LAFFITTE
Le Soir à Ault-Onival. — La lune à l'horizon; à droite des collines, des barques qui rentrent ; le ciel s'est dégagé, clair audessous «le la lune qui se reflète dans l'eau, la înoiianl d'argent.
Eau-forte en couleurs imprimée dans la gamme bleue; 60 épreuves.
Portrait de sa Mère. — A mi-corps et de face, la lète enveloppée d'une sorte de mantille à peine indiquée, les yeux légèrement clignotants, le chef un peu incliné à droite, le modèle regarde devant lui.
Belle pièce excutée au repérage.
LAING (Frank)'
Le Grand Bassin à Anvers. Sur le premier plan à gauche, un chaland ; au fond, occupant le milieu de l'estampe, un grand bàlimenl ;
.i droite, des navires el des maisons. Dans le coin gauche inférieur:
(iront! bassin Anvers. F. I.
< l>riiilrr-griivrur rcossnis.
Quai de la Râpée. — A droite, vapeur et chaland au quai ; au fond, un pont, et à gauche, des maisons.
Vue générale d'Anvers. — Occupant tout le premier plan, l'Escaut et des roseaux ; au tond de l'estampe, la ville d'Anvers. Dans le coin inférieur droit : Anvers. Frank Laing 1S94.
Rue du Commerce à Dundee, Ecosse. — La rue avec son mouvement d'allées et venues; à l'extrémité de celle-ci, la mer, avec un bateau à vapeur, forme le fond.
Petite pièce extrêmement blonde et curieuse, dans laquelle le cuivre a été à peine égratignè, c'est une esquisse, une simple indication pourrait-on dire!
Sur l'Escaut. — Le fleuve avec ses roseaux et ses plantes aquatiques ; au fond à droite, un bouquet d'arbres.
The Tidal bassin. Dundee. — Un bassin à flot avec ses steamers au milieu et ses constructions au fond ; sur le premier plan, un canot à l'arrière duquel est assis un homme de profil tourné à gauche ; à droite, presque à toucher ce canot : F. Laing.
Citons encore : Aiilcuil — L'Eglise de Saint-Aignan à Chartres — Les deux Moulins à Charcnton — Tayport luirbour — Edinbury Castle — Louise (pointe sèche) — Le Modèle (pointe sèche) — Les Forges d'Ivrg — Sainl-Etienne-du- Mont — La petite Eve (pointe sèche) — Porta delta Caria, Venise, etc., etc.
Toutes ces eaux-fortes sont traitées avec infiniment de légèreté, elles n'en sont pas moins très solides et très colorées; la distinction de métier de leur auteur les rend très séduisantes, et dans une exposition il est impossible de passer devant elles sans s'y arrêter. — En novembre 181)8, il y eut chez Ilessèle une exposition très complète de tout ce qu'avait à peu près fait l'artiste à cette époque, on avait réuni là 73 numéros.
LALANNE (Maxime)
Né à Bordeaux le 27 novembre 1827, mourut à Paris le 6 août 1886. Ce fut un très fin et très distingué graveur d'architecture et de paysages aux horizons brillants et clairs, il avait un sentiment très exact de la perspective, et quelques-unes de ses eaux-fortes sont presque aussi jolies que des Seymour Haden. Le Département des Estampes possède un œuvre '
! Mais le plus lieau est à la Biafiof/irifii? île Sew-York, 330 pièces données par M. Averr.
très remarquable du bel artiste disparu, il lui fut donné par sa veuve. La première page de ce volume donne la nomenclature (les pièces qui y sont contenues — 150 en états divers — avec des numéros d'ordre, ce sont ces numéros dont nous nous servirons pour les pièces que nous allons décrire ou simplement mentionner.
Il y eut plusieurs expositions de l'œuvre du Maître : la première eut lieu le 5 juillet 1.S74 dans la galerie du Cercle artistique et littéraire, au 29 de la Chaussée-d'Antin ; la seconde, dans la même année, à Bordeaux; la troisième, à Marseille, en 1875, et enfin une dernière chez F. Keppel, à New-York, en février 189G. Il devait y en avoir une à Londres en 18SG, mais elle n'eut pas lieu, l'artiste étant décédé précisément à cette époque. Du reste, les maîtresses pièces qui y devaient figurer furent acquises par Keppel à Mme Lalanne, et on les retrouva à l'exposition de 1896 que nous venons de mentionner plus haut. — Voir II. Béraldi, tome IX, Paris 1889.
Rue des Marmousets ', 1863 (1). — La rue étroite avec ses hautes maisons, au fond de laquelle on aperçoit quelques personnages ; sur le tout premier plan, au milieu de la rue, une femme vue de dos, et près d'elle à droite, un petit coq. Dans le bas du coin droit, dans la partie gravée : Lalanne.
La pièce est superbe mais à la condition de l'avoir en l«r état, c'est-à-dire avant toutes lettres et avant ta légende : C'est de tems immémorial...
Vue prise du pont Saint-Michel (6). — De ce pont, on aperçoit au fond de l'estampe le Pont-Neuf et le Louvre; au premier plan à gauche, en contrebas sur le quai, des pêcheurs à la ligne. Toute la partie droite des quais est éclairée ; celle de gauche est dans l'ombre. Dans le coin inférieur gauche : Lalanne.
A avoir avant toutes lettres — comme, du reste, toutes les eaux-fortes <\u Maître - celles publiées par Cadart ou autre iwee la lettre sont absolument sans valeur. Cette pièce est peut-être la plus belle de l'œuvre, elle est de premier ordre.
Démolition de la Rue des Ecoles (7). Au fond de l'estampe,
de hautes maisons dont certaines sont violemment éclairées; sur les premiers plans, charrettes, pierres, etc. A droite, sur un mur qui est dans l'ombre, on lit : Manuel de la gravure éi Veau- forte*.
1 Notons également /." Rue tic i,i Tonnellerie, maison <l<* Molière.
' Nous croyons, sans cependant rafHnneri irue celle légende n'exltte pas au 1" etni.
Bordeaux (8). — Tout le premier plan est occupé par la Gironde avec ses navires ; au fond, la ville se silhouette avec ses quais. Sur le premier plan à droite, une guérite près d'une construction en bois.
Mentionnons encore comme très remarquables: Richmond (?) — Démolitions pour le percement du boulevard Saint-Germain (2) — Bords de la Tamise (54) — La Seine à Bezons (57) — A Barcelone (00) — Dans le Port de Bordeaux (61) — A Cussct (Allier) (62) — A Conccrncau (i)G) — A Troiwillc (99) — Rue de Morlaix (106) — Vieux Quartier de Vitre (125) — Port de Troiwillc (132 et 139).
La vente de l'atelier de l'artiste eut lieu le 11 juin 1888. Une autre vente eut lieu en mars 1890, son œuvre grave sur papier du japon, environ 173 pièces, fut adjugé 1000 francs.
LATOUCHE (Gaston)
La Grève des Mineurs. — Une foule d'ouvriers, hommes et femmes, viennent de quitter les usines que l'on voit à gauche ; un travailleur porte un petit drapeau sur lequel est écrit : Du pain. Dans le bas à gauche : A Emile Zola.
La dédidace : .1 Emile Zola n'existant qu'au 1" étal, c'est avec cette mention qu'il faut avoir la pièce, c'est-à-dire avant qu'elle n'ait disparue sous les nouveaux travaux qui ont assombri la planche. C'est à l'occasion de Germinal que M. Latouche a exécuté cette pointe sèche qui, fort belle cl tirée seulement à 10 exemplaires, est par conséquent extrêmement rare.
LEANDRE (Charles)
Séverin dans " chand d'habits ". — Le marchand d'habits appuyé sur son bâton, un ballot sur l'épaule, débouche du fond de la rue à gauche, se dirigeant à grands pas vers Pierrot qu'il ne voit pas encore et qui est là, pendu à un réverbère, vêtu de blanc et coiffé de son serre-tête noir; il est fortement éclairé par la lumière du bec de gaz qui se devine au fond de la ruelle sombre. Dans le bas du coin gauche : C. Léandre 96.
C'est à coup sûr un des pins beaux morceaux de noir et blanc de notre époque; celte lithographie, traitée avec une étonnante sobriété, est absolument saisissante ; on ne peut la voir s;ms s'y arrêter longuement.
Le Banc d'Œuvre. — Assis sur un banc d'église, un vieil homme de profil à droite ; devant lui, assis également, son compagnon à lunettes qui s'est endormi un livre entrouvert sur ses genoux. Dans le coin gauche inférieur: C. Léandre 97.
Admirable estampe, d'une magistrale allure, qui classe l'artiste hors de pair.
Vierge Normande. — A mi-jambes de trois quarts à droite, une plantureuse et jolie lille est debout, les yeux baissés, sa fine tête aux bandeaux plats est légèrement inclinée à gauche, la chemisette qui a glissé laisse voir le sein droit et le bras complètement nus; un Amour est au-dessus d'elle. Dans la marge de droite, croquis de tète, et dans le coin droit inférieur, un curé se dirigeant vers la droite ; enfin dans la marge du bas, très discrètement esquissé, un troupeau avec son berger et son chien; le soleil sombre à l'horizon.
Si Léandre a du sang de romantique dans les veines, il a aussi et surtout du sien propre, et ses lithographies, douées et vaporeuses comme des cheveux de femme, ont — dans l'impeccabilité de leur dessin — quelque chose de Qottant et d'enveloppé qui donne à l'œil In sensation (pie produirait à la main un cchcvcau de soie.
Signalons encore : Le Modèle — La Femme au Guerrier. — Lire dans La lievue Illustrée le numéro du 15 mai 1002, d;ins lequel un délicat de la plume, M. Féli Gautier, a su mettre en relief, dans un slylc plein de couleur, la jolie figure d'artiste qu'est Léandre. N'oublions pas de mentionner encore à ceux qui collectionnent les adresses, celle charmante qu'a faite l'artiste, pour M. Louis Bonny, le distingué joaillcr expert prés de la Cour d'appel, 23, rue de Clichy : Une jort jolie femme au corsage noir décolleté, assise de l'ace (levant une table chargée d'objets d'art précieux.
Lire le numéro de L'Album consacré à l'artiste, avec préface de Lucien Puech, ainsi que celui de La lievue Illustrée du lô mai 1002, avec note de Féli Gautier.
LEGRAND (Louis)1
L'Heure de la Chauve-Souris (Hamiro l.">). Dans une immense plaine labourée, un vieux paysan s'achemine vers la gauche, la faulx
' Nous recommandons d'une façon absolument particulière le beau catalogue Illustré qu'a consacre à l'artiste M. E. Hamiro. Paris. II. Floiiry, 18%; c'est un modèle du genre, tnut par sa science que par ^'>n esprit. Le classement très rationnel se décompose ainsi : Les Rustiques Les Fémintnci Les Fantaisistes Les Danseuses Les Mystiques — Illustrations et vignettes diverses Lithographies. Il y a là ll2numéros décrite) loul rceuvre de l'artiste |usqu'cn 1896. Toutes nu presque loutcs les estampes du Mai ire sont des eaux-fortes aquatinlées • 11 ii"ii mi en couleur.
sur l'épaule ; une fillette à sa droite l'accompagne, une serpe à la main ; elle est penchée en avant, fléchissant sous le poids d'un gros hallot d'herbes coupées qu'elle porte sur le dos ; la nuit tombe. Derrière eux, vient voleter la chauve-souris. Au tond de l'estampe, se profilent à l'horizon un clocher et des chaumières.
Au 2= état seulement apparaît la chauve-souris, et au 3^- et dernier, dans l'intérieur même de l'estampe en bas à droite, la remarque volante, un lièvre s'enfuyant vers la droite.
On entend par remarque volante, une remarque qui n'est point gravée sur la planche originelle — comme cela a lieu habituellement — mais bien sur un cuivre ou zinc mobile, petite plaque généralement épaisse de quelques millimètres, qui permet de varier la place où on l'imprime. La remarque volante produit toujours par la pression, au verso du papier, comme une sorte d'estampage ou de gaufrage, parce que généralement on coupe le cuivre au ras du trait extérieur que délimite le motif sans laisser de témoins. — 3 étals.
La planche appartient à M. Gustave Pellet, éditeur.
Corruption (30). — Une femme nue, vue de dos, s'est agenouillée craintive, mais confiante dans la séduction de ses charmes, devant un juge d'instruction revêtu de sa robe et coiffé de sa toque ; il est assis, la main gauche sur le code, ses genoux frissonnent au contact de la tête de la jolie pécheresse qui s'y est venu reposer. A gauche, le Christ apparaît nimbé. En bas à droite : Corruption et les initiales L. L. — 3 états.
Premier Pas (46). — Une porte s'ouvre à droite, livrant passage à une vieille femme tenant dans la main droite un petit sac ; une adorable fillette habillée en danseuse la précède, le bras droit de l'enfant, allongé et raidi contre la porte, semble barrer le passage à la vieille. A droite, au bas de la porte : Louis Legrand, et plus bas encore du même côté, parallèlement au trait carré à l'intérieur de l'estampe : Première leçon '. — 4 états.
Le 1er état est avant la serrure et /« signature. — Cette pièce, ainsi que les trois suivantes, l'ont partie d'une charmante série de douze, dites : Les Petites du Ballet !, dont voici les titres : Le Premier Pas — La Fille à su
1 M. Ramiro indique : Premier Pas ; notre exemplaire porte : Première Leçon.
* Ces douze eaux-fortes ont été tirées avec remarque à 25 exemplaires au prix cie jOO francs par l'éditeur G. Pellet; elles sont depuis longtemps épuisées et devenues presque introuvables aujourd'hui, tant a été grand leur succès au moment de leur apparition.
Tanlc — Les Mioches — A la Barre — La Monte Terpsichore — Devant la Glace — On se tourne — On se retourne — Arabesque ouverte — En nage — L'Habillage — 3« acte, scène S, i* tableau de je ne sais quoi.
La Fille à sa Tante (47). — A genoux sur un canapé, les jambes complètement repliées sous elle et absolument tournée à droite, une iillette suce un sucre d'orge ; un violent coup de lumière éclaire la portion de son front et de sa chevelure au-dessus de l'œil gauebe. La tante, au second plan et dans l'ombre, est assise près d'elle et tricote. Dans le liant du coin gauche : Louis Legrand. — f> états '.
Les Mioches (48). — Deux adorables petites iillcs assises sur un canapé ; celle de gauebe étend sa jambe droite sur le bras de ce siège, l'autre a ses jambes ramassées sous elle en tailleur. La signature : Louis Legrand, et la légende : Les Mioches. - 10 états s.
Devant la Glace (ôl). - Deux danseuses debout de profil à gauebe, achèvent de s'habiller. Celle du premier plan serre la coulisse de son corsage ; la seconde ramène les deux bras derrière sa tète pour arranger son chignon. En bas dans le coin gauebe, vue de dos, une femme en toilette de ville, coiffée d'un chapeau à plumes, se regarde dans une glace et avec son mouchoir arrange le carmin île ses lèvres. En bas dans le coin gauebe : Louis Legrand, et à droite la légende : Devant la Glace '. — 7 états.
L'Ami des Danseuses (<>.'!). — Au milieu de l'estampe, de trois quarts à droite, le vieux maître de ballet est assis, le violon appuyé sur la cuisse droite, il raconte quelques gaudrioles sans doute aux deux danseuses qui, assises à droite sur un canapé, se penchent en avant, le regardent et l'écoutent d'une oreille attentive; elles sont fortement éclairées. 2 états ♦.
1 M. luuniro n'en signale que quatre, parce qu'il omet de mentionner celui où la remarque / ne dame et an monsieur monocle dans l'a>it gauche, est supprimée el remplacée pur lu légende : La fille u ta tante.
* La remarque <-si : /.<- lieutenant Goguel fumant sa pipe, a l'avant-dernler état,
i i:i remarque esl : Une pâtre de chauisom, n l'avant-dernier état,
' Nous rmyuns, -.uns imiu luis l'uiiinni'i . qu'il existe encore d'autres états que les deux seuls mentionnés par .M. Raniiro, N'uus possédons un ,1, / . , (, nipiafrei awinl la signature ri nvec lu remarque i>o/,m/.' d la tite d'éléphant.
Mater Inviolata (63). - Une mère de profil à droite avance tendrement ses lèvres sur la joue droite du bébé qu'elle tient entre ses bras. L'enfant est de trois quarts à gauche et l'une de ses petites mains s'appuie sur le cou de la maman. A droite, les initiales de l'artiste : L. L. — 9 états.
La planche appartient à M. (1. Pellet. — Cinq épreuves ont été acquises par l'Etat pour des Musées.
Le Fils du Charpentier (07). — A droite, debout et vu de dos, un charpentier en vêlements de travail troués et rapiécés, la scie reposant à terre le long de la jambe droite, contemple son jeune fils nu que sa mère tient devant lui, demi-couché sur une pile de planches. Un arbre à l'épais feuillage croît à l'angle de la maison qui est derrière eux. Au second plan, un cheval paît dans la prairie, tandis qu'à l'horizon se profile un village sur une colline. La femme est nimbée, une mèche de cheveux noirs s'épand sur son épaule droite, la gauche sur laquelle la chemise a glissé est nue, son regard exprime l'extase. — 10 étals.
11 existe des épreuves avec une remarque, sur cuivre mobile, occupant toute la largeur de l'estampe, représentant une charrue et des moutons.
La Divine Parole (68). — Le Christ est assis à droite de l'estampe de profil à gauche ; près de lui, deux femmes, l'une est couchée à ses pieds, l'autre presse sa main droite qu'elle baise avec amour. Au fond, deux cygnes glissent majestueux sur la surface d'un lac ; dans le ciel à gauche, une éclaircie. — 7 états.
