‹ A travers l'Amérique, de Terre-neuve à l'AlaskaChapitre 14 sur 17 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Les Tribus aborigènes de l'Alaska.

Histoire et Coutumes.

Quand les Russes, et, après eux, les voyageurs indépendants, eurent achevé d'explorer l'Alaska, ils établirent que le pays était habité par quatre grandes tribus ou groupes d'indigènes, de langue, de coutumes et de traditions différentes, et aussi de frontières bien définies : les Aléoutiens, les Esquimaux, les Thlinkets, et enfin les Ten'as, branche d'une tribu des Montagnes Rocheuses. Ces quatre groupes se subdivisent en un nombre considérable de petites tribus, ou familles, subdivisions entièrement basées sur des différences de langage.

Comme ces chapitres sur l'Alaska intéressent la vie des mineurs le long de la côte de Bering plus que la population aborigène du territoire, il suffira de quelques notes nécessairement superficielles, sur chacun de ces groupes, pour compléter ce travail et exécuter le plan que je me suis proposé en commençant cet ouvrage. Les lecteurs pourront me reprocher d'être incomplet, mais qu'ils se rappellent que les facilités des recherches ethnologiques dans un camp de mineurs Alaskans sont bien restreintes.

Cependant j'ai eu à ma disposition quelques sources d'information dont je vais profiter largement. Outre le travail d'Ivan Petroiï, qui suppose la connaissance de beaucoup de documents sur l'Alaska, y compris les ouvrages de Venimianof, j'ai eu la ressource de la correspondance privée des missionnaires du Yukon, et les longues conversations avec les vieux résidents de l'Alaska, qui bien volontiers m'ont livré tout ce qu'ils savaient sur les tribus et leurs coutumes. C'est à ces sources que j'ai puisé les informations contenues dans ces pages sur la situation présente de la population indigène. Procédons par ordre, et parlons d'abord des babitants des Iles Aléoutiennes.

Les Aléoutiens occupent la côte Nord de la Péninsule Alaskane, depuis le cap Stroganof, et sa côte Sud depuis la baie de Pavlof . Ils habitent aussi les Iles Shoumagin et toute la chaîne Aléoutienne. Personne ne peut dire avec certitude l'origine de cette race, ou du nom qu'elle porte. Ivan Petroiï croit que le nom peut venir de Alutora, rivière du Kamchatka. Cet auteur aflirme hardiment que lesethnologistes ont abandonné l'hypothèse que les Aléoutiens sont d'origine Asiatique : et que malgré leurs traits qui se rapprochent de ceux des Mongols, ni leur langue ni une seule tradition de leur tribu, n'indique une migration préhistorique de l'Asie.

Quand les Russes sortirent de la mer d'Okhotsk, en 1733, ils trouvèrent deux des plus grandes îles, entre l'Asie et le groupe Aléoutiens, entièrement inhabitées ; ce qui indique que bien que la pente était dans la direction de l'Asie, il n'y avait pas encore de communication avec ce continent.

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L'absence de tout rapport par mer entre l'Asie et les Iles Aléoutiennes, au temps des découvertes moscovites, a convaincu Bering et d'autres que les indigènes Aléoutiens venaient du continent américain dont ils occupaient la partie la plus occidentale.

La preuve la plus convaincante pour Petrofï se trouve dans le caractère des objets trouvés dans les anciennes sépultures aléoutiennes, et dans la construction de leurs huttes ou i(jloos. Ces dernières sont bâties en côtes de baleines, sur les flancs des montagnes des lies Unimak et Atka, d'après la mode des Esquimaux qui habitent plus au nord. La ressemblance Asiatique observée dans les traits des Aléoutiens d'aujourd'hui, pourrait s'expliquer facilement par le mélange constant des Alaskans avec les indigènes du Kamchatka, et des autres parties de l'Asie, après l'arrivée des Russes.

Mais ces assertions de Petrofï ne peuvent tenir contre les investigations des ethnologistes modernes. Non seulement il a été prouvé qu'il y a une forte affinité de langage et de tradition entre les tribus Aléoutiennes et celles de la cote Asiatique, mais il" y a des auteurs assez hardis pour nommer les peuplades qui répondent aujourd'hui au nom d'Aléoutiens.

La présence de tumulusdans les lies Aléoutiennes, semblables à ceux qu'on rencontre en d'autres parties de ce continent, et même au Japon, amène Winchell et Dali à croire que les Aléoutiens sont des descendants de la race Mongole qui jadis couvrait ce continent, et dont les tumulus se rencontrent le long des côtes de l'Atlantique depuis

la Nouvelle-Ecosse jusqu'en Floride et même au Brésil. D'autres tumulus se trouvent sur la côte du Golfe du Mexique, en remontant les vallées qui traversent presque tous les Etats du Sud et le long de la côte de l'Océan Pacifique, depuis lAlaska jusqu'à l'Amérique Centrale. « On ne peut mettre en doute que cette race soit d'origine Asiatique, dit de Roo, si l'on observe que leurs monuments se trouvent aux deux culées du pont gigantesque qui franchit rOcéan Pacifique Nord de l'Alaska au Japon, avec les Kuriles, les Iles du Commandant, et l'archipel Aléoutien, comme piles On trouve plusieurs tumulus d'une grande antiquité à Tokio, au Japon. » Les Aléoutiens que j'ai rencontrés à Unalaska sont évidemment de race Mongole, si Ion tient compte des traits du visage.

La meilleure autorité sur la vie et les coutumes des Aléoutiens est le prêtre russe, Venimianof, missionnaire (|ui travailla, de 1824 à 1838, dans la chaîne Aléoutienne, aussi bien que chez les Thlinkets, à Sitka, dans l'Alaska du Sud-Est. Cet homme intelligent, qui devint plus tard Primat de toute l'Eglise russe, a beaucoup écrit sur ces deux tribus Alaskanes, et a laissé un long exposé de leurs traditions et de leurs croyances, qu'il regarde comme un mélange de superstitions et de shamanisme.

Quand les marchands russes commencèrent à arriver, en 17."iO, la population Aléoutienne était de huit mille habitants. Mais ce nombre fut bientôt réduit, grâce à la cruauté des .nouveaux venus — cruauté qui, au témoignage des chroniqueurs russes eux-mêmes, n'était autre chose que de la barbarie. — Venimianof nous dit que les

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Russes en massacrèrent au moins trois mille, et peut-être cinq mille ; un autre auteur, Sarychef, trouve ce nombre au-dessous de la vérité. Ces premiers commerçants ne faisaient aucun cas de la vie d'un Aléoutien, et ils se livrèrent aux cruautés les plus révoltantes jusqu'en 177U et 17U0. Solovief les tuait uniquement pour le plaisir de les tuer, les attachant ensemble et les prenant pour cibles alin de contrôler la portée de ses armes. On en vint à des procédés plus humains, à l'arrivée de Shelikof, et de la Compagnie du fourreurs Russo-Américaine, qui remplaça les premiers marchands en 1790, et dont les fonctionnaires semblent avoir agi avec bienveillance dans leurs rapports avec les indigènes.

Suivant Venimianof, le caractère des Aléoutiens était doux, et leurs mœurs hospitalières. Le navigateur Cook leur a rendu même témoignage, un demi-siècle plus tard. Son biographe, Kippis, alïirme que c'était le peuple le plus pacifique et le plus inolTensif que Cook ait jamais rencontré. Leur forme de gouvernement était patriarcale. Tout village se composait uniquement de parents, qui ne formaient qu'une famille, dans laquelle les plus âgés et les plus sages commandaient et veillaient aux intérêts communs. En certains villages cependant, le commandement était héréditaire. S'il n'y avait aucun ascendant direct, le nouveau chef était choisi dans la tribu, d'après sa bravoure à défendre le territoire, et son habileté à la chas.se.

Quand les Russes prirent le contrôle, ils modilièrent quelque peu cet état de choses. Ils donnèrent des pouvoirs

spéciaux à deux ou trois cliefs qui furent choisis par les Aléoutiens eux-mêmes, et qui servirent d'intermédiaires entre les marchands et leur peuple. Sous la direction de la Compagnie les tribus Aléoutiennes semblent avoir joui d'une complète liberté, excepté pour les services qu'elles étaient obligées de rendre, et pour lesquelles elles recevaient une faible rémunération. Tel semble avoir été dune manière générale, l'état de la tribu, quand l'Alaska fut cédé aux Etats-Unis, en 1867.

Le second groupe est celui des Athabaskans de l'Ouest, ou Ten'as, qu'il faut classer parmi les Indiens Américains du Nord, dont le domaine s'étendait de l'Arctique au Mexique. Les Ten'as Alaskans sont disséminés dans l'intérieur du territoire des deux côtés du fleuve Yukon, et dans l'Ouest jusqu'à Koserefsky. Une ceinture d'Esquimaux les entoure au nord, à l'ouest et au sud, et les sépare complètement de l'océan, excepté à un point près de Cook's Inlet, sur le Pacifique Nord.

