DAUBIGNY (C.-F
Né en 1817, mort en 1878, a gravé quelques jolies petites pièces bien proprettes, mais manquant un peu d’originalité et d’accent, il y en a cependant de charmantes, mais ça ne dit pas grand’chose, ça n’emballe pas. En 1875, Frédéric Henriet a publié le catalogue de son œuvre gravé. Voir aussi Béraldi, tome V, Paris 1886.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
Le Cèdre du Liban (16). — Sur un petit monticule, un cèdre aux lourdes rainures ; au premier plan, le long d’une clôture légère, une bonne ayant un enfant dans ses bras et une dame avec une ombrelle. A gauche au dernier plan, des constructions.
Il faut l’avoir avec la remarque : deux chats dans un grenier se battant en face d'un rat. Adjugé, dans cet état, 100 francs à la vente Geoffroy Dechaume.
A noter encore : Temps d’orage 1 (46) — Les Baigneuses 2 (49) — L’Incendie de la Ferme (53), trois épreuves connues — Parc à Moutons (86) — Les Vendanges (107), qu’il faut avoir avant te nettoyage des marges et avec des essais de pointe dans la marge du bas, adjugé, vente Michelin, 35 francs.
En somme, œuvre très modérément recherché. L’Artiste — nous parlons de la Revue — a publié un assez grand nombre de pièces du Maître.
DAUMIER (Honoré)
Né à Marseille le 26 février 1808, mort à Valmondois en 1879. Penseur et philosophe caricaturiste, peintre et lithographe, l’artiste disparu est, dans le genre, une des plus curieuses figures qui ait traversé le monde. Son œuvre lithographique comporte environ 5.000 pièces, il est tout entier, dit Béraldi, dans La Caricature, L’Association mensuelle et le Charivari.
La plus belle collection existant actuellement appartient à M. Ernest Maindron; une autre fort intéressante, propriété de M. Geoffroy-Dechaume, fut adjugée en bloc à sa vente, en 1893, pour 3205 francs, elle contenait environ 3.500 pièces. — Le catalogue de l’œuvre a été rédigé par Champfleury, Paris 1878, tiré à cent exemplaires, il est devenu très rare. Voir aussi H. Béraldi, tome V, Paris 1886, et d’Arsène Alexandre, la superbe étude qu’il lui a consacrée en 1888.
En 1878, une exposition des tableaux et dessins du Maître eut lieu chez Durand-Ruel, fort peu de lithographies y figuraient.
En mai 1901, une superbe exposition, très complète alors, fut faite quai Malaquais, au Palais de l’Ecole des Beaux-Arts. M. Gustave Geffroy consacra à cette époque au grand artiste un très intéressant article dans La Revue de l’Art ancien et moderne.
Le Ventre Législatif1 2 3 (Béraldi 3). — Ils sont là trente-cinq personnages, ministres et députés conservateurs autour de l’hémicycle s’étageant en amphithéâtre, dans des attitudes variées et typiques, éclairés par le jour qui tombe de la coupole.
1 Adjugé 200 francs en 1" état avec la tête du lévrier ; très rare.
2 A la même vente, 160 francs ; il existe fort peu d’épreuves.
18' dessin de la Lithographie mensuelle, janvier 1834 ; lith. de Becquet.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
Au premier rang: Guizot, Persil, Thiers, d’Argout (au long nez chaussé de lunettes), de Rigny, etc., et à droite, debout, accoudé devant eux et regardant à gauche, Prunelle, puissant personnage symbolisant le type du lutteur au repos.
Au deuxième rang : Podenas, Royer Collard, Odier, Fruchard, Delessert, etc.
Au troisième rang : Vatout, de Keratry, Jollivet. . .
Au quatrième et dernier rang : Viennet, Potaille, Etienne, etc. Tout à fait à droite, derrière Prunelle, les initiales de l’artiste : H. D.
Ventes: Burty, 211 — Veuve Millet, 90 — Champfleury, 102 — Mène, sur chine, 241 — Goncourt, 195.
Ne vous y frottez pas 1 (4). — Fièrement campé sur ses jambes écartées, un typo vigoureux coiffé du petit bonnet de papier légendaire, les manches de la chemise retroussées, les poings fermés, occupe le milieu de l’estampe, dans l’attitude d’un gaillard résolu à faire respecter ses droits. Il est tourné à gauche, regardant Louis-Philippe qui se dirige vers lui, poussé par l’un, retenu par l’autre et armé de son éternel parapluie dont il semble le menacer. A droite, culbuté déjà, Charles X que deux souverains réconfortent. Par terre en exergue aux pieds du typo : Liberté de la Presse. Dans le coin gauche inférieur : H. D.
Ventes : Burty, deux épreuves sur chine, 99 francs chaque — Champfleury, 60 — Mène, 80 — Goncourt, 140.
Enfoncé Lafayette..., attrape mon vieux s (5). — Sur un tertre, debout, de trois quarts à droite, un personnage, sorte de croque-mort personnifiant Louis-Philippe, est vêtu de noir et coiffé d’un chapeau à haute forme avec un crêpe. Il joint les mains à la hauteur de son visage — ou plutôt se les frotte dans un geste hypocrite — et semble pleurer en voyant défiler à gauche le corbillard de Lafayette que suit une foule nombreuse et émue. A droite, une tombe avec une croix dans les bras de laquelle est passée une couronne. Au dernier plan, encore la multitude et le cimetière du Père-Lachaise.
Ventes : Burty, deux épreuves sur chine, 90 et 107 — Champfleury, 102 — Mène, une chine, 175 — Goncourt, sur chine, 245.