M. Ramiro nous apprend que G. Pellet, à qui appartenait la planche, en a fait les tirages suivants :
15 parchemin, sans remarque, à 300 francs — 20 japon, sans remarque, à 200 francs — 10 hollande, sans remarque, ù 200 francs, et enfin 50 hollande, avec remarque, à 150 francs.
Spleen. — Assise sur un sopha de trois quarts à droite, près de la balustrade d'un balcon, le coude gauche appuyé sur un coussin, le bras droit allongé le long du corps qu'il soutient sur ce siège, en faisant saillir l'épaule, une jeune femme, l'air profondément mélancolique, semble rêver. Le sein droit est nu et derrière la tête légèrement rejetée en arrière, on dislingue les feuilles d'un palmier. La
femme regarde de face. Dans le haui du coin droit, des toits, des cheminées et l'église du Sacré-Cœur avec ses échafaudages. A gauche dans le coin inférieur : Louis Legrand.
Nous ne pouvons indiquer de numéro d'ordre pour cette pièce qui est postérieure au catalogue lîainiro. Il existe îles épreuves en noir et en couleurs; ces dernières sont extrêmement curieuses, le coussin et la jupe ont le nacré et le chatoiement de la soie, nous avouons ne connaître aucune estampe donnant à l'œil une sensation aussi sincère dans le rendu de l'étoffe.
Beau Soir. — Sur le bord de la mer qui s'étend à perte de vue devant elle, une femme de marin, de profil à droite, donne le sein à l'enfant qu'elle lient demi-nu sur ses genoux ; son mari, coiffé d'un béret, se penche vers elle pour l'embrasser ; près d'eux, une vache. Dans le bas du coin gauche de l'estampe, un losange, dans lequel est le monogramme de l'artiste accompagné d'une étoile à droite '.
Pièce admirable, d'une poésie douce et pénétrante, gravée en 1900. LU chef-d'œuvre! épuisé quelques jours après son apparition.
Joie maternelle. - Une femme du peuple, en coiffe, vue à micorps et assise de profil à droite, sent' dans ses bras, en l'embrassant follement, son tout jeune enfant ; le visage souriant du bambin qui regarde de face est violemment éclairé.
Le Calvaire. La tête à gauche dans un rayonnement, le Divin Crucifié est tombé à la renverse, les bras étendus ; il est soutenu par sa Mère qui se penche sur lui ; la poitrine du Sauveur des hommes
est violemment éclairée; par terre, à gauche, la couronne d'épines.
Une épreuve d'un tirage exceptionnel figurait en 1903 au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts et captivait tous les regards.
Signalons encore, dans des ordres d'idées bien différents, les pièces
suivantes :
Avant, on j'ai peur qu'on nous voie Après La Femme au Parapluie Réflexions indiscrètes Le Travail et ta Paresse — Beauvoir — Profils Parisiens*. Mentionnons également la délicieuse carte d'invitation que l'artiste adressa à ses amis lors de l'exposition de son œuvre chez Bing, en
■ C'est une .!.••. premlèroi pièces où appui ill cette signature monogramme; l'arUilc avait auparavant coutume d'écrire son nom en entier.
i m ni ni s. a, ni .1,- la Société Nationale en 1903; ri1 n'est qu'au :t étal que la femmi renvoie la fumés de sa cigarette.
avril 1896, qui représente : une mignonne danseuse de 7 à 8 ans entourant de ses petits bras une colonne, toute intimidée de la venue de deux pompiers de service qui lui adressent la parole; devenue très rare.
Terminons en disant que Louis Legrand est un des artistes les plus en vue de notre époque et que son œuvre, d'une haute et puissante saveur, parle assez éloquemment par lui-même sans qu'il soit besoin d'y ajouter des commentaires qui n'en sauraient augmenter la portée.
Bien qu'en dehors de notre sujet et du but qui nous occupe, nous nous permettrons de signaler ici de l'artiste deux des plus curieuses, des plus admirables et des plus extraordinaires publications de notre temps, la première surtout :
Le Livre d'Heures', petit in-4° contenant 13 eaux-fortes et 200 dessins dans le texte.
Tiré à 160 exemplaires numérotés: 250 francs (épuisé).
La Faune Parisienne, in-4° contenant 21 eaux-fortes — 10 en couleurs au repérage, 7 a la poupée, 4 en noir — plus 40 dessins sur bois dans le texte.
Tiré à 130 exemplaires numérotés : 500 francs.
Tout ce primitif du XIXe siècle, comme l'appelle M. Ramiro, est dans ces pages qui eussent a elles seules suffi pour l'immortaliser. Nous recommandons d'une façon toute particulière aux amateurs, les pièces que nous venons de mentionner et surtout Le Livre d'Heures qui est vraiment une magistrale chose.
LEGROS (Alphonse)
Thomas Carlyle (Malassis 33). — Vêtu de noir de face et à mi-corps ; le nez, les pointes de la barbe, le côté gauche du col ainsi que la mèche de cheveux qui est sur la tempe sont vivement éclairés; le personnage a la main droite appuyée sur le cadre qui l'entoure.
Ce portrait est une aquatinte ; il en existe un autre où le modèle est c'ôitfé d'un chapeau à large bord, c'est une eau-forte teintée et reprise à la pointe sèche.
Cardinal Planning (43). — A mi-corps, de trois quarts à droite et regardant dans cette direction, le vénérable prélat tient dans ses deux mains appuyées sur une balustrade un livre entr'ouvert.
L'esquisse île cette estampe a été gravée à l'eau-forte et terminée à la pointe sèche. Il existe trois états ; le 2e a été tiré à 100 épreuves par W. Thibaudeau, à Londres, où l'artiste habite depuis 18G3.
' Gustave Pellet, éditeur de ces deux volumes, ci-devant 9, quai Voltaire, et actuellement 51, rue Le Peletier, s'est t'ait une spécialité de l'œuvre de l'artiste ; c'est à sa grande obligeance que nous devons d'avoir pu réunir ici les renseignements que nous venons de donner, aussi l'assurons-nous de notre vive gratitude.
Procession dans une Eglise espagnole (49). -- Un intérieur
d'église ; au second plan, le dais et une procession se dirigent vers la gauche ; sur le tout premier plan de ce côté, deux prêtres sont assis, l'un a son livre appuyé sur ses genoux ; à gauche, deux sonneurs.
Dans cette pièce, qui est fort belle et de grande allure dans le 3* état, les sonneurs n'existent plus ; ils ont été remplacés par des personnages
agenouillés.
La Lecture de l'Office (1)4). — A mi-corps, de prolil à gauche, un prêtre revêtu des habits sacerdotaux, les mains jointes, lit dans le missel ouvert devant lui sur un pupitre posé sur le coin de l'autel. Dans le coin gauche supérieur : .4. Leyros 1S68.
Le Manège (75). — Attelé à un manège, un cheval blanc tourne de gauche à droite ; au premier plan à droite, trois moines, celui qui i'sl debout a un livre ouvert entre les mains; dans le coin gauche supérieur: Le Manège, et dans l'inférieur île ce même côté: A. Leyros.
Etat non décrit de cette estampe célèbre dans l'œuvre de l'artiste, que nous avons relevé dans la collection A. Barrion.
La Charrue (SI). -- Une plaine immense et nue s'étend à perte de vue; à gauche au premier plan, une charrue avec ses deux chevaux qu'un paysan penché en avant est en train de dételer ; près de lui à terre, son fouet et un sac. A l'extrême horizon la silhouette indécise d'un paysan à cheval qui s'éloigne, lui bas à droite : A. Leyros.
Le Mouton retrouvé (80). — A gauche de l'estampe, un berger est agenouillé prés de son mouton qu'il vient de retrouver mort, son (bien fidèle est près de lui, sa sacoche et sa houlette sont à terre. En bas à droite : A. Leyros.
Pièce fort recherchée, dont le 1" étal, très rare, avanl la signature, n'a été tiré qu'à Ht exemplaires.
La Mort du Vagabond (89). - I'rès d'un grand arbre morl qui s'incline fortement à gauche, un vieux mendiant pieds nus, j;il à terre, à demi renversé contre un buisson, sa besace sur laquelle sa main gauche est appuyée, est près de lui ; il pleut, lui bas dans le coin droit : A. L.
Le Paysage à la Mare (107). — A gauche sur le premier plan, une mare ; à droile près d'un bouquet d'arbres, une chaumière au toit blanc derrière laquelle est une meule de foin.
Cette estampe, qui est gravée beaucoup plus finement que n'a généralement coutume de le faire l'artiste, a été publiée au 2<? état dans : Fifty impressions of 10 Etchings '.
Le Foyer (llti). — Devant un l'eu qui pétille dans l'àlre, deux hommes causent entre eux, pendant qu'une femme à gauche travaille à l'aiguille. Au fond de la chambre, un lit.
La Mort et le Bûcheron (142). — Dans un bois, la serpe à la main, un vieillard coiffé d'un bonnet de coton est en train de soulever un paquet de bois ; à droite, vue de dos, la Mort lui apparaît la faulx à la main. Des rayons filtrent sur le dos du vieux. En bas dans le coin gauche : A. Legros.
dette pièce lut publiée dans L'Art en octobre 187G.
Bonhomme Misère (173). — Dans un pauvre intérieur, autour d'une table qu'éclaire une chandelle et sur laquelle un verre et un pain sont placés, trois hommes sont assis ; une servante se penche vers eux, semblant les interroger; l'homme qui est près d'elle, joint les mains, les yeux levés au ciel. Dans la marge en bas à droite : A. L.
Les Faiseurs de fagots (Béraldi 182). — Près d'un talus surmonté d'un têtard à gauche, un homme penché en avant est en train de couper du bois avec sa serpe, la femme qui l'accompagne tient dans ses bras un fagot ; à droite par terre, deux autres sont liés.
Eau-forte aquatintée.
Citons encore comme très remarquables : Les Bouleaux, effet de matin — Le Mur du Presbytère — Le Long de ta Rive — Le Pré ensoleillé — Dans les Bois — Le Coup de Vent — L'Ambulance.
Comme nous le disions plus haut, Alphonse Legros habite l'Angleterre depuis 1863 ; il fut longtemps professeur de gravure à l'école de South Kensington de Londres, et commença à s'adonner a cet art en 1837.
Malassis et Thibaudeau firent son catalogue en 1877 et y relevèrent 168 pièces ; plus tard, Henri Béraldi le continua et le tome IX de son
* C'est-à-dire, une des estampes d'un recueil de 10 pièces, tiré à M exemplaires.
ouvrage porte à 258 le nombre des estampes du Maître. En juin 1900, M. L. Bénédite lit une exposition de l'œuvre au Luxembourg, et, dans la très intéressante introduction qu'il consacre à l'artiste, il nous apprend qu'à l'heure actuelle le total des pièces' s'élève exactement à 572. La plus grande partie sont des eaux-fortes, quelques-unes relevées île pointe sèche, de burin ou d'aquatinte ; on ne compte que 50 pointes sèches, 3 burins, 3.'i lithographies et 4 essais de crayon, procédé .Mac Lure et Macdonald.
Deux autres expositions beaucoup moins importantes avaient précédé celle du Luxembourg : l'une avait eu lieu chez Durand-Ruel vers 1894, l'autre chez Bing en mars 1898.
De nombreux articles lurent consacrés au Maître, rendant justice à son talent ; nous citerons entre autres :
Burty, The Academg, 22 juillet 1870 — Th. Gueulette, Gazette des Beaux- Arts, avril 187G — Clément Janin, L'Estampe et l'Affiche, mars-avril 1898 — et enfin L. Bénédite, La Revue de l'Art ancien et moderne, mai 1900.
Le plus bel œuvre existant de A. Legros est actuellement aux mains de M. T.-G. Arthur qui habite Carrick House, à Ayr, en Ecosse; le délicat collectionneur en a su réunir les pièces dans des conditions de beauté et d'états tout à fait remarquables. — A Paris, M. Etienne Moreau-Nélaton en possède également une collection sans rivale.
LEHEUTRE (Gustave)
Le Canal de la Villette. - Le canal avec les tout premiers plans vides de travaux ; à droite, une gabarre avec un mât, et derrière celle-ci le quai avec des maisons; au fond de l'estampe, les charpentes de vastes magasins. Dans le bas à droite : (i. Leheutre 1892.
Cette pointe sèche est tout à fait des débuts de l'artiste et elle accuse une hésitation et une naïveté de métier qui n'est point pour nous déplaire, elle a le charme des premiers bégaiements de l'enfant et, partant, toute sa poésie, c'est donc une pièce à retenir de sa toute première manière, elle est, du reste, d'une irisii/nc rareté, n'ayant été tirée qu'à 12 exemplaires seulement.
Impasse CambeY à Troyes. Une ruelle légèrement montante, aux vieilles constructions d'inégale hauteur, dans laquelle on aperçoit à gauche, longeanl les maisons, trois personnages; à l'angle du fond de cette impasse, toujours à gauche, m1 détache la silhouette d'une église ; sur le mur de la maison du premier plan à droite, une plaque indicatrice sur laquelle on lit: Impasse Gambey, Dans le coin inférieur gauche : (î. Leheutre 1896.
' i ii catalogua <!<■ l'œuvre complet eil en préparation.
Cette petite eau-forte étroite et haute, traitée pour ainsi dire au trait, est d'une remarquable synthèse, elle est un peu l'enfant chéri de l'artiste, une de ses pièces favorites. Il la faut avoir avec la signature. Très rare et tirée à 24 exemplaires.
La Passerelle au bord du Canal à TroYes. — Une passerelle à droite de laquelle est une maison devant laquelle est piqué un saule aux branches minces et effeuillées ; à gauche, légèrement esquissés, des arbres et des maisons.
Pointe sèche d'une admirable précision, gravée en 1898 et tirée à 20 exemplaires. — L'artiste est actuellement en pleine possession de son talent; très jeune, car il est né en 18G1, il travailla fort longtemps chez Humbert, Gervex et Carrière, mais ne prit jamais conseils de personne pour la gravure. A chaque nouvelle planche, il oublie ses essais antérieurs et se laisse aller aux impressions du moment, à tel point que, lorsqu'il la commence, il la trouve toujours grosse d'imprévus et de diffieultueux problèmes, comme s'il n'avait encore jamais gravé.
Dans nos causeries sur son art, il nous disait qu'il employait tantôt l'eauforte, tantôt la pointe sèche; que quelquefois son humeur impatiente lui faisait délaisser la première, dont le travail est plus long et moins primesauticr, mais que les ressources des deux procédés lui paraissant presque infinies il en usait avec le même plaisir. Quant aux états sur lesquels nous l'interrogions, travaillant presque toujours dehors et sur nature, jusqu'aux détails les plus ténus, il se borne à l'atelier à un simple nettoyage ou ébarbage de la pointe sèche, et après avoir vu une ou deux épreuves de sa planche nature, il garde ces exemplaires d'essai dans sa collection, et si la planche ne lui convient pas, il préfère la recommencer plutôt que d'y refaire des remaniements longs et très aléatoires comme réussite, trouvant inutile de fatiguer ses cuivres par des transformations qui constituent alors les seuls urais états.
A l'heure actuelle, il a gravé 67 numéros, parmi lesquels deux planches en couleurs, simples pointes sèches en noir rehaussées d'une seconde planche coloriée à la poupée et venant en quelque sorte par dessus la planche mère ; plus trois lithographies en couleurs à plusieurs pierres se superposant. Le tirage de ses planches est très limité : 10, 12, 20, 25, quelques-unes même à 1, 2 ou 5 exemplaires, et 50 pour les grandes pièces. Ajoutons que l'artiste est un modeste, qui semble ignorer absolument les délicieuses choses qu'il produit et que son nom figurera parmi ceux des artistes les plus appréciés de notre siècle.
La Chaumière en contre-bas. — Une chaumière au long toit, pente sur la gauche, bâtie en contre-bas d'une route sur laquelle chemine une femme qui s'éloigne, un panier ou un ballot passé au bras droit.
Eau-forte.
Le Port au Bois à TroYes. — Un canal assez étroit sur lequel flottent des pièces de bois assemblées en radeau. Des deux côtés de la rive, des maisons, et au fond, à gauche, une église avec sa tour carrée surmontée de deux petites tourelles. Au premier plan, à droite, un personnage debout accoudé sur le parapet en 1er d'une passerelle. A gauche, la signature.
Cette pointe sèche, la plus importante «le L'œuvre, est le chef-d'œuvre de l'artiste. C'est une pièce hors pair. Il la Faut avoir avant la signature, et dans cet état, dont il n'existe que 10 épreuves, elle est éblouissante.
On donne quelquefois comme pendant à cette pièce : L'Ecluse du Tréport — A recueillir encore: Le Canal à Troyes, pointe sèche à >S épreuves, planche détruite — La Chaumière au bord de l'eau, pointe sèche — La Ruelle Saint- Jean à Trônes, pointe sèche, il faut l'avoir avant la signature — La Marne à Lagny, eau-forte — Le nouveau l'ont à Lagny, cnu-forte et pointe sèche — Le Canal d'Eu, effet tic soir, eau-forte — La Rue de l'Isle à Troues, lithographie en couleurs — La Maison dit Garde — Les Bateaux parisiens à Auteuil : deux pointes sèches qui figurèrent au Salon de 1902, deux bijoux, et enfin Les Bords de la Rresle, petite pointe sèche Urée à 2(1 épreuves,
joijau sans prix qui peut aller de pair avec les plus jolis morceaux de ,
mais nous nous sommes juré de ne jamais établir de parallèle entre les artistes contemporains, ne violons pas notre serment.