Que les Ten'as soient des rejetons de la race Athabaskane, qui se sont étendus vers l'Ouest jusqu'en Alaska, à une époque déjà reculée, on ne peut le mettre en doute. Les philologues comparés confirment un fait que l'on ne faisait que soupçonner il y a quelques années. Le P. Jette, missionnaire Jésuite du Canada, qui a habité parmi ces peuplades, disait dans une lettre récente : « Il est clair pour moi que les Ten'as Alaskans sont Athabaskans, et j'en vois la preuve dans le fait que leur langue a des rapports fort étroits avec celle des Lucheux, des Peaux de Lièvre, des

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Couteaux-Jaunes, etc., qui sont évidemment Atliabaskans, J'en eus la démonstration évidente quand Mgr Pascal vint nous rendre visite et nous donna des spécimens de leur idiome. Ce langage avait plusieurs racines communes avec le mien ; et comme vous le savez, son vicariat est au centre même des tribus Athabaskanes. Mais ces tribus sont divisées au moins en quatre groupes distincts, à savoir, les Montagnais, les Loucheux, les Peaux de Lièvre, ainsi nommés par les voyageurs Canadiens Français, et la quatrième que je voudrais appeler les Ten'as-alaskans, ou Tinnehs. » Ces preuves d'origine Américaine, venant d'une telle autorité, sont convainquantes. Le P. Jette a passé plusieurs années à analyser les racines et la structure de la langue Ten'a.

Petrofï divise les Ten'as Alaskans on neuf tribus différentes ou familles — division basée entièrement sur des différences de langage. Mais cet auteur écrivait il y a près de vingt ans, alors que les données étaient nécessairement insuffisantes. La circulation sur le Yukon et ses afïluents a été très active en ces dernières années, et a amené des rapports fréquents entre les indigènes et les blancs. Le travail d'exploration et d'évangélisation se poursuit activement parmi eux ; si bien qu'on peut encore trouver d'autres dialectes Tinnehs.

Avant l'arrivée des marchands blancs et de leur civilisation douteuse, les instincts sauvages des Ten'as étaient très développés ; et il ne manquait que les occasions pour faire valoir leur cruauté.

Plusieurs incidents concernant cette tribu appartiennent

à riiistoire de l'Alaska. En 183G, deux Russes, Glazunof et Malakof, employés de la Compagnie des Fourrures Russo- Américaine, arrivèrent à Nulato, à six cents milles de l'embouchure du Yukon. Ils y établirent une station pour le commerce et l'exploration, mais les sauvages Tinnehs la détruisirent bientôt. Sept années plus tard, le lieutenant Zagoskin, de la marine russe, et cinq hommes sous ses ordres qui faisaient eux aussi une campagne d'exploration et de découverte, s'avancèrent à cent milles audessus de Nulato ; mais l'hostilité de ces indigènes les contraignit de se retirer.

Le plus cruel exemple du caractère sauvage des Ten'as, c'est le massacre de Nulato qui eut lieu en 1851. Cette année-là, le lieutenant Barnard, membre de la troupe du capitaine Collinson, parti à la recherche de sir John Franklin, remonta le Yukon jusqu'à Nulato, pour s'assurer du bruit qui courait que des blancs avaient été aperçus par les Koyukuksà l'intérieur des terres. Barnard demanda une entrevue au chef Larion, et lui envoya un messager. Ce dignitaire qui, à ce moment-là, célébrait une fête à vingt-cinq milles de Nulato, ou ne comprit pas l'importance de la sommation, ou bien avait une idée trop élevée de sa dignité. Il soiïensa du message de l'officier, réunit un conseil de guerre, délibéra et en vint à l'action.

Le premier geste de Larion fut d'assassiner le messager et l'interprète russe. Puis il partit pour le village indigène qui contenait environ cent personnes, et les tua toutes à l'exception de (|uelques femmes et de quelques enfants. 11 visita ensuite le poste russe qui n'était qu'à un demi-

Ksqiiiinau en kamleiUa à l'épreuve de l'eau.

Jeunes lilles Ksquimaux en costume d'clé.

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mille de Nulato. Ils assassinèrent le commandant Deriabin, envahirent les appartements où ils trouvèrent le lieutenant Barnard qui était en train de lire. Un shaman célèbre, ou sorcier, frappa l'Anglais au ventre d'un coup de poignard, et le blessa mortellement. Ce malheureux ollicier fut enterré à Nulato, à quelques mètres de l'estacade. Un monument très simple a été élevé à sa mémoire par un de ses camarades, oflicier du vaisseau de Sa Majesté V Entreprise, auquel Barnard appartenait. Il fut vengé trois ans plus tard ; les Russes massacrèrent impitoyablement tous les indigènes du poste d'Andréafsky, un peu plus bas sur Vukon. Mais le souvenir de la fin tragique de l'ofTicier anglais se conserve toujours à Nulato. La tombe de Barnard, marquée par un monument, porte une élégante inscription latine, due à la plume d'un jésuite américain, le P. Fanning.

Les années ont opéré de profondes modifications dans le caractère et les habitudes des Ten'as. Les relations fréquentes avec les blancs, marchands ou mineurs, — aux- (luelles il faut ajouter Finlluence des missionnaires — les ont humanisés. Ils vivent encore de pèche et de chasse, et grâce à leur parfaite connaissance du Yukon, quelques-uns d'entre eux servent de pilotes sur les bateaux qui montent ou descendent ce fleuve puissant.

Les Thlinkets sont le troisième groupe des indigènes

Alaskans. Ils habitent les îles et la côte de l'Alaska du

Sud-Est, et se divisent en douze familles, ou « khoans »,

chacune connue par son emblème, ou totem. Dès leur

première relation avec les blancs, ils se firent comme une race guerrière, perfide, avare (1), ingrate pour les services rendus, jalouse de ses privilèges, et maîtresse dans l'art de mystifier ses ennemis. Une insulte imaginaire fut souvent suffisante pour les mettre sur le pied de guerre. Ils donnèrent aux Russes beaucoup de peine pendant toute la période de l'occupation. Le capitaine Vancouver rappelle les détails de plusieurs rencontres avec eux pendant son exploration de l'Archipel ; et même depuis le transfert du territoire aux Etats-Unis, la force armée a eu plus d'une fois à les soumettre.

Des douze familles, les Hydahs, qui habitent llle du Prince de Galles, sont de beaucoup les plus intéressants au point de vue ethnologique. Ils sont classés comme faisant partie des Thlinkets. quoique les Hydahs s'en défendent, et affirment leur supériorité sur les autres familles. Il y a quelque fondement à leur assertion. Ils paraissent être les débris dune race de qualités supérieures, qui approchait de la civilisation quand les Russes abordèrent à leur plage au xviir siècle. Ils possédaient des esclaves, et avaient une forme de gouvernement et une police bien définies. Ils construisaient des maisons, sculptaient le bois et la pierre, de manière si surprenante que La Pérouse,

(1/ L'archevêque Soghers dan.s une lettre qui date de IHSC) donne un exemple de l'avarice de la famille des Chilcoot : « .Non seulement ils nous demandaient treize dollars par cent livres pour porter nos vivres, mais ils nous faisaient payer pour nous guider, pour nous passer en bac sur les rivières, pour veiller sur notre sûreté et celle de nos bagages. Et puis enlin ils exigeaient ce qu'ils appelaient « un présent n pour avoir lidèlement exécuté leurs conditions. »

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Cook elles autres voyageurs des temps anciens en restaient dans Tadmiration. Vancouver trouva les indigènes du sud-est occupant des villages organisés avec des rues étroites, beaucoup de maisons adossées au liane des collines d'après la mode des habitants d'aujourd'hui de King- Island, au détroit de Bering. Le contact avec les chasseurs de fourrures espagnols, russes et américains, apprit à ces indigènes la valeur des fourrures et du poisson, et leur fit faire des progrès dans le maniement des armes à feu.

Les Thlinkets — surtout la branche hydah — sont des Alaskans dont les villages sont visités chaque année par des milliers de touristes, et qui profitent de toute la notoriété que la littérature des revues peut leur donner. Les mythes attachés à leur origine, l'histoire de la descendance (le leurs familles, lune de l'ours, l'autre de la baleine, une troisième du corbeau, et ainsi de suite, et le système d'emblème qui en résulte, avec ses restrictions de clan, ont donné à ces indigènes une place spéciale parmi les peuplades aborigènes.

Le système d'emblème prit naissance avec les Hydahs, mais dans le cours du temps, il s'étendit aux autres familles (lu groupe thlinklet. C'est un code bien délini de moralité qui ne discréditerait pas les nations civilisées. On a beaucoup écrit sur ce système, et ses accessoires bien connus, les troncs d'arbres sculptés, ou poteaux d'emblèmes, mais tout cela peut se réduire à quelques lignes. J'ai appris beaucoup de détails sur ce sujet et dans quelques conversations que j'ai pu avoir avec le Uev. flall Young, directeur des missions presbytériennes chez les Thlinkets, et avec

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Frédéric Frobisé, premier directeur du musée de Sitka.

11 y avait trois classes de poteaux sculptés. Le premier était le poteau hislori(jue, qui racontait l'histoire des événements remarquables dans la carrière d'un chef ou d'un autre guerrier. Le second était le poteau Je mort, qui rappelait le fait de la mort des membres de la famille et la façon dont elle était survenue. Le troisième était l'emblème ou le poteau de l'arbre (jénéulogique, le plus important des trois, qui indiquait la ligne de généalogie de la famille de la mère. Si bien qu'un adepte pouvait dire, simplement en regardant le poteau de lemblème, à quelle famille le possesseur appartenait. Les enfants étaient toujours connus par l'emblème de la mère.

