NEW-YORK
Le consul d'Autriche, M. Fritsch, me mène à New-Port; vers le soir nous nous embarquons dans un des grands bateaux qui, en été, font la navette entre New-York et ce watering-place élégant. C'est un navire de cinq mille tonneaux (!) à trois étages. Au centre, un grand hall entouré de trois rangées de galeries dans lesquelles ouvrent les cabines, qui sont d'un confort idéal. Quoique le bâtiment soit comble, il n'y a pas de bruit. Les Américains parlent toujours à demivoix. On n'entend pas de commandement, et Ton ne voit pas d'officiers ni de matelots. D'ailleurs il y en a fort peu. Le Leviathan semble marcher tout seul. La soirée est splendide, et la grande nappe d'eau de l'Hudson est couverte de bateaux semblables au nôtre, surchargés & excursionnistes. C'est dimanche, et ils en ont profité pour respirer sur l'eau un air un peu moins embrasé que celui de la ville. Maintenant ils rentrent dans cette fournaise de New-York. Nous passons sous le pont de Brooklyn. Vu d'en bas, il ressemble au fragment d'une immense toile d'araignée à laquelle est suspendu le pont. Les mouches noires qui semblent y courir au-dessus de nos têtes sont des trains de chemin de fer. C'est effrayant!
A quatre heures du matin, arrivé à New-Port.
Je me trouve fort confortablement établi dans une jolie villa style reine Anne, coquettement meublée et on ne peut mieux habitée. Les dames de la maison connaissent d'une façon surprenante l'Europe, hommes et choses. La société qui s'y réunit se compose de personnes du meilleur ton. On aime l'Europe, on y a voyagé et l'on désire y retourner, ce qui n'exclut pas les sentiments les plus patriotiques.
New-Port est comparativement une vieille ville , située sur l'extrémité méridionale d'une île (État de Rhode-Island). Les maisons, le plus souvent style reine Anne, des richards de New-York s'étalent le long de la plage. On voit de jolis jardins, pas grands mais soigneusement entretenus, de beaux équipages avec écussons et des livrées de bon goût.
Le grand homme du jour est M. Bennett, propriétaire et éditeur du New- York Herald. Ce journal produit, me dit-on, de sept à huit cent mille dollars. Ce matin M. Bennett a réuni la crème de la crème de New-Port ou plutôt de New- York à bord de son yacht, qui est une véritable frégate. J'y ai rencontré beaucoup de jolies femmes dont la toilette sortait des mains de Worth, et j'ai entrevu quelques jeunes élégants qui se distinguaient par la simplicité de leur maintien et la pureté de leur anglais.