1 20* dessin de la Lithographie mensuelle, mois de mars 1834; lith. de Delaunois. 1 21' dessin de la Lithographie mensuelle, mois de mai 1834 ; lith. de Delaunois.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
La Rue Transnonain 1 (6). — Au milieu d’une mansarde en désordre, près d’un fauteuil renversé à droite, un homme en chemise gît à terre, mort ; il est étendu sur le dos et arraché brutalement sans doute de son lit, sa main droite tient encore crispée le drap qui le couvrait ; sous lui, son enfant étouffé ; à gauche dans la pénombre, une femme étendue sans vie barre la porte. Tout à fait à droite, dans le coin de l’estampe, la tête grimaçante d’un vieillard tué lui aussi. Un coup de lumière violent répandu sur le lit et l’homme en chemise, éclaire cette scène de massacre ; des taches de sang maculent le plancher. Dans le coin gauche inférieur : H. D.
Ventes : Burty, deux épreuves sur chine, 135 et 129 — Champfleury, 90 — Mène, 190 — Goncourt, 235.
Les quatre pièces que nous venons de décrire sont de purs chefs-d’œuvre, la dernière surtout est peut-être la plus admirable chose qu’ait donnée la lithographie. Nous nous étonnons des prix relativement très modestes qu’atteignent dans les ventes publiques ces estampes, quand on songe que des Géricault ont dépassé 500 francs et 1000 francs!! Ah! oui, diront les gogos, mais celles-ci n’étaient tirées qu’à six exemplaires... Il y a partout une fière différence de conception et de hauteur d’idées entre : Deux chevaux qui se battent ou Artillerie à cheval, et les morceaux superbes que nous venons de mentionner. Oh ! cruelle et étrange bêtise humaine...
DECAMPS (Alexandre-Gabriel)
Né à Paris le 3 mars 1803, mort à Fontainebleau le 22 août 1860. A touché un peu à tout, genre, paysages, sujets de chasse, architecture, voir même la caricature. Le catalogue de son œuvre a été dressé par Adolphe Moreau en 1879; il comporte vingt planches gravées, eau-forte, vernis mou de 1 à 20 ; cent lithographies de 1 à 100; treize bois de 1 à 13, toutes pièces originales; nous omettons de signaler les autres pièces qu’il a gravées d’après divers, ou que divers ont gravé d’après lui et qui sont mentionnées dans ce catalogue. Voir aussi Béraldi, tome V, Paris 1886.
Les eaux-fortes et les vernis mous sont de beaucoup plus difficiles à rencontrer que les lithographies; il y a là des pièces extrêmement intéressantes qui classent l’artiste parmi nos meilleurs Maîtres, citons celles qui nous ont paru les plus dignes d’être collectionnées :
1 24' dessin de la Lithographie mensuelle, mois d’avril 1834 ; lith. de Delaunois. — Existe aussi eu couleur, car une de ces épreuves figura en 1888 à l’Exposition des Maîtres français de la caricature.
La Joueuse de Vielle (M 7). — Elle est debout et de face, les jambes légèrement écartées, jouant de la vielle de la main gauche. Dans le haut de l’estampe à gauche, une tête d’âne de profil au simple trait ; à droite, silhouette de garde française.
Eau-forte pure rarissime.
La Vieille Mendiante (10). — Une vieille femme vue de dos, la tête légèrement penchée en avant s’appuie sur le bâton qu’elle a dans la main droite ; à son bras gauche est passé un panier. En bas dans la perpendiculaire du bâton, le chiffre 45 '.
1er état. — On n’aperçoit pas encore dans le fond, à gauche, la maison et les arbres à droite; les marges sont sales et présentent des traces d’essai de vernis mou et de pointe sèche. Une seule épreuve connue a passé chez Jadin 1 2.
2e état. — Avec arbres et maisons, mais les marges n’ont pas été nettoyées Deux épreuves seulement collection Jadin et Triqueti 3.
A la vente Mahérault, un 1er état adjugé 122 francs.
Environs de Smyrne (12). — Un petit lac entouré de bois et de collines à l’horizon ; au premier plan, un chien s’avance pour s’y désaltérer ; à gauche sur un tertre, un kiosque adossé à un massif d’arbres ; sur la route qui borde le lac à gauche, une femme ayant un paquet sur la tête, tient un enfant par la main ; près d’eux, les initiales D. C.
Ce vernis mou rarissime fut gravé en 1839, il passa à la vente Burty *, à Londres, en 1876, et fut adjugé à celle de Moignon 49 francs.
Le Singe feuilletant un gros livre (14). — Un singe accroupi de profil à droite, feuillette le livre qu’il a par terre devant lui et sur lequel il a posé sa patte droite ; ce livre est appuyé sur un gros encrier. Dans le bas de la marge à droite, au trait, un homme vêtu d’un long vêtement. Dans le haut deux chiens se regardent, le corps
1 Ce chiffre 45, placé au bas des pièces les plus remarquables et bien en vue, fait allusion, dit Moreau, à la Société des 45 qui fut constituée en 1832 à la suite d’un bal masqué où toute la bande de Decamps portait — on ne sait pourquoi — ce chiffre sur l’épaule. Cette Association, ajoute le conteur, ne dépassa jamais 12 à 15 membres.
2-3 Nous ignorons ce qu’elles sont devenues à l’heure qu’il est.
* A la dernière vente Burty, en mars 1891, un œuvre exceptionnel et irréconstituable fut adjugé en bloc 3050 francs.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
du bouledogue qui est à gauche n’est pas terminé, il n’y a que la tête. En retournant la feuille de l’estampe : un pont de bois très élevé sur le fleuve qu’il traverse. Au premier plan, deux canards.
Eau-forte de la dernière rareté, ainsi que Un Chien de Chasse (13). Cette dernière pièce est moins intéressante, elle fut adjugée, avec les marges sales, à la vente Moignon 60 francs.
Dans les lithographies qui sont de beaucoup moins attrayantes, suivant nous, mentionnons néanmoins : Ambroise Paré (6) — Une Visite à l’Hôlel- Dieu (9) — Le Garde-Chasse, pas rare mais amusante, et enfin cette belle pièce : Chute dans un escalier (98) : un jeune homme à plat ventre au bas d’un escalier dont il est tombé porte la main gauche à son visage; au haut de cet escalier une servante accourt une lumière à la main. Sur la dernière marche de gauche à peine lisible : Decamp.