Les combinaisons de chiffres, d'oiseaux et d'autres créatures vivantes, gravées sur les poteaux encore debout mais défigurées au point d'être méconnaissables, ne sont plus intelligibles. Pour la plupart, quand ils étaient en vogue, ils n'étaient compris que des personnes intéressées; et quelquefois pas même de celles qui les taillaient, m'a-ton dit. -Mais ces monuments élevés étaient jadis l'objet de la fierté et de la vénération des Thlinkets; même aujourd'hui ils sont regardés comme une des formes les plus curieuses de l'art héraldique dans le monde. On avait le culte des ancêtres chez les Thlinkets ; l'indigène qui avait <lu sang bleu dans les veines voulait le faire savoir exactement comme nos modernes aristocrates — et il faisait d'immenses sacrifices pour s'assurer un monument. La possession d'un poteau d'emblème coûtait plus d'une peau de loutre ; de fait, c'était un luxe que les riches seuls pou-

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valent s'accorder. Tant que le système fut à la mode, la sculpture fut un métier lucratif parmi les Hydahs. Possesseur de tous les instincts d'un joueur de tambour moderne, les sculpteurs indigènes allaient de village en village, sollicitant du travail, et se l'assurant par leur appel au sentiment de la fierté chez leurs clients. 11 est très possible qu'ils se soient avancés jusqu'aux Iles Sand^vich ; car il y avait de vrais poteaux d'emblèmes dans cette île à la fin du xviii" siècle. Vancouver déclare que la résidence de Tamaahmaalî, roi de Hawaii, était décorée d'un grand nombre de statues ou idoles, grossièrement sculptées dans de grands troncs d'arbre, pour représenter la forme humaine.

Les empiétements des méthodes modernes, cependant, et les rapports avec les races blanches, ont fait oublier aux Thlinkets plus ou moins le passé. L'un des résultats de linlluence des missionnaires parmi eux est que le système d'emblème tend à disparaître, et que même l'emblème de famille tombe en désuétude. Le docteur Young m'a appris que le système était cause de beaucoup d'injustices et de vexations dans les tribus, grâce à l'inégale et injuste distribution de la propriété. A la mort d'une mère, ses parents s'emparèrent des biens de famille, et ainsi, très souvent, laissent ses enfants dans l'indigence.

11 y a encore beaucoup de vieux poteaux dans quelquesuns des villages de l'Alaska du sud-est ; mais ce sont de simples restes de la gloire aborigène, et de beaux points de vue pour les instantanés des Kodaks.

Par l'importance et le nombre, les Esquimaux, ou In-

nuit, forment l'un des principaux groupes. Ils peuvent être quinze ou vingt mille, disséminés le long de la côte de l'Alaska, et formant une bordure au nord, à l'ouest et au sud des Ten'as. Comme celle des Aléoutiens et des ïhlinkets, lorigine des Esquimaux est enveloppée d'un nWstère qui, il faut l'espérer, s'éclaircira quelque jour. (( Leur origine asiatique ou américaine a été discutée par les ethnologistes, mais le seul résultat appréciable de la discussion, nous dit Petroff, a été la confirmation de l'opinion générale qu'ils sont d'origine américaine. » Cet auteur insinue que les Esquimaux, après avoir atteint l'océan glacial et avoir quitté leurs habitations primitives à l'intérieur du continent américain, se répandirent le long de l'Arctique à l'est vers le Groenland, puis à l'ouest et au sud, en suivant la côte de Bering. Les Esquimaux d'Alaska sont de la même famille que ceux du Groenland. Un ancien membre de l'expédition Peary, maintenant agent missionnaire au cap Prince de Galles, vint à Nome pendant que j'y étais, et nous dit dans une conférence que, parce qu'il connaissait la langue des Groenlandais, il pouvait comprendre quelques mots des indigènes qui habitaient la côte de Bering. Les Esquimaux de l'Alaska sont divisés en dix-huit familles, division basée, comme dans les trois autres groupes, sur les différences de localité et de linguistique. Le mode de vie de toutes ces familles est sensiblement le même. L'organisation de leurs tribus est bien simple. Ils n'ont pas de chefs, mais il y a toujours quelqu'un en chaque village qui, pour une raison ou pour une autre, domine le reste et est le porte- parole reconnu.

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Vvant larrivée des mineurs à Nome, en 1898, la vie des Esquimaux de la cote de Bering, était simple et laborieuse ; ils passaient leur temps à chercher les moyens d'existence, et à faire la guerre aux fourrures, au poisson et aux plumes. Mais dans les dernières années ceux qui ont leur élaljlissemenl près des camps de mineurs, ont pris goût au thé, au lait, au beurre, aux légumes, et en ..énéral à toutes les marchandises de conserves qu on peut facilement se procurer chez les épiciers. Les Esquimaux commencent à compter sur ces ressources pour leur subsistance, circonstance qui ne fait pas bien augurer de leur avenir ; car lacquisition facile de nourriture les rendra inévitablement indolents et sans ingéniosité. Un Esquimau me dit un jour en bon anglais, qu'il était beaucoup plus facile d'ouvrir une boîte de conserve de bœuf de Chicago, que de réparer ses filets et d'aller à la pèche.

Dans les établissements intérieurs de la péninsule Se^vard, les indigènes vivent encore de pèche et de chasse ; et c'était toujours pour moi un spectacle intéressant pendant mon séjour à Council, de voir une vingtaine d Esquimaux descendant le Neukkik à destination des banquises de Bering. En ces expéditions, les uns voyagent en Uaiaks, les autres en oomiaks. Le kaiak est un petit bateau de peau, de forme gracieuse, et si léger qu'un homme peut facilement le porter sur son épaule. U a environ quinze pieds de long et est solidement construit de petits supports de bois retenus par des lanières de morse. Toute la charpente est alors recouverte de peau de phoque, excepte une ouverture ovale, au milieu, assez grande pour permettre

à un naturel de s'asseoir au fond. L'indigène et son kaiak ne font qu'un ; ils se complètent mutuellement. Par un temps de pluie, ou quand la houle est forte, l'Esquimau se revêt de sa « kamleika » vêtement à l'épreuve de l'eau, fait avec des entrailles de phoque. Quand il entre dans son kaiak, et ajuste le bord inférieur du vêtement à l'ouverture, il ne craint plus ni l'humidité, ni Feau, et peu lui importe si les vagues clapottent autour de lui. Assis confortablement comme nous venons de le dire, armé de son aviron à double lame, il part à la chasse du walrus et du phoque.

Ces animaux sont deux présents précieux offerts par la nature à l'Esquimau, et il en fait le plus magnifique usage. La peau du morse lui fournit une couverture pour son bateau ; l'ivoire du morse, une matière pour ses lances et ses curiosités. Avec la peau de phoque, il fabrique ses mukluks, ou chaussures, pendant que la chair et l'huile de phoque sont sa nourriture favorite. Aucun morceau ne tentera un Esquimau avant d'avoir été trempé dans l'huile de phoque. Ce seul fait explique la distance respectable qui le sépare des blancs dont l'odorat est développé de tout autre manière.

Depuis vingt-cinq ans l'usage des armes à feu est général parmi les Esquimaux de la cote de Bering; cependant je n'ai jamais vu un kaiak qui n'ait pas sa lance en os toute prête au service. A Golovin Bay, j'ai observé un jeune indigène dans son petit bateau, attendant des heures entières qu'un phoque vint lui montrer le bout de son nez. C'était tout ce qu'il demandait ; et si Charles Ikliuk n'ob-

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tint pas sa proie ce jour-là, ce fut complètement la faute du phoque, car les naturels se servent de leur arme avec une extrême habileté.

Les oomiaks sont de .i^rands bateaux découverts, fait de peaux de morse, aussi longs et aussi larges que les anciens bateaux du nord, ou honnes, des hommes de chantiers canadiens. J eus l'occasion d'examiner de près des douzaines d'oomiaks, à Nome et à Kotzebue Sound. On n'y voit pas un clou, pas un morceau de fer. Ils sont remplacés avantageusement par des chevilles de bois, des coins d'os, des nerfs et des lanières de morse. Ces bateaux recouverts de peau 5ont très solides, et résistent superbement aux vagues. J'ai pu apprécier leur valeur sur le Saidie, qui fait la traversée du détroit de Bering. Le capitaine Richmers, qui est un ami des indigènes, surprit un oomiak rempli dEsquimaux en plein océan Arctique. 11 olïrit de les transporter à Port Clarence, offre qui fut acceptée volontiers. L'oomiak glissa légèrement derrière le navire, et hommes, femmes, enfants, grimpèrent sur le pont avec une agilité de singes. Les matelots attachèrent alors un cable au grand bateau de peau, et le hissèrent à bord ; il résista à l'elïort comme s'il eut été en fer.

