BERTON (A
Etude de Femme nue. — Jeune femme nue couchée sur un lit, le corps repose sur le côté gauche, elle est accoudée, le menton appuyé dans la main gauche, la jambe reployée sous elle, le bras droit allongé sur la cuisse, elle regarde presque de face.
Nous signalons cette eau-forte d’un artiste très jeune et encore, croyonsnous, peu connu, parce qu’elle dénote un joli tempérament de graveur et qu’étant son premier essai elle a été tirée à un nombre absolument restreint. Particularité : l’artiste est sourd-muet.
DIX- NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
BESNARD (Paul-Albert)
La Mère malade. — Assise dans son lit et tournée de trois quarts à gauche, la jeune femme, la tête recouverte d’un mouchoir, regarde sa petite fille qui lui apporte une cuvette qu’elle tient de ses deux mains ; son frère est derrière elle, penché en avant sur le bras du fauteuil qui est au pied du lit, il regarde cette scène. Au fond de l’estampe, des tentures.
Nous possédons une épreuve signée et dédiée du br état, tirée à 3 exemplaires, dans lequel la mère, le lit, l’oreiller, les draps, les mains de la fillette et la cuvette ne sont indiqués qu’au trait. — Dans cet état, les enfants, la petite fille surtout, est adorable. Cette eau-forte, merveilleuse de couleur, est une des plus belles pièces contemporaines. La planche fut gravée en 1891, mais, lorsque l’artiste voulut la terminer, il la perdit ; c’est de lui-même que nous tenons ce détail.
Les Enfants de l’Artiste. — En hauteur sur trois plans différents et presque sur la même perpendiculaire, la tête des trois enfants du célèbre peintre. Le portrait de la petite fille de profil à droite est placé entre ses deux frères, celui qui est au-dessus d’elle est de trois quarts regardant de face, celui au-dessous est comme elle de profil à droite. Sur ce cuivre, on remarque encore à droite une autre tête de la fillette qui, restée inachevée, n’a pas été effacée. Le bas du coin droit de l’estampe délimité par deux traits est vide de travaux.
Notre exemplaire provient de la vente de Burty auquel il fut dédié en 1890. C’est une œuvre d’art d’une extrême distinction ; il y a là des valeurs de noirs tout à fait extraordinaires et puissants comme de la couleur.
Dans les Cendres. — Une femme est assise presque de face sur la pierre d’un foyer, elle est penchée en avant et ses bras posés l’un sur l’autre, s’appuient sur ses genoux, les jambes sont écartées et les mains et le visage sont violemment éclairés ; la lumière vient de droite.
Jeune Fille à la barre (?) — - Elle est debout, le corps de profil à gauche et regarde presque de face, appuyée sur une barre.
1er état. — Au trait, à part les cheveux qui sont ombrés ; le fond est blanc ainsi que la barre sur laquelle] le modèle appuie la main gauche.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
2e état. — La planche est terminée, et le fond très noir ; un coup de lumière sur le milieu de la barre, à la hauteur de la ceinture de la fillette, éclaire merveilleusement la composition.
Rêveuse (?) — De profil à gauche et semblant assise, une femme penchée en avant, laisse porter tout le poids de son corps sur ses bras qu’elle appuie sur ses genoux. Son regard se perd dans l’infini.
? ? ? — Une femme est assise dans un fauteuil tout en bois
dont le haut dossier dépasse sa tête, elle est complètement de face et regarde droit devant elle, l’avant-bras droit est allongé sur le bras du fauteuil, le gauche est accoudé. Une collerette blanche légèrement esquissée, dégage le cou de la femme. Les plis de la robe sont merveilleusement accusés.
La plus haute expression d’un sentiment vague. — Une
danseuse de profil à droite, faisant une pointe sur le pied droit, lève très haut la jambe gauche.
Nous mentionnons cette petite pièce à cause de son extrême rareté pour les collectionneurs qui font l’œuvre du Maître.
Etude de Nu. — De trois quarts à droite et regardant de face, les jambes croisées, une femme tient embrassé le dossier du fauteuil (?) sur lequel elle est assise.
? ? ? — Au fond de l’estampe, un lit très haut sur lequel
une jeune femme vue de dos, vient de déposer un enfant ; sur le premier plan, une chaise sur laquelle une serviette est jetée.
La Morte couchée. — Une femme est couchée de face, la chemise vague aux manches courtes laisse le cou complètement dégagé, la tête repose sur l’oreiller rejetée violemment en arrière, la bouche est entr’ouverte ; les mains sont jointes dans le raidissement de douleur des bras allongés.
L’état que nous venons de décrire est le premier. Dans le second, les bras ont disparu sous les travaux d’ombre, qui font un merveilleux repoussoir avec le blanc de la chemise, la planche est là véritablement à l’effet. Cette estampe et les précédentes sont toutes d’admirables eaux-fortes de peintre, pleines de couleur et d’accent, elles prennent rang parmi les plus magistrales productions de notre époque et sont les joyaux des portefeuilles qui les contiennent. — L’artiste est Grand-Prix de gravure de l’Exposition de 1900.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
BEURDELEY (Jacques)
Les Vieux Murs. — A gauche, une haute maison commencée à démolir et dont les murs sont soutenus par des étais ; sur le premier plan à droite, un ouvrier vu de dos est monté sur un échafaudage.
Rue Saint-Severin. — A gauche, des maisons, et à droite, une partie de Saint-Severin avec la grille qui l’entoure ; vers le milieu de l’estampe, deux femmes arrêtées causent entre elles ; celle de droite porte un enfant dans ses bras.
La Rue des Prêtres Saint-Severin. — Des enfants entrent et sortent de l’école ; à droite, une mère arrêtée parle à son fils.
La Rue d’Ecosse 1 . — Une maison à gauche, devant l’allée de laquelle une femme vue de dos et tournée à droite est assise, parlant à un homme debout devant elle ; un peu plus loin à droite, un groupe de trois enfants jouant.
Galeries de l’Odéon. — Des bouquineurs en train de fureter ; l’un d’eux à droite, en chapeau à haute forme, est penché en avant, la main sur un volume.
Citons encore : Maisons et fumée — Le Pont de l’Europe — Le Sacré-Cœur (effet de nuit) — Lavoirs de l’Hôtel-Dieu à Provins.
L’artiste qui est un tout jeune homme — il a à peine 28 ans — a commencé à graver il y a deux ans environ, il n’a pris de leçons d’aucun maître, et dans son œuvre naissant on sent déjà percer une personnalité. Il imprime chez Delâtre environ une trentaine d’exemplaires par chaque planche, il tire ses épreuves en deux fois avec le même cuivre pour obtenir des ombres plus intenses ; il encre à la poupée, et, généralement, n’a pas deux épreuves absolument semblables d’aspect.
BLANC (Paul)
Le Passage difficile (Blanc 3). — Appuyé sur deux énormes crosses, un infirme descend un escalier taillé dans le roc, avec toutes les précautions que demande la circonstance.
Eau-forte pure.
1 Cette estampe par la similitude du lieu fait songer à La Rue des Mauvais Garçons de Méryon ; c’est une des meilleures pièces du jeune artiste.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
Le Singe (20). — Un vieux mendiant, son singe sur les genoux, est assis par terre. Le singe met la main dans l’assiette de soupe qu’une jeune fille apporte au vieux.
Eau-forte pure.
La Conversation (48). — Une femme assise, devant elle un gosse, la culotte déchirée.
Eau-forte relevée de pointe sèche seulement.
L’artiste a un métier qui ne ressemble en rien au métier de ses confrères, à ce titre, il mérite de figurer dans une collection de contemporains. Il accuse lui-même trois manières bien distinctes: Eau-forte pure — Eau-forte relevée de pointe sèche — Eau-forte, pointe sèche et aquatinte; mais, en tout cas, nous le répétons, d’une formule très spéciale. Ses sujets sont Les Mendiants, il en sort peu. En janvier 1897 son œuvre se composait de 112 pièces, l’artiste avait alors 60 ans.