DEGAS (Edgar)
Les eaux-fortes et les lithographies de cet artiste sont de la dernière rareté et tirées généralement à deux ou trois exemplaires ; nous ne connaissons à en posséder que MM. Alexis Rouart et Manzi.
M. Rouart a bien voulu nous autoriser à donner les quelques descriptions sommaires qu’on va lire.
Degas, par lui-même à 22 ans, 1857. — Debout à mi-jambes, coiffé d’un chapeau mou au fond peu élevé, l’artiste porte toute sa barbe, moustache et collier ; il est de trois quarts à gauche et regarde de face, le bras pend le long du corps, légèrement ramené en avant.
Tache d’acide au-dessus du chapeau et dans presque tous les bords de la planche. — Deux exemplaires d’états différents.
Portrait de Joseph Tourny? le graveur. — Le graveur est assis devant sa table, le corps de profil à gauche, regardant de face, il est coilîé d’un béret, les bras croisés sont ramenés sur la table. Dans la marge du bas, une tête de moine.
Eau-forte presque au trait, la face seule est ombrée ; c’est une œuvre de jeunesse, exécutée ù Rome en 1857.
Femme enjambant sa baignoire. — Nue et vue de dos, elle sort du bain, à droite sa femme de chambre tient le peignoir qu’elle lui va mettre sur les épaules. Du même côté, une cheminée sur laquelle deux vases sont posés. — Eau-forte.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
La Visite au Louvre. — Une femme assise à gauche et de profil à droite, un catalogue à la main, regarde en l’air. Une autre femme — une amie sans doute — est en contemplation devant le tombeau étrusque. Elle est debout, vue de dos et s’appuie sur son parapluie qu’elle tient de la main gauche éloignée du corps ; le bout du parapluie repose par terre.
Parmi les nombreux états de cette eau-forte, il en est un extrêmement curieux d’aspect, le second, tiré à trois épreuves avec les deux femmes gravées sur un fond absolument blanc.
Danseuses dans leur loge. — Deux danseuses sont dans leur loge ; celle de gauche est debout et de profil à droite, l’autre est assise sur un canapé en face. Les contours de la tête, du bras et du soulier de celle qui est debout, sont exécutés à la pointe sèche. — Eau-forte.
Effet de gris d’une délicatesse exquise.
Chanteuse de Café-Concert. — Sur la scène qui est à peine indiquée, une femme de profil à gauche, vue à mi-jambes, souligne son chant en esquissant un geste de la main gauche qu’elle porte en avant — c’est le genre Béca qui fit fureur à l’époque — le bas de la planche vide de travaux. — Lithographie.
Femme s’essuyant. — Elle est nue, debout de trois quarts à gauche et fortement penchée. Elle s’essuie la hanche ; le mouvement qu’elle vient de faire en se baissant — un peu brusque sans doute — a entraîné la chevelure éparse qui retombe en avant ; près d’elle, une chaise longue capitonnée.
Lithographie sur papier pelure, tirée à 3 épreuves.
Sortie de Bain. — Vue par derrière et nue, une femme, les cheveux sur le dos, est en train de se les faire peigner par sa camériste qui est à sa droite. Toutes deux sont debout. — Lithographie.
Si nous ne nous sommes pas étendu davantage sur ces œuvres et si nous nous sommes abstenu de toute réflexion, c’est que nous connaissons l’horreur profonde qu’éprouve M. Degas à être mis en scène. Nous ne pouvions pas cependant écrire un livre sur la matière où son nom ne fut pas mentionné, les amateurs ne nous l’eussent jamais pardonné. Qu’il nous excuse donc d’avoir un peu violé la consigne, car il eut été vraiment trop
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
cruel d’en priver un écrivain qui lui exprime ici et sa profonde reconnaissance el sa sincère admiration. — C.-W. Thornley a reproduit en lithographies quelques toiles du Maître.
Voir: H. Béraldi, tome V, Paris, 1886 — Certains de Huysmans, Paris, Tresse et Stock, 1889.
DELACROIX (Ferdinand-Victor-Eugène)
Elève de Guérin, naquit à Charenton-Saint-Maurice, près Paris, le 26 avril 1798 et mourut à Paris le 13 août 1863. Chef de l’Ecole romantique, méconnu de son temps, il peut être considéré comme un des plus grands artistes dont s’honore notre pays.
Son œuvre est considérable comme peintre, aquafortiste et lithographe ; il a touché à tous les genres et y a su conserver toujours son imposante individualité.
Deux catalogues de son œuvre existent : le premier, par Adolphe Moreau, Paris, 1878 ; le second, plus complet, par Alfred Robaut ; nous donnons le numérotage des deux iconographes ci-dessus désignés pour les pièces que nous allons mentionner. Voir aussi H. Béraldi, tome V, 1886; mais, au point de vue estampes — le seul qui nous occupe — c’est bien plus comme lithographe que comme aquafortiste que l’artiste est intéressant.
Le Combat du Giaour et du Pacha (Moreau 9 — Robaut 203). — Le Giaour à cheval, tourné vers la droite, vient de désarçonner son adversaire ; celui-ci gît à terre et son cheval a pris la fuite. Au fond, des collines.
Au Dr état, il y a, dans la marge inférieure, des croquis représentant une tête de lévrier et une étude pour la figure du pacha ; au 2e état, ils ont été effacés ; épreuves à rejeter. — Belle lithographie.
Ventes : Parguez, 1er état, 37 — Gihaut, 30 — Burty, 82 — Villot, 40 — Moignon, 220 — Bouvenne, 1er état, 98.
Cheval sauvage terrassé par un Tigre (M 10 — R 288). — Le cheval est à terre, renversé, la tête tournée vers la droite, il essaie de se relever en rassemblant désespérément sous lui ses quatre pieds, tandis que le tigre lui maintient la tête sous sa patte puissante et le mord cruellement à l’épaule. En bas à gauche : Eug. Delacroix fec. ; à droite : Lith. de Ch. Motte 1828 ; et au milieu : Cheval sauvage terrassé par un tigre.