Les Esquimaux qui habitent la côte de Bering et les bords de rivière de la Péninsule Seward, changent souvent de quartiers pendant l'été. Ils s'occupent de prendre et de faire sécher le poisson qu'ils entassent dans des caches au bout de poteaux. Pendant cette saison très courte ils vivent sous la tente, font cuire leur nourriture sur de petits fourneaux de fonte que leur vendent les

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mineurs. En hiver ils se retirent dans leurs igloos, chambres chaudes enfouies à demi sous le sol, et dont la porte est si basse qu'il faut s'y glisser à quatre pattes pour entrer. Le long de la côte, les igloos sont construits en bois flottant, et durent des années ; il y en a (|ui servent aujourd'hui de road-houses aux blancs. J'ai eu le privilège peu enviable de passer deux jours et deux nuits dans l'une d'elles, pendant un blizzard, à Topluk, à mon premier voyage d'hiver à Council.

Dans les établissements plus considérable, outre les igloos qui sont les maisons particulières, il y a toujours un grand bâtiment sous terre, appelé kasim sorte d'hôtel de ville d'Esquimaux, où les hommes travaillent pendant le jour à faire des mukluks et des parkehs, à sculpter des curiosités en ivoire ou à tisser des paniers, et où toute la communauté passe les longues soirées d'hiver à chanter et à danser.

Les Esquimaux de Nome et des camps voisins, appartiennent à la branche Mahlamute du groupe, la plus avancée à l'ouest de toutes les tribus Américaines. Un simple regard sur ces indigènes suflit pour confondre toutes ces histoires absurdes de livres classiques, qui vous parlent d'Esquimaux rabougris. Ce sont au contraire des hommes d'un extérieur remarquable ; bien peu ont moins de cinq pieds et demi, et quelques-uns dépassent six pieds. Les femmes sont grandes aussi, mais l'habitude qu'elles ont de porter leurs enfants sur le dos leur donne une tournure qui n'est pas gracieuse.

Le nombre des indigènes autour de Nome s'augmente

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chaque été par l'arrivée des habitants des rochers de King-Island, et des indigènes des Iles Diomèdes, en face la côte de Sibérie. Le premier soin de ces étrangers quand ils abordent, est de retirer leur oomiak à l'abri de la houle ; ils les penchent sur un côté et les soutiennent avec les pelles. Cette manœuvre leur fournit un refuge assuré contre la pluie et les vents de la côte. Puis ils dressent leurs tentes, et se mettent immédiatement à sculpter l'ivoire. Les enfants, toujours nombreux, vont faire des gâteaux dans le sable, et jouer avec leurs poupées habillées de fourrures, oubliant complètement les hommes et les choses, jusqu'à l'apparition d'un kodak quelconque. A la vue d'un « Eastman » ils fuient comme des poulets devant un oiseau de proie.

Quand ils ne sont pas à travailler dans leurs hùtes sur la plage, les Mahlamutes et leurs hôtes, en habits malpropres et tète-nus, se promènent par groupes de quatre ou cinq, regardant les vitrines de magasins et mâchant de la gomme. Les costumes de ces étrangers étonnent celui qui les voit pour la première fois. Hommes et femmes s'habillent de la même manière, les femmes cependant sont un peu plus coquettes dans l'ornementation de leur parkeh. 11 ne faut pas longtemps aux blancs pour s'habituer aux curiosités de leurs costumes : mais le premier jour qu'on passe à Nome, c'est une nouveauté de voir des femmes se promener dans les rues avec les falbalas de Bryan O'Lynn. Les hommes se rasent le sommet de la tète, et ne lai.ssent qu'une couronne de cheveux autour du crâne. Est-ce pour être à

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Taise, ou pour un autre motif, je ne puis le dire? Ils ont toujours avec eux des curiosités en ivoire de toute sorte; c'est le résultat de leur travail. Quelques objets sont bien grossièrement sculptés, mais d'autres révèlent un dessin et une exécution vraiment artistiques.

II est étrange que ces artistes primitifs, qui certainement n'ont jamais reçu de ler-ons, puissent si bien observer les lois de la perspective, du raccourci et des ombres. Un indi,i:ène de Xome, Happy Jack, dessine sur des dents divoire des portraits vraiment nature; et — qualité rare chez un artiste, — il a 1 instinct commercial développé à un rare degré. Quand cet Esquimau vous demande cent dollars pour un de ses produit, il les veut réellement ; et quand une fois il a fixé le prix qui n'est pas toujours élevé, il est inutile d'essayer de le ramener à des sentiments plus raisonnables. Il est très honnête, et fait tout ce quil promet, mais il veut être bien payé. Malheureusement, les Esquimaux ont si tristement fait l'expérience de la malhonnêteté des blancs que leur candeur d'autrefois a disparu pour toujours. Ils sont maintenant toujours sur le qui-vive, et on peut à peine les en blâmer. Un touriste américain acheta à Xome une table à calculer en ivoire, taillée tout d'une pièce dans une dent de walrus, et merveilleu.sement sculptée. Le prix était de vingt dollars, et les conditions argent comptant : — une belle pièce d'or brillante. Quand le vendeur voulut acheter des provisions un peu plus tard dans la journée, il apprit qu'il n avait reçu qu'un morceau de cuivre poli. \'n autre blanc acheta

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des curiosités en ivoire à un indigène de Nome et lui donna pour paiement de Jjelles médailles. Des actes malhonnêtes comme ceux-ci et cent autres semblables, changent le caractère de lEsquimau, et tournent sa candeur naturelle en défiance. 11 apprend à connaître la dilTérence entre l'or et le cuivre, l'étain et l'argent : avant de finir son marché, il ne manque plus de mordre dans la pièce d'argent qu'il reçoit.

Les meilleures classes de mineurs blâment ces procédés envers les indigènes ; ils n'ont pour eux que des paroles d'éloge et de bonté. Il y a peu de marcheurs affamés, perdus sur la côte, ou à l'intérieur de la péninsule, qui n'ait, à un moment ou à l'autre dans ces cinq dernières années, éprouvé l'hospitalité d'un igloo d'Esquimau. Nous n'avons jamais entendu dire qu'un mineur se soit jamais vu refuser de la nourriture ou un bon feu par un indigène. Et comme les mineurs sont des gens reconnais^ sants, ils ne manquent jamais de manifester leurs sentiments, en disant du bien de l'Esquimau, l^armi les blancs, un des défenseurs de l'Esquimau habite à la vieille mission suédoise de Chinik, à (iolovin Bay. !1 s'appelle John Dexter, et c'est probablement le nom le plus connu et le plus respecté de l'Alaska du Nord- Ouest. Venu de la Nouvelle-Angleterre — de Boston, je crois — il a été, pendant près d'un quart de siècle, marchand de fourrures au service de la compagnie commerciale d'Alaska. Cet homme a dépensé deux fois sa fortune en secours de charité pour les indigènes. Sa femme est une Esquimau intelligente, (pi'il a instruite, et

qui s'est montrée digne de son mari. Au moment où j'écris ces lignes, elle est à San-Francisco, où elle surveille l'éducation de sa fille, qui a un remarquable talent artistique.

Doué d'une mémoire prodigieuse, Dexter lui-même, comme tous les vieux Alaskans, connaît parfaitement la science locale. C'est un homme instruit et un conteur incomparable ; les mineurs s'assemblent toujours dans sa maison hospitalière de Chinik, pour l'entendre raconter ses aventures sur les glaçons flottants, ou dans les blizzards sur la toundra. S'il pouvait écrire une histoire aussi bien qu'il sait en raconter une, cet intéressant Alaskan ouvrirait un champ nouveau dans la littérature. Je jouis de sa compagnie pendant deux jours, dans un voyage d'été sur les rivières Fish et Xeukluk, et il me donna beaucoup de détails sur sa vie mouvementée. Quand dans l'intérêt de la vérité historique, je lui demandai, avec tous les ménagements possibles, où l'imagination finissait et où la réalité commençait, il me déclara franchement qu'il pouvait ditlicilement me répondre. Quoique ne professant aucune religion particulière, cet homme de cœur a toujours été l'ami de nos missionnaires. Il a gardé le souvenir le plus agréable de beaucoup de Jésuites du Yukon, du P. Tosi en particulier, qu'il accompagna dans son excursion mémorable au nord de Kotzebue Sound. Il m'a donné beaucoup de détails intéressants sur le zèle de ce vieux missionnaire, qui avait alors plus de soixante ans.

Mais les hommes comme John Dexter sont l'exception.

Linfluence des blancs modifie sensiblement le caractère des Esquimaux, et pas pour les rendre meilleurs, du moins dans la Péninsule Se^va^d. Ces pauvres gens ont constamment sous les yeux les pernicieux exemples de la dégradation de beaucoup de mineurs, et du peu de scrupule des oisifs. Il est évident pour eux depuis longtemps déjà que l'or est le dieu de la plupart des mineurs Alaskans.

