grande pièce d'une insigne rareté. — Au 2« état, un artiste inconnu a placé dans le ciel an cartouche, revêtu d'une inscription. — On croit communément que cette estampe est la dernière du Maître, se basant sur ce fait, qu'elle n'est pas terminée, ce qui n'est point une preuve.

Ventes : Didot, 200 — Holford, 1275 — Angiolini, 1832.

La Véronique (66). — Debout et de face, les bras écartés tenant le voile où est empreinte la face du Sauveur, la sainte coiffée d'une sorte de turban porte la tête légèrement inclinée à gauche.

Il existe des copies de cette petite pièce, qui n'est intéressante que par son extrême rareté.

Ventes : Didot, 705 — L. Galichon, 340.

Le Petit Sauveur (67). — Debout et laissé demi-nu par l'envolée du manteau qu'il a sur l'épaule, l'Enfant Jésus bénit de la main droite, portant un monde dans la gauche.

Petite pièce tout à fait insignifiante mais rarissime, a été copiée par Meckenen.

Ventes : Didot, 50 — Dans les doubles de Berlin, 1250.

L'Homme de Douleur (69). — Vu dans l'encadrement d'une fenêtre de style ogival, le Christ est debout de face, la tête dans un rayonnement est couronnée d'épines, le torse est nu et les bras sont croisés sur la poitrine ; à gauche la Vierge de profil à droite pleure, à droite saint Jean un livre entr'ouvert dans la main droite, soutient le

coude du Christ de la main gauche ; au-dessus de ces trois personnages des anges prient. Sous l'entablement de la croisée indiqué par un pointillé espacé, le monogramme.

Dans le 2* état, la planche ayant été rognée, le monogramme a disparu et a été reporté prés du pan du vêtement de la Vierge. — On suppose que cette estampe est la seconde qu'a gravée l'artiste.

Ventes : Didot, l»r état, 1055 ; 2- état, 100.

Dieu couronnant la Sainte Vierge (72). — Assis sur un trône, la tète dans un intense rayonnement, le Christ de profil à gauche, le monde sur ses genoux, un sceptre dans la main droite, pose la couronne sur la lète de la Vierge qui, velue d'un long manteau, est agenouillée à gauche les mains jointes et la tète nimbée. Derrière elle un ange debout appuie son avant-bras droit sur le montant du trône, afin d'arranger le coussin qui y est placé.

Admirable estampe, une des plus belles de l'œuvre.

Ventes . Liphart, 500 — Didot, 220 — Schloesser, exemplaire de tonte beauté, avec des barbes dans les ombres, sur papier filigrane aux armes avec trois fleurs de lys, 1937 — Aux doubles de Berlin, 519 — L. Galichon, 600, provenant de la collection Debois où elle fut adjugée 350; elle sortait de eliez Hobert-Dumcsnil — Straeter, toute première épreuve, avant toutes retouches, particulièrement sur les mains et la robe de la Vierge, 2937; provenait de chez Schloesser ; on la considère comme une des plus belles connues.

La Crosse (106). — Dans la volute complètement fermée de la crosse, la Vierge aux longs cheveux épandus sur le dos est assise tenant l'Enfant Dieu debout et nu sur ses genoux; à gauche un ange joue de la guitare, à droite un autre de l'orgue. Sous le pied de la Vierge un petit cartouche resté blanc. Dans un des pans du fût de la crosse très bas et à peine visible, le monogramme.

D'une insigne rareté.

Ventes : Didot, 1210 — Vico, 2125, sur papier au F gothique.

L'Encensoir (107). — Le litre nous dispense de toute description. A été copiée par Meckencn.

Ventes : Didot, 250; était remargée — Vico, 1187, sur papier à la haute couronne — Angiolini, 062 — De Sallet, 1000, même papier — Battig, 50G, papier à la petite tète de boeuf.

Notons pour en terminer: La série bien connue des Vierges qui comprend :

cinij Vierges sages, six Vierges folles, toutes en pied, sauf une des Follet qui

est à mi-corps. Le mouvement de la lampe qu'elles portent à la main indique les cascades de leur vertu, et la couronne jetée à terre la perte de leur innocence ; pièces bien insignifiantes ainsi que : Deux Hommes marchant de compagnie (B 90) et Les Cochons (B 95), toutes deux de la dernière rareté, adjugées à la vente Didot, la première 615 francs, la seconde 755, prix absolument ridicules. — Le Maître a aussi gravé d'admirables rinceaux d'ornements.