En janvier 1897, la Gazette des Beaux-Arts lui a consacré un article sous la signature R. .M., lise/. Roger Marx.
LEPÈRE (Auguste)
Un catalogue1 de l'œuvre gravé de Lepèrc étant en voie de préparation par les soins intelligents «le M. Alphonse Lotz-Brissonneau, «le Nantes, son ami intime, nous nous abstiendrons de tout commentaire sur un artiste qui est aussi notre camarade et qui compte parmi les plus marquants et les plus intéressants «le notre époque. Le préfacier saura dire tout ce qu'il y a de couleur cl de primesaul dans cet œuvre, et mettre aussi en relief les qualités précieuses de métier, «le mouvement, «le «'(imposition et d'originalité qu'il est si rare et si difficile «le rencontrer réunies.
Quant à nous, dont la tache est plus modeste, nous nous bornerons a signaler quelques-unes «les pièces les plus remarquables et les plus recherchées tant en eaux-fortes, qu'en bois ou en lithographies; mais, disons-le «le suite, l'enfant chéri «le l'artiste, c'est /<■ bois-'; c'est pai' lui qu'il a débuté, «'est à lui qu'il revient encore avec un métier nouveau, c'est-à-dire
« Catalogue raisonné ci descriptif avec Illustrations, tiré a un très petit nombre d'exemplaires.
Nninii p|in. in .|it' m un 1 1. ■ > 1 1 1 < ■ 1 1 « il m m \a 8lécle( toutes les planches ont été exécutées
mu bots <lf /('/, *•« Dieu sali -'il 5 en avait d'une exquise délicate
bois au canif, élargissement du dessin, suppression des demi-teintes et tendances très accentuées d'exprimer avec un simple trait, en exécutant le moins de travaux de graveurs possible.
Séance de Nuit au Parlement. — C'est le soir, le Parlement est éclairé, les aiguilles du cadran de la tour marquent 9 heures moins cinq ; sur la place, à droite, quelques personnages, mais surtout des voitures, les unes circulant, les autres stationnant, attendant la sortie des députés ; presqu'au milieu de l'estampe, deux femmes semblent héler un handsom qui s'éloigne ; tout à fait à gauche, une autre femme se dirige de ce côté ; le ciel est nuageux. Dans le bas du coin gauche : A. Lepère ex se.
Ce bois qu'il faut avoir en fumé*, et dont il n'existe guère que 8 ou 10 épreuves, est le plus beau connu, le plus beau qui soit au monde, il n'y a ici aucune espèce d'exagération, de camaraderie, de réclame ou d'emballement, c'est le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre. Nous en possédons un exemplaire tiré sur papier pelure d'une insurpassable beauté.
Exposé en 1891, aux Peintres-Graveurs, chez Durand-Ruel, nous fûmes tellement impressionné à sa vue que nous ne primes même pas le temps de finir le tour de la salle ; nous sortîmes brusquement de l'exposition et, sautant dans une voiture, nous tombâmes chez l'artiste qui habitait alors rue des Chanoinesses, où nous nous rendîmes acquéreur de cette merveille aujourd'hui absolument introuvable, quelque soit le prix qu'on en pourrait proposer.
Nous avons le profond regret de ne l'avoir pas vu figurer à l'exposition de la Gravure sur Bois, si intéressante, qui a eu lieu, en mai 1902, à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts, quai Malaquais ; il eut fait pâlir ceux des siècles passés et présents. — L'artiste est Grand-Prix de l'Exposition de 1900.
Les Pêcheurs de Crevettes. — Deux pécheurs dans une chaloupe, nu-pieds et debout ; l'un est à l'arrière, godillant des deux mains ; l'autre sur l'avant, occupé à lever un filet. Sans signature.
Bois au canif, le 1" état est tiré à G épreuves, dont l'une en nos mains; des épreuves existent aussi en camaïeu, c'est beau comme un bois du seizième. — Planche détruite.
La Rue Galande. — C'est le 14 juillet; à l'entrée de la rue, un mât de cocagne est planté, auquel un homme, le torse nu, est en train de monter, poussé par un de ses compagnons ; au premier plan à droite, une femme vue de dos ; au dernier plan, de nombreux
' Nous disons en fume, car l'épreuve courante est de beaucoup moins belle,
badauds font cercle pour voir le grimpeur. Aux croisées, des curieux et des drapeaux. Une partie du bas de la maison qui fait le coin est dans l'ombre, le haut est fortement éclaire. Sans signature.
Cette admirable eau-forte aquatintée, qui rappelle par sa vigueur un dessin à l'encre de chine sous trait de plume, n'existe à l'état d'épreuve hors ligne qu'à 7 ou 8 exemplaires ; après ce tirage, le grain s'est effacé et la planche a baissé brusquement. Le plus bel exemplaire connu est dans notre portefeuille. — Pièce de la dernière rareté en premières épreuves.
Une Partie de Jacquet. — Sur une table au-dessous d'une suspension, dont on ne voit que la partie basse, la femme et le fils de l'artiste font un jacquet ; la femme appuyée sur le coude droit vient de renverser le gobelet, et tous deux attentifs regardent le nombre 5 que marque le dé. Sans signature.
liois au canif en couleurs à l'eau.
L'Eté. — Vue de dos de trois quarts à gauche, une femme nue, à la chevelure flottante, appuie sa main droite sur le tronc d'un gros arbre planté sur le bord de l'eau ; cette main tient une poignée de cheveux. A gauche, au dernier plan, de l'autre côté du fleuve, on distingue la silhouette d'un dôme. Sans signature.
Eau-forte en couleurs très fortement mordue à trois planches, 40 exemplaires. Il existe une autre planche presque similaire mais en noir et de heaucoup supérieure, elle porte en haut, au milieu de l'estampe, en grosses lettres fantaisistes : Paris Eté ; le 1er état, tiré à 5 exemplaires, est hors pair.
A quatre Nains. — Femme et enfant de profil à droite, assis devant un piano, exécutent un morceau ; derrière eux, une croisée par laquelle vient la lumière. Sans signature.
bois au canif en couleurs à l'eau.
On déchiffre. - Mère et fillette vues de dos, devant un piano qu'on devine; la mère a la main gauche levée cl posée sur le cahier de musique indiquant les notes qu'elle suit du doigt. Sans signature. Eau-forte.
La Seine au Pont d'Austerlitz. -- La Seine à droite, et sur une passerelle, une femme de trois quarls à gauche luttant contre le
vent ; au second plan, très à gauche, une femme pousse devant elle son éventaire chargé de légumes ou de fleurs. A droite, dans le coin inférieur : A. Lepère.
Bois d'une exquise finesse qu'il faut avoir en 1er état, c'est-à-dire avec le nuage à droite.
Au Coin du Pont aux Doubles. — Au pied de la butte qui se silhouette haute et silencieuse, au dernier plan, voiture et personnages; au premier plan, dans le coin gauche, un chiffonnier dort couché au pied d'un hec de gaz allumé ; à quelques pas de lui, la hotte sur le dos, la lanterne à la main, tirant la jambe, un de ses copains fait sa tournée. Dans le haut du coin droit : A. Lepère. — Eau-forte et pointe sèche.
La Sortie de l'Ecole. — Sur un étroit chemin bordé par des marais salants à droite, des enfants, garçons et filles, s'éloignent regagnant leur logis ; à l'horizon à droite, des moulins à vent. Sans signature. — Eau-forte très profondément mordue.
La Prière. — Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul en prière; celle du tout premier plan, dont la figure de profil a droite est complètement dans l'ombre, tient un livre ouvert de la main gauche et appuie la droite sur un parapluie. A gauche, le monogramme de l'artiste se détache en blanc. — Bois au canif.
La Procession '. — Au fond de l'estampe à droite, la Cathédrale de Nantes dans laquelle rentre la procession ; la place est noire d'un monde que l'on devine plutôt qu'on ne le voit, car le clergé le masque en occupant tout le premier plan dans le mouvement tournant qu'il exécute. A gauche, le dais sous lequel est le Saint-Sacrement devant lequel les thuriféraires viennent de s'arrêter. Dans le groupe agenouillé qui occupe le coin gauche inférieur de l'estampe, l'artiste a, par une délicate attention, reproduit le profil à droite de M. A. Lotz- Brissonneau. Dans le haut du coin droit, sur un oriflamme, on lit : A. Lepère inv. se. Nantes 1901.
' Cette planche fut commandée à l'artiste par M. A. Lotz-Brissonneau,
liois nu burin en couleurs d'une crâne et superbe ordonnance qui demeurera parmi les plus belles planches qu'ait gravées l'artiste. Sans parler des 4 états en noir de la planche du trait dont il a été tiré en tout 34 fumes tant sur japon que sur hollande, disons que de la planche définitive en couleurs il y a eu : 2 épreuves avec la dédicace dégagée pour le promoteur de la planche; 10 épreuves avec remarque — tète d'enfant de chœur tenant un encensoir en bas à droite — numérotées de 1 à U) et signées à la main; 70 épreuves sans remarque de 1 à 70 également, signées à la main, et enfin '2ô exemplaires de présent dans lesquels la signature a été enlevée de l'orillammc et imprimée en bas, à droite, à l'encre typographique.
Le Braconnier. — Un genou en terre, vu de dos et tourne à droite, au milieu de dunes plantées de sapins, le braconnier vient de tirer un coup de feu, comme on en peut juger par la fumée qui n'est pas encore dissipée. Au loin, la mer s'étend à perte de vue. — Bois au canif en couleurs.
La Vague. — Elle vient de déferler sur le rivage et se retire emportant dans ses replis moelleux toutes les couleurs du prisme, toutes les irisations de l'arc-en-ciel.
Les Japonais sont nos maîtres incontestés dans la gravure sur bois en couleurs, mais nous certifions que la présente estampe peut rivaliser de beauté avec les leurs.
L'artiste a l'ait de ce bois au canif plusieurs essais de tirage, les uns avec l'encre typographique, les autres avec des routeurs à l'eau ; ces dernières oïd donné des résultats d'une incomparable supériorité.
Un Enterrement au Marais vendéen. — Sur l'un des nombreux
canaux qui eiilrccoupenl le marais, une barque se dirige vers la gauche, elle porte un cercueil recouvert d'un drap blanc au pied duquel une femme agenouillée est prosternée de profil à droite ; à l'arriére de cette barque, que conduit à la perche un homme debout, doux femmes et un enfant sont assis; d'autres barques sillonnent le canal, et sur la rive se voient les nombreux amis et parents du défunt ; au loul premier plan à droite, un homme cl une femme, un chapelet à la main, prient. Au fond de l'estampe, une chaumière et un pont. Dans le coin inférieur droit : A. Lepére S'-.Jeiui -de-Mont
1901. - Eau-forte.
Citons encore au hasard de nos souvenirs: En route pour le Salon, bois inédit, rarissime; La Hue de la Mnnlaipie-S(unte tieneviéi'e. un bois adorable, bijou sans prix — Convalescence) Déjeuner en forêt; Le Bassin des Tuileries, bois en couleurs Une dernier sur l'eau. Hue Pirouette; Saint Sémrin ;
Le Quai de l'Hôlel-de -Ville; La Seine au quai de la Râpée; Coucher de Soleil , Aux Fortifications, porte du Pré-Saint-Gervais ; Le Débardeur au quai de la Gare; L'Enlèvement des Neiges, eaux-fortes — Doux Sommeil; Chiffonniers sous le pont Marie, lithographies.
Voir : H. Béraldi, tome IX, Paris 1889 — Roger Marx, Gazette des Beaux- Arts, octobre 189G — Gabriel Mourey, The Studio, décembre 1897 — E. Ramiro, L'Œuvre et l'Image, novembre 1900. — Maints articles lui ont été consacrés par divers dans L'Estampe et l' Affiche.
Ajoutons que les trois plus belles collections existant de l'œuvre de l'artiste sont celles de M. Alphonse Lotz-Brissonneau, de Nantes ; de M. Bellinac, de Saint-Elienne (Loire), et de M. Claude Lafontaine, à Taris; la première est absolument unique et sans rivale. On en jugera, du reste, par le catalogue que nous venons d'annoncer et qui se prépare actuellement.
LEYS (Baron Henri)
Ne à Anvers en 1815, mort en 1869. Son œuvre gravé est peu considérable, mais il se recommande par une couleur et un métier extrêmement pittoresques ayant beaucoup d'analogie avec la manière de Rembrandt. Sa première eau-forte fut gravée en 1831.
Ph. Burty lui a consacré un fort joli article dans la Gazette des Beaux- Arts de mai 18G6, tome XX. — Voir également H. Béraldi, tome IX, 1889, qui mentionne 20 pièces de ce Maître amateur. Le Musée Plantin Mordus s'est rendu acquéreur de 9 cuivres originaux de l'artiste et en a fait dernièrement tirer quelques exemplaires sur papier à la main et sur chine qu'il vend GO et 75 francs ; ils sont contenus dans un portefeuille mesurant 44 sur 32 centimètres.
Les Archers (Béraldi 10). — Une galerie, dans laquelle défile de droite à gauche la corporation des archers diversement habillés ; trois d'entre eux portent un arc ' ; lé personnage penché en avant, qui est sur le tout premier plan à gauche, n'est indiqué qu'au trait ; le bas de l'estampe représente une balustrade sur laquelle un des archers, vêtu de blanc, appuie sa main gauche. L'archer, que l'on aperçoit en noir et coiffé d'un bonnet, près du pilier, est, dit-on, le portrait très ressemblant de l'artiste lui-même.
Le 1er état est au fond blanc et avec les figures des personnages moins travaillées que dans les états suivants. Cette estampe est un fragment du tableau : Marguerite d'Autriche reçue par le serment des archers d'Anvers ; le
l Et non un cierge, comme l'a écrit par erreur Henri Béraldi et comme on le croit généralement.
cuivre original fut apporté à Paris par Félix Bracquemond, et Salmon l'imprimeur en tira pour la Gazette des Beaux- Arts un nombre d'exemplaires correspondant strictement au nombre des abonnés.
Vente : Michelin, avec Intérieur de Luther à Wittemberg, 2 pièces avant la lettre, .") francs.
La Rencontre (13). — Au milieu de l'estampe, un groupe de personnages ; l'un d'eux, celui de gauche, s'incline en tendant la main à celui qui se trouve à droite. Au fond, des maisons.
("elle pièce est extrêmement rare. M. Barrion la possède avec la signature autographe de l'artiste.
Vente : Burty, 01 francs.
Publication des Edits de Charles-Quint (14). — Dans une sorte de cabaret, des hommes et des femmes sont rassemblés ; un homme et une femme au premier plan debout l'un près de l'autre, semblent écouter attentivement la lecture des edits ; l'homme a les bras croisés et le pied gauche en avant.
Vente : Burty, 80 francs.
Institution de la Toison d'Or (15). — Au dernier plan et au fond à gauche, une tribune remplie de personnages ; au pied de cette même tribune, des hérauts d'armes embouchent leur trompette. La partie droite de l'estampe est vide de travaux, En bas à droite: //. Legs.
Il existe des épreuves sans la signature. Cette pièce la pins rare de l'œuvre est extrêmement curieuse et exécutée tout à fait en griffbnis.
Un Conventicule de Réformés (16). — Debout et assis autour d'une table, des hommes et des femmes écoulent le pasteur qui est à droite et qui leur adresse la parole.
Vente : Burty, (il francs.
Jeune Femme assise (18). - Elle est sur un banc, dans un intérieur, tournée à droite ; la main gauche sur le dossier du banc, la droite retombant sur son tablier.
N'ayant pu rencontrer cette pièce, nous en avons emprunté la description à Béraldi; on la rubrique quelquefois aussi : Marguerite à V Enlise.
Vente : Burty, 2 épreuves, 20 francs,
L'Imprimeur Plantin (10). -- Arias Mentanus examine avec attention la feuille imprimée que lui présente Plantin qui est à droite, ce dernier a encore sous le bras gauche un paquet d'épreuves. Deux amis accompagnent Mentanus.
Cette estampe, beaucoup plus poussée que les autres, est absolument remarquable.
Ventes : Anonyme, en 188G, sur papier ancien, 1G — Burty, trois épreuves dont une avec la signature, 87 — Michelin, sur japon, 4L).
LHERMITTE (Léon)
Notons de l'admirable peintre les trois eaux-fortes suivantes, gravures sincères, saines et fortes :
La Cathédrale de Rouen, publiée en juin 1884 par Arthur Tooth & Sons — Intérieur de Saint-Maclou — La Visite pastorale — Le Marché aux Poissons.
LUIGINI (F.)
La Femme au Coucou. — Une hollandaise debout vue de dos, en train de remonter une pendule accrochée au mur à droite. Par une petite croisée à gauche, on aperçoit la mer et un navire.
Jolie [eau-forte en couleurs, tirée à 25 exemplaires seulement, devenue extrêmement rare.
LUNOIS (Alexandre)
La Fosse commune; les dernières prières. — Devant une fosse béante à droite, un prêtre debout de profil à droite, récite les dernières prières. A sa gauche, debout aussi, le fossoyeur appuyé sur sa pelle. Derrière lui, la famille éplorée, deux petits enfants et leur mère sans doute, un mouchoir à la main, étouffe ses sanglots.
Admirable et saisissante lithographie en noir, tirée à 40 épreuves.
La Hollandaise de Vollendham. — Assise de profil à droite sur une haute chaise près de sa croisée, une jeune femme songeuse a cessé de tricoter.