Pendant mon séjour à Nome, un mineur Suédois, travaillant à Anvil Creek, heurta un corps dur en creusant avec sa pelle. Il allait le rejeter, quand son poids excita sa curiosité. 11 se baissa et ramassa un lingot d'or, presque aussi gros qu'un pain, le plus gros qu'on ait jamais trouvé en Alaska. On l'apporta à Nome, où son poids fut estimé cent quatre-vingt-deux onces, et sa valeur fixée à trois mille deux cents dollars. On le mit alors en montre dans le bureau de la Compagnie des Pionniers mineurs : et les visiteurs vinrent par centaines adorer lidole sur son piédestal. Le gros lingot d'or fut le sujet de la conversation pendant une semaine. Des félicitations furent prodiguées à l'heureux Suédois qui lavait découvert, et l'on témoigna peu de sympathie à celui (jui avait vendu la propriété pour une chanson. Les pauvres Esquimaux ignorants qui étaient présents, regardaient avec étonnement toute celte agitation à propos d'un morceau de métal jaune. Faut-il s'étonner ensuite s'ils se demandent : a Les Blancs deviennent-ils fous? »

Il est inutile de s'inquiéter de savoir ce que seraient les résultats, si le naturel Alaskan venait à comprendre

les ressources cachées dans ces monceaux de poussière jaune. Cependant, les semences de Christianisme simplantent dans ces tribus. Au chapitre suivant je parlerais du travail opéré par les Pères Jésuites, et par les Sœurs de Sainte-Anne, dont l'héroïsme est devenue proverbial en Alaska.

8Dak(' l{iver à Nome.

Ks<|ijiiiiaii\ vendant des curiosités à Noine.

Jeune lille llsquiiiiau eo parkeli d'hiver.

eiIAPlïHE XIV

La Religion en Alaska.

Le travail des Missionnaires et ses résultats.

Avant larrivée des Russes, aucune forme de Christianisme n'avait pénétré dans ces régions désolées du nord. Le shamanisme, ou sorcellerie, avec toutes ses abominations, avait jeté son ombre épaisse sur les Esquimaux, et autant qu'on peut le savoir, également sur les trois autres tribus. Les indigènes ont une ferme croyance dans l'existence des bons et des mauvais esprits, et ils pratiquent des incantations pour se rendre propices les uns et écarter l'influence des autres. Cependant, la religion de l'Esquimau indigène, est une religion de crainte plutôt que d'amour. Sentant qu'il n'a pas de raison de redouter les bons esprits, puisqu'ils son bons, toute son attention vise à s'attirer la faveur des mauvais. Un exemple de leurs méthodes de guérison sulTira. Après avoir chanté et dansé autour d'un malade Esquimau, un shamaii applique les lèvres sur la partie du corps du malade où il soulïre le plus; puis, il rejette de sa bouche une épine, une punaise, un caillou, qu'il y tenait à dessein, et persuade au malade que c'était la cause de son indisposition.

226 A TUAVEIIS L AMÉRIQUE

L'influence de ces émissaires de Satan est encore prépondérante chez les populations indigènes, le long de la côte de Bering. Quand les Sœurs de la Providence meublèrent leur hôpital de Nome, elles établirent une salle à part dans un bâtiment adjacent, exclusivement pour les Esquimaux. Cette précaution était nécessaire, car aucun blanc ne voudrait vivre dans la même chambre quun Esquimau, et respirer l'odeur d'huile de phoque qui s'exhale de son corps. Peu après l'ouverture de l'établissement, la salle était remplie d'indigènes, dont plusieurs atteints de pneumonie, et l'un en particulier en danger de mort. La surprise des Sœurs fut grande, quand, en pénétrant dans la salle, elles la trouvèrent vide. Elles apprirent plus tard qu'un shaman était entré durant la nuit, et avait menacé les malades de la vengeance des mauvais esprits, s'ils ne quittaient pas la place ; ils obéirent aussitôt. Cependant, les relations des indigènes avec les blancs, et le complet mépris que les mineurs témoignent au shaman, rendent beaucoup d'Esquimaux sceptiques à leur endroit.

Parmi les Mahlamutes de la Péninsule Seward, j'ai constaté très peu d'efïets du shamanisme, mais je sais (|ue ces .sorciers donnent aux enfants, des charmes en ivoire ou en morceaux de peau, curieusement travaillés, et qui se portent autour du cou. J'ai vu à une vitrine de Nome, le fond de commerce d'un shaman professionnel, (|ui avait abandonné son métier après sa conversion à une secte protestante. C'était un mélange de toute sorte (|ui ("tait an service de cet instrument de ténèbres pour

DE TERRE-NEUVE A l'aLASKA 227

pratiquer sa sorcellerie : des ailes d'oiseaux, des masques, des lanières de waleurs, des bibelots en ivoire et en os.

Les Esquimaux craignent la mort d'une manière étonnante ; ils ont peur du cadavre d'un homme. Quand il n'y a pas espoir de guérison, les parents et les amis abandonnent un malade, ou ils le veillent stupidement, jusqu'à ce que la mort vienne soulager la misère du patient; puis, ils quittent l'igloo et n'y retournent plus, laissant à d'autres mains le soin du cadavre jusqu'à ce qu'il soit reconduit à sa dernière demeure.

Une scène pathétique se passa, devant moi, sur la côte de Kotzebue-Sound. Un Esquimau se mourait de pneumonie à Keewalik ; je le trouvai étendu sur une peau d'ours dans son igloo, et brûlé par la fièvre. Sa femme et quatre enfants étaient assis à côté de lui, silencieux, immobiles, incapables de lui porter secours. Je lui administrai de la quinine en secret, car les mineurs m'avaient prévenu de ne pas lui donner de médecine en présence des parents, parce qu'ils ne manqueraient pas de m'attribuer sa mort et je m'attirerais quantité de désagréments avec eux. Cependant, l'indigène mourut quelques heures plus tard, et la famille abandonna l'igloo, laissant tout derrière elle. Le malheur de ces petits enfants, qui paraissaient comprendre tout ce qu'ils avaient perdu, fut un des plus tristes spectacles dont j'aie jamais été témoin. De grosses larmes roulaient le long de leurs joues, et ils sanglotaient comme si leur petit cœur allait se briser. Même les chasseurs doi* endurcis, qui se trou-

valent là étaient touchés, et chez quelques-uns. on voyait quelque chose d'humide qui roulait sous leurs paupières.

Les mineurs construisirent un cercueil grossier avec des planches et de la toile. Quand le moment arriva de porter le corps à sa dernière demeure, les porteurs, appartenant à quatre nations ditïérentes — un Portugais, un Danois, un Italien, et un Autrichien — s'avancèrent pour remplir la mission, nous donnant ainsi un exemple de ce sentiment de la Nature qui voit des frères dans toute l'humanité. La bière fut élevée sur quatre poteaux, à six pieds au-dessus du sol, puis, le couteau de chasse du mort et son fusil furent suspendus le long. Mais, — chose triste à dire pour les blancs, — les amis de l'Esquimau brisèrent la détente du fusil avant de le suspendre au poteau : ils savaient par expérience que l'arme serait volée par les blancs, si elle avait quelque valeur.

La première tentative sérieuse pour christianiser les tribus Alaskanes se Ht en 1704. lorsque la Compagnie de fourrures Russo-Américaine introduisit formellement l'Eglise Orthodoxe. Shelikof, l'organisateur, avait fait les démarches préliminaires à Kadiak, quelques années auparavant. En 1787, il avait demandé aux Synode Russe d'envoyer des missionnaires pour convertir les Aléoutiens, promettant que sa compagnie ferait les frais du du transport et de l'entretien des envoyés. Par un ukase spécial, daté de juin 1703, l'impératrice Catherine II, ordonna au Métropolite de Moscou, de choisir les meilleurs éléments pour une telle mission, et, l'automne suivant, l'Archimandrite Ivassof, avec sept

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membres du clergé Russe et deux laïques, quitta Saint- Pétersbourg pour Okhotsk, d'où ils firent voile pour Kadiak. Cette grande île était alors le quartier général de la Compagnie : c'est de là que les moines se répandirent dans les dilïérentes directions, sous la protection des chasseurs de fourrures.

L'archimandrite Makar, se rendit à Unalaska, et se mit à baptiser tous les naturels qu'il rencontra. Un autre, Juvenal, remplit les mêmes fonctions prés des indigènes de l'île de Kadiak et le long de Cooks' Inlet. Ce moine fut massacré, deux ans plus tard, pour avoir essayé d'abolir la polygamie. C'était un homme d'énergie, à ce qu'il semble, qui fit plus pour répandre les doctrines Russes, que tous ses compagnons. Les autres membres de la mission étaient moins actifs, et bornèrent leurs travaux au voisinage de Kadiak. En 1797, l'Archimandrite Ivassof reçut l'ordre de revenir à Irkoutsk pour être promu à l'épiscopat. En rentrant en Alaska, il périt sur mer avec deux de ses prêtres. Cette catastrophe retarda la christianisation des Aléoutiens ; et l'œuvre resta en suspens jusqu'à l'arrivée de Baranof , qui demanda un prêtre pour Sitka. En ISiG, le moine Sobolof arriva dans l'Alaska du Sud-Est ; ce fut, selon toute apparence, le premier missionnaire Russo-Grec, qui travailla chez les Thlinkets.

Au renouvellement de la charte de la Compagnie, on insista sur la clause relative aux missions. En 1823, Venimianof, le membre le plus distingué du clergé russe en Alaska entra en scène. Il fut l'instrument qui servit à répandre 1^^. christianisation sur une vaste étendue de

pays : il visita non seulement les îles Aléoutiennes, mais toute la côte du continent, depuis Bristol Bay jusqu'au delta de Kuskokwim.