STOSS (Veit)

Né à Cracovie en 1447, mort à Nuremberg en 1542 (?) Il appartient à l'école de la Haute-Allemagne ; son œuvre — une douzaine de pièces — est extrêmement rare. D'une grande finesse, mais sans sécheresse cependant, ses estampes, souvent mal dessinées, ont leurs contours très accusés. Il signe généralement d'un monogramme qui affecte quelques légères modifications, se composant toujours d'un F gothique et d'un S ordinaire entre lesquels est une marque de tailleur de pierres.

La Vierge près du Corps de Jésus, derrière elle saint Jean

(Bartsch 2). — La Vierge vue de profil, embrasse le corps du Sauveur qui vient d'èlre descendu de la croix, elle le soutient de la main droite. Saint Jean vêtu d'un ample manteau, enlève la couronne d'épine du divin Crucifié. En bas presque au milieu de l'estampe, le monogramme de l'artiste, la lettre S est renversée.

Un exemplaire de cette pièce superbe, qui est de la dernière rareté, fut adjugé à la vente Angiolini 3387 francs.

A signaler encore : La Vierge debout avec l'Enfant Jésus (3).

WEGHTLIN (Hans ou Johann)

On ne sait rien ou fort peu de sa vie. Il travaillait à Strasbourg de 1510 à 1520 et il y mourut.

C'est cet artiste extrêmement remarquable pour lequel l'Allemagne revendique l'honneur de l'invention des clairs-obscurs.

On le nommait aussi souvent le Maitre aux bourdons croisés ou Pilgrim, qui veut dire Pèlerin, parce que le bourdon est le bâton de voyage sur lequel s'appuie le pèlerin, et qu'il se servait de ce signe, qu'il plaçait entre les lettres Io et V.

Il ne procédait pas pour ses clairs-obscurs par teintes, comme Ugo da Carpi, mais bien par hachures superposées.

Une étude intéressante a été publiée sur ce Maître par von H. Loedel en 1863.

Son œuvre est très rare et du plus haut intérêt ; il fait quelquefois songer à celui de Balduns.

La Vierge assise dans un jardin (Bartsch 2). — La Vierge tient sur ses genoux l'Enfant Jésus qui feuillette un livre ; à leurs pieds s'ébattent trois lapins. Au-dessus d'eux dans le ciel, deux anges soutiennent une couronne. Au milieu de l'estampe la mer, à droite rochers et château fort, à gauche arbres et rochers.

Il existe au Département des Estampes un exemplaire merveilleux de ce rarissime clair-obscur à deux planches; il est d'une conservation telle, qu'on le dirait sortant de la presse. — A la vente Didot, une épreuve portant la signature de Mariette fut payée 610 francs.

La Tête de Mort (B 6). — Elle est de face et placée dans une sorte de niche rectangulaire avec cette inscription au-dessus : Mundanae foelicilatis gloria. Sur un entablement et de chaque côté de la partie cintrée qui y figure, deux Amours sont assis ; celui de gauche semble pleurer. En bas à gauche, le monogramme.

Clair-obscur à deux planches, d'une insurpassablc rareté ; un exemplaire, vente Didot, adjugé 1 180 francs.

Orphée (B 8). — Assis de face, nu et regardant à gauche, il est entouré de bêles fauves, cerfs, biches, oiseaux qu'il charme au son de son violon. En haut au milieu et au-dessus de sa tête, dans une tablette : Orpheus vales. En bas à gauche dans un oval, le chiffre.

Supcrhc clair-obscur très rare à deux planches.

Ventes : Didot, 250; il provenait de la vente Vischer en 1852, où il fut adjugé 31 — Grifliths, superbe épreuve, 1775, de la collection Hcckford.

Alcon de Crête (B 9). — Dans la campagne, Alcon vient de délivrer son fils d'un serpent monstrueux qui le tenait enlacé sur le bord d'un ruisseau, en le tuant d'une flèche qui lui traverse la télé. Dans l'arbre au pied duquel est Alcon, une (ablette est suspendue par un ruban avec une inscription commençant par: Alcon empiétas. . . En haut, une autre tablette avec un texte latin explicatif. En bas à gauche, un cartouche entre les jambes d'Alcon avec le chiffre du graveur.

Clair-obscur à deux planches, aussi rare (pie les précédents.

Ventes : Didot, 780, du cabinet Mariette - Hulot, 800 — Holford, 325 — En avril 1894 par H.-G. Gutekunst, 312.

Un Cavalier armé de toutes pièces (B 10). — Il est accompagné d'un hallebardier qui est à pied. En bas, le monogramme.

Clair-obscur à deux planches, très rare. Ventes : Didot, 245 — Defer Dumesnil, 400.

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