Robaut mentionne les quatre états suivants de cette lithographie :
1er état. — Avec des salissures sur les quatre marges (de toute rareté, 5 ou 6 épreuves).
2e état. — Avec des salissures sur la marge de gauche.
3e état. — Aucune salissure sur les marges, et sans lettre comme dans les états précédents.
4e état. — Celui décrit.
Ventes : De la Combe, 2e état, 150 — Dubois, 61 — Langlais, 165 — Villot, 3e état, 47 — His de la Salle, sur chine, 282 — Moignon, lfir état, sur chine, 430 — Champfleury, même état et conditions, 810 — Bouvenne, avant toutes lettres, sur chine, 408 — Mallet, exemplaire de Bouvenne, avec les salissures sur les quatre marges, 470 ; actuellement chez le comte Matheus.
Lion de l’Atlas (M 42 — R 309). — Dans une caverne, un lion couché, la tête tournée à gauche, est en train de dévorer un lièvre qu’il tient entre ses pattes. En bas à droite : Delacroix fl ; au milieu : Lion de l’Atlas, puis au-dessous de ce titre à gauche : à Paris, chez H. Gaugain et Cie, rue de Vaugirard, Nn 34 ; et à droite : lmp. lith. de H. Gaugain, rue Vivienne, N° 2 ; sous le titre, le timbre sec triangulaire de l’imprimeur E. Ardit à Paris.
Le le état sans aucune lettre est rarissime ; le 2e, celui que nous venons de décrire, et le 3e est sans le timbre triangulaire de E. Ardit. Nous croyons donc que H. Béraldi a fait une erreur en disant que le 2e état est avec le titre et sans nom d’imprimeur.
Ventes : Dubois, 1er état, avec le Tigre Royal, 41 — Soleil, même état, 23 — Moignon, 1er état (?), 100 ; les deux, même vente, sans désignation d’état, 300 — Burty, sans désignation d’état, 65 — Mallet, avec le Tigre Royal, la première en 3® état, la seconde en 2e état, 290.
Tigre Royal (M 43 — R 310). — Un tigre mollement étendu, la tête tournée à droite est allongée par terre entre les deux pattes écartées ; derrière lui s’étend le désert onduleux. Sous le trait carré à droite: Delacroix del1 ; au milieu de l’estampe, le Tigre Royal ; au-dessous, en bas à gauche : à Paris, chez H. Gaugain et Cie , rue de Vaugirard, N° 34; et à droite: lmp. lith. de H. Gaugain, rue de Vaugirard, N° 2, à Paris ; sous le titre, le timbre sec triangulaire de E. Ardit, à Paris.
Le 1er état sans aucune lettre est rarissime ; le 2e ', celui que nous venons de décrire, et le 3e porte en bas à gauche : A Paris, chez H. Gaugain et O, rue de Vaugirard, N° 34; à droite: Delacroix fcc., imp. lilh. de H. Gaugain, rue Vivienne, N° 2 et le titre au milieu.
1 Il existe un état non décrit intermédiaire entre le 1" et le 2', c’est-à-dire sans les adresses de l'imprimeur et de l’éditeur ; il est fort rare.
DIX-NEUVIÉME ET VINGTIÈME SIÈCLES
Cette pièce et la précédente se font pendants, le 3e état, qui n’est pas revêtu de l’estampille de E. Ardit, est à rejeter.
Ces deux lithographies peuvent être considérées, avec le Cheval sauvage terrassé par un Tigre, comme les plus admirables estampes sorties de l’Ecole dite de 1830, elles sont sans rivales, c’est le summum atteint par le procédé inventé par Aloïs Senefelder, elles laissent loin, très loin derrière elles tous les Géricault du monde, et cependant elles n’ont jamais atteint dans les ventes publiques les prix parfois vraiment exagérés de ce dernier.
Ventes : Delacroix. 1er état, 50 francs ; 2e état, 21 francs.
Un des plus beaux œuvres connus du Maître fut celui rassemblé par Ph. Burty, à sa vente, en mars 1891, il fut adjugé en bloc 6500 francs.
DELATRE (Eugène-Alfred)
A la porte du jardin. — Une petite fille debout et de face, appuie sa main droite sur le barreau de la grille en bois d’un jardin, l’autre main qui pend négligemment le long du corps, tient une fleur.
C’est, paraît-il, le portrait de la fille de l’artiste.
Les Pommiers. — Une femme tient par la main une petite fille, elles sont vues de dos et s’éloignent en passant entre deux pommiers en fleurs.
Jolie pièce en couleurs très douce et très estompée, l’artiste est un habile manieur de cuivre, qui a de qui tenir ; son père, le célèbre Auguste Delâtre, ayant tiré toutes les belles planches de Méryon, Whistler, Seymour Haden, Bracquemond, etc. ; c’est en parlant de lui que Seymour Haden disait un jour : Si Rembrandt revenait sur la terre, c’est à Delâtre qu’il confierait ses tirages. — A citer : Le Portrait de son Père — Le Pont Solferino (effet de nuit) — L’Eglise de Coulans — Vieille Femme aux Chats (salon de 902) — Le Moulin de l’Epau, etc.; ces estampes sont tirées tantôt à la poupée, tantôt en repérage. — La plus belle collection des Delâtre se trouve à la Bibliothèque de New-York, don de M. Avery.
DELAUNAY' (Jules-Elie)
Signalons à titre de pure curiosité deuxœaux-fortes de l’éminent peintre, les seules qu’il ait gravées.
Né à Nantes en 1828, mort à Paris en 1801.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
Portrait de Gounod — Il est de profil à gauche à mi-corps, les bras sont croisés sur la poitrine et la main droite y presse la partition de Faust. Le portrait se détache sur un fond de feuillage à peine indiqué. Dans la marge du bas, trois remarques : une muse couronnée de laurier, un torse d’homme nu et une tête d’homme à la longue barbe faisant songer à Meissonnier.