Venimianof était un homme d'un talent extraordinaire. Il apprit les langues aléoutiennes et Thlioket, traduisit les passages du Nouveau Testament, composa un catéchisme et un livre d hymnes ; puis, comme nous l'avons dit au chapitré précédent, commença des recherches sérieuses sur les traditions, les croyances et les superstitions des indigènes du groupe Aléoutien. Quand 1" Alaska fut détaché du siège épiscopal de Irkoutsk, Venimianof devint évéque de Sitka, sous le nom dinnocent. Là, il se consacra, avec le plus grand zèle, à la conversion des Thlinkets. Il établit un séminaire pour la formation des indigènes et des demi-sangs au sacerdoce russe, institution qui fut maintenu pendant beaucoup dannées. Venimianof fut ensuite rappelé en Russie, et mourut à Moscou, où il était Primat de l'église orthodoxe (1).

Après un siècle de labeur et des dépenses folles, l'Eglise russe n'avait, selon toute apparence, fait que peu d'impression sur les indigènes d^ l'Alaska. En 1860, le saint Synode, la plus haute autorité ecclésiastique de l'empire, estimait le nombre des chrétiens à onze mille.

(1, On peut bien rappeler ici que l'Kglise russe est un rejeton de l'Eglise grecque (schismatique) qui se sépara la preniicre de l'unité catholique au ix« siècle ; et qui, apr^s bien des tentatives de nouvelle union qui n'eurent qu'un succès teinporairc, renonça délinitivenient à reconnaître le Pape comme chef suprême au xV siècle. L'Hulise catholique les regarde toutes les deux, la mère et la fille, couime iiérétiques et schismatiques, mais admet la validité de leurs ordres et de leurs sacrements.

DE TERRE-NEUVE A l' ALASKA 231

C'est un chilïre notablement exagéré. Mais, malgré tout, l'Eglise russe eut des jours glorieux en Alaska, et il fut un temps, où son action militaire et son action religieuse combinées, s'exercèrent avec une splendeur presque impériale. Il y a vingt ans à peine, un fonctionnaire des Etats-lnis décrivait ainsi la cathédrale russe de Sitka : <( Elle a presque la forme d'une croix, et est encore bien conservée. L'intérieur montre des preuves <le richesse et de goût. On voit sur les murs des peintures rares et non sans valeur. Une belle représentation de la xMadone m'a frappé particulièrement. Les décors de l'autel sont riches et les sculptures appréciables. On y trouve des ornements en argent qui ont de la valeur, et le service de l'église est luxueux. Les vêtements sacerdotaux sont d'une étoffe épaisse du plus beau lissu et brochés en or, avec goût. Quand Sitka était à l'apogée de sa gloire, le sanctuaire de la cathédrale était garni d'olïiciers de l'armée et de la marine, et de quelques membres de la haute aristocratie de la Russie, mais, maintenant, la tristesse générale envahit l'église comme la ville entière. »

Peu après l'achat de la colonie par les Etats-Unis, le siège épiscopal fut transfère de Sitka à San Francisco, et c'en fut fait des jours heureux de l'Eglise russe en Alaska. 11 y a encore quelques prêtres russes qui missionnent ici et là, sur la cote du Pacifique Nord, sur la mer de Bering, et sur le fleuve VuUon, mais leur influence est peu appréciable, excepté dans ces petites missions où l'on conserve des écoles. Le gouvernement impérial.

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ma-t-on dit, alloue quatre-viDgts mille dollars par an, pour l'entretien du clergé en Alaska et le maintien des écoles russes. Ce dernier n'est pas sans contrarier les Américains qui regrettent les efforts des Russes pour empêcher les indigènes d'apprendre une autre langue que la leur. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi les Russes agissent ainsi; c'est que la langue russe est cause de l'attachement que les indigènes témoignent encore à la religion de leurs ancêtres.

Plusieurs sectes protestantes, en particulier les Moraviens, les Presbytériens, les Evangéliques suédois, les Congrégationalistes et les Episcopaliens, sont établies en différentes parties de l'Alaska. Ce sont les Presbytériens qui semblent y avoir le plus de succès : ils arrivèrent en 1878. Le premier gouverneur de l'Alaska, Jean B. Brady, fut longtemps missionnaire presbytérien. Sheldon Jackson, autre missionnaire presbytérien, est le directeur de l'éducation sur tout le territoire.

L'Eglise Catholique romaine s'est introduite tout tranquillement en 1872. François Mercier, agent principal de la Compagnie commerciale d'Alaska, s'alarma des menaces constantes des indigènes qui habitaient le long du Yukon et du Tanana, et il suggéra à sa compagnie l'idée de faire des démarches, pour introduire les missionnaires catholiques. Le succès de l'Eglise dans les autres pays, l'influence civilisatrice qu'elle exerce sur tribus .sauvages, furent les motifs qui le déterminèrent ; il invita les Pères Oblats à se mettre au travail. A l'automne 1871, Mgr Clut, du district Alhabasca-Mac-

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kensie, traversa les montagnes, avec deux compagnons, le Père Lecorre et un interprète indien, nommé Silvain ; ils passèrent l'hiver au fort Yukon. Au printemps suivant, ils descendirent la rivière jusquà Xeulukoyit, où ils rencontrèrent un grand nombre d'indigènes des districts de ïanana et de Koyukuk. Puis, ils continuèrent à descendre le Yukon, instruisant les Tinnehs et les Esquimaux, et baptisant leurs enfants. Malgré l'opposition montrée par les shamanset les indigènes russes, les Oblats considérèrent l'avenir sous des couleurs si brillantes, qu'ils établirent des stations sur le Yukon.

Après une année d'exploration, Mgr Clut retourna dans sa mission, laissant le Père Lecorre en résidence à Saint-Michel, à l'embouchure du fleuve. Le missionnaire y resta jusqu'en 1874, où il apprit que la juridiction spirituelle du territoire Alaskan était confiée à Tévêque de Victoria. Ce prélat était le saint évèque Seghers, qui devait mourir de manière tragique.

En juillet 1877, Mgr Seghers, avec un compagnon, le Père Mandart, fit un premier voyage à Saint-Michel, puis, s'avança jusqu'à Xulato, où il se détermina à faire un séjour prolongé. Pendant le long hiver 1877-78, l'évêque remonta et descendit le Yukon, et visita la plupart des villages indigènes. 11 lit trois expéditions dans le Koyukuk, qui lui valurent des privations de toutes sortes. En quittant Nulato pour Victoria, il promit aux Ten'as de re|,ourner l'année suivante, et d'établir des missions. C'est à ce moment qu'il fut nommé au siège de Portland, circonstance qui l'cnipécha de tenir sa promesse.

Cependant, cette première visite épiscopale produisit des résultats immédiats dans les autres parties du territoire. En 1878, le Père Althoff alla se fixer à Wrangell, dans l'Alaska du Sud-Est ; de là, il visita tout le pays de Cassiar et la cote, où est le seul établissement des Sitka, Tancienne capitale russe. Il se rendit à Juneau, et en vit les débuts en 1885; c'est alors qu'il fut rejoint par le Père Heynen, qui vint laider dans ses travaux de Sitka. Ces deux prêtres zélés, qui furent les pionniers de l'Eglise dans l'archipel alaskan, connurent cet isolement complet qui accompagnent les débuts d'une fondation de mission : ils prêchèrent l'évangile aux Thlinket comme aux Blancs, jusqu'à ce que le décret de la Propagande, en 1886, éleva l'Alaska à la dignité de Préfecture apostolique et le passa à un ordre religieux.

En 1883, xMgr Seghers se rendit à Rome, assura son retour au siège de Victoria et reprit son plan, si longtemps retardé, de la conversion des indigènes alaskans. Il invita la Compagnie de Jésus à partager le travail avec lui; et, en juillet 1886, il partit pour le quartier général du Yukon, accompagné de deux Jésuites, les Pères Pascal Tosi et Louis Robaut, et un domesti(iue, nommé Fuller. La petite troupe eut beaucoup à souiïrir, et fut exposée à beaucoup de périls, en traversant la Passe de Chilcoot et en descendant ces eaux bouillantes qui virent tant de catastrophes, douze ans plus tard, lors des découvertes du Klondike.

En atteignant l'embouchure de la rivière Stewart, à quatre-vingt ou quatre-vingt dix milles au sud de

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Dawson, les Jésuites établirent leur camp pour l'hiver, afin d'évangéliser les Thlinkets, pendant que le prélat et Fuller continueraient à descendre le Yukon. L'archevêque Seghers était impatient d'arriver à Nulato pour tenir la promesse qu'il avait faite aux Ten'as, six ans auparavant. Les deux voyageurs rencontrèrent beaucoup de dilïicultés dans le voyage, à cause des masses de glact'S flottantes, et ils arrivèrent à Nulato, presque épuisés, après onze cent milles de parcours. En chemin, Fuller montra des symptômes de folie, devenant morose et parfois traitant l'archevêque avec la plus grande insolence. Le prélat se décida à se fixer à Yessetlatoh, près de l'embouchure du Koyukuk, en attendant le Yukon à geler, et il s'établit dans une cabane de pêcheurs abandonnée. Le 25 novembre au matin, Fuller éveilla l'évêque, et, pendant que ce dernier était sur son séant, le malheureux, dans un accès de folie, lui donna un coup de fusil et l'atteignit au cœur. La mort fut instantanée. Les restes du malheureux archevêque furent amenés à Saint- Michel, où, deux ans plus tard, ils furent transférés à la crypte de la cathédrale de Victoria. L'assassin fut condamné à la prison pour de longues années, sa folie lui épargna l'échafaud.