Cette pièce en noir est considérée comme le chef-d'œuvre de l'artiste, c'est elle surtout qui le mit tout à l'ait en vedette; il n'en existe que .) épreuves, la pierre ayant cassé après ce court tirage ; elle avait été achetée par L. Duniont, l'éditeur, à l'Exposition des Peintres-Graveurs français en 1890.
Une Evocation chez les Spirites. — Trois personnages vus de dos occupent le milieu d'une pièce où une lampe est allumée ; devant eux, la vision vêtue d'une gaze transparente et légère semble s'élever; un cinquième personnage est endormi dans un fauteuil, les mains croisées sur les genoux, la tête penchée à gauche.
Tirée à 20 épreuves d'essai en noir ; pierre effacée.
Le Menuet. — Dans un salon où les musiciens sont à gauche, deux jeunes femmes esquissent le pas du menuet en costume du xviii0 siècle.
Pièce en couleurs à 30 épreuves; pierre effacée. — Il existe quelques exemplaires d'essai sur japon pelure. On dît que ce sont des portraits; la scène se passe chez M. Ménard Dorian.
Intérieur Hollandais. — Deux jeunes femmes, l'une de trois quarts à droite, l'autre de profil, sont assises l'une en l'ace de l'autre, devant une croisée dont l'un des côtés est ouvert ; celle de droite a sur les genoux un pot contenant une tulipe. A travers la fenêtre ouverte on aperçoit à droite un moulin à vent.
Superbe pièce en noir, une des plus belles si ce n'est la plus belle de l'œuvre. Il la faut avoir avant la rectification des marges et l'adjonction du nom de l'imprimeur.
Avant la Danse. — Quatre danseuses espagnoles assises se détachent sur un fond bleu, violemment éclairées par une lampe.
Pièce en couleurs tirée à lu épreuves; pierres effacées. — Cette estampe a pour pendant Bailarinas flamencas, tirée à 90 épreuves.
Le Colin-Maillard. — Des jeunes lilles jouant au colin-maillard sous les ombrages d'un parc.
Pièce en couleurs, superbe, tirée à 10 épreuves. Pierres effacées.
Danseuse Espagnole remettant son soulier.
Le titre seul nous dispense de la description de cette pièce en imitation de pastel d'un œil tout particulier et devenue fort rare.
Citons encore : Au Burero — Yamina-benl si-Djelloul — Au bord du Zuidersée — La Buveuse d'Absinthe — Le Départ pour la Chasse ù courre — L'Embarquement — Pénombre ' — Les Tisseuses de Burnous — La Raquette — Les Galeries supérieures du Thééitre Beaumarchais, si soyeuses et si enveloppées, etc., etc.
L'artiste, dont nous venons de donner un très faible aperçu de l'œuvre, est un jeune, né en plein centre de Paris, au coin des rues Montorgueil et Montmartre. Il commença à dessiner dès l'âge de 5 ans, et il conserve encore les croquis de chevaux et d'omnibus qu il faisait place Sainte- Eustache d'après ceux du chemin de fer Saint-Lazare. Entré à l'Ecole de dessin, les modèles de M"« Ducollet — les éternelles feuilles de chêne avec deux prunes — eurent le don de l'écœurer, et un jour, refusant net de continuer, il revint chez son père auquel il déclara qu'il voulait être peintre; mais comme il fallait avant tout apprendre à dessiner il rentra chez Sirouy, un ami de la famille, il avait quatorze ans et demi ; un an plus tard, il le quittait, s'étant brouillé avec la mère de son patron qui lui reprochait de mal balayer l'atelier!!!
De nouveau livré à lui-même, très débrouillard et ne voulant pas être à charge aux siens, il s'installa au Louvre et là travailla comme un nègre; quand il n'était pas au Musée, il faisait de la lithographie de commerce chez un parent, de 6 heures à 8 heures du matin, et de 5 heures à minuit ; il gagnait de deux francs cinquante à trois francs par jour.
Il venait d'avoir 16 ans, quand il se décida à faire deux lithographies pour le Salon ; à ce moment, deux amis de son père, à qui il fut présenté, eurent une influence décisive sur son avenir, Buttin et Lhermitte; ces messieurs s'intéressèrent à l'énergique et intelligent garçon, Butin lui donna à reproduire Le Pécheur d'Anguilles, et Lhermitte Le Pot de Vin ; ces lithographies figurèrent au Salon de 1882 et lui valurent une mention honorable.
L'époque du volontariat arriva, mais il fallait trouver quinze cents francs, c'était dur! Paul Mantz, alors directeur des Beaux- Arts, lui sauva la vie, ayant remarqué son envoi au Salon, il le lit venir, lui demanda à voir ses dessins, ses études, et séduit par le tempérament d'artiste du jeune homme qui lui conta son histoire, il lui confia, moyennant 1200 francs, la reproduction de La Paye des Moissonneurs, de Lhermitte. Sur ces entrefaites il passa un concours pour entrer à l'Ecole des Beaux-Arts et fut reçu; il resta quinze jours à l'Ecole, où son indépendance et ses principes d'art se trouvaient mal à l'aise. 11 partit pour le régiment, oit, dans ses loisirs, il continua à peindre et à dessiner et obtint une médaille au Salon de 1883; voilà ses débuts.
Cependant la lithographie le hantait toujours; il s'informa, s'enquit près des imprimeurs de ce que ses devanciers avaient fait, fouilla, chercha, mais en réalité, apprit peu de choses et sentant que s'il restait dans l'ancienne formule il n'arriverait à rien, il quitta carrément les chemins battus et commença à introduire du lavis dans ses pierres. Il se mit à l'œuvre et un jour il arriva chez Belfond avec une petite pierre toute au lavis, l'imprimeur s'y intéressa, y mit tout son savoir et, aidé des conseils de l'artiste, obtint
1 Tirée à '20 épreuves ; ne pas la juger sur le spécimen affreux paru dans l'Artiste.
49(i DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
une épreuve dont le tirage Fut complètement satisfaisant; cette lithographie n'était mitre que Les Pèlerins (FEmmaûs ■ dont un exemplaire figura à l'exposition des Peintres-Graveurs en 1890, et où elle fut très remarquée.
A partir de ce jour, il lit ses lithographies comme on fait une aquarelle, en délayant de l'encre lithographique dans un godet et en lavant largement; c'est ainsi qu'il obtient ses estampes si chaudes, si pittoresques et si enveloppées qui ont — on peut le dire — toute la saveur d'un original, mais il y a là un tour de main dont lui seul a le secret. De plus, quand il le juge nécessaire, il n'hésite pas à adjoindre le crayon au lavis; mais ce qu'il ne l'ait jeûnais, c'est de retoucher ses pierres ; telles elles sont, telles en sortent les épreuves ; tout le charme primesautier du morceau est là.
Son oeuvre est déjà fort considérable, il nous avoue avoir l'ait plus de 15000 litho sur lesquelles — très sévère pour lui-même — il en détruisit plus de 2600, parmi lesquelles plusieurs d'une certaine importance qui ne lui plaisaient pas. Ses dernières créations sont des Scènes Espagnoles pour Pellet, et à l'heure actuelle où nous écrivons ces lignes, il est en train de faire pour Edmond Sagot : Un jour d'Exposition au Bon Marché.
Son premier succès — et il fut considérable — eut lieu au moment où parut La Hollandaise de Vollendham dont nous avons déjà parlé plus haut; il se continua avec : L' Adoration nocturne — L'Hippodrome — Les Tisseurs de Burnous, pièces en noir. Depuis, La Buveuse d'Absinthe — Pénombre - La Raquette, et les autres estampes que nous avons déjà décrites et mentionnées, l'ont placé au premier rang des peintres-lithographes de notre époque. Sa renommée va toujours grandissant ' et la vente l'ochet, qui eut lieu en février 1902, fut pour son œuvre un triomphe.
Comme nous l'interrogions sur les estampes en couleurs et que nous paraissions nous étonner un peu de la préférence qu'il semblait accorder à ces dernières : « Ne croyez, [tas cela, répliqua-t-il vivement, la lithographie en couleurs ne m'a jamais donné de vraies satisfactions, le noir et le blanc, il n'y a que ça, et le jour où j'aurai mis sur une planche en couleurs tout ce que je voulais y mettre, ce jour-là j'aurai fait ma dernière pierre, » précisant nettement son peu de goût pour ces estampes — dont on abuse vraiment aujourd'hui — mais voulant affirmer néanmoins que sa ténacité viendrait à bout de difficultés qu'il sentait encore invaincues.
Toujours à la recherche de procédés nouveaux, l'artiste vient de graver1
sur pierre au diamant les deux fort jolies pièces suivantes :
L'Espagnole. -- Une jeune l'einnie de trois quarts regarde de l'ace, elle est deboul dans l'entrebâillement d'une porte, la main droite est appuyée sur la hanche et le bras gauche allongé horizontalement s'arc-boute contre le mur; un courant d'air imprime une
' in. a douze épreuves! 0 mm- Japon el B iur papier vert » il lui in. chevalier de la Légion d'honneur en 18%. ' i . v 1 1er ii mari 1903.
légère envolée au jupon dont toute la partie droite est violemment éclairée.
Le 1er état est au simple trait, le 2« semble ombré à l'aquatinte?
Les Fiancés de Cordoue1. -- Au tout premier plan, sur un tertre occupant le milieu de la composition, une jeune femme est assise de trois quarts à droite, elle regarde de face; un homme de profil à gauche est à demi-couché à ses pieds, son coude droit s'appuie sur les genoux de sa fiancée qu'il contemple amoureusement, il tient entre ses doigts une cigarette. Dans le coin droit inférieur de l'estampe, des chardons ; derrière le couple, un fleuve, et au tout dernier plan, la silhouette de Cordoue qu'inondent les rayons d'un soleil couchant. En bas à gauche : A. L. 1903.
Le 1er état n'est exprimé qu'au simple trait, a part quelques ombres sur le chapeau et la ligure de l'amoureux, ainsi que sur le pont qui est à l'avant-dernier plan ; clans cet état, la main gauche que l'homme appuie par terre n'existe pas.
Ces deux estampes, tout premier et curieux essai d'un procédé nouveau, sont en plusieurs états aux mains de M. Alphonse Lotz-Brissonneau qui les tient directement de l'amabilité de M. Lunois.
Terminons en disant que le coup décisif de la vie de l'artiste fut la bourse de voyage ' qu'il obtint en 1888 ; avec les quatre mille francs qu'elle lui procura, il parcouru l successivement pendant dix-huit mois la Belgique, la Hollande, l'Algérie, le Maroc, revint par l'Espagne, rapportant de cette tournée de la couleur plein les yeux, du talent plein les mains.
La Revue de l'Art ancien et moderne lui consacra, sous la signature de M. E. Dacier, en décembre 1900 et janvier 1901, une très intéressante étude.
MAC LAUGHLAN (Donald Shaw)
The Coppersmith \ — Deux ouvriers à gauche sur le tout premier plan ; l'un est assis, l'autre est debout et vu de dos en train de couper une tôle à la cisaille. Au fond de l'atelier dans l'ombre, on distingue un troisième ouvrier debout et de face.
1 Ou Los Xovios île Cortloba. ce qui est plus couleur locale. - Ces bourses ont été instituées en 1881. 1 Le Chaudronnier.
Le Pont Louis-Philippe. Le pont occupe la plus grande partie gauche de l'estampe, et dans les airs, plane un ballon. Le ciel est 1res clair.
Le Charbonnier. — Sur le premier plan, à gauche, des piles de sacs de charbon violemment éclairés, derrière lesquels se tient le charbonnier en train d'en dégager un pour servir sans doute sa pratique, une femme qui est dans sa boutique, accompagnée d'une petite fille vue de dos. Sur une planchette à gauche, au-dessus des sacs empilés près d'une colonne montante, un chat est endormi. Sur le devant de la composition, dans le coin droit inférieur, un chien tourné à gauche est couché.
Pièce superbe dont les distributions de lumière sont rendues avec une science et une maestria sans pareilles.
La Rue Mouffetard. — L'entrée de la rue, grouillante de populace, avec la façade de la grande maison de droite fortement éclairée ; sur tout le premier plan de ce même côté, un groupe de trois femmes ayant à gauche un enfant, et à droite un petit chien.
La Petite Forge. — Une boutique de maréchal-ferranl dont les murs sont plongés dans la pénombre; dans le fond, qu'éclaire un jour tamisé, on aperçoit un cheval tourné à droite et deux ouvriers; celui qui esl à gauche esl à l'étau, l'autre à la forge.
Voici deux pièces Urées à petit nombre, qu'il ne faut à aucun prix laisser échapper; elles révèlent dans Uni- simplicité de grande allure un tempérament d'artiste tout à fait hors ligne. — C'est chez !.. Dumont que vous pourrez vous les procurer, s'il en reste encore, car il est le dépositaire attitré de l'œuvre du séduisant peintre-graveur américain.
La Chiffonnière ou Intérieur de Chiffonnier. Dans un misérable taudis, une vieille femme assise au milieu de sacs de chiffons, semble dormir; le jour vient d'une lucarne qui esl à gauche; au plafond, des guenilles sont suspendues; dans le coin droil inférieur, deux rais.
Cette eau-forte, une des autres pièces capitales de l'<cu\ re, qui, i\n premier
coup, a classé notre artiste pariai eeu\ les plus en vedelle de nuire heure,
figurait en l'.iiili au Salon de la Société Nationale; elle y lut lies particu lièrement remarquée.
Né au Canada en 187G, M. 1). Shaw Mac Laughlan s'est fait naturaliser citoyen des Etats-Unis; c'est au début de 189!) qu'il commença à graver; cette année-là, il fit trois cuivres. Depuis cette époque, il s'adonne avec passion à l'art si empoignant de l'eau-forte ; il n'eut jamais de professeur et travailla quelque temps seulement à Boston sous la direction de .M. E. W. 1). Ilamilton.
Les Maîtres qui l'impressionnèrent le plus vivement, lurent Durer, Méryon, Whistler et Rembrandt, mais jamais ces artistes n'exercèrent la moindre influence sur sa manière ; il est demeuré toujours et absolument lui-même. De son œuvre très varié et très sincère, se dégage déjà une haute et puissante saveur d'originalité, et on est en droit de tout attendre de ce jeune peintre-graveur auquel le plus brillant avenir est réservé ; c'est donc avec le plus chaud enthousiasme et la plus inébranlable confiance que nous saluons eu lui le Maître qui, encore peu connu aujourd'hui, sera célèbre demain.
L'artiste airectionne les papiers pelure vieux japons et les vergés minces ; il ne donne généralement qu'une marge de quelques millimètres à ses eaux-fortes qu'il signe rarement sur le cuivre, mais toujours au crayon parallèlement au trait carré, et en caractères fort ténus.
Parmi la quarantaine de pièces qu'il a déjà à son actif, nous attirerons encore d'une façon toute spéciale l'attention du collectionneur sur les suivantes :
Les Tanneries — Le Pont Saint-Michel — Saint-Sulpice, côté gauche et côté droit ; 2 planches — La Ruelle des Pêcheurs à Boulogne-sur-Mer — Quai de FHôtel-de -Ville à Paris — Notre-Dame' — Le Port de Boulognesur-Mer — La Cite — La Forge des Carmélites — La Cour des Gobelins — Le Quai des Orfèvres — Mill Stream, toute petite pointe sèche, tirée à 3 épreuves seulement — A Charenlon — A Rouen.
MANET (Edouard)
Peintre plus encore que graveur, est né en 1833 et mort le 30 avril 1883; il a fait quelques eaux-fortes pleines de vigueur et d'accent, on pourrait presque dire de violence et de fougue, à ces titres elles ne sont pas sans saveur.
Le Guitarero, 18(51 (B 2). — Coiffé d'un chapeau crânement posé sur son serre-tête blanc, le guitarero est assis sur un banc de bois rustique de trois quarts à droite, il regarde de face, la tête légèrement penchée, son pied gauche ne touche pas terre, il chante en pinçant de son instrument ; près de lui à gauche, une cruche
l Au 1" état, le premier plan est vide de travaux ; aux suivants, il y a un fiacre et des personnages.
f>0<) DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
d'eau. Dans le coin droit supérieur: Ed. Manet. et en bas à droite: Imp. Delâtre, Paris. — Le 1er état est au fond clair.
C'est la pièce capitale de l'œuvre avec la suivante qui est fort belle.
La Femme au Bain (9). — Dans une pièce sombre, une femme très éclairée est assise sur un sopba de trois quarts à droite, elle ramène son peignoir sur sa poitrine et regarde de l'ace; derrière elle et à sa gauche, une femme dans la pénombre s'apprête à lui passer sa chemise. L'éclairage du fond de la pièce qui est très faible vient par une ouverture grillagée.
Citons encore: Lola de Valence, en danseuse, eau-forte comme les pièces ci-dessus. Mentionnons aussi, pour l'acquit de notre conscience, une lithographie polychrome qui jouit d'une certaine célébrité : Le Polichinelle, dont un exemplaire à la vente Mallet vient délie adjugé 42 francs, et 62 à celle de Pochet, sur japon mince; il n'y en a, paraît-il, que 25 épreuves, quelques exemplaires fort rares existent en noir; ;i la vente Burty en 1891, l'œuvre gravé et lithographie presque complet en premières épreuves fut adjugé 1500 lianes. — Voir Béraldi, tome IX. Paris 1889.
MAUD (Pierre)
Approche d'Orage — Paysage du Bourbonnais. Deux eaux-fortes en couleurs ne manquant pas d'accent.