Le cuivre est la propriété de M. Alphonse Lotz-Brissonneau, de Nantes, qui possède également une autre planche : le Portrait de Delaunay 2 par luimême. — Ces pièces sont des raretés, et nous n’avons jamais eu connaissance qu’elles aient été publiées ; elles étaient donc absolument inconnues du public et des collectionneurs jusqu’à ce jour.
DELAVALLÉE (Henri)
Quelques fort bonnes pièces traitées pour la plupart en vernis mou, aquatinte et eau-forte telles que :
La Rue du Hameau-Lefèvre — Angélique à sa fenêtre — Le Ramasseur de bouts de cigares — Pont des Saints-Pères la nuit — Dans le Tramway de Passy-Louvre — En route pour le Marché.
Nous voyons avec regret que l’artiste, qui est de Reims et dont les débuts (1891) avaient été très remarqués, n’expose plus depuis de longues années, nous déplorons de le voir se tenir ainsi à l’écart.
DESBOUTIN (Marcelin)
L’Homme à la Pipe (Béraldi 1). — C’est le portrait de l’artiste lui-même, grandeur presque nature, coiffé d’une toque et la pipe à la bouche ; il est tourné à droite et regarde de face. En bas, son monogramme M. D.
Cette pointe sèche, dont les vraiment bonnes épreuves sont très rares, fut médaillée au Salon de 1879.
La Duchesse Colonna (14). — Elle est assise à mi-corps de profil à droite, coiffée d’un chapeau rond, le corsage légèrement
1 II a été tiré 25 avant lettres, 5 parchemins, 10 japon, 10 hollande.
2 Retrouvé en août 1902 chez un des héritiers. — Le cuivre rayé est déposé à la Bibliothèque de Nantes. On a tiré 14 avant lettres, 25 avec la lettre et 5 épreuves de la planche biffée.
DIX- NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
ouvert et les mains croisées sur les genoux. En bas à droite : M. Desboutin.
Portrait superbe, un des plus beaux de l’œuvre.
Degas. — Le célèbre peintre est debout en chapeau à haute forme, en pied de trois quarts à gauche, la main droite (?) sur la hanche, il regarde à droite à la cantonnade.
Très rare et très intéressant.
Madame Valentin (27). — Assise dans un fauteuil Voltaire de trois quarts à droite, regardant de face, la jeune femme coiffée d’un petit chapeau, les cheveux épandus sur les épaules, a le coude droit appuyé sur le bras du fauteuil.
Dans l’épreuve que nous avons sous les yeux et qui appartient à M. Alfred Barrion, la tête seule semble terminée, et dans le bas du coin droit le nom de l’artiste est écrit à l'envers. Nous ignorons s’il existe des états postérieurs.
La Femme au sopha (?) — Couchée demi-nue sur un sopha, la tête à gauche, le coude droit appuyé sur un oreiller, un nœud retenant les cheveux sur le cou, elle regarde à droite. Sans signature.
De toute rareté, une épreuve est dans la collection Barrion. — Non mentionnée par H. Béraldi ; peut-être la pièce est-elle postérieure à son catalogue.
Leroy» — Le Maître imprimeur de trois quarts à droite, regarde de face, il est devant sa presse dont il actionne la roue. Au fond de la pièce, épinglées au mur, des épreuves. Sans signature.
Pièce extrêmement rare non mentionnée par H. Béraldi, peut-être pour la même raison que précédemment énoncée.
Le Comte Lepic (20). — Assis sur une chaise, un chevalet à sa droite, il est vu de face, la jambe droite passée sur la gauche est retenue par ses mains croisées 1 .
Tous les portraits faits par Desboutin sont extrêmement remarquables, pleins d’accent et de grand caractère: en juillet-août 1889, une exposition de son œuvre gravé fut faite chez Durand-Ruel ; le catalogue contenait
i Dans les premières épreuves seules, croyons-nous, il existe une remarque, une tête de chien dans le bas du coin droit en dedans du trait carré.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
150 numéros et était précédé d’une préface de Emile Zola. — Voir H. Béraldi, Les Graveurs du XIXe siècle, tome V, Paris, 1886, et le Supplément, tome IX, Paris, 1889, qui porte à un total de 168 numéros l’actif de l’œuvre.
Nous venions d’écrire ces lignes quand nous apprenons la mort, à Nice, 19 février 1902, du grand et vieil artiste, une des figures les plus connues et les plus sympathiques du monde de la gravure. Il avait 78 ans et était Grand-Prix de gravure à l’Exposition de 1900. — On vient d’ouvrir une exposition de son œuvre — décembre 1902 — à l’Ecole des Beaux-Arts, quai Malaquais. Il y avait là : 109 portraits divers à la pointe sèche, plus 11 de lui-même dont un en lithographie, la seule qu’il ait jamais faite; 33 sujets divers originaux, 24 gravures de reproductions, entr’autres les 5 Fragonard de Grasse ; Le Surprise, Le Rendez-vous, La Confidence, L’Amant couronné, L’Abandonnée, ce qui portait à 154 numéros l’œuvre gravé exposé, c’est-à-dire presque au complet.
Un catalogue illustré spécial, avec une jolie préface de M. Georges Lafenestre, le distingué conservateur du Musée du Louvre, a paru au moment de l’exposition. L’œuvre du regretté artiste va être prochainement et successivement exposé à Munich, Hambourg et Berlin.
DÉSÏRÉ-LUCAS
Conte de Grand'Mère. — Dans une modeste chaumière, assise sur un banc de bois, de profil à gauche, une vieille femme appuyée sur un bâton, à l’instar des fées de légende, raconte une histoire à ses trois petits enfants qui sont devant elle. La scène se passe dans un demi-jour, mais un coup de lumière éclaire la main et la nuque de la vieille, ainsi que les visages des enfants et la partie du mur à laquelle ils tournent le dos. Dans le coin gauche inférieur : Désiré- Lucas.