Cette tragédie fut l'ouverture de la mission de l'Alaska du Nord. Elle fut ainsi arrosée du sang de celui qui doit être considéré comme son fondateur — fait (jui est le gage le plus sûr de son futur succès.

Au dégel du printemps 1887, les Pères Jésuites Tosi et Uobaut, ne trouvant pas l'occasion favorable pour

commencer leur mission sur le Yukon supérieur, partirent pour rejoindre l'archevêque Seghers. Quand ils arrivèrent à Nulato, ils eurent la douleur d'apprendre ce qui s'était passé au mois de novembre précédent.

L'œuvre de l'Alaska du Nord reposait donc entièrement sur ces deux Jésuites, qui, remplis du zèle dont Tarchevèque assassiné leur avait donné lexemple, commencèrent leurs voyages vers l'ouest, le long du Yukon et de ses affluents. Ils allaient de village en village, et, avec leur connaissance limitée de la langue, expliquaient aux indigènes, du mieux qu'ils pouvaient, la raison de leur arrivée parmi eux. Les établissements de la vallée du grand fleuve présentaient le terrain le plus favorable à leur zèle de missionnaires, et. pendant que le Père Tosi retournait aux Etats-Unis pour donner des détails sur la triste fin de larchevêque Seghers, le Père Hobaut se décidait à exécuter les intentions du prélat, et établissait une mission à Anvik, chez les Tenas. L'année suivante, il se fixait définitivement à Koserefsky et commençait à évangéliser les E.squimaux et les Ten'as. Ainsi s'établit la mission de Holy Cross, qui est devenue le centre de laction des Jésuites à l'intérieur. Cette mission est fixée sur la rive ouest du Yukon, à environ quatre cent milles de la côte de Bering, sur une bande de terre unie, entourée de montagnes à lest et au nord. Plusieurs grands édifices en planches, forment l'habitation des missionnaires et de leurs aides. 11 y a des dépendances, des dortoirs et des ateliers où les jeunes indigènes Esquimaux et Ten'as sont formés au travail,

SOUS la direction de Frères Jésuites, qui leur apprennent le jardinage, la manière d'employer le bois et les métaux de toutes sortes.

Les filles, recueillies dans les villages le long du Yukon, sont sous la garde des Sœurs de Sainte- Anne. Ces femmes dévouées, dont la maison-mère est à Lachine, près de Montréal, arrivére en Alaska en 1888. Ce sont les pionniers du Nord ; par leur zèle et leur abnégation, elles ont lait de la mission de Holy Cross, l'établissement le plus remarquable du Yukon, à l'ouest de Da>vson. Elles ont constamment sous leur garde quarante ou cinquante petites Esquimaux ou Tenas, auxquelles elles apprennent à faire la cuisine, à tricoter, ou à coudre. Elles les instruisent de la foi catholique, tâche qu'elles trouvent bien douce et facile : car ces enfants, quoique douées de peu d'avantages extérieurs ont l'intelligence prompte et la mémoire bonne. Leur talent pour la musique, leurs voix douces, cultivées sous la direction des Sœurs, ont plus d'une fois, dans les seize dernières années, surpris les touristes et les mineurs qui montent et descendent le Yukon.

Les Sœurs de Sainte-Anne, qui font tant pour l'Eglise, dans ce pays lointain, méritent bien une page dans les annales d'Alaska. Déjà, l'une d'elles. Sœur Marie Angilbert, est allée recevoir la récompense de son généreux dévouement. Elle repose dans le petit cimetière, au flanc de la colline, à l'ombre de la grande croix, qui a donné son nom à la mission.

Le voyageur bien connu, Henri de Windt, qui a visité

Sainte-Croix, en se rendant en Sibérie, en J897, lui a consacré une page émue dans son ouvrage, Â frarers rÂlasha jusfju'au délroit de BeritKj. « Le souvenir le plus agréable, écrit-il, que je garde du triste voyage de Circle City à Saint-Michel, est la mission catholique de Sainte-Croix, à Koserefsky, qui est agréablement située dans une vallée formée par l'ondulation de petites collines. Le vapeur y séjourna quelques heures, qui me permirent de visiter la la mission. Celle-ci se compose de plusieurs jolis bâtiments comprenant la maison d'habitation des Sœurs, le presbytère, la chapelle, l'école, et le jardin potager... C'est là que j'ai vu le premier et le dernier jardin à fleurs que j'aie aperçu en Alaska. Il était touchant devoir le soin prodigué aux fleurs — êtres inanimés sans doute, — mais qui donnent de l'éclat et de la chaleur à cette triste solitude... Au bout du jardin se dressait une statue de la Vierge, cachée dans une petite chapelle de branches de pins, pendant qu'une grande croix blanche, près de la mission, marquait le lieu de repos d'une pauvre Sœur qui venait de mourir, quelques jours avant notre arrivée. Le climat de Koserefsky est bien dur, et on a eu à déplorer bien des morts, quoique la mission ne date que de dix ans. Avant de partir, je visitai les écoles, modèles de propreté, où vingt ou trente enfants des deux sexes, s'occupent activement. Il y régnait un air de paix et de tranquillité, si différent de la malpropreté des des établissements qu'on rencontre sur le fleuve, qu'on aurait pu se croire dans un village paisible de la France si lointaine... ><

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Il y a une demi-douzaine de Sœurs de Sainte-Anne dans la mission du Yukon. Elles font beaucoup de bien parmi ces jeunes Ten'as et Esquimaux, et rivalisent, dans une sphère et des conditions dilîérentes, avec les Sœurs de la Providence, dont j'ai raconté plus haut les travaux chez les mineurs de la Péninsule Seward.

L'œuvre des missionnaires Jésuites chez les indigènes de l'Alaska du Xord-Est comprend maintenant deux missions florissantes, Koserefsky et Nulato, sur le Yukon, Akularak, dans le delta, et une quatrième sur le Kuskokwim. D'autres sont installées dans les établissements plus peuplés, qui sont visités régulièrement en dépit des distances elïrayantes et des rigueurs du climat. On ne saurait croire les fatigues endurées en ces dernières années, par les Pères Jésuites Tosi, Treca, Robaut, René, Crimont, Jette, Chivassa, Ragaru, Monroe, Judge, Barnum, Luchesi. Lafortune, Camille, et une douzaine d'autres ; et ces fatigues sont les mêmes aujourd'hui pour jeter i la semence de la Foi, dans les esprits et les cœurs de ces tribus qui vivent le long du Yukon et de ses affluents.

Le froid et l'isolement des hivers d'Alaska n'effraient pas ces hommes de bien qui donnent leur vie à leur (puvre; leurs souffrances et leurs épreuves personnelles ne comptent pour rien quand il y a des âmes à sauver. Il est admirable de lire dans leurs lettres — missives confidentielles, nullement destinées à la publicité — les sentiments de résignation, de zèle, pour les gloires du divin Maître, de confiance dans la Providence, qui nourri! les oiseaux et revêt les lis. Même dans leur exil

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au milieu des tribus alaskanes, ils ont des consolalions qu'ignore le monde extérieur. La facilité des enfants à accepter la Foi, leur piété après la conversion, sont des récompenses sufïisantes pour des hommes qui ont renoncé au bien-être de la civilisation, Ces missionnaires ne cherchent pas de récompense en cette vie ; et les sacrifices qu'ils font, sont le plus sûr garant de l'avenir de la religion au milieu des indigènes de l'Alaska..

Il me reste maintenant à dire ce que fait l'Eglise pour les Blancs sur cette terre lointaine. De ces milliers d'individus qui viennent en Alaska chaque printemps, le plus grand nombre est catholique. C'est à l'invasion de 1900, que l'Eglise commença à s'occuper de leurs intérêts spirituels. Dès le mois d'août de l'année précédente, le Père René, de la Compagnie de Jésus, alors Préfet apostolique d'Alaska, se rendit au camp de Nome, et promit d'envoyer des secours spirituels. Un mois plus tard, le Père Treca, missionnaire Jésuite résidant à l'embouchure du Vukon, visita Xome, dit la messe aux mineurs, et leur procura les autres bienfaits de son ministère. L'hiver suivante, il essaya de rendre une seconde visite au camp, mais avant d'atteindre Unaliklik, le dévoué missionnaire faillit périr dans un blizzard. 11 eut le visage et les pieds gelés, et sa vie resta en danger pendant bien longtemps.

Au mois de juillet 1901, le premier prêtre résident, le Père Jacquet, de la Compagnie de Jésus, fut envoyé de Californie à Xome. Il commença la construction d'une église qui fut aciievêe à lautomne. L'édifice est grand et

Tombes d'Esquimaux sur la côte de la Mer Artique.

lodigène esquimau daus son i<aiak.