BONING-TON (Richard-Parker)
Elève de Legros, né à Nottingham en 1801, mort à Londres en 1828, s’adonna surtout à la reproduction des monuments par le procédé lithographique et y excella.
Le catalogue de son œuvre gravé et lithographié fut rédigé avec soin par Aglaüs Bouvenne en 1873; plus tard, Germain Hediard en donna un second qui ne comprenait que les lithographies ; il fut publié, croyons-nous, tout d’abord dans L'Artiste.
Béraldi, dans le tome II de ses Graveurs, mentionne 68 numéros. Nous attirons l’attention très spéciale du collectionneur sur les pièces suivantes qui sont absolument remarquables, mais n’atteignent cependant jamais de gros prix.
La Rue du Gros Horloge à Rouen, 1824.
Fut adjugée dernièrement, à la vente Mallet, 20 francs et à celle de Dreux 10 francs, sur chine.
L’Architecture du Moyen Age.
Première pensée : Deux enfants, l’un assis, l’autre debout à gauche sur les marches d’une porte d’architecture gothique, dont le vantail descellé repose à droite contre la baie.
Il n’existe, paraît-il, que deux épreuves connues, collections Parguez et Lacombe; à la vente de ce dernier cabinet, l’exemplaire avant toutes lettres fut adjugé 50 francs.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
Epreuve définitive : Deux enfants jouent avec un chien sur les degrés d’une porte gothique murée, dont le vantail descellé est appuyé à gauche. On lit dans le remplissage de la baie : Architecture du moyen âge R.-P. Bonington (Lith. de FeilletJ.
Il existe des épreuves sur chine, papier blanc et teinté.
Eglise Saint-Gervais et Saint-Protais à Gisors.
Vue de Bologne. — La vue est prise dans l’intérieur de la ville ; au second plan, très éclairée, une place qui semble devoir servir de marché. Au fond, une tour carrée haute et grêle.
Cette pièce est la seule eau-forte connue du Maître, les épreuves en sont fort rares et on ne les rencontre guère qu’en Angleterre ; c’est le 15 octobre 1828 que MM. Colnaghi la publièrent. Burty et Villot en possédaient chacun un exemplaire, celui de Burty provenait de la collection Van Os, on les crut longtemps les deux seuls connus. A la vente Lacombe une épreuve fut adjugée 57 francs; la plupart des belles pièces de cet artiste furent achetées par le prince de Metternich, ambassadeur d’Autriche à Paris.
En mars et avril 1901, le docteur H. -H. Meier, de Brême, prêta ses Bonington et ses plus belles lithographies pour une exposition qui eut lieu à Leipzig; précédemment déjà, en 1881, il avait fait, à la Galerie Nationale de Berlin, une exposition d’eaux-fortes de nos Maîtres français, en collaboration de feu Thibaudeau, de Londres, qui, lui, s’était occupé des gravures anglaises. Le docteur Meier est un collectionneur au goût sûr et délicat qui réunit les eaux-fortes et lithographies originales modernes de tous les pays, il possède une collection unique au monde qui compte près de 60000 estampes. Cette collection ne sera jamais dispersée et, un jour venant, elle deviendra, croyons-nous, la propriété du cabinet de Brême.
BOTTINI-ZEE
Cabinet particulier. — Assis l’un près de l’autre, presque dos à dos, un homme et une femme, cette dernière ayant un chapeau qui ressemble à un bonnet phrygien, sont servis par un garçon qui, penché en avant, s’avance discrètement un plat à la main. — 40 épreuves.
Bar d’Esthètes. — Devant un comptoir, trois hommes, deux femmes et le garçon, le verre à la main, en train de boire ; au fond de l’estampe, une croisée à petits carreaux d’où vient le jour.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
La collaboration de ces deux artistes — Bottini, dessinateur, Van der Harry Zee, graveur sur bois — est si intime que nous avons cru devoir réunir leurs deux noms sous la rubrique Bottini-Zee. Ces bois ont une saveur absolument spéciale et sont surtout intéressants par leur tache, leur couleur; ils paraîtront lâches, très lâches même de dessin, mais ceci est absolument voulu et c’est ce qui en fait la particularité, ils sont gravés au canif, procédé très à la mode aujourd’hui et d’un œil absolument différent par conséquent de ceux traités, par exemple, par Pannemaker et Pisan.
La Femme à la Rose. — Une femme est allongée sur un canapé, la tête à droite, accoudée sur le bras gauche, elle a une rose dans les cheveux et une autre dans la main droite étendue le long du corps, la pièce est sombre, la joue droite seule est éclairée.
La seule eau-forte faite par ces artistes. — Toutes ces pièces sont de couleurs généralement différentes, les encres étant renouvelées à chaque tirage ; imprimées à très petit nombre, elles sont vite épuisées, c’est surtout chez Kleinmann, qui en a fait sa spécialité, qu’on a le plus de chance de les rencontrer.
BOUTET (Henri)
L’Essai du Corset. — Une petite femme à l’air émoustillé, vue de trois quarts à gauche, a peine à agrafer un corset noir contre lequel se révoltent ceux que l’on veut faire prisonniers.
Le mouvement est fort gracieux; cette pointe sèche est la plus jolie qu’ait signée l’artiste, il l’a faut avoir en 1 ^ état.
Deux expositions de l’œuvre de Boutet ont été faites au Salon des Cent, 31, rue Bonaparte, en mai-juin 1895 et en (?); le catalogue de la première contenait une préface de l’artiste lui-même, pleine d’humour. — Voir : H. Béraldi, Les Graveurs du XIX« siècle, tome II, 1885 — Léon Mailard, Henri Boutet, graveur et pastelliste, 2 vol., Paris, Floury, 1894-1895.
Boutet a créé un genre, à ce titre il doit figurer dans ce recueil. C’est de lui qu’un écrivain très spirituel et très humoriste — M. Hippolyte Devillers — a dit dans un numéro de L'Estampe rubriqué Camées-Express :
« Il a croqué plus de Parisiennes que Croquemitaine de petits
» enfants. ... Il les croque toutes crues, le monstre ! en robe, en pantalon, en
» chemise , quelquefois moins icelle .... Eleusis avait ses mystères ; les » corsets n’en ont plus pour Henri Boutet .... ceux de nos sphynges » parisiennes s’ouvrent pour lui comme des grenades mûres (l’expression est » délicieuse!). . . . D’autres dessous que ceux de la politique l’attirent, et » quand il s’égare dans le labyrinthe des préférés, en bon classique, il n’en » sort qu’en se hâtant lentement. ...»
On ne peut mieux dire.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
BOUTET DE MONVEL (Bernard)
Un jeune Homme en 1899. — En face d’une croisée à petits carreaux multicolores, un tout jeune homme coiffé d’un chapeau à haute forme est debout, la fleur à la boutonnière, la canne dans la main droite; il est chaussé de souliers vernis très luisants.
Cette estampe en couleurs, comme toutes celles, du reste, que nous allons décrire, est la première qu’ait gravée l’artiste, il avait 17 ans ! Bon chien chasse de race, dit le proverbe, c’est donc bien prophétiser que d’assurer que le fils occupera, lui aussi, dans son art, la place si distinguée que son père a su conquérir dans le sien, la peinture.
Les Hâleurs. — Le long d’un étroit canal, deux hommes se dirigent vers la gauche, hàlant à la cordelle un chaland ; le canal et le ciel seuls sont légèrement éclairés, le reste est dans l’ombre ; de l’autre côté de l’eau, on aperçoit des arbres et des maisons basses.
Pièce très typique imprimée avec planches de repérage comme presque toujours, et en teintes plates; ce procédé, qu’on peut accuser d’un peu de lourdeur quelquefois, est souvent assez heureux, il donne à certains sujets un accent, qu’une transparence dans les teintes ne saurait rendre avec autant d’énergie. Il y a cependant, nous devons le reconnaître, dans les estampes ainsi traitées, moins de souplesse et moins d’enveloppe que dans celles où l’on procède par la dégradation des nuances, c’est donc une manière dont il ne faudrait peut-être pas trop abuser, elle deviendrait facilement monotone.