MAURIN (Charles)
Femme se coiffant. Nue jusqu'à la ceinture, elle esl assise de trois quarts à droite, les veux baissés, en train de s'arranger les Cheveux du CÔté aVoi/, La planche esl encadrée d'une large bordure d'environ trois centimètres ornée de Heurs ; celte bordure est obtenue par un grain. Dans le haut du coin gauche, à l'envers : Ch. Manrin /.S'.1'/.
Pièce d'un merveilleux dessin.
Femme à sa toilette. Complètement nue et vue de dos, une femme devant sa glace, les bras levés, arrange sa coiffure ; une niècbe de cheveux pend cidre ses deux épaules.
Une de ses meilleures pièces en couleurs, celles <lr bon tirage sont 1res rares.
La Première Toilette. — Dans un boudoir qu'éclaire une fenêtre placée au fond de l'estampe, deux femmes ; une debout à gauche de profil à droite, en déshabillé lient un miroir dans lequel elle se regarde en arrangeant sa coiffure, derrière elle sa toilette chargée de flacons ; une de ses amies assise à droite est occupée à se laver les pieds dans une cuvette. A l'espagnolette de la croisée on a suspendu un réticule.
Fort jolie pièce, délicieuse quand elle est bien tirée. Signalons son premier morceau en couleurs avec repérage: Femme arrosant, et la très remarquable pointe sèche tle ses débuts: Vue de Montmartre, rarissime, ainsi que l'eauforte : Saint-Ouen vu de Montmartre, aussi rare. Terminons en mentionnant encore comme pièces en couleurs : Folies-Bergères — La Jarretière — Dans la Loge — Aux Champs-Elgsées et enfin parmi les études de nu qu'il a faites à la pointe sèche, celte petite merveille de finesse et de dessin : Une femme nue attachée par le dos ci un arbre, les cheveux épars et regardant « droite.
L'artiste est extrêmement habile et ses pièces en couleurs, pleines de séduction, sont fort en vogue.
MEISSONNIER (Ernest)
Peintre célèbre né à Lyon en 1813, mort à Paris en 1891, a fait quelques eaux-fortes qui sont recherchées par certains amateurs, voici les principales:
Le grand Fumeur — Le petit Fumeur — Le Siège de Dcrg-op-Zoom — Les Apprêts du Duel ' — // Signor Annibal — Le Violon — L'Aigle * — Monsieur Polichinelle.
Quitte à passer pour très irrespectueux envers la mémoire du Maître — ce dont nous nous défendons — nous avouerons n'attacher aucune espèce d'importance à ces petites fadaises essentiellement impersonnelles; ce sont des choses veilles, sans accent, et pour nous, complètement muettes, on nous permettra d'être comme elles. Nous sommes convaincu, du reste, que beaucoup de gens pensent tout bas ce que nous croyons devoir confesser tout haut3. Ajoutons que ces réflexions ne s'adressent exclusivement qu'aux
1 Ou L'Homme à Vèpée.
* Gravé, croyons-nous, en septembre 1800.
3 Quand on songe qu'à la vente Burty, en 1891, on a payé : Le Violon, 1" élat, 315 francs — Le Petit Fumeur, 225 — Les Retires, épreuve d'essai avec crayons de couleurs. 350 — Monsieur Polichinelle, tourné à droite. 156 — et Les Apprêts (tu Duel, 1000 francs I !!! On en demeure bleu, en constatant qu'à la même époque, à la vente de Salicis on rechignait pour payer 578 malheureux francs un admirable exemplaire tic La Morgue de Méryon eu 1" état et dcdieaec I Ajoutons, pour être loyal, que les prix pratiqués à la vente Burty sont des prix d'exception.
Notons encore et quant même, pour les enthousiastes, une autre petite pièce non décrite : La Fuite d'un Abbé, qui fut adjugée à la vente Burty 150 francs.
eaux-fortes, car si l'œuvre peint manque un peu d'émotion dans son ensemble il est, certes, des pages qui ne sont pus sans grandeur et devant elles nous nous inclinons.
Une exposition de l'œuvre gravé de l'artiste eut lieu à Londres en févriermars 1891, chez Obach et (>>, l'année même de son décès. — Voir Henri Béraldi, tome X. Paris 1890.
MENZEL (Adolf)1
Peintre-graveur célèbre que nous avons le très vif regret de ne pouvoir
présenter aux collectionneurs car, malgré nos démarches, il nous a été impossible de nous procurer ses lithographies et eaux-fortes qui sont déjà d'une excessive rareté même en Allemagne. Le grand collectionneur de Brème, le docteur Meier, possède son œuvre au complet. Un catalogue raisonné et descriptif de l'œuvre de Menzel a été rédigé par M. Dorgeloh.
Une exposition des œuvres de l'artiste eut lieu à Paris du 21! avril au 15 juin 1885, il y avait fort peu d'eaux-fortes et de lithographies ; en revanche, beaucoup de dessins, aquarelles, gouaches, avec quelques peintures.
MERYON (Charles)
Fils naturel d'un médecin anglais Charles-Lewis Mérvon et de Narcisse Chapoux, danseuse à l'Opéra, naquit à Paris le 23 novembre 1821, et mourut fou, à l'asile de Charcnton, le 1 1 février 1868, ses restes reposent dans le cimetière de Charcnton-Saint-Maurice.
Son ancien camarade, le capitaine «le vaisseau de Salicis, lui lit élever une pierre noire rectangulaire supportée par quatre dés de pierre blanche, une lame de cuivre y fut encastrée et Félix Bracquemond y grava le nom de l'illustre disparu, son monogramme, ainsi qu'une tète de mort, des flambeaux éteints et des outils de peintre-graveur; par une délicate el tendre attention, il y reproduisit aussi les armes de la Ville de Paris telles que Mérvon les avait inventées et dessinées lui-même.
Charles Mérvon est la plus grande figure de notre siècle; en tant que peintre-graveur, c'est un colosse. Ne relevant que de lui-même', ne se rattachant à aucune tradition, à aucune origine, il a engendré des chefsd'œuvre. Sa couleur et sa technique sont empreintes d'une telle originalité qu'aucun artiste n'a tenté de l'imiter '. On assure qu'il gravait de bas en haut,
i Ne à Brcslau on 1815.
> Quelques leçons bu point de vue métier lui furent données par l'aquafortiste Eugène Bléry.
1 Nous déftom tin artiste quoiqu'il soit, français ou étranger) de reproduire »!»■ façon n pouvoir donner l'Illusion de l'original /." Vorgut, /.•• Ponl-au-Change ><u l.,< Une de la rtxércatderlt I N'est-ce p:i s consacrer a»- ce lui l'inaurpassable génie <iu Maître, quand fin * songe que l<"* plus grands artistes, Rembrandt ri Durer eux-mêmes, onfrété pastichés souvent .l'un.- manière telle, que quelquefois la "•;»■ valait l'original.
faisant observer, disait-il, que les ouvriers n'avaient pas coutume de commencer les maisons par les toits, et que tout être qui voulait entreprendre quelque chose songeait d'abord à s'assurer de la stabilité de ses pieds.
L'œuvre de l'artiste n'est pas très considérable. Burty, dans son dernier catalogue (1879), compte 97 numéros, et Wedmore dans le sien (2e édition, 1892), 95 seulement. Toutes ses eaux-fortes n'ont pas la même saveur, tant s'en faut, c'est surtout et avant tout l'incomparable série des 23 Vues de Paris qui l'ont immortalisé i ; dans les pièces de tout premier plan que nous allons décrire et analyser tout à l'heure, il convient surtout de signaler comme d'insnrpassable maîtrise: La Tour de l'Horloge — La Morgue — Le Pont au Change — L'Abside — La Rue des Mauvais-Garçons — Le Stryge et La Rue de la Tixéranderie. Celles-ci, nous le disons haut et net, supportent la comparaison avec les Maîtres de n'importe guelle époque, de n'importe quel siècle ; il est idiot et souverainement injuste de ne payer cher que les artistes morts depuis un, deux, trois, quatre ou cinq cents ans; il y aura donc éternellement des gogos qui donneront 5000 francs comme un sou du Damier au fond blanc, de Rembrandt, et qui lésineront pour payer GO louis une Morgue ou une Abside. Voilà pourtant où nous mène le snobisme à outrance, ces choses-là ont le don de nous exaspérer, et quand nous entamons ce chapitre nous sentons que nous deviendrions facilement enragé, mais passons, car, hélas ! nous ne changerons rien à ces choses qui vivront aussi longtemps que la bêtise humaine...
L'œuvre est souvent d'un classement très difficile, parce que les états sont d'abord quelquefois assez nombreux et que, non seulement, il y a des épreuves d'essai avant tout état, mais encore de ces épreuves après des états bien caractérisés, qui viennent alors jouer le rôle d'épreuves d'essai intermédiaires entre les états. Aussi, voyons-nous sans cesse dans les différentes monographies ou dans les catalogues de vente des classifications d'états qui ne concordent pas entre eux.
L'artiste employait pour ses tirages toutes sortes de papiers, mais il affectionnait particulièrement un papier verdâtre fabriqué au temps du Directoire et au commencement du premier Empire, les épreuves de ce tirage sont, nous le savons, recherchées de préférence; il peut évidemment exister une certaine symphonie entre les verts et les noirs, mais les lumières semblent mal s'en accommoder, nous estimons donc que souvent même des épreuves sur japon ou demi-lin de hollande sont supérieures; il n'y a point là, du reste, de règles générales à invoquer, c'est la pièce sous les yeux et par comparaison qu'on peut seulement se prononcer sur la beauté et la supériorité de l'épreuve.
Notons en passant que les premiers états — nous entendons par là le 1er ou le 2* — sont seuls intéressants et colicctionnables, et qu'encore il existe des différences énormes dans les tirages même de ces premiers états, on peut dire, du reste, d'une manière générale que les réellement belles épreuves sont excessivement rares. Les derniers étals sont à rejeter impitoyablement, aussi,
1 Victor Hugo écrivait : Le Souffle tic l'immensité traverse l'œuvre de Méryon et fait de ses eauxfuries plus que des tableaux des visions! et Burty: fM poésie intime cl suprême du vieux
Paris
mal avisé serait celui qui voudrait juger l'œuvre sur ces détestables échantillons.
Les plus belles collections formées de l'œuvre de l'artiste lurent celles de Jules Niel, Burty', Hirscli, Sensier, Wasset, de Salicis, Hedouin, toutes maintenant dispersées; celle si complète de Sir F. Seymour Haden est passée en Amérique*; à l'heure actuelle, celles de M. 15. Bernard Macgeorge, de Glasgow, et de M. H. S. Theobald, de Londres, sont sans rivales, la première provient en grande partie de chez le Rév. J. J. Ileywood; viennent ensuite celles également très remarquables de MM. S. I'. Avery' et Howard Mansfield, de New -York, The British Muséum, M. .lames Knowles, le Département des Estampes, Henri Béraldi, comte Malheus, Alfred Beurdeley, M. et M1"1- Atherton Curtis, de New-York, et Alfred Barrion, de Bressuire.
Ht maintenant pour en terminer et avant de donner un index biblographique qui aura, nous l'espérons, quelque intérêt pour les collectionneurs, qu'on nous permette — car nous ne saurions, certes, mieux dire — de reproduire ici les dernières lignes si expressives du magistral article que Ph. Burty consacrait à l'artiste, vivant encore, dans la Gazelle des Beaux- Ails de juillet 18G3 :
« Enfin, faut-il le redire? nous nous sommes senti pris d'un attachement ■< inexprimable pour cette nature délicate et froissée à laquelle la destinée » a versé à pleines mains les angoisses, pour cette originalité loyale qui » traverse notre école sans se rattacher à aucune tradition, pour ce talent » sobre et puissant qui ne regarde qu'en soi et autour de soi, et, dans nos » temps d'exagérations impatientes, ne se pose ni en maître suprême ni en » victime incomprise, pour ce poète enfin qui a si bien compris et chanté » Paris, l'âme de la France. »
Index Bibliographique :
L'œuvre de M. Charles Méryon, par Ph. Burty' (Gazelle des Beaux- Arts. juin-juillet 1863).
Ktchings and Etchers, par Hamerton. Boston, 187(5.
Charles Meryon Sailor, Engraver... translated from the French of Ph.
Burty by Marcus B. lluisli. London, 187!).
i Vendue a Londres du 'il avril mu 2 mai 1876, elle formait un ensemble de 217 pièces en différents étals '■ '
i l.iic futacqutse par mm. H. Wunderllch & C*, de New-York, qui en liront l'exposition en Janvier rjtn ; il y avait aussi quelques dessins.
3 Le a mai 1900, dans un élan de louchante générosité, H. S.-P. Avery lit don à la Bibliothèque <ii- New- York sa ville natale — de sa superbe collccUon d'estampes modernes contenue dans 104 portefeuilles el formant le total respectable de it.v.t pièces!! Il y a là dos suites précieuses el IrréconsUtuobles de l'œuvre complet de Brncqucmond, Buhot, Miss Cassait, Corot, Daublgny, Desboulln, Seymour Haden, Leys, Méryon, ZUcken, Whistler, etc., etc... L'aimable collecUonneui nous a très galamment adressé une délicieuse plaquette illustn e, r|ui n'est autre que le catalogue dos estampes cl dos livres d'art qu'il a (hit établir poui remettre à la Bibliothèque en même temps que ce cadeau princier,
• Ce premier catalogue ne contenait que W pièces.
About Echings, par Sir F. Seymour Haden. London, 1879.
Burlington Fine Arts Club. Exhibition of a sélection from tbc work of Charles Meryon. London, 1879.
A descriptive Catalogue of a collection of drawings and etchings... by Ihe Rev. J. J. Heywood, London, 1880.
Notes et souvenirs sur Charles Méryon, par Aglaiis Bouvennc. Paris, 1883.
Catalogue of the Etched Work of Ch. Méryon. Frederick Keppel & C". New -York, 1886.
Les Graveurs du xix" siècle, tome X, par Henri Béraldi. Paris, 1890.
Meryon and Meryon's Paris, par Frederick Wedmorc. Londres, 1892 '.
A Catalogue of Etchings ami drawings by Ch. Meryon exhibited at the Grolier Club?. New -York, 1898.
A Catalogue of Etchings by Meryon; exposition de l'œuvre faite à Londres en novembre-décembre 1902, chez MM. Obach & C", avec une introduction de M. F. ^Vcdmore.
Rue Pirouette aux Halles, 1860 (H 24 — W 30). -- Petite rue bruyante avec ses boutiques et ses hautes maisons, autour desquelles les passants vont, viennent et causent ; une voiture tourne à l'un de ses coins, et des hommes s'entretiennent à la porte d'un cabaret avec une nourrice et son enfant.
l'i état. — Avant toutes lettres, même avant les lettres C. M. et L. qui se trouvent sur la gaine d'une cheminée à droite.
2? état. — Avec le litre Rue Pirouette 1SG0 et les initiales C. .1/. et L. et les inscriptions sur le mur à droite : Jamet M<1 Maire, Bains de Mer, etc...
3e état. — On a ajouté à droite : Laurence (tel, Méryon scnlp et Delàtre imp R. S. J. 26Y> ; les initiales C. M. et L. ont disparu de la cheminée ; on lit de nouvelles inscriptions sur le mur de droite, telles que : Aux Noces de Cana, Martinga, etc.. ; le titre est maintenant Rue Pirouette aux Halles 1860.
F- état. — Epreuve de tirage avec encore de nouvelles modifications aux inscriptions précédentes qui sont converties en : Aux Noces de Gamaches, Sacoche, Cousin, etc..
Au Grolier Club, en 1898, on avait exposé une très curieuse épreuve portant sur le mur à droite : Aux Noces de Gamaches, etc.. et sur le haut
' La première édition parut en 1879.
' Cette exposition est la plus complète et /« plus remarquable qui ait été faite de l'œuvre de l'artiste jusqu'à ce jour, et le catalogue, qu'accompagnent des notes extrêmement intéressantes sur les états, est rédigé avec une rare compétence.
du mur du coin gauche : Laarance et Ménjon ; cette dernière particularité a échappé à Burty et à Wedmore. — Il existe aussi des épreuves d'essai très rares avant les noms des artistes en bas sous le trait carré, et avant que le mot Jamet qui est sur le mur ait été effacé.
Cette estampe gravée d'après un mauvais dessin de Laurance est extrêmement séduisante, mais elle dénote un changement de métier de l'artiste ; le burin y joue un rôle considérable. — Le cuivre existe encore, mais nous ignorons quel en est le détenteur.
Ventes : Sensier, 25 - Wasset, 2« état, 105 — Viollet-le-Duc, 2- état, 92 — De Salicis, même état, 31 — V", 16.
Le Stryge (Burty 37 — Wedmore 7). — Appuyé sur ses coudes, tenant sa tèle dans ses deux mains, le Vampire de Notre-Dame de prolil à gauche regarde Paris qui s'étend au-dessous de lui el les corbeaux qui volettent à gauche ; la tour Saint-Jacques émerge au milieu de l'estampe.
1er état. — a gauche : C. Ménjon del. scalp MDCCCLIH (renversé); à droite : A. Delâtre, imp. Rue de la Buchcric (S, et les deux vers : Insatiable vampire... Dans cet état, le cuivre a été légèrement rogné.
2c état. — Le cuivre encore rogné à nouveau, et les deux vers effacés.
3e état. — Avec le titre, mais toutes autres lettres effacées, à l'exception des ('.. M. à l'intérieur de l'ovale.