L Q iglcMj d'Esquimaux.

l'otcaux d'einbk'ines en Alaska.

bien construit ; c'est l'église la plus à l'ouest de l'hémisphère occidental. La croix, qui surmonte^le clocher, est le plus haut point de Nome. Elle est éclairée à l'électricité, et est visible à la distance de vingt milles • elle sert de phare pour les voyageurs perdus dans les terres et pour les navires en mer. En été ce signal n'est pas nécessaire, puisque le jour ne baisse pas pendant plusieurs mois. Mais, à l'approche de l'automne, quand les ténèbres commencent, c'est un spectacle singulièrement pittoresque et inspirant, de voir cette croix brillante, se dresser claire et distincte, et sans soutien apparent, dans le ciel sombre. Les Esquimaux l'appellent : « l'étoile des blancs. » Pendant les longues nuits d'hiver, elle sert de point de ralliement, et a permis de sauver la vie de plus d'un mineur qui, en se rendant au camp, avait perdu son chemin sur la toundra. Le rôle que joue cette croix sur la côte de Bering est si important, que les échevins de Nome ont décidé, quand je quittai la ville, de subvenir à la dépense de l'éclairage, pendant la saison des ténèbres.

Par suite de ses efïoris dans les prepiers mois de son ministère, la santé du Père Jacquet devint compromise, et il fut remplacé par deux de ses Frères, les Pères Van der Pol et Camille. Ces deux prêtres souffrirent pendant toute l'année les privations inhérentes à la vie de missionnaire, et firent des elïorts héroïques, pour le soulagement spirituel des mineurs de l'Alaska, ils furent remplacés parle Père Cataldo, dont j'ai déjà parlé, et par l'auteur de ces pages.

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Le ministère du prêtre catholique à Nome et dans les camps voisins, diffère peu de celui des autres centres. Mais les mineurs sont si terriblement absorbés dans leur travail après la recherche de la fortune, qu'ils sont bien peu préparés aux appels faits aux intérêts de leurs âmes. L'Alaska n'est pour eux qu'une halte temporaire, où ils veulent passer juste assez de temps pour remplir leur bourse — et c'est tout. Les autres considérations, même spirituelles, sont secondaires. Des douzaines de mineurs vous avouent franchement, quand vous les voyez de près, que leurs convictions religieuses ne supportent pas l'examen, et leur pratique vérifie à la lettre cette déclaration. Ils admettent eux-mêmes que c'est le résultat de leur éducation dans les écoles publiques, tant vantées des Etats-Unis. On entend beaucoup parler des pertes que subit l'Eglise dans la République voisine, et du nombre presque incroyable d'hommes qui ont perdu la Foi. J'avoue que je ne m'attendais pas à rencontrer des preuves si solides de ce fait, pendant mes deux ans de séjour en Alaska. Presque tous sont vievictimes du démon de l'indillérence. J'ai rencontré un assez grand nombre de catholiques fervents dans les centres miniers que j'ai visités; j'en ai trouvé d'autres, qui gardent cachée dans les replis de leur conscience, cette Foi dont ils ont appris les enseignements sur les genoux de leur mère. S'ils ne sont pas surpris, probablement ils appelleront le prêtre à leur lit de mort ; mais ils ont trop peur de le déranger, quand ils sont en bonne santé. Hien entendu, il y a des circonstances atté-

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nuantos. Les trois quarts des catholiques de lAlaska du Nord-Ouest sont des travailleurs à la journée, et la saison de mine dure moins de cinq mois sur douze. Les patrons exigent tous les instants de leurs ouvriers, la nuit comme le jour, le dimanche comme les jours sur semaine. C'est l'excuse universelle de l'apathie de nos gens; et c'est en effet la meilleure excuse qu'ils puissent fournir. Ils sont tellement absorbés par leur travail, qu'il y a peu de moyens de les atteindre : c'est pour cela que nos visites aux camps ne produisent pas plus d'efïet. Mais les mineurs ont le cœur grand, et le (( pilote du ciel » est toujours bien reçu chez eux. 11 est traité princièrement, et écouté avec respect. Les protestants assistent à la messe aussi bien que les catholiques ; mais là finit le programme. Il n'y a pas de temps pour aucune sorte d'instruction. Les autres intérêts sont plus pressants que les intérêts des âmes ; et il est très probable que pendant que le prédicateur leur parle des trésors (jui ne rouillent pas, et que les mites ne peuvent ronger, ils pensent à l'exiguité de leui- gain, et calculent la valeur de leur prochain Inrfujc d'or.

Voilà ce que j'ai constaté à Kotzebue Sound comme à Council. Au début de l'été 11104, je fis une seconde visite à ce dernier camp pour exécuter un jjrojet ({ue j'avais en vue, celui de construire une petite église et une maison en planches. A ina visite de l'hiver précédent, les fondations avaient été creusées ; et la promesse d'un secours généreux me poussait à compléter l'ouvrage commencé, aussi tôt que possible. J'avais

mémo l'espérance d'entrer dans l'église avant le commencement de l'hiver. Des amis de New- York m'avaient envoyé un orgue et tout l'ornementation d'un autel; mais il me fallait une église pour les installer. Malheureusement, les ouvriers habiles me coûtaient dix dollars par jour, et le bois de charpente me revenait à cent vingt dollars les mille pieds : des prix si élevés me contraignaient à (( me hâter lentement. »

Cependant, on ne gagnait rien à attendre, et je me mis décidément à l'ouvrage. Council était à soixante dix milles de la côte, la foret était assez épaisse et les arbres assez gros pour construire : je n'avais qu'à trouver le moyen de les couper et de les transporter au camp. Dix ou quinze mineurs robustes, parmi lesquels on comptait autant de protestants que de catholiques, — il y avait même un Grec parmi eux, — prirent leur hache juste avant l'arrivée des terribles blizzards, et s'en allèrent abattre des arbres sur les bords de la Neukluk. à cinq milles de Council. C'était comme un écho des chantiers canadiens : on entendait les joyeuses acclamations des bûcherons, en voyant tomber les grands arbres «[ui craquaient. Mais, même pendant (|u"on coupait les arbres, nous ne pûmes oublier que nous étions en Alaska. Un jour, pendant notre dîner, un cortège d'Esquimaux, traîné par des rennes, passa à côté de nous, suivant le chemin d'hiver pour se rendre à la côte.

11 s'agissait maintenant de faire sortir ce bois de la forêt. Plusieurs chevaux avaient été mis gracieusement

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à ma disposition; mais, à cause de la profondeur anormale de la neige, ces animaux étaient insufïisants. Il fallut donc recourir aux équipages de chiens ; et, dans (luelques jours, les bois de l'église furent traînés sur le chemin principal, jusqu'à la rivière Neukluk. C'est alors que nous fûmes surpris par la plus fameuse tempête qui ait sévi à Council, et qui nous réduisit à une inactivité presque indéfinie. La neige tombait épaisse et sans répit ; les vents la poussaient sur nos cabanes de bois et elle les recouvrait peu à peu comme du sable mouvant. Quelques unes même, disparaissaient complètement, ne laissant de visible que le tuyau du poêle. Pendant cette rude saison, nous eûmes peu de temps pour songer à la construction de l'église; nous étions trop occupés à creuser pour nous débarrasser de la neige. Au bout de six semaines vint un répit, et les mineurs se mirent à haler les bois, à les couper et à construire. L'église fut élevée jusqu'à la toiture, mais la maison annexe fut achevée, et je pus entrer dans mon habitation. C'est là que je passai le reste de l'hiver dans ma solitude égayée par les lettres ; c'est dans cette délicieuse prison, que je compilai la plupart des notes insérées dans ce volume. Quehiues livres que je m'étais procuré à l'automne précédent, la correspondance des missionnaires du Yukon, me fournirent beaucoup de renseignements sur l'Alaska; je me suis efforcé de les livrer à mes lecteurs, surtout sur les indigènes et les efforts faits pour leur procurer le bienfait instimables de la Foi chrétienne.

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La plus vive impression qui me reste de mon contact avec les naturels de l'Alaska, cest qu'il offre un champ immense au zèle du missionnaire dans la population arhorigène du pays, si l'on peut trouver des hommes et des ressources pour y travailler. Les Alaskans sont intelligents et désireux de s'instruire. Par malheur, ni les hommes ni les ressources, ne semblent se présenter aussi abondamment que l'exigeraient les circonstances. Il y a beaucoup d'àmes à attendre en Alaska : non seulement celles des centaines de mineurs qui ne songent pas et ne cherchent pas la seule vraie richesse, mais aussi des âmes de milliers d'indigènes qui ont faim des paroles de vie, et il n'y a personne pour les leur distribuer.

Des milliers d'indigènes, non seulement dans la Péninsule Seward, mais sur le reste du territoire, n'ont jamais entendu parler de Dieu, et ils deviendraient des chrétiens édifiants, comme le passé le montre, s'il y avait des missionnaires pour consacrer quelques années de vie à leur conversion. C'est la volonté du Maître que les hommes atteignent le ciel par le ministère de leurs semblables ; et cependant l'Alaska, malgré ses cinq cent soixante dix sept milles carrés, a moins de vingt missionnaires Jésuites au travail, quand il y a de l'ouvrage pour un nombre dix fois plus élevé. N'y a-t-il pas beaucoup de jeunes hommes, dans les collèges et les séminaires des Etats-Unis et du Canada, qui négligent d'écouter la voix silencieuse, les appelant au noble ministère des Ames ? Et pour cette négligence, quelle réponse feront-ils à Dieu au jour du jugement?

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