‹ À travers l'AlsaceChapitre 7 sur 36 · VIERGE DE LA COLLECTION SPETZ · texte numérisé non relu

VIERGE DE LA COLLECTION SPETZ

ISSENHEIM 3l

cienne. M. Spetz s'est attaché à recueillir les œuvres de son pays natal.

Pieusement il a ramassé les reliques de l'Alsace et, parmi ces reliques, il en est d'admirables. Ce très beau Martyre de sainte Marguerite de Schongauer appartint au couvent des Unterlinden de Colmar. Ce groupe de la Vierge, de l'enfant Jésus et de sainte Anne, d'un accent si populaire et où sont représentées avec un réalisme si touchant deux paysannes alsaciennes, a orné l'église des Récollets de RoufFach. Ces charmants vitraux décorèrent l'une des fenêtres de l'église de Guebwiller. Ces faïences sortent des fabriques de Strasbourg. Ces magnifiques coffres sculptés ont été trouvés chez des paysans d'Alsace. Cette fine et gracieuse lampe de sanctuaire en fer forgé a été suspendue à la voûte de l'église de Rœdersheim. Enfin voici quelques pièces qui proviennent de ce couvent des Antonites d'Issenheim qui, jadis, s'élevait à trois cents pas d'ici : un magnifique poêle de faïence de style Louis XV, une grande statue en bois représentant l'empereur saint Henri et une autre statue en bois du quinzième siècle, la Vierge portant Jésus. Cette dernière est d'une singulière élégance. Les plis de la robe somptueux et compliqués, la grâce du visage, la finesse des mains, je ne sais quoi de spirituel et de libre dans le mouvement, tout, au premier coup d'œil, semble

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démentir la date que Ton a coutume d'assigner à cette sculpture. A ce demi-sourire charmant, à ces draperies tourmentées, on serait presque tenté de reconnaître la main d'un statuaire du dix-huitième siècle. Brève illusion : tous les détails de l'exécution protestent contre une telle conjecture. La Vierge de la collection Spetz n'en demeure pas moins un morceau unique. Dans les gravures signées de Schongauer ou dans les peintures qu'on lui attribue, on ne vit jamais rien d'aussi séduisant, d'aussi féminin, d'aussi captivant que la figure de cette délicieuse madone.

Tout en contemplant ces richesses de la vieille Alsace, je ne puis m'empêcher de penser à l'Alsace d'aujourd'hui. Je l'ai sous les yeux dans cette belle maison. J'écoute et regarde l'homme noble et simple qui m'en fait les honneurs. J'admire le goût délicat avec lequel il a tout aménagé dans son logis, sans pédantisme ni ostentation, avec la grâce souveraine des artistes nés. J'entends l'accent de tendresse contenue avec lequel il me parle du passé de son pays, du passé de sa famille. Je m'arrête devant le portrait de son arrière-grand-père, en costume de maître de poste à boutons d'argent fleurdelysés... Puis, à travers les vitres du salon, j'aperçois le grand jardin, ses pelouses, ses allées bien dessinées, ses peupliers qui frissonnent et — comme une

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