Le Bar. — Un lad vu de dos et accoudé près d’un bar, derrière lui sur le tout premier plan, un bouledogue assis de trois quarts à droite. On distingue les bouteilles et les verres sur le comptoir. A droite de l’épaule du jeune garçon et à gauche de sa casquette, une partie violemment éclairée. Dans le bas du coin gauche, on lit à l’envers : Boutet B. de Monvel 1901.
A citer encore : La Marchande de Légumes — Avant l’Orage ' — Départ pour la Chasse.
1 Nous la mentionnons, bien que le jeune artiste nous ait dit n'en être pas du tout satisfait ; elle rappelle un peu Les Hâleurs, que nous préférons du reste nous aussi.
DIX-NEUVIÉME ET VINGTIÈME SIÈCLES
BRACQUEMOND (Félix)
Léon Cladel (Béraldi 21). — Assis devant sa table, la main droite tenant une cigarette, s’appuie sur une feuille de papier blanc, le bras gauche est passé sur le dossier de la chaise, et autour du poignet s’enroule une lanière de cuir qui soutient un bâton. Le personnage aux longs cheveux et à la barbe blanche est coiffé d’un chapeau mou, il songe.
C’est un des plus beaux portraits qu’ait signé le Maître, il devient fort rare et ne porte la signature de l’artiste qu’au 3e et dernier état. Nous engageons vivement le lecteur à consulter le catalogue de l’œuvre de l’artiste par H. Béraldi : Les Graveurs du XIX(- siècle, tome III et IX (supplément} , où 810 numéros sont décrits.
Le Haut d’un battant de porte (110). — Sur une porte de grange, quatre oiseaux sont crucifiés, une pie, une chauve-souris et deux éperviers ; un cartouche est fixé par un clou sur cette porte et on y lit un quatrain commençant par ces mots : Ici tu vois tristement pendre. . .
M. Alfred Barrion en possède une admirable épreuve dédiée à Mme O’Connell; elle est, croyons-nous, du 4e état avec la planchette et le quatrain. C’est une des pièces célèbres du xixe siècle qui, très avidement recherchée, se raréfie tous les jours.
Les Sarcelles (111). — Dans un marais, des sarcelles prennent leurs ébats, six vienent de prendre leur vol et sont loin dans le ciel ; la septième, celle de droite, est à peine au-dessus des roseaux, allant rejoindre les autres s’envolant vers la gauche.
Le bel état est celui portant le titre et à gauche, sous le trait carré, lmp. Delâtre, rue Bièvre, 19, et dans le haut du coin droit Bracquemond ; il n’y a eu que 30 épreuves de tirées.
Les Perdrix (112). — Au pied d’un tertre dénudé, ayant à droite un bouquet d’arbres, une compagnie de perdrix ; une de celles du tout premier plan, la tête haute, semble rappeler ; quelques autres ont déjà pris leur vol.
Cette pièce est d’une curieuse couleur et d’un métier qui, quoique un peu sec, est loin d’être banal, à ce titre elle doit entrer dans le portefeuille du collectionneur. Elle est fort rare.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
Margot la Critique (113). — Sur une mappemonde dont on ne voit qu’une partie, une pie est posée, les ailes déployées, le bec ouvert, les pattes écartées, elle tient dans celle de droite une plume d’oie. Sur la calotte de la sphère, on lit : Paris, Musée, Opéra, etc. Sur le fond de l’estampe, une légende de 13 vers commençant par : Un jour Margot Critique au noir plumage.
Inutile de rechercher le 1er état qui est avant le titre et les vers, car il n’en existe que deux exemplaires. Le 2e, celui que nous venons de décrire, est tiré à 50 épreuves seulement.
Toutes les pièces que nous pourrions appeler du Bracquemond de la première manière — et par cette dénomination tous les collectionneurs nous comprendront — sont à l’heure actuelle extrêmement rares, elles sont dans des portefeuilles qui les gardent jalousement, et on ne les voit faire leur réapparition sur le marché que de loin en loin, quand un amateur se décide à faire sa vente.
A rejeter au point de vue beauté d’épreuves tout ce qui provient de chez Cadart ou de chez L’Artiste.
Le Corbeau (115). — Vieux et cassé, se tenant difficilement sur ses pattes très écartées, un corbeau se repose près d’une potence ; derrière lui, d’autres oiseaux se pressent à la file sur les montants d’un autre gibet.
Nous avons eu l’occasion d’en voir une superbe épreuve chez M. Alfred Barrion, elle est d’un état non décrit par Béraldi qui doit être entre le 1er et le 2e état, c’est-à-dire : avant toutes lettres, mais avec le ciel. Au 2e état, il y a un quatrain au bas du gibet commençant par ces mots : Cri funèbre, sombre plumage. La pièce est admirable.
Le Canard (116). — Un paysage avec un grand ciel plein de canards qui s’échappent dans toutes les directions. Au fond, sur la ligne de terre, l’inscription : Horizon politique. Au premier plan, s’élançant vers le spectateur, les ailes étendues et dépassant le trait carré, un grand canard ; au-dessus du trait carré, on voit le haut des lettres du mot Journal qui donne la signification de la pièce. Signé Bracquemond dans l’angle supérieur gauche.
N’ayant pu en son temps nous procurer cette pièce qui est d’une insigne rareté, nous nous sommes permis d’en emprunter la description à M. Béraldi.
Les Taupes (134). — Dans la campagne, dix taupes pendues à une branche morte de peuplier piquée en terre. A gauche au fond de l’estampe, le taupier qui s’éloigne, en emportant encore quatre autres
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
pendues à une gaule. Sur une pierre blanche à gauche, un quatrain : Aux Ramilles du peuplier, etc..., et dans le haut du coin droit: Bracquemond inv. et fec.
Une épreuve de 1er état avant la re-morsure et avec la pierre blanche qui est à gauche dans le coin, et avant les vers : Aux Ramilles du peuplier... se trouve dans la collection de M. Alfred Barrion. C’est la seule qu’il nous ait été donné de voir dans cet état, nous la mentionnons donc à titre de très rare curiosité. Il n’a été tiré de cet état que 4 ou 5 exemplaires. M. Bracquemond nous écrit à ce sujet que sa première morsure fut trop courte, que les taupes étaient toutes grises et que leur valeur se confondant avec les valeurs du paysage, il fut obligé tout simplement de faire remordre ses taupes.
Les Canards l’ont bien passé (154). — Sur le bord d’une rivière à gauche, un personnage debout, coiffé d’une casquette et vu de profil à droite. Il est appuyé sur sa canne et surpris par une pluie battante, il regarde l’autre rive vers laquelle se dirige une partie de la bande de canards qui est à ses pieds. Dans la marge, une portée de musique notée : Les canards l'ont bien passée.
Très rare.
La Volaille plumée (155). — Sur un fond blanc, un poulet plumé est pendu par la tête à un crochet.
De toute rareté, car il n’en existe que six épreuves.
L’Inconnu (174). — Sur le bord d’un étang peuplé de plantes aquatiques, un canard, le cou tendu, suit une tortue qui se dirige vers la gauche. Dans le bas du coin gauche (?), l’initiale B.
La Nuée d’Orage (219). — Dans un champ séparé d’un petit bois à gauche par une barrière, six oies à droite semblent se consulter sur le parti à prendre.
C’est une magistrale estampe de laquelle M. Béraldi donne onze états ; le premier est au ciel blanc, mais le septième est selon nous le plus caractéristique, la nuée à gauche est extrêmement poussée au noir avec une partie blanche ti droite que traversent des rayons de soleil, il pleut violemment.