Cette fort belle lithographie a paru chez Sagot, le 3 janvier 1902 : l’épreuve que nous y avons vue portait comme remarque dans la marge une petite file mangeant sa soupe. — A signaler encore : Le Bénédicité.
DETOUGHE (Henri)
Ebat matinal. — Une adorable petite femme demi-nue à la frimousse éveillée, regarde de face, la tête est sur l’oreiller et sa main droite est ramenée sur ses cheveux en désordre. Dans le bas du coin gauche : Henry Detouche.
Très délicate aquatinte ; 30 épreuves.
DIX-NEUVIÈME ET VINGTIÈME SIÈCLES
A la Gloire du Chat. — Une jeune femme en rouge, debout de trois quarts à droite, embrasse un chat noir qu’elle tient dans ses bras. Tout autour d’elle, du haut en bas de l’estampe, des chats dans toutes les positions. Dans la marge du bas, le titre, et dans le coin gauche inférieur : Henry Detouche. — 40 épreuves.
Mais où le charmant artiste se révèle dans toute sa personnalité, ce sont dans les belles études qu’il nous a rapportées d’Espagne, telles que : Famille de Gitanes — Sevilla — Gitane dansant — Andalousie — La Cigarette — Sehoras à la Corrida, etc., etc., si pleines de couleur, de mouvement et de vie, suite qu’il a modestement intitulée : Impressions d'Espagne.
DEVERIA1 (Achille)
Né à Paris le 6 février 1800, où il mourut le 25 décembre 1857. Œuvre extrêmement intéressant et touffu, à coup sûr un des plus séduisants de l’époque romantique, qu’il faut voir chez M. Alexis Rouart qui le possède en épreuves absolument merveilleuses et exceptionnelles ; c’est, du reste, la plus belle collection connue, elle est sans rivale. Oh ! les heures de griserie que nous avons passées à la parcourir, elles demeureront pour nous inoubliables !
Il ne faut pas voir une pièce de Deveria, il faut voir l’œuvre en entier, c’est là seulement qu’on le peut juger, alors il est incomparable. Consulter particulièrement de H. Béraldi le tome V et le supplément tome IX, l’artiste est là présenté de main de maître ; plus de 450 portraits lithographiés par Deveria y sont décrits, sans compter ceux simplement énoncés.
La belle période de l’artiste fut de 1828 à 1835. A l’heure présente les Deveria comme, du reste, toutes les pièces de l’Ecole romantique, montent d’une façon formidable, la vente Mallet (avril 1902) donne le branle ; seulement on ne paie cher que les morceaux rares et beaux, le second plan se donne ; du reste, le goût s’est tellement épuré, durant ces vingt ou trente dernières années, qu’à quelque genre qu’elles appartiennent en curiosité, les choses hors ligne sont sans prix, tandis que les autres, nous le répétons, ont baissé de 50 à 60 pour cent.
Parmi les portraits qui nous ont le plus frappé nous signalerons :
La Contemporaine, 1833 (B 13).
Avec la légende : Comme nous passons et comme je suis passée !
Alexandre Dumas, 1830 (16). — Très jeune, assis de face sur un canapé, le coude droit appuyé sur un coussin, l’autre bras éloigné du
i L'artiste fut conservateur du Département des Estampes de 1855 à 1857.
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corps également appuyé, le pied droit croisé sur le gauche, le pantalon remonté laisse voir la tige de la hotte. En has : Alexandre Dumas Deveria — Lit ho de Ch. Motte.
Adjugé 52 francs à la vente Mallet.
Victor Hugo (24). — A mi-corps, assis de face, gilet blanc, col noir, les deux bras écartés s’appuient sur ceux du fauteuil. En bas : Victor Hugo — Deveria 1820 — Lilho de C. Motte.
Mme Lemercier (28). — Elle est endormie sur un sopha, en toilette de bal, le coude droit appuyé sur un coussin, soutient sa tête et le bras gauche écarté du corps repose sur un autre coussin.
On raconte qu’un jour Deveria étant au bal chez Lemercier, son imprimeur, la femme de ce dernier, se sentant fatiguée, s’étendit sur un sopha et s’y assoupit ; l’artiste passant devant elle la trouva si jolie dans cette pose abandonnée qu’il la croqua sur-le-champ; c’est à cette circonstance toute fortuite que nous devons cet adorable portrait. M. A. Rouart en possède une épreuve avant toutes lettres ; c’est de la dernière rareté.
Ne pouvant tout décrire , nommons au hasard de nos souvenirs : üfme Huerta, un bijou adjugé 95 francs vente Mallet — M's H. C. Smithson — La Malibran — Elisa Mercœur — M^e Eckerlin — Léon Noël — Doua Damiana — A/lle Alexandrine Noblet — il/He Pacini — M“ie Schlesinger — jVfme c. Roqueplan — Afme Campan — Marie-Lætitia Bonaparte — Joséphine Tascher de la Pagerie — Mérimée. Et les délicieux portraits de sa famille : jlfmcs Achille, Marie, Berthe, Cécile, Laure, Eugène Deveria, dont beaucoup font partie de la délicieuse suite Les Heures du Jour, suite très recherchée, rare et cher; à signaler encore: Le Goût Nouveau, Galerie fashionable, deux autres très intéressantes séries.
Souvent au bas de certains exemplaires on lit le mot modèle, c’est le synonyme de notre Bon à tirer d’aujourd’hui; ces épreuves sont donc à retenir car elles sont doublement précieuses portant en elles le certificat d’authenticité et de beauté que vient de leur délivrer le Maître en les apostillant.
