‹ Á travers l'Empire britanniqueChapitre 126 sur 145 · LES INTERVIEWS · texte numérisé non relu

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enrichi tés connaissances géographiques, semble se tirer d'affaire à merveille, et, à en juger par le mien, les télégrammes qui passent par ses mains arrivent à destination. En Europe les employés de cette branche du service public commencent par étudier la géographie, après quoi ils passent au télégraphe. Ici c'est l'inverse, et l'Amérique s'en trouve bien.

Autre exemple. Dans une grande ville, un très jeune homme, sans se faire annoncer, pénètre chez moi. Il se présente comme un des rédacteurs d'un des grands journaux et me demande une entrevue pour madresser un petit nombre de questions. En voici quelques-unes. Je cite textuellement. « Quelles sont les lois de succession dans le duché de Brunswick? Depuis quand Brunswick fait-il partie du royaume allemand? Quelles sont les relations des princes allemands entre eux? Quelles étaient-elles avant la formation du nouvel empire? Veuillez aussi me donner des informations exactes sur le Pape, sur ses défauts et ses qualités, et sur tous les cardinaux et autres membres du concile. Que pensez-vous de l'empereur Napoléon III? Comment aurait-il dû, selon vous, gouverner la France? et quelles sont les fautes commises par ses généraux dans la guerre avec les Allemands? Racontez-moi aussi quelques historiettes de sa vie

intime? Des anecdotes, l'histoire secrète enfin des Tuileries. Nos abonnés sont assez friands de ce genre de lecture. » Je restai ébahi, stupéfait, anéanti. Enfin, reprenant l'usage de la parole, je lui répondis : « Vous m'étonnez moins par l'excès de votre indiscrétion, que je comprends, que par l'énormité de votre ignorance sur des matières que vous traitez tous les jours dans votre journal. Vous n'avez donc jamais rien lu, ni rien étudié? » — « Non, monsieur », répondit mon interlocuteur sans trahir le moindre dépit de la brusque franchise de ma réponse ; « non, du moins pas assez. Comment pourrais-je lire, puisque je passe mon temps à écrire? Ce n'est pas dans les livres que nous autres journalistes recueillons nos informations, c'est par la conversation avec des gens qui savent ce que nous ignorons. » — C'est à peu près la réponse que me fit, il y a deux ans, dans une grande capitale de l'Amérique du Sud, un jeune journaliste de talent.

« Avez-vous étudié à l'université? demandai-jé à ce caballero. — Non, monsieur. L'université n'est fréquentée que par ceux qui comptent se faire avocats. Pour nous autres cela ne vaudrait pas la peine. Nous appartenons à un pays nouveau : nous devons improviser les hommes. Nous commençons la vie publique très jeunes. Le ré-

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