Le Vieux Coq (222). — Debout et complètement de profil à droite, un vieux coq sur la lisière d’un champ de seigle dans une attitude méditative.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
Ceci est une des plus belles pièces de notre école française du xix« siècle, c’est d’un insurpassable métier. Les trois premiers états sont tellement rares, qu’il faut presque renoncer à se les procurer ; quant au quatrième, tiré à 200 épreuves par MM. Dowdeswel de Londres en 1882, il est encore, certes, très digne de faire honneur aux cartons d’un collectionneur difficile et délicat.
Roseaux et Sarcelles (224). — Dans un étang, au milieu duquel émergent quelques touffes de roseaux clairsemés, des sarcelles prennent leurs ébats ; six séparées de leur bande gagnent le large, laissant après elle un sillage très marqué.
Brumes du Matin (779). — Dans une clairière semée de genêts et de bruyères et encore toute ouatée par une brume matinale, de nombreux faisans se livrent au gagnage, des bouleaux légèrement esquissés agrémentent cette scène empreinte d’une pénétrante poésie rustique.
Cette estampe dessinée de main de Maître et qui figura à l’Exposition Universelle de 1889, fait partie du cahier de 6 eaux-fortes éditées par Lemercier : La Nuée d’Orage — Les Mouettes — Roseaux et Sarcelles — Les Hirondelles — Canard surpris; elle est de beaucoup la plus séduisante de cette série, mais si ce n’est plus le Bracquemond première manière, c’est toujours du Bracquemond qui a su et saura conserver intacte cette suprématie et cette puissance qui la fait surnommer à juste titre le Prince de l’eau-forte.
Semaine Russe (sans numéro '). — Campé fièrement sur ses ergots puissants, un coq gaulois de face, lance à plein gosier le cri de Vive le Tzar, gravé en haut de l’estampe à gauche. En bas à droite ; A mon ami Ch. Royer. Semaine Russe. Octobre 1893. Bracquemond.
M. Léonce Benedite, le distingué conservateur du Musée National du Luxembourg , a pris l’intelligente initiative de faire périodiquement, dans ce local, des expositions de nos principaux peintres-graveurs français; celle de Bracquemond fut la première, elle eut lieu en février-juillet 1897, d’autres ont déjà suivi et suivront; au moment ou nous écrivons ces lignes s’ouvre celle de Buhot.
En mars 1901, MM. Tooth and Sons exposèrent, dans leur local du boulevard de la Madeleine, 29 pièces de l’artiste.
1 Le catalogue Bracquemond fut complété par un supplément en 1889 ; cette estampe, gravée en 1893, n’y pouvait donc pas figurer.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
Le plus bel œuvre existant actuellement du célèbre Maître se trouve à la Bibliothèque publique de New-York, il comprend 873 numéros, don de M. Samuel Putman Avery L — Félix Bracquemond est Grand-Prix de gravure de l’Exposition de 1900.
BUHOT (Félix)
Né à Valognes en Normandie en 1847, mort à Paris, 19, quai de Bourbon, dans sa 51e année, le 26 avril 1898 ; il repose dans le vieux cimetière de Boulogne-sur-Seine. Nous ne reviendrons pas sur ce qui a déjà été dit de l’admirable artiste disparu et nous renverrons simplement, pour plus amples détails au catalogue que nous avons dressé de son œuvre en 1899 s, nous détacherons seulement les quelques estampes suivantes qui sont absolument de tout premier ordre et dignes de soutenir une comparaison victorieuse avec n’importe quelle gravure contemporaine. Nous suivons l’ordre chronologique et les numéros de notre catalogue, nous nous abstiendrons de toute réflexion ou critique pour chacune de ces pièces qui, nous le répétons, sont des morceaux d’une insurpassable maîtrise et c’est la quintessence même de l’œuvre que nous allons donner là :
Le Réveillon (67) — Pluie et Parapluie (68) — Une Matinée d’ Automne 3 (71) — Les Gardiens du logis ou les Amis du Saltimbanque (76) — Une Matinée d’hiver au quai de l’Hôtel-Dieu (123) — L’Hiver à Paris ou la Neige à Paris (128) — La place Pigalle en 1878 (129) — Un Débarquement en Angleterre * (130) — Une Jetée en Angleterre (132) — La Traversée (143) — Les Voisins de campagne (148) — Les petites Chaumières (149) — Les grandes Chaumières (150) — Westminster palace et Westminster bridge ; pendants (155-156) — Environs de Gravesend (157) — Matinée d’ Hiver sur les quais (158) — Convoi funèbre au boulevard Clichy (159) — Les Esprits des villes mortes (160) — La Taverne du Bagne (163), un exemplaire à la vente Pochet vient d’être adjugé 240 francs — La Falaise (165) — Les Oies (166) — Enfant dessinant (182), lithographie.
La vente Pochet a remis en lumière toutes les belles pièces de l’immortel artiste qui accusent l’énorme plus-value d’au moins 60 %. Il arrivera pour Buhot ce qui est arrivé pour les eaux-fortes de Méryon; aujourd’hui elles sont abordables, sous peu de temps elles auront décuplé; avis donc aux amateurs qui devront profiter du conseil, il est sincère et désintéressé.
1 Parmi les gros collectionneurs américains, citons encore au hasard de nos souvenirs : MM. Howard Mansfield, Pierpont Morgan, E. B. Holden, D. M' N. Stauffer, M' et M“" Atherton Curtis, W. S. Carter, W. L. Andrews, W. T. Havemeyer, tous de New-York ; C. Eliot Norton, de Boston ; A. L. Nothingham, de Princeton ; W. D. Event, de Newark ; Roberts, de Philadelphie; James E. Scripps et Ch. L. Freer, de Détroit, etc. — Nous aurons du reste l’occasion de citer à nouveau quelques-uns de ces noms dans le cours de cet ouvrage.
2 Félix Buhot, peintre-graveur. Paris, Floury, 1899.
3 Dite aussi Le Chasseur matinal ; l’artiste l’a reproduite en lithographie.
* Qu’il faut avoir avec la marge symphonique de gauche ; rarissime, la plus belle eau-forte de peintre qu’il puisse être donné à un collectionneur de contempler.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
A l’heure où nous écrivons — juin 1902 — une Exposition de l’œuvre de l’artiste est ouverte au Luxembourg; le catalogue illustré contient une préface de M. Benedite, le distingué conservateur du Musée, qui a su très délicatement y faire revivre l’homme et l’artiste.
Les pièces exposées sont fort joliment encadrées, le passe-partout gris-bleu capote de soldat qui les entoure est d’un effet charmant, il y a là surtout une Falaise et un Vieux chantier à Rochesler, tels que nous — qui connaissons cependant bien l’œuvre — n’en avons jamais rencontré de pareils; ces exemplaires sont éblouissants. Le cher garçon nous disait souvent du reste : « J’ai dans mes cartons des épreuves comme on n’en a jamais vues ». Il y tenait beaucoup, et souverainement modeste qu’il fut, il se les cachait à luimême, refusant de les montrer et de s’en séparer à aucun prix. — Nous croyons posséder, au point de vue de la qualité, un des plus beaux œuvres connus de l’artiste '.
De très nombreux articles lui ont été consacrés tant en France qu’à l’étranger, parmi les plus importants citons H. Béraldi, tome IV, Paris 1886 — Philippe Burty, The Harper' s Magasine, février 1888 * — Octave Uzanne, dans Le Livre, mars 1888 — Le Voltaire du 16 juillet 1896, sous la signature de M. Roger Marx — Léonce Benedite, Magasin Pittoresque, 15 janvier 1899 — Raymond Bouyer, L’Estampe et l’Affiche, février-août 1899 — Raymond Bouyer, Gazette des Beaux-Arts, avril 1902, etc., etc.
CAMERON (David-Young)
Siena. — Une rue de Sienne étroite et courte aux maisons élevées, toute la partie gauche très violemment éclairée avec quelques points sombres cependant. Au premier plan, un personnage est adossé au contre-fort de la maison de gauche. Sur le terrain, une large et symétrique tache d’ombre produite parles maisons de droite. Au pied de la colonne de ce même côté, la signature.
Une des eaux-fortes les plus puissantes et les plus typiques de l’œuvre qui fait involontairement songer à Méryon, ainsi que la suivante.