Deveria, comme beaucoup d’autres, a commis quelques délicates petites polissonneries1, mais c’est un simple incident si passager dans sa glorieuse vie d’artiste qu’on ne devrait même pas le mentionner, lui surtout, qui a toujours su faire respirer à ses femmes un parfum de bonne compagnie,
1 Dont certaines — il faut bien le reconnaître sans bégueulerie — sont d’exquises et d’adorables voluptés ; à ceux qui n’ont pas eu l’occasion de voir les originaux, nous conseillerons de se procurer le fascicule 7 — il y en a 8 — du Décolleté et du Retroussé, quatre siècles de gauloiserie, 1500-1870, par John Grand Carteret ; il y a là quelques reproductions choisies, parmi les moins osées, il est vrai, soulignées par un texte peu banal, où l'érudit écrivain raconte, avec un esprit dont il garde le secret, l’amour et la volupté pendant plus de quatre cents ans.
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nous dirions presque de chasteté, si rare à rencontrer à notre époque, où le type canaille et débraillé tend à s’affirmer de la façon la plus triste et la plus crapuleuse.
La plupart des lithographies de Deveria sont en noir, mais il y en a aussi beaucoup de coloriées au pinceau portant ce coup de gommage luisant dont le reflet est si désagréable à l’œil lorsqu’on examine l’estampe sous un certain angle, sous un certain jour. Disons à ce propos que ce gommage n’a jamais été appliqué que sur le genre lithographie-crayon dit Estampes fines, et que son but est de conserver éclat et lustre aux tons — aux laques surtout — qui, sans cela, se terniraient du fait de l’embu, c’est, en somme, l’effet du vernis sur la peinture à l’huile, et du vernis à l’alcool sur les chromolithographies. L’usage de ce dernier vernis, à appliquer sur l’ensemble, serait évidemment préférable, mais il n’est possible, à moins de préparations subsidiaires et trop onéreuses, que sur papier couché, lequel est incompatible avec l’enluminure, car la détrempe et le frottis auraient vite dilué le couchage.
Puisque nous causons lithographie, profitons-en pour déraciner un préjugé, une croyance auxquels, comme tant d’autres, nous avons longtemps souscrit, à savoir : qu’une épreuve fleur de pierre était de beaucoup supérieure à toutes autres ; disons simplement que c’est une erreur profonde, car nous le tenons des gens du métier. Dans un tirage lithographique bien conduit, la millième ou trois millième épreuve ne doit donner aucune différence avec les premières venues; quelquefois même ce sont ces premières épreuves qui laisseraient plutôt à désirer, si, d’après le dessin ou les difficultés de travail il ne convient d’arriver à l’encrage en plein que progressivement sous peine d’empâter.* Cela ne veut pas dire que toutes les épreuves sont de beauté égale, tant s’en faut, mais cela ne tient pas à leur numéro de tirage, c’est ce que nous tenions à préciser. Les toutes premières épreuves dites d’essai, ne sont donc pas de ce fait les meilleures, mais les collectionneurs les recherchent avidement néanmoins, parce que, tirées à très petit nombre, elles deviennent promptement un objet de rareté '.
i Nous venions d’écrire ces lignes, quand, à un de nos voyages à Paris, nous eûmes l’occasion de recauser encore de cette fameuse et très embrouillée question de fleur de pierre qui, si simple qu’elle puisse paraître en apparence, ne laisse pas que d’être singulièrement compliquée. Il semble donc résulter que ce que nous venons de dire plus haut s’applique à la lithographie commerciale tirée à la machine à nombre presque illimité, plutôt qu’à la lithographie délicate de collectionneur, pourrait-on dire, tirée avec soin à la presse à bras.
Quoiqu’il en soit — et en déclinant toute compétence personnelle au point de vue de la technique du métier — voici le résumé aussi concis que possible de la conversation que nous avons eue avec un des rois du procédé lithographique :
En principe, une pierre faite par un artiste qui l’a attaquée franchement, tirée par un bon imprimeur, doit fournir un nombre de bonnes épreuves relativement considérable, exemple : Daumier, Mouilleron, Gavarni, Raffet; nous avons vu une 1200" épreuve du Combat d'Oued- Alleg par ce dernier artiste, qui était encore très belle.
Bien faite et bien tirée, il ne peut pas, il ne doit pas exister de différence entre la centième et la première épreuve, voilà qui est clair.
Pour une lithographie faite sans truque, la dénomination de /leur de pierre, c’est une blague ; voici encore qui est limpide.
Mais ce qui a donné naissance à cette expression, c’est que certains artistes ont fait de la lithographie en timides; leur travail ne se soutenant pas à la préparation, tout fiche le camp, et alors, pour ceux-là, il n’y a même pas une épreuve qui donne le dessin primitif, au contraire.
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Attirons encore l’attention sur ces écrins charmants qui contiennent d’inestimables joyaux : Les Heures du Jour — Le Goût Nouveau, etc., mais croyez-nous, prenez un jour votre Béraldi sous le bras et allez passer quelques heures au Département des Estampes, nous vous garantissons que vous n’aurez pas perdu votre journée.
DEZAUNAY (Emile)
Peintre nantais, habitant actuellement Paris, s’est mis ces temps derniers à faire quelques eau-fortes en couleurs généralement à planches de repérages, nous signalerons la suivante qui nous a séduit parce que, sobre et sincère, elle donne la note fidèle de l’atmosphère où elle a été produite.
Les deux Sœurs. — Une jeune fille de Quimper est assise de face, tenant sur ses genoux sa petite sœur ; à sa gauche coule une rivière, et au fond de l’estampe on aperçoit une chaumière.
DILLON (Patrice)
L’Ondée. — Sous l’arche d’un pont, des gens surpris par la pluie se sont réfugiés ; dans le coin droit, un parapluie ouvert et renversé,
plus on tire, plus ça s'évanouit, tandis qu’une pierre bien attaquée est plus belle et rend mieux à la dixième qu’à la première, pour se maintenir telle jusques et au delà de la centième dans un parfait état.
Mais, nous ne saurions trop le répéter, tout ceci dépend d’un habile imprimeur qui, par sa façon d'encrer, sait maintenir une pierre en bon état.