1« état. — On a, au-dessous de l'ovale, ajouté en petites capitales la nouvelle adresse de l'imprimeur : A . Delâtre. Imp. R. S1 Jacques 265 et le AT° 1 auprès des lettres ('.. M. à l'intérieur de l'ovale.
Il existe quelques épreuves d'essai avant toutes lettres, mais avec le ('.. M. sur une cheminée à toucher l'intérieur de l'ovale ; dans cet état, la planche n'a pas encore été coupée de 5 millimètres sur le coté droit.
Ventes : Sensier, |ei et 2' états, deux pièces, 90 — Wasset, épreuve d'essai sur papier vert, 51)11; la même, sur papier vert, mais en 2' état, 225; la même, en 3'- état, 160 — Viollet-le-Duc, 1"' état, papier verdàtre, 211); 21' état, 96 — De Salicis, avec les vers, mais avant (pic la planche ne lut coupée ', sur papier \ en I fit ce. 650 ; avec les vers et la planche coupée, 212 ; les vers effacés, 17."> — Michelin, 275 — V"', 1er état, papier verdàtre, 665.
Celte pièce est la première de la suite des EaUX-Fortes sur Paris MDCCCLU. — M. II. S. Théobald, de Londres, en possède une merveilleuse épreuve d'un étal inconnu jusqu'à ce jour, car elle est sur papier vert, avant toutes lettres
i C'csl certainement une erreur «lu catalogucur, car L'étal ai- la planche /i"/i coupée est, ne noua t'indlquona plus haut, avant toulu i, :
■ C'est •■""s cette Initiale, <i"' n'esl pas celle de son nom, qu'eut lieu le i novembre 1899, la vente de M. Hédouln, rnrr atnd du graveur Edmond Hédouln; il possédait cette collection depuis une quarantaine d'années; il y nvall il'' fort belles pièces.
état.
état.
état.
état.
et avant le C. M., particularités qui sont signalées ici pour la première fois et (pie nous tenons de l'obligeance de l'étninent collectionneur chez qui l'œuvre entier de Méryon se trouve dans des conditions de beauté et de rareté absolument exceptionnelles.
Le Petit Pont (B 38 — W 8). — Le pont avec ses trois arches ; à gauche, les hautes maisons du quai du Marché-Neuf que dominent encore les tours de Notre-Dame ; à droite, le quai très éclairé s'étendant sous le pont.
lirétat. — Avant C. M. dans le haut du coin droit, et avant le trait indiquant la ligne de la marge du bas.
Avec C. M. sans aucune lettre, mais la ligne du bas tracée.
Avec le titre : Le Petit Pont H publié par l'artiste, dans le bas du coin gauche ; et à droite : A. Delâtre, Rue S1 Jacques 111.
Avec les lignes traversant le ciel et partant du coin droit.
Le titre Le Petit Pont est maintenant en petites capitales ; on a ajouté 1850 et le numéro 2.
Ventes : Sensier, le' état, 67 ; une autre épreuve, 60 — Wasset, 1" état, sur japon, 170 — Viollct-lc-Duc, 2" état, 115 — De Salicis, avec la marge sale, sur papier verdàtre, 375 ; la même, la marge nettoyée, 18,50 — V", 2<= état, sur papier verdàtre, 200.
M. H. S. Théobald possède une épreuve d'un état non décrit qui doit èlre intermédiaire entre le 21-1 et le fr de Wedmorc, avec C. M. dans le coin, et au-dessous Le Petit Pont légèrement gravé, mais sans autres lettres.
Cette pièce est presque toujours fortement encrée, ce qui en atténue beaucoup la beauté. — Elle figura au Salon de 1850.
L'Arche du Pont Notre-Dame, 1850 (B 39 — W 9). — La vue est prise à la hauteur de l'eau, une femme est sur un bateau, un ouvrier suspendu à une corde fait des travaux de maçonnerie, et à travers l'arche on aperçoit les montants de hois de la vieille pompe, ainsi qu'un pont et des tours.
l"état. — Eau-forte pure avant toutes lettres.
2" état. — Dans le bas du coin gauche: C. Méryon, del. sculp. Imp. Rue Ne S'-Elicnne-du-Mont, 26, et dans l'autre coin : Paris 1853.
3e état. — C. M. dans le coin du haut, le litre, et les autres inscriptions maintenant effacées.
4e état. — La première adresse est remplacée par: A. Delàlre, Imp. Saint- Jacques, 265, et le numéro 3.
Wedmorc considère notre 1" état comme un état d'essai dont les épreuves, dit-il, sont rares mais peu intéressantes ; tel n'est pas notre avis, et celle
(|itc possède M. Théobald est loin d'être sans intérêt; nous avouons cependant préférer de beaucoup celle avec l'adresse Rue Saint-Etiennedii-Mont.
Ventes: Sensicr, deux épreuves avant et avec la lettre, 34 — VioUet-le-Duc, 2e état, sur papier verdâtre, 110 — Wasset, même état, même papier, 170 — De Salieis, sur papier verdâtre, 1« état, 350; avec la lettre, '25 — Michelin, '!'■ état, sur papier ancien, .'55',) — V", même état, sur papier verdâtre, 200.
La Galerie de Notre-Dame, 1853 (B 40 — W 10). La galerie avec ses colonnettes au pied desquelles des corbeaux qui ont apporté
des brindilles de toutes sortes s'apprêterd à faire leur nid, un oiseau arrive à tire d'aile de la gauche pour les rejoindre, un autre vient de se poser les ailes encore ouvertes sur une murette. A travers les colonnettes on aperçoit le ciel et la ville de Paris.
1" état. — Dans le bas du coin gauche: C. Mérgon, del. sculp., 1853, et, à droite, Tmp. Rue Av S^-Etienne-du-Mont, 26.
'!<• état. — Les inscriptions primitives sont effacées, on lit maintenant le litre: Lu Galerie N.-D., ainsi que C. M. dans le haut du coin gauche; on a ajouté aussi entre les deux colonnetles'de droite
cinq minuscules corbeaux.
'.)•■ état, — Avec l'adresse de l'imprimeur: A. Delâtre, R. S' Jacques 265, dans le bas du coin gauche, et le chiffre '/.
Il y a des épreuves d'essai non terminées où le corbeau qui vole entre les deux colonnettes de gauche est presque blanc, le ciel l'est également, et une partie de la vue de la ville est incomplète; d'autres épreuves existent encore avec le corbeau blanc, mais le ciel et la vue de la ville plus avancés que dans l'essai précédent.
Nous signalons cette pièce parce qu'elle est assez recherchée, mais nous confessons pour elle notre peu d'enthousiasme, elle nous a toujours paru sèche et aigre d'après la nature même du sujet ; les prix généralement intérieurs auxquels elle se vend semblent du reste nous donner raison dans une certaine mesure. On remarquera que le 1" état seul est intéressant.
Ventes : Sensier, 1« état, 10; 2«, 12 — Viollet-le-Duc, 1" état, 155; avec la
Lettre, sur chine, 33 Wasset, la état, sur papier verdâtre, 270 — Clément de liis, 1er état, 50— De Salieis, 1er état, avec une dédicace au collectionneur, 375; la même, sur papier verdâtre, 325 Michelin, 1«' étal, .'dn ■— Y '", Ici état, sur papier verdâtre, 200.
La Rue des Mauvais-Garçons (B 41 — W 11). - Une rue ou
pour plus proprement parler car leCÔté droit de la rue n'exisle pas
deux maisons basses à l'aspcd sombre dont les fenêtres sonl défendues par de solides barreaux de 1er, devant lesquelles passent deux femmes ; l'une d'elle porte un volumineux paquet suspendu à son bras droit.
Sur la première maison, le numéro 12 en gros caractère. Dans le haut de l'estampe, douze vers commençant par ces mots : Quel mortel habitait. . . , et au-dessous : Paris mars LIV.
1er état. — Avant les douze vers.
2» état. — Avec les vers et : Méryon Imp. Rue Ne S'-Hlicnne-du-Mont 20
à droite dans l'intérieur de l'estampe et parallèlement au
trait carré perpendiculaire.
Celle estampe est, à coup sûr, d'une rare pénétrance, mais de là à la considérer, au dire de certains, comme la maîtresse pièce de l'œuvre, on nous permettra de le discuter. Nous admirons sans réserve son énergique synthèse, mais cette qualité-là même, qui t'ait sa principale séduction, se trouve considérablement infirmée, suivant nous, de ce que l'artiste, trop à l'étroit par son sujet même, n'a pu faire jouer ces lumières et ces reflets qui donnent une si singulière puissance à son œuvre ; il manque donc quelque chose, et c'est là précisément ce qui rend incomplète la sensation que nous éprouvons.
Des écrivains de race, des critiques d'art fiançais et étrangers — dont nous respectons infiniment les jugements — se sont emballés sur cette estampe et en ont encore diézé l'effet par la magie de leur style. Ils parlent d'une des plus formidables compositions de l'artiste... d'une rue à l'aspect sinistre... d'une exécution singulièrement fièrc et puissante... de ce chefd'œuvre de vérité mystérieuse, semblable éi une bouche qui se fait comprendre sans parler!... et on s'est laissé aller à leur emboîter le pas; mais qu'on tente une expérience, et cherchant à ne relever que de soi-même, oubliant pour un instant tout ce qui a été dit sur la matière, on mette cette estampe sur table en l'encadrant de : La Morgue, Le Pont-au-Change et L'Abside, on verra à laquelle restera l'avantage de la comparaison ! I Quoiqu'il en soit — et que l'on comprenne bien notre pensée — nous ne venons point ici décrier une admirable pièce, mais nous étonner seulement qu'on la veuille placer à un rang que ne justifie réellement pas son importance. — Une esquisse originale à la mine de plomb existe dans la collection de M. et Mme Atherton Curtis, de New -York.
Cette Rue des Mauvais-Garçons n'existe plus aujourd'hui « ; elle a été remplacée par la rue Grégoire-de-Tours dont elle occupait la partie nord avant 1846, la portion sud l'était jadis par la ruelle de la Tuerie, de la Boucherie, de la Voirie et ensuite du Cœur -Volant qui a élé absorbée à son tour par ladite rue Grégoire-de-Tours.
On conserve encore, au Musée Carnavalet, la pierre à peu près intacte portant l'inscription : Rue des Mauvais-Garçons et le N° 19 qui était le numéro de quartier.
Nous devons ces détails très précis à l'obligeance de l'éininent écrivain du Vieux Paris 2, le marquis de Rochegude, dont l'érudition n'a d'égale que l'exquise courtoisie.
' Xe pas la confondre avec la rue actuelle de même nom. qui commence au 44 de la rue île Ilivoli et finit au 3 de la rue de La Verrerie.
s Lire son intéressant petit volume : Guide pratique ii travers le vieux Paris, publié dernièrement chez Hachette et C1'.
Le 28 avril 1902, une épreuve de 1*» état, sur japon, passa à la salle Drouot, à une vente laite par Loys Delteil — nous étions présent — elle l'ut adjugée à Edmond Sagot pour 900 francs, plus les Irais.
Les huit vers — l'espace eut manqué pour inscrire les douze — étaient écrits à l'encre ; en mettant la pièce sur table, malgré la note du catalogue, on n'osa pas garantir que l'écriture fut de Méryon ; mais, depuis, ayant eu l'occasion de la comparer avec celle de nombreuses lettres de l'artiste, nous croyons pouvoir affirmer hautement et en toute franchise qu'elle était bien celle de l'illustre graveur. Ce n'est pas, il est vrai, l'écriture courante, ordinaire de sa corresponeance, et bien que, dans le cas qui nous occupe, son écriture soit légèrement bàtardée, connue celle de quelqu'un qui veut gagner de la place, l'examen comparé et attentif de la conte.vture des lettres ne nous laisse aucun doute sur sa paternité. La signature surtout, tout en ne portant pas le paraphe habituel qui, dans la circonstance, eut rompu l'harmonie et choqué l'œil, la signature, disons-nous, est tout particulièrement saisissante.
Quelques jours après cette vente, ayant rendez-vous à Paris avec Frederick Iveppel, nous en causâmes ; deux heures après, il était chez Sagot où nous le retrouvions, enlevant la pièce que la particularité que nous venons de signaler rend ainsi doublement précieuse; mais, hélas! voilà encore un beau morceau que nous ne reverrons jamais.
Comparez le prix payé avec ceux des ventes suivantes :
Ventes : Wasset, 250 - Viollet-le-I)uc, 105 - De Salicis, 2G8 - V", 220.
La Tour de l'Horloge au Palais de Justice (B 42 — W 12). - Au premier plan, le Pont-au-Change très éclairé sous l'arche droite duquel passe un chaland ; au second plan, le Palais de Justice occupant toute la partie gauche de l'estampe.
1» état. Avant toutes lettres, l'encadrement n'est pas encore terminé, le trait du bas seul est indiqué ; dans le haut du coin droit, les initiales C. M.
2 état. — Avec le titre : La Tour de l'Horloge et Publié par l'artiste, dans le coin gauche, et Tmp. A. Delàtre, H. S' Jacques 111, dans le droit.
li' état. — Le titre est maintenant écrit en petites capitales et des rayons de lumière viennent frapper le Palais.
!• état. — Les mots : Publié par l'artiste ont disparu. L'adresse de l'imprimeur est en très petites capitales sous le titre, et le N" 5 dans le bas du coin gauche.
Il existe île tris rares épreuves d'essai avant l'encadrement et avant les initiales ('.. M. ' — Wcdmore lait remarquer avec juste raison que les
1 Une épreuve, dona cea condition! ri d'une beauté exceptionnelle sur japon pelure, \ lenl d'être adjugée 1760 francs -i M- Gerbeau, dans une vente anonyme faite » Parie 1*? ï l mars 1903, par le ministère a.- mm. Paul Chevallier ri Danlos. Noua noua permettons d'adresser an a. Ucal
différentes modifications apportées par Méryon à sa planche, entr'autres l'introduction des rayons lumineux enlève à la vision toute sa tranquillité en venant ainsi rompre l'harmonie pénétrante de son le»' état.
Ventes : Sensier, 1er état, 50 — Wasset, 1e1 état, sur papier verdâtre, 280 ; la même, avec la bordure, 150 — Viollct-le-Duc, l(r état, 155 — Clément de Ris, même état, sur papier verdâtre, 130 — De Salicis, épreuve d'essai avant V encadrement, sur papier verdâtre, 550; la même, avec encadrement, 81 ; la même, A'- état, 12.
Tourelle de la rue de la Tixéranderie (B 4,5 — W 13). - Au coin de la rue du Coq, une élégante tourelle bâtie en encorbellement que semblent se désigner deux personnages adossés à une balustrade en fer qui causent ensemble ; non loin d'eux, passe un cavalier ; au pied de la tourelle, une porte contre laquelle se tient debout une femme. Une vigne vierge grimpe le long du mur.
1er état. — Avant toutes lettres, même avant le C, M. dans le haut du coin droit.
2e état. — Avant toutes lettres, mais avec CM. dans le haut du coin droit.
3e état. — Avec le titre : Tourelle, rue de la Tixéranderie, démolie en 1Sj1 et A. Delâtre, imp. R. S' Jacques 365 et le AT° C ; la femme près de la porte, qui semble nue, au l«r et 2» états, est maintenant complètement drapée.
4? état. — Le chiffre G a été effacé et on a encore retouché le vêtement de la femme.
M. II. S. Théobald nous signale une particularité qui, croyons-nous, n'a encore jamais été consignée; elle consiste en un trait échappé, à droite de la tourelle, obliquant dans la direction de la fenêtre du premier étage, où un drap est étendu pour sécher ; ce trait n'existe que dans les toutes premières épreuves du 2? état; l'artiste s'en étant aperçu, le fit effacer. Le collectionneur nous fait remarquer que ce trait est plus large, plus accentué à sa base, ce qui dénote que l'échappée s'est faite de bus en haut, c'est-à-dire partant de la croisée vers la tourelle ; les trois ou quatre épreuves, ajoute-t-il, où il a remarqué cette particularité, étaient dures et aigres, et la planche n'avait pas dû encore, comme on dit : commencer à tirer.
acquéreur nos plus sincères félicitations, convaincu qu'il chérira encore davantage son joyau. lorsqu'il apprendra ce qui va suivre :
La veille de la bataille — nous voulons dire de la vente — nous en causions avec notre ami et concitoyen Alphonse Lotz-Brissonneau, un enragé comme nous, et sachant qu'une telle pièce est un moulun d cinq pattes qu'il ne fallait à aucun prix laisser échapper, nous lui conseillâmes d'enlever coûte que coûte le morceau et de le pousser jusqu'à cent louis ; comme il ne demandait qu'à marcher, nous l'y décidâmes aisément. Dés le lendemain, un peu pressé, il téléphona sa dépêche à l'adresse de Danlos, 15, quai Voltaire ; la jeune personne
de service entendit et transmit 15, bouleuard Voltaire A 4 heures et demie, le télégramme
revenait avec la mention : Inconnu an boulevard Voltaire Tableau! II qu'on ne saurait
précisément, dans la circonstance, intituler : Les Gailc's iln Téléphone,
Les belles épreuves, même en l«w et '!•■ états, sont extrêmement rares; nous possédons le plus bel exemplaire connu du 2« état; il lut donné par Méryon lui-même à M. Geoffroy Dechaume, du cabinet duquel il provient. C'est Edmond Sagot qui nous le vendit ; ce jour-là, nous éprouvâmes une de nos plus douces joies de collectionneur ! ! 11 existe des épreuves sur chine collé. — Cette pièce figura au Salon de 1852.