Westport. — Un quai avec ses maisons à gauche et quelques promeneurs ; au fond de l’estampe, d’autres maisons, des mâts de navires et un hangar. Sur le premier plan en contre-bas de ce quai,
1 M. Léon Schück, de Marseille, et Louis Morin, de Paris, possèdent quelques très beaux spécimens du grand artiste disparu.
3 La même année, F. Keppel qui avait pour lui une réelle affection — bien réciproque d’ailleurs — faisait à New-York une exposition de ses œuvres, exposition qui eut un succès colossal.
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un homme et une femme vus à mi-corps causent ensemble. A gauche la silhouette d’un escalier, au pied duquel un poteau de reverbère, contre lequel un homme tourné à droite est assis. Pas de signature.
Veronica, a maid of Italy. — Belle tête altière de profil à droite d’une fille d’Italie au xve siècle; en bas dans le coin gauche : D.-Y. Cameron 1895.
Fort belle eau-forte qui rappelle singulièrement la Béatrice d’Este, de Léonard de Vinci, dont le tableau est à l’Ambrosienne, à Milan.
Vale of Clyde. — La Clyde avec ses bords aux bois touffus qui se reflètent dans ses eaux. Sur le premier plan à droite, deux grands arbres dépouillés de leurs feuilles, sous eux : D.-Y. Cameron.
Le Crucifix. — Un intérieur d’église — Saint-Maclou de Rouen — au fond de laquelle un vitrail très éclairé sur lequel se détache une croix avec le divin Sauveur crucifié ; au pied de la croix, deux anges. En bas dans le coin gauche : D.-Y. Cameron.
Pièce superbe dans l’exécution de ses détails.
A Lowland River. — Une petite rivière aux eaux tranquilles, aux bords sombres et boisés, s’enfonce entre deux collines ; le soleil se couche au fond de l’estampe, dorant de ses derniers rayons le milieu de la rivière dont un oiseau rase la surface d’un vol rapide.
Cette petite pointe sèche, d’une admirable maîtrise, est d’une extrême rareté, elle n’a été tirée qu’à 6 exemplaires.
The Flower Market. — Au fond de l’estampe et en occupant le milieu, des tentes en plein vent autour desquelles des femmes sont en train d’acheter des fleurs. A gauche au tout premier plan, une table sur laquelle est un pot de fleurs.
The Palace, Stirling Castle. — La cour du palais que se dispose à quitter une femme venant à gauche ; au fond, le palais avec un escalier à droite y accédant et au bas duquel on aperçoit des personnages s’apprêtant à le gravir. Dans le bas de l’estampe, la légende en gros caractères: The Palace, Stirling Castle..., et au-dessus du trait qui encadre cette inscription’à droite : D.-Y. Cameron 1893.
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L’œuvre très remarquable de Cameron s’élève aujourd’hui à environ 200 pièces, presque toutes sont des eaux-fortes pures, très peu de pointes sèches; il les tire lui-même à 30 ou 50 épreuves; peu d’états généralement, le strict nécessaire pour voir où il en est de son travail, mais sans aucune arrière-pensée de créer des raretés de ce fait. Il touche indistinctement à tous les sujets qui le frappent et le séduisent, s’avouant cependant quelque préférence pour les vieilles maisons dont il sait laire parler les pierres avec un rare bonheur.
Nous avons eu l’honneur de la présenter aux collectionneurs français en décembre 1899 dans la Gazette des Beaux-Arts grâce à l’amabilité de M. Ephrussi, et nous avons été bon prophète en prédisant à l’artiste le succès qui l’attendait, car à ,1’Exposition de 1900 on rendit hommage à son talent en lui décernant la médaille d’or. Citons encore parmi les pièces les plus connues et les plus recherchées : The Smithy — The Gargoyles of the Stirling palace — Palace of the Stuarts — Dryburgh — La cour des Bons- Enfants à Rouen — Broad street Stirling — Queen Anne’s gâte, Saint-James Park, London — La Rue du Petit-Salut à Rouen, et, comme insignes raretés : The Y. Amsterdam — Palazzo Dario — Windmill — Landscape with threes et A Dutch Damsel.
Une fort belle exposition de son œuvre eut lieu à New-York, chez M. Keppel, en 1895, une autre chez M. R. Gutekunst1, à Londres en 1898, et une troisième, très complète, cette même année, à Glasgow, chez MM. Connell et Sons.
The Studio a, dans son numéro de septembre 1895, consacré quelques lignes au très intéressant peintre-graveur écossais.
CANALS (R.)
Promenade après la Course. — Le champ de course occupe tout le fond de l’estampe, on y voit chevaux et promeneurs ; au premier plan, presqu’au milieu de l’estampe, un groupe de quatre femmes se dirigeant vers la gauche ; près d’elles, un lévrier. A gauche dans le coin, assise par terre, une marchande d’oranges avec son panier. Au second plan, deux voitures se dirigeant du même côté que les quatre femmes.
Pièce en couleurs très curieuse, où l’artiste, qui est Espagnol, a bien su marquer sa personnalité. A noter encore Les Mendiants, ou Une Rue à Barcelone.
1 M. Richard Gutekunst est l’éditeur d’une série de vues sur Londres, de Cameron, parue il y a peu de temps, ainsi que des très belles pièces suivantes : Chartres — Chinon — Loches — Rue des Filles-de-Dieu à Angers qui sont ses dernières créations. — Le catalogue de l’œuvre de l’artiste, par M. Frederick Wedmore, vient de paraître chez l’éditeur précité, il est tiré à 155 exemplaires et se vend une guinée.
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CARRIÈRE (Eugène)
Parmi les plus belles lithographies du célèbre peintre nous mettrons en première ligne celles de Madame Carrière, de Daudet et de Verlaine, ce sont trois chefs-d’œuvre, il faut y joindre également celles de Goncourt, Puvis de Chavannes et Rodin.
Ces lithographies ont absolument le même œil que les peintures, elles possèdent au suprême degré cet effacé, ce flou qui, sans exclure le modelé, donnent à l’œuvre un caractère immatériel d’une incomparable séduction.
L’artiste est Grand-Prix de l’Exposition de 1900.
CAS S ATT (Miss Mary)
Le Repos — Une femme assise de face, ayant un petit enfant sur ses genoux, regarde à droite ; la main gauche de la mère tient la droite du bébé.
La Glace — La femme debout tient à son cou le même petit enfant, sa silhouette se reflète dans une glace placée derrière elle.
La Caresse 3. — Assise de profil à gauche, une femme tient sur ses genoux un bébé qui, dans un geste d’adorable tendresse, fait une caresse sur la joue droite de sa maman.
De nombreuses études d’enfants ont été faites par Miss Cassat qui depuis près de vingt ans habite Paris. Elle est née aux Etats-Unis, à Pittsburg, et, au début de son séjour parmi nous, a pris conseil de Degas, croyons-nous, pour la peinture et la gravure. Son œuvre gravé, le seul dont nous ayons à nous occuper ici est peu considérable, une quarantaine d’estampes environ, eaux-fortes, vernis mou, pointes sèches, pièces en couleurs, ces dernières tirées pour la plupart sur une seule planche au moyen d’un fond de gravure où les tons plats sont appliqués en plusieurs fois. Il y a aussi une suite de dix sujets différents très intéressants * ; l’artiste se sert aussi quelquefois de plusieurs planches avec repérage. Les trois pièces que nous venons de signaler sont en noir, presque au trait, mais c’est d’un métier tout à fait
i -2-8 Titres donnés par nous à ces pièces qui, croyons-nous, n’en ont pas.
* Edités chez Durand Ruel, en 1891, à 1500 francs ; sont épuisés depuis longtemps et devenus introuvables. Voici la rubrique de ces 10 sujets : Bain d’enfant — La Lampe — Intérieur d’un Tramway passant un pont — La Lettre — Jeune Femme essuyant sa robe — La Toilette — Le Baiser — Enfant nue — La Visite — Etude.