Il peut la tirer en peu de temps s’il encre trop lourdement, mais la pierre alors s’égalise et les demi-teintes montent au ton noir ; pour réparer sa maladresse, il passe de l’acide aux endroits qu’il juge trop louixls, le ton baisse il est vrai, mais le travail se désagrège, se lâche, et les demi-teintes deviennent des salissures sans modelé ; pour lui alors, la fleur de pierre n’est pas un mythe, car, au bout de quelques épreuves, la pierre n’existe plus. Hélas ! ajouta en soupirant notre interlocuteur, que d’imprimeurs de nos jours auxquels arrivent de semblables mécomptes ! et puis, continue-t-il, la couleur leur a donné le coup de grâce, malgré les apparences. Retenez bien ceci, nous dit-il en terminant : à l’heure qu’il est, il n'y a pas un seul bon tirage en couleurs.
Malgré cette sévérité d’appréciation et en manière de conclusion, disons à notre tour qu’il ne faut pas hésiter, lorsqu’on veut se rendre acquéreur d’une pièce en couleurs, à s’eu faire montrer de nombreux exemplaires et à les comparer avec attention, on prendra alors la meilleure et l’on se dira : j’ai là une fleur de pierre. Musset n’a-t-il pas écrit quelque part dans La Coupe et les Lèvres :
Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse. Qu’importe le flacon , pourvu qu’on ait l’ivresse.
En résumé, à tort ou à raison, on désigne sous la rubrique fleur de pierre, une épreuve de qualité et de tirage exceptionnels ; qu’on ne nous en demande pas davantage, procurez-vous là et n’en parlons plus.
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près duquel une jeune fille appuyant sa tête dans ses deux mains se lamente désolée de ce fâcheux contretemps. Dans le parapluie : Dillon.
Il existe de cette spirituelle et fine lithographie quelques épreuves avec cette remarque : Un polichinelle, les bras ouverts et tourné à droite.
Le Cirque Fernando. — Vue d’une partie de l’hémicycle du cirque avec femmes et enfants ; sur le tout premier plan, un homme en chapeau à haute forme se détache en vigueur.
Ohé î — Le long d’une palissade sur le bord d’un fleuve, de nombreux personnages sont rassemblés ; quelques-uns d’entre eux, faisant un porte-voix de leurs deux mains, hèlent un passeur invisible. Derrière eux sur la rive, une rafale balaie les jupes des femmes qui se trouvent dans cette partie éclairée de l’estampe. Sur un poteau à gauche : Au Passeur.
C’est à coup sur la plus délicieuse pièce de l’œuvre; traitée dans une gamme extrêmement enveloppée et douce, c’est un régal pour l’œil.
Méritent encore d’être signalées les lithographies suivantes : La Claque — Parapluies — Ceux qui passent — Sandvuiches — Manège à vapeur — Ballons rouges. — L’artiste, homme charmant autant que modeste, signe quelquefois du pseudonyme Anderson.
DORÉ (Gustave)
Né à Strasbourg le 6 janvier 1833, mort en 1883. Illustrateur d’une extraordinaire fécondité, nous ne retiendrons de son œuvre que la pièce suivante dont nous donnons la description :
La Rue de la Vieille-Lanterne (Béraldi 69). — Gérard de Nerval à droite, est pendu au barreau d’une croisée ; la rue est remplie de visions et la Mort avec une trompette de Renommée semble annoncer aux cieux cet événement. Derrière l’écrivain, son âme est symbolisée par un être vaporeux dont la mort prend possession. Dans le coin inférieur gauche : G. Doré, et à droite dans la partie claire du bas de l’estampe, cette légende :
L'éternité profonde Souriait dans vos yeux.
Flambeaux éteints du monde Rallumez- vous aux cieux.
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Lithographie d’un romantisme échevelé, fort curieuse, traitée presque entièrement au grattoir; c’est à l’aide de cet instrument qu’on a pu obtenir ces demi-tons pleins de souplesse et de transparence qui donnent à cette estampe une si jolie enveloppe. — Assez rare.
La collection du docteur Joseph Michel, neveu de l’artiste, dispersée en mars 1892, était particulièrement riche en œuvre du Maître.
Voir Henri Béraldi, tome VI, 1887.
DULAG (Charles)
Artiste d’un immense talent mort fort jeune, s’est immortalisé par Le Cantique des Créatures, suite de huit lithographies in-folio originales représentant des paysages d’une pénétrante poésie, elles sont tirées en différents tons; la couverture du portefeuille est de Belville et le texte de Charles Clair. Il avait commencé un autre album, Le Credo, resté inachevé, cinq pièces seulement ont été tirées. Il existe chez Sagot un agrandissement du Vent 1 tiré, croyons-nous, à 4 ou 5 épreuves qui est d’une des plus belles choses qu’il nous ait été donné de voir.
Voici les quelques lignes qui annonçaient ces publications, elles sont écrites par l’artiste lui-même :
« Ces quelques planches sont le résultat de mes premières recherches. » Elles inaugurent une suite de Paysages dans lesquels je cherche à exprimer » les émotions fugitives que donnent les divers aspects de la nature. Idéaliser » le plus possible sans pourtant dénaturer les formes réelles, tel est mon » but. J’espère intéresser les amateurs à cette tentative d’un artiste convaincu » et les voir accueillir avec bienveillance.
» Mon confrère et ami Simas a bien voulu revêtir ce recueil d’une de ses » gracieuses compositions ; j’ai tout à gagner à pareille enseigne ».
Commencées en juin 1892, elles furent terminées en avril 1893? Nous attirons l’attention très particulièrement sur : Stella Matutina — Spiritus Sancte Deus — Jesu via et vita noslra... — Auxilium Christianorum... les mots manquent pour pouvoir caractériser comme ils le méritent ces sublimes Cantiques qui, dans une merveilleuse synthèse, répètent un éternel Hosanna!
Notons encore: Sœur Marie-Magdeleine, tante de l’artiste, assise et en pied, le corps de trois quarts à gauche regardant de face, les mains croisées sur les genoux. Fort belle lithographie tirée sur teinte.