Ventes : Sensier, 40 — Wasset, sur papier verdâtre, 275 ; la même sur chine (?) — Viollet-le-Duc, 175 — De Salicis, 145 — Clément de Ris, 99, sur papier verdâtre — V", 310. — Toutes ces pièces étaient en 2' état.
Saint-Etienne-du-Mont (H 44 — W 14). — Au fond do l'estampe, on aperçoit la façade de l'église ; à gauche, le collège de Montaigu actuellement détruit ; à droite, un coin du Panthéon auquel travaillent des ouvriers montes sur des échafaudages.
1er état. — Avec les initiales C. M. dans le haut du coin droit. L'ouvrier qui est debout sur les plus basses planches de l'échafaudage et près du réverbère lève les bras pour recevoir un étai.
21' état. — La tête et les bras de l'ouvrier précité sont presque effacés.
3^- état. — Les liras sont repris et paraissent bien dégagés de la tète.
4'1 état. — Sur le Panthéon qui est à droite, on lit : S^-Etiennc-du-Mont et l'ancienne Bibliothèque S^-Geneuiève , les pierres sont ombrées par des lignes diagonales et non perpendiculaires.
5'- état. — L'inscription du Panthéon est modifiée, on y lit : S^Etienne-du- Monl et l'ancien Collège de Montaigu, et à gauche, sur une des affiches apposées au mur du collège : A. Delàtre, imprimeur : taille-douce, eau-forte, rue S1 Jacques 36ô ; la planche porte le chiffre /, dans le bas du coin gauche.
Il existe, dans la collection de M. lî. B. Macgcorge, de Glasgow, unv épreuve d'essai sans doute unique, c'est une eau-forte pure de la planche avant qu'elle ne lut coupée, c'est-à-dire mesurant en hauteur et en largeur environ 37 millimètres «le plus que dans les états postérieurs; dans celle épreuve, la composition est pleine de lumière ; cet exemplaire provenait des cabinets lîurly et Hev. .1. .1. llcywood et de Salicis (?); il figura à l'exposition que lit de l'œuvre du Maître The Burlington Fine Arts Club en 1879.
A celte même exposition, on remarquait une autre curieuse épreuve d'essai avec la planche réduite, mais avant les initiales C. M.; dans le haut du coin droit, la lumière a disparu et l'effet est tout autre. — Cette estampe a ligure au Salon de 1852.
Ventes : Sensier, 1" état, 35 — Wasset, même état, sur papier verdâtre, 250; sur japon, 150 — Viollet-le-Duc, même état, 165 — Monnerot, même état, 80 — De Salicis, avant la planche réduite et avant les initiales, 202 ; la même, 1" état, sur papier verdâtre, 120.
La Pompe Notre-Dame, 1852 (M 45 W 15). Au milieu de l'estampe, la Pompe Notre-Dame avec ses nombreux pilotis; à droite,
derrière les maisons du premier plan, émergent les tours Notre-Dame, au-dessus desquelles passe un vol d'oiseaux. Sur la Seine, un petit bateau dans lequel des pécheurs lèvent leur carrelet.
l»état. — En bas, écrit à rebours : C. Méryon f R. N"e St-Etienne-da- Mont, 26, à droite, et 1852 à gauche.
2"= état. — En bas à gauche: C. Méryon f>. Imp. R. Ne Si-Etienne-du- Mont, 26, et à droite 1852.
3" état. — On a ajouté sous le coin gauche: Publié par L'Artiste ; au milieu La Pompe Notre-Dame, et, sous le coin droit, Imp? A. Delàlre, Rue S'-Jacques, 176.
4" état. — L'inscription : Publié par L'Artiste effacée ; C. Méryon D. S. ajouté dans le haut du coin droit; le titre en capitales audessous 1852, et l'adresse île Delâtre dans le coin.
5" état. — Dans le haut du coin droit : C. Méryon D. S. est remplacé par C. M., l'adresse de Delâtre est R. S'- Jacques, 265, et on a ajouté le chiffre 8 dans le bas du coin gauche.
Une épreuve d'essai d'eau-forte pure, avant toutes lettres, appartenant à M. W.-G. Rawlinson, a ligure à l'exposition faite de l'œuvre de Méryon par The Burlington Fine Arts Club en 1879.
Une autre épreuve d'essai, probablement unique, passa à la vente Burty qui fut faite à Londres en 1876, c'était une eau-forte pure avec la signature renversée.
Dans les épreuves d'essai, le fdel des pécheurs est complètement blanc. Cette même estampe, chose curieuse, a figuré deux fois au Salon en 1853 et en 1855.
Ventes : Sensier, 1er état, 48 — Wasset, une épreuve sur chine, avant la planche réduite, avant toutes lettres et avant le trait carré, état non décrit, 480; la même, 1" état et avant les travaux de pointe sèche dans le ciel, 216 — Viollet-le-Duc, 1er état, 100 — Monnerot, l" état, 63 — De Salicis, 1« état, sur papier verdâtre, 400; 2e état, 250 — V"', 1er état, papier verdâtre, 650.
Le Pont-Neuf (B 47 — W 17). — Vue des trois dernières arches du Pont-Neuf encore surmontées par des constructions semi-circulaires qui servaient de boutiques ; à droite, s'élève la haute cheminée de la Monnaie; à gauche sur la Seine, un bateau avec des rameurs. La vue a dû être prise de la berge, au pied du pont à droite.
L'état. — En bas dans le coin gauche: C. Méryon, del. scalp. 1853; à droite, Imp. A. Delâtre, rue de la Bucherie, N° C, et les 8 vers sur deux colonnes commençant par : Ci-git du vieux Pont- Neuf, etc..
2<-' état. — La planche a été retouchée ù la pointe sèche et les vers effacés, mais de telle façon qu'on les devine encore.
3e état. — Il y a de lourds nuages dans le ciel, la haute cheminée de droite et quelques figures du centre du pont ont disparu, les maisons du centre également ont été redessinées et rapetissées. Toutes les inscriptions effacées et remplacées par le seul titre Le Pont-Neuf en hautes et minces capitales.
4« état. — Le titre est actuellement en petites capitales et suivi du millésime 7S.Î01, en bas: A. Delâtre, Imp. R. S'- Jacques, 265; C. M. dans le haut du coin gauche et le chiffre 9 dans le bas du même coin.
Il existe des épreuves d'essai d'eau-forte pure; avant le ciel et avant que les maisons du centre aient été terminés; la haute cheminée a droite n'existe pas, non plus que les oiseaux dans le ciel, il n'y a pas de fumée sortant des cheminées et le trait carré du bas n'est pas encore tracé. — Une des belles pièces de l'œuvre.
Ventes : Sensier, avec la cheminée et avant les vers, 47; avec les vers, 36 — Wasset, eau-forte pure avant toutes lettres, sur japon, 2G0; avec le nom de l'artiste, la date, l'adresse de l'imprimeur, mais avant les vers, sur papier verdâlre, 93; avec le titre, la cheminée de la Monnaie et les maisons du fond modifiées, 38 — Viollet-le-Duc, état Wasset, avant les vers, 149; la même, avec le titre, la cheminée effacée cl les maisons du tond modifiées, sur chine, 21 — Monnerot, avec le nom de l'artiste et l'adresse de l'imprimeur, 43 — De Salicis, épreuves d'essai avant toutes lettres et avant la fumée de la cheminée de la Monnaie, 75; avec l'adresse et avant les vers sur papier vert, 350; avec les vers, 100; sans les vers, 52; la cheminée de la Monnaie est enlevée et le titre est en grandes capitales, 15; a\'ec le X" 9 et le titre en petites capitales, 6.
Le Pont-au-Change (IJ 48 — W 18). — Occupant tout le milieu de l'estampe, le pont à l'extrémité gauche duquel s'élève le ballon Speranza au milieu des nuages ; à droite, le Palais de Justice se profilant parallèlement au quai ; au fond à droite et à gauche, des constructions, et par le milieu du travers du ponl, la silhouette du bâtimeni de la Pompe Notre-Dame. Sur la Seine, un bateau vers lequel un homme se dirige en nageant. Sur le pont, au-dessous du ballon, se meut une foule compacte.
1" état. — Avec le ballon Speranza s'élevant à gauche, le nom et l'adresse de Méryon el le millésime MDÇCCLIIII; il j a dans cet état des reprises au burin.
2' état. — Le ballon a disparu; on voit maintenant le croissant et un vol
d'oiseaux de proie, le titre Pont-au-Change, et C M dans le haut du coin gauche.
' c .■ doll être une erreur purement matérielle de l'ai tlite, car <>n ne peut l'expliquer cette date, étant donné m1"- l<- premier étal porte t-<-il<- »!<■ t8SS.
3e état. — Le vol d'oiseaux a disparu, plusieurs petits ballons apparaissent.
4^ état. — Certains ballons ont été ellacés, d'autres ont été ajoutés, tels par exemple que ceux portant le nom de : Vasco de Gaina, l'Asmodêe, etc...; la planche porte le N° 10 et l'adresse de A. Delàtre, Imp. R. S. Jacques 265.
Cette estampe célèbre, cpii figura au Salon de 1852, est une des plus admirables de l'œuvre ; les belles épreuves de l1'1 état, le seul à rechercher, sont blondes, si nous pouvons nous exprimer ainsi.
M. B. B. Macgeorge, de Glasgow, qui possède la plus belle collection existante de Méryon, a bien voulu nous écrire — ce dont nous le remercions vivement ici — pour nous signaler une curieuse épreuve d'essai, avant le ballon Speranza, les spectateurs sur le pont, la Tour de la Pompe, les bâtiments à distance, mais avec le Palais de Justice ; cette pièce, sans doute unique. provenait, croyons-nous, du cabinet du Rev. .1. .1. Heywood, dont la collection passa en bloc entre les mains du célèbre collectionneur écossais.
Il existe encore d'autres épreuves d'essai, avec le ciel, les bâtiments et le ballon, mais avant toutes lettres. Les deux essais que nous signalons là sont rarissimes. — Une des plus belles épreuves que nous connaissions est chez M. Alphonse Lotz-Brissonneau, de Nantes, qui l'acheta chez Edmond Sagot.
Ventes : Sensier, 1« état, avec le ballon Speranza, 60 — Wasset, même état, sur papier verdâtre, 300 — Viollet-le-Duc, même état, 340 — Monnerot, même état, 195 — De Salicis, essai, avant le ciel et le fond derrière le pont, 400 ; la même, 1er état, plus la planche des 28 vers : Léger aérostat, ô divine Espérance... qui devaient accompagner cette estampe, 825 — V"', l«r état, 745 — Le l'1' février 1902, à une vente faite par Rapilly, un exemplaire de Ie'' état, sur papier ancien, fut adjugé 1120 francs.
La Morgue (B50 — W 20). — Un quai adossé à de hautes maisons, et sur ce quai à gauche, un noyé que deux hommes soutiennent et transportent à la morgue; une femme, dont le corps est rejeté en arrière en signe de violent désespoir, est accompagnée d'une petite fille et assiste à cette scène; vers elles, accourt un sergent de ville; au-dessus de ce quai, sur le parapet, des curieux accoudés regardent l'accident ; au-dessous, des bateaux à laver.
Cette estampe, aussi célèbre que la précédente, si elle ne l'est davantage, est, selon nous, la pièce la plus précieuse de l'œuvre ; le génie de l'immortel artiste s'y révèle dans son extraordinaire puissance, dans son insurpassable magie. Les belles épreuves sont extrêmement rares ; il en est une de 2e état chez M. Alfred Barrion, de Brcssuire, que nous considérons comme une des plus belles connues. — Cette pièce a été tirée à l'encre noire et aussi j l'encre brune.
Il y a des épreuves d'essai dans lesquelles le sergent de ville, le groupe, la fumée qui sort des cheminées ne sont qu'indiqués sans être modelés; d'insigne rareté. Il existe en plus deux cuivres : L'Hôtellerie de la Mort, généralement imprimés sur une même feuille qui contient G2 vers pour cette
pièce, commençant par ces mots: Venez, venez, passants, etc.. Burty et Wedmore affirment que l'impression est en deux couleurs ; à l'exposition de l'œuvre de Méryon, au Grolier Club, à New-York, en janvier et lévrier 1898, nous pouvions noter aussi qu'une épreuve datée à l'encre : Paris, 25 janvier 1855, par l'artiste lui-même, était en noir. — Voici les états de Lu Morgue
1er état. — Avant toutes lettres.
2e état. — En bas à gauche : C. Méryon del, sculp MDCCCLIV, et à droite : Imp. Rue Neuve, S'-Etienne-du-Mont N° 26.
3>- état. — Avec le titre, puis sur les maisons : Sabra dentiste du peuple, Hôtel des Trois Balances meublé, et dans le haut du coin gauche, le monogramme de l'artiste.
4' état. — La planche porte le N° 11 dans le coin, et on a ajouté l'adresse de A. Dcléûre, imp. R. S1 Jacques 205.
5 état. - On a ajouté imagerie religieuse, exportation, sur un autre bâtiment.
De tous ces états, les deux premiers seuls sont à retenir ; les autres sont sans valeur. — A voir, au Cabinet des Estampes, un des beaux exemplaires connus de cette pièce. -- M. cl M""' Atherton Curtis possèdent l'esquisse originale à la mine de plomb et une admirable épreuve de celle estampe.
Ventes : Sensier, 2^ état, 19 ; la même, > état, 13 — Wasset, épreuve d'essai, avant le nom de l'artiste, avant la bordure, et avant les ombres ajoutées à la fumée, 42."); 2' état, 160 — Viollet-lc-l)uc, 2'- état, 160 — Monnerot, même état, 105 — De Salicis, épreuve d'essai, avant l'achèvement du trait carié, 12(1; la même, en l'r état, avec celle dédicace au crayon : A Monsieur Gustave Salicis, son 1res dévoué, ~>7<s ; cet exemplaire csl actuellement dans I.. collection de M. II. S. Théobald; avec la lettre, 35 - V", 2- état, 200 A la vente anonyme du 14 mars 1003, où passa La Tour de l'Horloge, une épreuve de La Morgue, qui était avant les inscriptions, fut adjugée 900.
L'Abside de Notre-Dame de Paris (15 52 W 22). - La Cathédrale est vue par derrière du pont de la Tourelle; à gauche, le ponl aux Choux el des maisons; sur le premier plan à droite, des bateaux el une charrette attelée de deux chevaux chargeant du sable.
I" état. — Avant toutes lettres. — Rarissime.
2« état. — A gauche : <:. Méryon del sculp MDCCCLIV. el à droite : Imp. Rue Neuve, Si-Etienne-du-Mont 26.
y état. - Le millésime a été effacé.
4'- état. — Avec le litre : L'Abside de Notre-Dame de Paris.
■ i> état. — Avec le monogramme dans le haut du coin gauche, et le
Chiffre t2 dans le coin du lias du mè coté.
Encore un chef-d'œuvre d'une admirable maîtrise cl extrêmement
recherché, peut -être même le plus recherché de l'œuvre. Il existe (le
nombreuses épreuves d'essai, telles que : eau-forte pure, avant le ciel et les bâtiments au delà du pont ; la Cathédrale n'est pas terminée — d'autres plus avancées, avant que le ciel à droite ne soit terminé et sans le trait carré du haut — d'autres avec le ciel terminé, mais encore sans le trait carré du haut avec les bords de la planche sales.
Cette pièce a figuré au Salon de 1855.
Les deux premiers états sont seuls à rechercher. M. Théobald en possède une merveilleuse épreuve portant cette dédicace de la main de l'artiste, à l'encre : A Monsieur Niel, faible témoignage d'affection et de reconnaissance. C. Mcryon. — Chez H. Béraldi, une autre, également admirable, dédicacée : .1 mon Maître Dlérij. — M. et M>»e A. Curtis possèdent un exemplaire de 2e état, un des plus beaux connus, si ce n'est le plus beau.
Une curiosité à noter: L'Abside n'a jamais été, que nous sachions, tirée sur papier verdàtre; le fait est, du reste, confirmé par M. Wedmore.
Ventes: Sensier, état terminé avant toutes lettres, 95; la même, 2' état, 53 — Wasset, avant la lettre et avant les retouches sur les maisons du fond à droite, 460 — Viollet-le-Duc, 1" état, 325 — Monnerot, 2c état, 269 — De Salicis, 1er étal, avec dédicace, 3125, actuellement chez M. Théobald; la même, 2? état, 553 — Michelin, état vente Wasset, sur papier verdàtre, 1020 — V", avec le nom de Méryon et l'adresse de l'imprimeur, 200.
La Tourelle de Marat (B 55 — W 24). — A gauche, la tourelle, au pied de laquelle débouche à droite une carriole attelée d'un cheval blanc conduit par deux femmes ; à droite, des maisons formant l'entrée de la rue ; au premier plan, de nombreux personnages allant et venant.
I" état. — Avec le ciel, le trait carré du haut est cintré au milieu, le Fiat Lux est inscrit sur le livre tenu par la Vérité qui descend des cieux, ainsi que le mot Cabal sur la tourelle; avec le titre Tourelle dite de Moral et la légende: Sainte inviolable vérité... et Imp. Pierron, R. Montfaucon, 1, Paris.
2^ état. — Le titre changé en : Tourelle, rue de l'Ecole de Médecine, 22, Paris.
31' état. — Les figures dans le ciel sont 'elfacées et remplacées par deux oiseaux, au titre on a ajouté le millésime MDCCCLXI.
4'' état. — On a ajouté Gazette des Beaux-Arts.