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supérieur où règne la connaissance approfondie de la femme et de l’enfant. Toutes les estampes de Miss Cassat sont très rares, leur note absolument originale et personnelle en font des morceaux d’une saveur toute spéciale. Nota : ne signe jamais ses planches autrement que manuscritement.
Les Canards. — A l’avant d’un bateau, deux femmes assises ayant entre elles une petite fille debout, sont en train de donner à manger à des canards qui nagent autour du bateau, elles sont tournées vers la gauche.
Superbe eau-forte en couleurs, faite à l’aide de plusieurs planches donnant l’illusion d’une aquarelle; d’un œil très différent des estampes obtenues par procédé similaire, l’eau et les canards sont d’un faire particulièrement curieux. — Très rare.
Les Marionnettes. — Une jeune femme assise de face, tient sur ses genoux un bébé qu’elle regarde et auquel elle fait du jeu avec ses mains, mouvement que l’enfant cherche à imiter en esquissant un sourire.
Pièce en couleurs absolument hors ligne ; l’œil de l’enfant est extraordinaire de mobilité et de vie.
Sous la Lampe. — Deux femmes sont assises autour d’une table; celle de gauche, presque de face, travaille ou tricote (?), devant elle une paire de ciseaux ouverts ; celle de droite, de profil à droite, lit un journal ; une lampe est entre elles deux. «
Eau-forte aquatintée 1 superbe ; il y a là un effet d’éclairage merveilleusement rendu.
C’est chez M. Alexis Rouart qu’il nous a été donné de voir cette pièce. Le célèbre amateur possède une des plus merveilleuses collections d’estampes de Paris — 7.000 à 8.000 pièces — état et condition de beauté tout à fait exceptionnels. C’est surtout en incunables de la lithographie et en école romantique, qu’il amasse depuis plus de trente années, qu’il est particulièrement riche; il y a entre autre un œuvre de Devéria qu’il serait absolument impossible de reconstituer aujourd’hui, des Isabey, des Géricault, des Charlet, des Decamps, des Huet, des Raffet, des Bonington, des Delacroix à faire rêver, enfin toute la lyre! sans oublier les Degas, les seuls et uniques qui se puissent voir à Paris, et les Japonais représentés par leurs incomparables chefs de file Hokoussaï, Outamaro, Toyokouni, Hiroshighe, etc... Il est impossible de rencontrer plus de courtoisie et de bonne grâce que chez cet amateur délicat et éclairé, il est la Providence des
i Croyons-nous, car la mémoire nous fait défaut et nos notes sont muettes à cet égard.
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travailleurs, aussi pouvons-nous assurer que si jamais l’amabilité quitte la terre ce sera chez lui qu’elle ira se réfugier, quant à nous, nous ne saurions oublier les heures trop brèves passées en compagnie de ce galant homme et la bonne grâce avec laquelle il nous a ouvert ses portefeuilles et répondu avec sa haute compétence aux innombrables questions qu’exigeait le travail auquel nous nous livrions.
Au Théâtre. — Assise au théâtre, dans une loge de profil à gauche, une jeune femme, la lorgnette dans la main droite, est censée regarder la scène qui est devant elle, mais invisible ; le coude gauche s’appuie sur le bras du fauteuil.
Admirable vernis mou (?) de toute rareté.
Joueuse de Banjo. — Une jeune femme est assise de face, la tête de trois quarts à droite, elle joue du banjo ; derrière elle est une fillette qui appuie ses bras sur l’épaule de la musicienne et l’écoute avec attention ; leurs deux têtes semblent se toucher.
Peut-être la plus jolie pièce en couleurs qu’ait signée Miss Cassat ; quelle science il y a dans ce morceau si simple en apparence, et quelle personnalité de métier s’y révèle !
GHAHINE (Edgar)
Un Gueux. — Debout presque de face, adossé à l’angle d’une maison, les deux mains dans les poches de son pantalon, coiffé d’une casquette, un foulard autour du cou, le vieux, la tête complètement tournée à droite, regarde par terre.
Tirée à 25 exemplaires en noir et en couleurs; cette estampe, eau-forte et pointe sèche, enveloppée d’un grain varié, est faite de main de maître, la face du vieux mendiant est d’une expression merveilleuse et d’un modelé superbe. Elle fut exposée au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts en 1899, c’est, croyons-nous, une des premières œuvres de l’artiste, elle le mit en lumière et le classa sans coup férir parmi les Maîtres les plus intéressants et les plus curieux de notre heure. C’est le cas ou jamais de dire avec une légère variante : « Dans les âmes bien nées le talent n’attend pas le nombre des années », car l’artiste, Arménien de naissance, mais Parisien dans les moelles, compte à peine 25 ans. Voici donc un œuvre qu’il faut suivre et récolter, car déjà beaucoup de pièces sont épuisées; disons pour mémoire que l’artiste a reçu la médaille d’or à l’Exposition de 1900. C’est un amoureux fou de son métier, et, dans sa modestie très naïve et très franche, nous l’entendîmes s’écrier un jour: « Je commence à peine à comprendre mon art, mais je ferai quelque chose d’ici peu de temps, ou j’y laisserai ma peau ». Saluons sa vaillance et son talent et remercions-le du fond du cœur des joies qu’il nous donne.
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La Négresse. — Assise de trois quarts à droite, les bras appuyés sur les genoux, une vieille négresse, la tête enveloppée dans son féradgé, regarde de face. La jambe droite qui émerge de dessous le jupon laisse entrevoir son bas blanc. Au fond de l’estampe à droite, les bains de Brousse.
Eau-forte grainée.
Le Chemineau. — Chaussé de sabots, un petit ballot passé dans un bâton sur son épaule, un chemineau à la longue barbe inculte et blanche, se dirige vers la droite. Derrière lui, la campagne avec quelques arbres clairsemés.
Admirable pointe sèche très enveloppée. Pièce déjà classée e t célèbre, ainsi que la suivante.
Le Château Rouge. — Autour d’une table, trois personnages, un homme entre deux femmes. L’homme dort, la tête et les hras appuyés sur la table; la vieille femme coiffée d’un bonnet à longues brides nouées et pendantes, qui est à sa gauche, semble en faire autant, la tête soutenue par son bras droit accoudé ; sur la table un bol et sa cuiller, et au tout premier plan, un panier à couvercle à deux anses. Tout au fond de l’estampe, une longue théorie de miséreux allant et venant dans l’établissement.
Nous possédons l’épreuve unique sur japon qui a été tirée avant l’aciérage. Il faut voir avec quelle merveilleuse couleur la pointe sèche a su rendre le bonnet et ses brides, les plis du vêtement de l’homme couché, et quelle science tout à fait extraordinaire l’artiste a apportée dans la distribution de lumière qui éclaire les personnages des derniers plans.
Les Dormeurs. — Un banc sur lequel un jeune garçon et deux vieilles femmes sont assis et endormis. Le gamin penché en avant à droite, dans l’attitude du sommeil, occupe le premier plan; les deux femmes sont dos à dos derrière lui.
Eau-forte aquatintée.
Distribution de soupe. — A droite au premier plan, un mendiant debout et de face, les mains dans les poches de son pantalon, semble attendre son tour. Derrière lui, occupant toute la largeur de l’estampe, de nombreux pauvres sont massés pour recevoir à tour de rôle la soupe qu’on leur va distribuer d’un restaurant dont on aperçoit la porte à gauche.
Pointe sèche pure.
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American Bar. — Deux femmes, une brune et une blonde, sont assises près d’un comptoir, en train de consommer et d’attendre le client ; la brune, de trois quarts à gauche, qui occupe le premier plan, a le cou entouré d’un boa de plumes blanches qui se détache en vigueur sur sa robe noire ; la blonde a entr’ouvert un collet noir qui laisse apercevoir son corsage blanc, elle regarde de face et sourit. Entre elles deux, faisant repoussoir à leur jeunesse, un peu effacée, une amie, une vieille garde qui se rend toujours et ne meurt jamais ! Au fond de l’estampe, des consommateurs.