Il y a plusieurs épreuves d'essai présentant entre elles des différences fort sensibles; dans son intéressant catalogue descriptif de l'œuvre du Maître, M. Wcdmorc en mentionne huit qui furent distribuées par Méryon à divers collectionneurs, elles étaient sur fin japon, numérotées et datées par le graveur; une des plus caractéristiques était celle de M. Macgeorge, où l'on voyait dans la carriole une femme et un enfant au lieu des deux femmes qui se trouvent toujours dans tous les autres états.
M. Théobald nous signale également la sienne qui était la dernière ; elle portait le AT° S et la date 7 juin, il la tient de M. Wedmore; elle provenait de
la collection Wasset : il possède encore une autre curieuse épreuve d'état intermédiaire entre le second et le troisième, ayant dans le haut du coin droit les initiales C. M. renversées dans un cercle, les deux oiseaux, mais sans aucune autre lettre.
Au Burlington Fine Arts Club, en 1879, figurait une très intéressante épreuve d'essai du second état appartenant à Sir F. Seymour Haden qui la tenait directement de Méryon; elle portait le titre : Tourelle, rue de V Ecole de Médecine, 22, Paris, les figures avaient disparu du ciel et étaient remplacées par la tète de Charlotte Corday dessinée au crayon, le trait carré du haut n'était plus cintré au milieu, le monogramme était effacé, et les deux oiseaux n'avaient point encore été introduits dans le ciel.
Au Grolier Club, en 1898, on avait exposé une épreuve avant toutes lettres, dans laquelle la ligne du haut du trait carré était redressée, les figures remplacées par des oiseaux; le ciel chargé de lourds nuages, avec des rayons traversant le monogramme de l'artiste dans le haut du coin droit; ces particularités avaient échappé à Hurty et à Wedmore.
Il est inutile de dire combien sont rares de pareilles épreuves qui ne sont peut-être tirées qu'à l'état d'unité.
Ventes: Sensier, épreuve d'essai avant le ciel et le mut ('.abat sur la tourelle et avant les mots Fiai Lux sur le livre ouvert que tient la Justice, 102; avant la lettre, mais avec les ligures effacées dans le ciel, la bordure du haut est encore cintrée et le ciel non terminé à la place où étaient les ligures, 32; avec la lettre, 12 — Wasset, épreuve d'essai, état Sensier, 200, sur japon; avec le ciel terminé, la bordure tracée, avec Cabat sur la tourelle, mais avant Fiat Lux. avant toutes lettres, 170 — De Salicis, 1er état, avec le titre Tourelle dite de Marat, 30; la même avec le titre Tourelle de l'Ecole de Médecine, avec une dédicace, 1<S.
Nés prix que nous venons de donner étant ceux de ventes déjà très anciennes renseigneront fort peu l'amateur sur la cote des Méryon d'aujourd'hui, qu'il sache donc que les belles pièces de cet artiste se sont tellement raréfiées qu'il n'en passe pour ainsi dire plus en ventes publiques, et que si d'aventure, de loin en loin, il s'en présente, elles varient en premiers états de 600 à 3000 francs et même quelquefois davantage.
Quand on songe qu'en 1886, à Londres, The Fine Arts Society affichait les prix suivants dans son catalogue: I.e volume &.' Eaux-fortes sur Paris, 1137 lianes et: La Pompe Notre-Dame , 210 — L'Abside, 262 — Le Strgge, 105 — Le Pont au Change, 202 — La Morgue, 180 Ml - La Rue de la Tixéranderie, 131 — La Rue des Mauvais-Garçons, 78 1 1 1 — La Tour de l'Horloge, 10."), toutes ces pièces en premier étal; on se demande, inquiet et lier à la luis, si dans quelques vingt ans l'œuvre de notre immortel et glorieux artiste n'atteindra pas les hauts prix pratiqués pour les grands Maîtres de notre XVIII' siècle et pour ceux des écoles allemande cl hollandaise.
MILLET (Jean-François)
Bel et grand artiste peintre-graveur peintre surtout — né a Gruchy,
petil village de la côte normande, le I octobre INI I, mort à Uarhi/on le 20 janvier 1895. C'était un rustique, dans la belle et haute acception du
mot ; ses dessins, plus encore peut-être que ses toiles, ont le don de nous émouvoir profondément. — Son œuvre gravé, fort recherché, est peu considérable, en tout trente-quatre pièces se décomposant comme suit : 21 eaux-fortes — 3 lithographies — 3 bois — et 2 gravures sur verre.
Son catalogue fut dressé par Alfred Lebrun; il est à la fin du livre d'Alfred Sensier : La Vie et l'Œuvre de J.-F. Millet, Paris, Quantin, 1881. Frederick Keppcl en a donné une très intéressante traduction, avec additions et rectifications, en 1887 ; il a été puissamment aidé dans ce travail en ayant sous les yeux l'œuvre complet du Maître qu'il»achcta à M. Lebrun en 1880, avec la promesse formelle que cette collection ne serait jamais morcelée ; une exposition en fut faite dans les galeries de l'acheteur, à New -York, le 15 février 1887.
En septembre 1801, I'h. Burty, dans la Gazelle des Beaux- Arts, avait déjà catalogué 11 pièces du Maître, et, en 187(i, Piedagnel, dans : J.-F. Millet, Souvenirs de Barbizon, s'en était également occupé. — Voir Béraldi, tome X, Paris, 1890.
Un des plus beaux œuvres du Maître se trouve dans les cartons d'un homme charmant entre tous, M. H. Giacomelli ; l'admirable vieillard ' — peut-être le plus séduisant de tous nos aquarellistes — nous écrivait, il y a quelques jours, qu'il avait été pris de la passion de la belle image depuis l'âge de 15 ans; elles coûtaient à ce moment dans les trente à quarante sous, quelquefois moins et ne se vendaient guère!! il sut en profiter, aussi possède-t-il à l'heure présente une des plus belles collections existantes de l'époque romantique, et ce en épreuves comme on n'en rencontre plus.
La Couseuse, 1855 (Lebrun 1U). - - En sabots, elle est assise de trois quarts à droite près de sa fenêtre, les jambes croisées, elle coud. — Un seul état, sans signature.
Ventes : Sensier, l" état, sur vieux papier, 38 — Hédouin, sur chine, 10.
Paysan rentrant son fumier, 1855 (12). — Il pousse devant lui sa brouette chargée de fumier et s'apprête à la faire franchir une porte qui est à gauche ; sa bêche est posée sur sa brouette. Dans le coin droit inférieur : J.-F. Millet, et dans celui de gauche : Paris, Imprimé par Aug. Dclàlre.
Le 1er état, gravé en 1855, est sans l'adresse de Dclàtrc.
Ventes : Sensier, lor état, sur vieux papier, 40 — Hédouin, sur chine avec l'adresse de Delàlre, 00 — Michelin, épreuve d'artiste, 149.
Les Glaneuses, 1855 (13). — Trois femmes au premier plan en train de ramasser les épis qui sont à terre ; deux sont très penchées
1 II est né en 1822! On ne s'en douterait guère à la vue de son écriture si ferme et si fuie, et moins encore à la verdeur de son esprit, à la sensibilité île son cœur.
en avant, la troisième se tient presque droite. Au tond, meules, paysans et charrettes.
Le 1" état est sans signature.
Ventes : Sensier, 2^ état, avec l'adresse de Delàtre, 68 — Goncourt, même état, 90; la même, sur japon, 80.
Les Bêcheurs (14). — Sur le premier plan, deux hommes tournés à gauche ; celui de droite enfonce la pelle avec son pied, tandis que l'autre étale la terre qu'il vient de soulever. Derrière eux, une hutte, et très à gauche par terre, leurs vêtements et leurs chapeaux.
Au 1« état, dans le haut du coin droit, un pelit nuage au-dessus duquel est la signature de J.-F. Millet. Le 2p état, qui est unique, paraît-il, est au ciel blanc et avant toutes lettres ; le 3e avec le ciel refait ainsi que le petit nuage à peine visible, et le i<- avec l'adresse de Delàtre.
Ventes : Sensier, 4'' état, 57 — Hédouin, avec l'adresse de Delàtre, sur chine, 100 — Courtry, 3'- état, sur chine collé, 135 — Michelin, même prix.
La Veillée, 1<S5G (15). -- Un lit à gauche, pas loin duquel deux femmes assises cousent près d'une lampe.
('.clic planche, tirée sur zinc, est trop mordue et très confuse; elle n'est intéressante que par son extrême rareté. — Il en existe une mauvaise contrefaçon.
Ventes : Sensier, 52 — Courtry, sur japon, 115 — Iîouvcnne, 40.
La Cardeuse, 1862 (l(i). — Femme assise de trois quarts à droite, occupée à carder ; derrière elle, un rouet ; sa tète est enveloppée d'un mouchoir noué sur le front; près de son pied gauche, un panier contenant de la laine cardée. Sans signature.
C'est cette pièce qui, dit-on, est restée toute une nuit dans le bain d'acide — ce que nous avons peine à croire — et qui, par conséquent trop mordue, ne fut jamais publiée. Les épreuves en sont donc extrêmement rares; un des plus beaux exemplaires connus se trouve dans la collection A. Barrion, il provenait de la vente I. essore où il lut adjugé 330 francs; c'est une admirable pièce, malgré le prétendu malheur qui lui est arrivé. I.llc est actuellement détruite.
Ventes . Sensier, état unique, 300 — Courtry, sur chine, 300.
La Gardeuse d'Oies. 1<S(>3 (17). -- Debout de trois quarts à
droite sur le bord d'une mare, elle regarde une oie; son bras gauche
éloigné de son corps à angle droit s'appuie contre un arbre, l'autre
est ramené sur la hanche : derrière elle au fond de l'estampe, quelques maisons et des arbres. — Sans signature.
Pointe sèche très rare, ce n'est guère que son seul mérite.
Ventes : Sensier, sur chine volant, 30 — Bouvcnnc, en histre, sur chine volant, 80.
La Grande Bergère, 18G2 (19). — A droite de l'estampe et tournée à gauche, ayant derrière elle une colline plantée de jeunes arbres, une bergère tricote un bas en gardant ses moutons, accompagnée d'un chien noir. La plaine est inondée de soleil et au loin un village se profile à l'horizon. Signé à gauche : J.-F. Millet.
Keppel nous apprend que cette planche devait être publiée par Cadart auquel elle ne plut pas; il pria l'artiste de la reprendre, ce qu'il fit en donnant sa démission de membre de la Société des Aquafortistes.
La Fileuse, 1868 (21). — Debout de trois quarts à droite, en sabots, coiffée d'un chapeau de paille, la quenouille passée sous le bras gauche, elle file; derrière elle sur la colline, ses chèvres paissent. Dans le bas du coin droit : J.-F. Millet.
Il existe une épreuve d'essai où l'œil droit de la fileuse n'est pas terminé, ce qui la fait paraître borgne et où, tout à fait dans le haut du coin gauche, on distingue cinq petites tailles ou hachures qui disparaissent au second état.
Cette planche qui est détruite servit à illustrer Sonnets et Eaux-Fortes (1869) publiés par Lemerre.
Tous les cuivres qui ne turent pas détruits, à l'exception de celui appartenant à la Gazette des Beaux-Arts : Femme faisant manger son enfant (18), paru en septembre 1861, sont la propriété de M'»* veuve Millet.
Ventés: Sensier, 50 — Burty, 71 — E. L., 1er état, 65; la même, 20 — Hédouin, 33 — Courtry, hr état ('?).
Où donc est-il ? (22). — Une jeune femme vêtue de noir, l'air désolé, est assise de profil à gauche contre la balustrade d'une terrasse sur laquelle elle appuie son coude droit ; son regard anxieux semble interroger l'horizon ; ses deux enfants debout près d'elle, s'appuient sur ses genoux.
Le seul exemplaire existant de cette lithographie, qui doit être de 1848, est actuellement à New- York, chez M. et Mme Athcrton Curtis; il fut acheté avec la musique, la forte somme, par Frederick Keppel pendant l'été de 1886. Cette estampe devait servir de titre à une romance; clic est reproduite dans le catalogue de Keppel qui, tiré à 250 exemplaires, est épuisé depuis longtemps. — A la vente Bouvcnnc il a passé une copie de cette Lithographie ; copie tirée à trois exemplaires seulement, avant toutes lettres.
La Précaution Maternelle (25). — A la porte d'une ferme, une femme relève la chemise d'un garçonnet pour lui permettre de satisfaire un petit besoin ; à droite, adossée au mur, sa sœur, les bras ballants, le regarde étonnée. A gauche de la porte, deux pelles appuyées au mur. Dans le coin gauche inférieur à l'envers : J.-F. Millet.
Très l'are estampe gravée sur verre; les épreuves sont généralement tirées sur un papier jaunasse à l'air parcheminé.
De grande tenue et de sobre allure, les eaux-fortes de Millet sont rares et recherchées; cependant, dans leur admirable synthèse, on nous accordera qu'elles n'évoquent point la sensation d'aurores mouillées ou des âpres chaleurs de midi, dont nous parle Paul Mantz au sujet des toiles du Maître.
MOREAU-NELATON (Etienne)
Dieu fait fumer la cheminée du pauvre. — In chemin de village au milieu duquel une sœur de charité s'avance un panier passe au bras gauche. Derrière elle à droite, une haie basse; à gauche, une palissade, et au second plan, des chaumières; au fond. des arbres, lui bas à droite, la légende : Dieu fait fumer, elc. . .
La Promenade des Religieuses. Cinq filles de Saint- Vincentde-Paul se dirigent en file indienne vers la droite, elles ont leurs mains enfouies dans leurs larges manches. A gauche, se silhouette une église. Sans signature.
L'Ange du Souvenir. — Un cimetière dont un ange nimbé arrose les tombes ; au fond, l'église du village. Sans signature
Ces pièces sont empreintes d'une poésie douce et pénétrante; le métier de l'artiste a quelque analogie avec celui de Legros, et surtout de Millet. C'est de la bonne gravure, simple et sévère, mais de fort belle tenue et pleine
d'accent, elle séduit el émeut, n'est-ce pas le plus beau compliment qu'on puisse- faire à un artiste.
MORIN (Louis)
Bien plus dessinateur el illustrateur que graveur, il Faut avoir cependant du délicieux el sympathique artiste quelques-uns des mille menus, fairepari de naissance, de baptême OÙ il a dépensé à profusion son esprit el son
cœur, "M se les procurer, voila le hic? En les lui demandant, peut-être en
reste-t-il encore! A ajouter deux délicieuses eaux-fortes entrevues à l'exposition organisée par Vollard en juin 189G : Le Menuet et Fclc sur une place publique.
MULLER' (Alfred)
Promenade à Hyde Park. — Au tout premier plan et occupant le milieu de l'estampe, des femmes causent et des enfants jouent ; à gauche, au second plan, une voiturette qu'une femme pousse devant elle, et à droite, un cheval de profil à gauche qu'un cocher tient par la hride. Au fond de l'estampe, se silhouettent quelques constructions. Sans signature.
Editée par Ed. Sagol, une des meilleures estampes en couleurs de l'artiste, son succès a été considérable. — Existe aussi avec le titre gravé.
Le Moulin -Rouge. — Le joyeux établissement de la place Blanche est brillamment éclairé ; c'est le soir, sur le trottoir en face, des femmes vont et viennent.
Pièce bien typique, qui n'a pas eu moins de succès que la précédente.
Les trois Sœurs. — Devant un piano ouvert, trois femmes ; les deux de gauche sont debout et celle de droite qui est assise est vue de dos ; celle du milieu est si violemment éclairée qu'elle paraît vêtue de blanc.
Voici un admirable morceau de noir et blanc qui me séduit autrement, je le déclare, que les pièces en couleurs, mais ces dernières sont à la mode : on en vend dix de celle-ci contre une de celle-là; qu'y l'aire? tous les raisonnements seront impuissants pour conjurer le mal ; or, il faut avant tout qu'un artiste contente son public ; il le l'ait, rien à dire.
Un mot pour finir : nous nous permettons respectueusement d'attirer l'attention de l'artiste sur ses formats qu'il exagère quelquefois un peu ; pour n'en citer qu'un exemple, sa belle pièce Le Ru d'Osny - est immettable en portefeuille; mais c'est pour encadrer, nous dira-t-on; c'est possible, mais l'acheteur hésitera tout de même à s'en rendre acquéreur, parce que son miroitier lui demandera trop cher et qu'il perdra d'un côté ce qu'il croira avoir gagné de l'autre; donc les formats modestes, le petit in-folio, 45 sur 34,
< L'éditeur attitré de Millier est Pierrefort, 12, rue Bonaparte; l'œuvre de l'artiste, déjà considérable, s'y trouve chez lui à peu prés au complet. 3 fui veut dire Ruisseau.
voilà pour nous un maximum , voyez les Anglais — gens pratiques — les Seymour Haden, les GoflF, les Whistler, jamais ils ne dépassent une moyenne de 20 sur 15; ils sont dans le vrai, et le collectionneur l'apprécie hautement; la jouissance de l'œil se décuple sur une petite pièce.
OSTERLIND (Allan)
Danseuses Espagnoles. — Doux danseuses côte à côte exécutent d'ensemble un pas ; elles ont îles castagnettes ; celle du premier plan ouvre la bouche, elle chante.
Il existe une autre planche où il y a Irais danseuses au lieu de deux. — Ces pointes sèches, éditées chez L. Dumont, sont les débuts de l'artiste suédois; il y a des tirages où les épreuves sont rehaussées de couleur. Nous avons encore remarqué, au Salon de 1903 de la Société Nationale, une jolie pointe sèche en couleurs : Le Retour à la Fontaine.