Pointe sèche.
L’Italienne — Une jeune femme jolie et distinguée aux bandeaux plats, est assise de trois quarts à droite, elle est vêtue d’un corsage de velours noir que met encore en valeur un grand collet blanc négligemment rejeté en arrière ; son chapeau de velours noir aussi est orné de deux plumes de même couleur et d’un ornement brillant.
Nous possédons de cette pointe sèche un exemplaire unique tiré sur chine, il est d’une beauté tout à fait exceptionnelle.
La Vieille Femme. — Un panier passé au bras droit, la tête recouverte d’un mouchoir blanc, légèrement penchée en avant et regardant à gauche, une vieille femme se dirige péniblement vers la droite, en s’appuyant au mur de la main gauche. Derrière elle, on aperçoit des enfants, et au fond de l’estampe, des roulottes de forains.
Croquis de Têtes.
Sur une même planche, nombreux croquis de têtes; les plus importants, ceux des trois vieilles occupant le milieu et les deux coins de l’estampe sont extrêmement remarquables. — Il n’en a été tiré que 40 épreuves.
Alfred Stevens. — Assis de face dans un fauteuil en une pose abandonnée, le corps penché à gauche, le vieux et célèbre peintre belge appuie sur la table qui est devant lui sa main droite entre les doigts de laquelle est une cigarette à demi-consumée, l’autre main est allongée sur la cuisse. La tête se détache en vigueur dans un relief de camée sur le dossier du siège fortement ombré.
i C'est le portrait de M"' Baron.
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Cette admirable pointe sèche pure a été publiée dans le numéro d’avril 1900 de la Gazette des Beaux-Arts. Voici en quels termes flatteurs M. Roger Marx l’apprécie :
« La chevelure line, soyeuse, épandue en flocons d’argent,
» couronne le masque fouillé à plaisir, qui s’enlève en clarté sur le jais de » l’entour : opposition heureuse entre la douceur et la force, entre la taille » et la tache qui fait ressortir la précision du détail physionomique et met » en valeur l’intérêt d’un modèle amoureusement suivi cl inscrit dans toutes » ses inflexions. Pleine de saveur, en dépit des abréviations voulues, la » fruste indication de l’ample vêtement, du linge mou, de la cravate nouée » avec une apparente négligence, et aussi la pose de la main où la cigarette » s’éteint entre les longs doigts amaigris, achèvent de donner le prestige du » style à cette image d’un Maître glorieux par un graveur perspicace et » originalement doué »
On ne saurait mieux dire et souligner d’une façon supérieure les qualités de métier et de style qui caractérisent une œuvre belle entre toutes.
La Marchande des quatre saisons. — Sur un quai de Paris, poussant devant elle sa charrette, une marchande, la tête penchée en avant, se dirige vers la gauche. De l’autre côté de l’eau, une partie des maisons sont éclairées par le soleil ; c’est l’hiver.
Louise France. — A mi-jambes de face, les deux mains dans les poches de son tablier, les cheveux en broussailles frisottants sur le front, au cou un nœud de velours noir tourné légèrement à gauche, l’intelligente artiste regarde devant elle, esquissant un imperceptible sourire, la tête est légèrement penchée à droite.
Ce portrait surpasse en beauté tout ce que l’on peut imaginer; la facture de l’artiste s’est encore élargie et assouplie et il est arrivé à une intensité de modelé et de vie tels qu’il serait, croyons-nous, impossible de les dépasser. Chahine séduit sans doute par le caractère du modèle, en a fait un second également à la pointe sèche, mais la tête seulement, grandeur presque nature, il vaut le premier s’il ne lui est encore supérieur, puis un troisième en pied, en couleurs1, avec planches de repérage; la fine comédienne est représentée dans le rôle de Mme Fouquier du Père Goriot, qu’elle créa au Théâtre Libre. — L’éditeur de ces chefs-d’œuvre est Edmond Sagot.
Puisque le nom de Sagot vient de se glisser sous notre plume, qu’il nous soit permis de dire quelques mots du très connu marchand d’estampes.
C’est en 1880 qu’il quitta définitivement la librairie pour entrer à L'Art où il s’initia aux beautés de la gravure qui de suite le passionnèrent; il y resta trois ans, puis s’établit en chambre, 53, rued’Argout; trop à l’étroit, il passa 18, rue Guénégaud et s’y installa, c’est lâ que nous le connûmes. A cette
' Il existe aussi tiré en noir.
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époque il rencontra Aglaüs Bouvenne et Bracquemond dont les conseils lui furent d’un précieux secours. Il voyait souvent ce dernier qui venait presque quotidiennement, pour y faire tirer ses planches, à l’imprimerie Lemercier où Bouvenne avait la direction de la taille-douce. Il connut successivement Fantin et Lunois, dont il édita la première lithographie, Le Faucheur (salon 1887) qui valut à l’artiste sa bourse de voyage. En 1886, il s’occupa d’affiches — art encore ignoré ou tout au moins presque ignoré — et particulièrement de celles de Chéret, il acquit alors la collection de Bracquemond, lança, avec l’entrain qu’on lui connaît, cet article nouveau qui fut une véritable révélation et publia en 1891 son catalogue d’affiches illustrées, dont il prépare une seconde édition en y joignant une partie Estampes, dont le mouvement a pris chez lui un développement extrêmement considérable de 1891 à 1902.
De 1887 à 1894, il s’occupe d’une façon très particulière de Buhot, Fantin>, Rops, Lunois, François Courboin*; cette année-là, il franchit la Seine, quitte sa tranquille petite rue Guénégaud, qu’il regrette quelquefois et dont il parle avec attendrissement, pour venir s’installer définitivement 39 bis rue de Châteaudun où nous le trouvons actuellement.
Vallotton, sur sa demande, lui fit un bois qui servit de couverture à son catalogue N° 35, décembre 1892, il le transforma en adresse tirée à plus de cent mille exemplaires et s’en sert présentement encore comme d’étiquette; d’autres artistes lui avaient fait ou lui firent diverses adresses, tels que : Willette, une lithographie; Alexandre Charpentier, le sculpteur, un gaufrage qui malheureusement ne put être utilisé en raison de l’épaisseur de son relief; Lunois, trois lithographies différentes; Bottini, une lithographie en couleurs; Ranft, une eau-forte; Chahine, deux pgintes sèches, et Helleu l’affiche qui lui sert d’enseigne qu’il fit reproduire sur bois en deux couleurs. Certaines de ces pièces sont charmantes et nous les recommandons aux collectionneurs de menus, programmes, etc...
Il a édité successivement les œuvres de : Ranft, Chahine, Helleu, Laffite, Manuel Robbe, A. Muller, P. Dupont, Darbour, Bracquemond, Désiré Lucas, A. Lepère, Ch. Maurin, Ch. Dulac, Vallotton, Steinlen, Lunois, Dezaunay, Maud, Sunyer, les affiches de maints artistes, les Paris-Almanachs, de Dillon (pe année), G. Meunier (2e), A. Lepère (3«) et rédigé les catalogues des ventes de Rajon, Hedouin et Geoffroy-Dechaume.
Edmond Sagot a complètement abandonné le livre pour l’estampe moderne qu’il cultive avec une passion grandissante, c’est un érudit doublé d’un très fin connaisseur et d’un élégant écrivain. Amoureux d’un métier qu’il connaît dans ses coins les plus retirés, il n’achète dans les ventes que le beau morceau qu’il sait royalement payer, dédaignant le fretin dont il ne veut à aucun prix. Très à la coule du goût et des manies de chacun de ses clients, il a toujours dans son arrière-boutique — un sanctuaire — un carton de réserve où dort — mouton à cinq pattes — la pièce délicate et recherchée du collectionneur.
' Il est l’éditeur du catalogue Fantin Latour, par Germain Hédiard, 2 parties. 1892-1899. s Peintre-graveur illustrateur d'un très grand talent ; il est sous-bibliothécaire au Département des Estampes et a rédigé avec une rare compétence le Catalogue sommaire des gravures et litographies composant la Réserve, 2 vol. in-8*, Paris, Rapilly, 1900. Prix: 40 francs, C'est un ouvrage extrêmement précieux.
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Sagot est un vibrant, un chaud, un allumeur et un allumé, mais un allumeur convaincu et sincère : il faut le voir présenter la belle pièce, non pas en marchand qui veut vendre, mais bien plutôt en virtuose et en dilettante charitable qui veut avant tout faire partager une émotion qu’il ressent profondément lui-même.
Et son magasin, quel bijou — c’est la jolie fille de Paris qui raccroche — et nous vous défions de passer sur son trottoir sans vous y arrêter tant sa montre est alléchante! Nous, nous ne faisons pas que de nous y arrêter, nous y entrons et nous nous y grisons dans des causeries sans fin avec le maître de céans dont nous partageons la passion envahissante; il n’y a plus alors ni marchand, ni client, il y a deux amateurs, deux amoureux qui causent de leurs maîtresses, qui s’emballent l’un sur l’autre, regardant, examinant, comparant, échangeant leurs idées, développant leurs théories, deux passionnés, en un mot, qui viennent là de vivre les plus douces heures de leur journée.
Nous connaissons Sagot depuis plus de quinze ans — les plus belles pièces de nos portefeuilles viennent de chez lui — nous avions depuis longtemps à cœur de dire en quelle haute estime nous tenions l’homme et le marchand, l’homme pour sa courtoisie, le marchand pour sa valeur ; voilà qui est fait.
Mentionnons encore : Vieille Mendiante à l’église — Un Couple — Lérand dans le rôle de Rodin du Juif-Errant — Campement de Chiffonniers — Un Coin de rue dans le quartier des Grandes-Carrières — Les Lutteurs, deux planches : Une Prise — Bras roulé à terre; à l’heure actuelle, l’œuvre gravé comprend environ une centaine de pièces. — Parmi les articles qui lui ont été consacrés citons : Léon David dans la Revue d’Art, 1900, p. 168 — Clément Janin, L’Estampe et l’Affiche, août 1899 — F. Wedmore, The Studio, juin 1901, et G. Mourey, dans la même publication, en décembre de la même année.
CHARLET (Nicolas-Toussaint)
Né à Paris le 20 décembre 1792, mort à Paris le 29 décembre 1845. L’œuvre est tellement touffu — plus de 1200 pièces — que nous ne saurions mieux faire que de renvoyer le lecteur au catalogue qu’en a fait le colonel de la Combe en 1856, catalogue dont le manuscrit d’une seconde édition était terminé à sa mort, mais que ses fils, croyons-nous, refusèrent de faire publier. — Voir également celui de Béraldi, tome IV, Paris, 1886.
Charlet, c’est le peintre de la vie courante du soldat, de cette vie d’intimité au jour le jour qu’il sut rendre avec toute sa couleur, toute sa sincérité, c’est aussi l’évocateur puissant de l’imposante figure de l’Empereur, c’est enfin le fantaisiste qui croque le fait divers, soulignant le tout de ses immortelles légendes.
Quelles pièces citer dans un pareil œuvre, nous avouons un peu notre embarras, car le choix est immense ; nous n’en donnerons que quelquesunes, les plus populaires, n’ayant pas eu le loisir de pousser très loin une étude qui pour être un peu complète, eut absorbé un temps considérable :
Cannonniers près d’une pièce en batterie (Lacombe 23), unique, adjugée 100 francs — Le Soldat Français (74) — L’Instruction militaire (83) — Les
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Consignés pendant la corvée de quartier (99) — Doucement Mère Michel (101) — Siège de Saint- Jean-d’ Acre (106), rarissime, 2 ou 3 épreuves seulement — Napoléon au bivouac (9) — Le Grenadier manchot (51) — L’Aumône (87), pièce très connue et célèbre — Le Caporal blessé et son chien lui léchant sa blessure (69), rare — Le Grenadier de Waterloo (38), rare — Les deux Grenadiers de Waterloo (40) — La Mort du Cuirassier (44) — La Pièce de canon enlevée (52) rarissime — Le Voilà — Les Maraudeurs — Le Convoi, etc. . .
Voici les quatre plus beaux oeuvres qui ont été formés du Maître : collection Parguez (1861), adjugée 2700 francs, il ne manquait que 41 pièces, encore étaient-elles peu intéressantes ; collection colonel de la Combe, 1863, adjugée à M. Lafaulotte, 5300 francs, elle avait coûté plus de 6000, c’est la plus complète connue avec celle de Destailleur, 1890, adjugée 1950 francs à Morgand et celle de Moignon, 1891, d’environ 1300 pièces, vendue à M. Grosjean, 1400 francs!! quelle baisse. Ils ont un peu repris à la vente Mallet, mais jamais ils n’atteignent, ni n’atteindront la cote des Raffet. — En janvier 1903, le catalogue n° 120 de G. Lemallier signalait un œuvre exceptionnel du Maître, 1390 lithographies en 35 volumes, il en demandait 5000 francs.
CHÉRET (Jules)
De la joie, du soleil, du mouvement, de la vie, de la nervosité, de la jeunesse, du printemps, de la volupté, des poussières d’ailes de papillon, des irisations d’arc-en-ciel, du frisson, de la magie et du rêve, de la race et de la distinction poussés à leur ultime puissance ; voilà faiblement exprimé, l’œuvre du Maître insurpassable qu’est Jules Chéret.
Les affiches ne rentrant pas dans notre programme, nous nous contenterons de mentionner un peu au hasard de nos souvenirs, les petites pièces suivantes qui sont de la quintessence d’art, d’un art troublant et raffiné dont on ne trouve l’équivalent chez aucun Maître, chez aucune nation. L’artiste est Grand-Prix de l’Exposition de 1900.
Titres de Musique, Menus, Faire Fart, Programmes, Couvertures de Livres :
Eldorado — Chanson des Joujoux — Espana — Les Œufs de Pâques — Myrtille (avec la faute Myrtil) — Polonia (en noir, bistre et couleurs) — Tciraraboum — Les Pantins roses — Valse des Blondes — Valse des Brunes — Marche joyeuse — L’Ile heureuse — Gitanella.
Société des Protes (14 mai 1882) — 32« Banquet de la Chambre Syndicale des Imprimeurs Lithographes — d° — Menu Roger Marx — La Vrille.
Faire part de naissance Hélène Béraldi (10 juillet 1891) — Marie-Thérèse Dclzant (24 mars 1889).
Aux Trois Quartiers (Hiver 1887-88) — Casquette plage — Halle aux Chapeaux — Le Mois théâtral.
Almanach du Chat Noir (1891) — Le Plaisir (Paris illustré) — L’Amant des Danseuses — Les Etoiles — Beau Mignon — A travers chants — Le Bureau
du Commissaire — Catalogue Abel Pilon — Cercle Funambulesque — Courte et Bonne (celle non publiée) — Dinah Samuel — En Mer (avec la faute, c’est-à-dire avec Bonneteau au lieu de Bonnetain) — Entrée de Clowns — Fantaisie (Courrier français) — La Femme — La Gomme — Graine d’Ilorizontale — Pariserinnen — Paris qui rit — La Plume — Au Quartier Latin — Roman incohérent — Pantomime Ballet — Théâtre libre — Les Femmes de Paris — Kempis — Les Bohémiens — Ukotill — Pierrot sceptique — Galipettes — Mon petit premier — Les Affiches illustrées (Maindron) — Pile de Pont, etc., etc.
Qu’il faut avoir en épreuves d’essai telles que les possédait M. Madaré, chef d’atelier et dessinateur de lettres, qui fut pendant quatorze ans le collaborateur assidu de Chéret.
La plus belle collection existante de ces petites pièces se trouve chez le marquis de Biron.
En décembre 1889, une exposition de l’œuvre du Maître eut lieu aux galeries du Théâtre d’application, 18, rue Saint-Lazare.