‹ Á travers l'Empire britanniqueChapitre 17 sur 145 · Commencé en 1197. terminé en · texte numérisé non relu

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se serait-elle maintenue et propagée par la tradition jusqu'au onzième siècle de notre ère, puisqu'il est constaté qu'on n'a découvert aucun vestige de monuments semblables qui pourraient être attribués aux siècles intermédiaires ?

Ce sont peut-être des chefs-d'œuvre. Ce ne sont pas des œuvres d'art. Ils ne peuvent se comparer aux monuments classiques de la Grèce ; mais l'effet général est merveilleux. Il l'est au point de désarmer la critique. Vous vous sentez transporté non dans un autre âge, mais au milieu des aspirations, des traditions, des sensations d'un monde absolument différent du vôtre. Jusqu'à un certain point, on en peut dire autant des monuments de la Grèce et de la Rome antiques, mais avec cette différence que l'Inde vit et respire, et que la Grèce et Rome ont cessé de vivre. Dans les temples de l'Acropole d'Athènes vous admirez la plus haute réalisation de l'idéal du beau, du grand et du simple. Mais ce sont des ruines plus ou moins bien conservées. Les touristes remplacent les dévots qui jadis venaient sacrifier aux dieux, aujourd'hui disséminés dans les musées d'Europe. La vie s'est retirée de ces lieux jadis saints. La beauté que vous admirez est celle d'un cadavre.

Ici vous respirez l'atmosphère de la vie présente, mais elle s'offre à vos regards sous des

formes qui piquent votre curiosité sans la satisfaire. Vous vous trouvez, il est vrai, en présence d'un être vivant ; vous sentez les pulsations de la vie sous le voile qui le recouvre et que vous êtes incapable de soulever. Telle est la première sensation que j'ai éprouvée : l'âpre désir joint à l'impuissance de résoudre l'énigme.

Vous vous promenez sous les arcades. Les rayons du soleil et les ombres se recherchent, se rencontrent, se fuient. La lumière se dégrade à l'infini. Des reflets se croisent sur les angles des pilastres octogones, lèchent les lambris, se glissent sous les plafonds des halles, s'éteignent dans les ténèbres du sanctuaire. Au dehors une pluie d'or liquide ruisselle sur les plaques de marbre ciselé, dégoutte en perles lumineuses des corniches des toits, s'insinue dans la chapelle où toujours le même dieu ouïe même saint assis sur ses genoux, les mains entrelacées, donne l'idée de l'ennui plutôt que du repos des bienheureux.

Les rochers qui entourent les temples, comme toutes les montagnes de Mont-Abou, servent de repaire à un grand nombre de bêtes féroces. Aussi le tigre forme-t-il un élément important

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dans la vie des officiers cantonnés ici. La chasse est leur grand passe-temps.

Le tigre de ces régions alpestres attaque rarement l'homme. Mais il fait de grands ravages parmi le bétail. Quand un de ces animaux a dévoré une vache, trop lourd pour quitter le théâtre de ses méfaits, il se retire sous des buissons voisins. Les indigènes qui l'ont vu à l'œuvre en avertissent les officiers. On assemble une vingtaine de Bhils pour faire une battue. Les chasseurs, postés dans des arbres ou sur des rochers, attendent l'animal, qu'ils tuent sans courir aucun danger. Mais suivre un tigre blessé dans le fourré serait de la dernière imprudence.

Trop souvent des accidents troublent les plaisirs de la chasse. Dernièrement un jeune officier succomba à une blessure à la jambe, causée par la morsure d'un tigre. Le colonel Bradford, l'agent général, a perdu un bras dans une rencontre avec un de ces animaux. C'était au milieu de la jungle, à quatre-vingts milles de son camp. Il se trouvait seul avec son sergent, qui, montant sur un des chevaux de la voiture , rentra ventre à terre. Chemin faisant il eut soin de commander des relais dans les localités où il y avait des chevaux. Grâce à ce brave homme, le médecin put arriver à temps pour sauver le hardi chasseur, qui en fut quitte pour la perte d'un bras.

Dans une longue promenade à pied, toujours avec les trois jeunes officiers qui tiennent dans leurs mains les destinées de Mont-Abou, j'ai remarqué qu'ils menaient leurs chiens en laisse. Ils me dirent que cette précaution était nécessaire dans une ville où les léopards se promènent en plein jour dans les petits chemins soigneusement macadamisés qui tiennent ici lieu de rues. Tout dernièrement un joli dogue fut saisi par un de ces fauves à quelques pas de son maître.

Nous contournons par un sentier fort bien entretenu un des pics qui encadrent la ville. Bientôt les promeneurs ont atteint le bord d'un plan incliné qui approche de la perpendiculaire. Devant nous, à l'ouest, s'élèvent, au delà d'un steppe large d'environ vingt milles, des groupes isolés de montagnes rocheuses. Quarante milles plus loin, dans la même direction, d'autres rochers se dessinent sur le ciel. Plus à notre gauche, vers le sud-ouest, se déroule, sombre et sévère, semblable à l'Océan, le grand désert de Rajpoutana. Le soleil disparait lentement derrière ce qui paraît être l'horizon de la mer et qui n'est en réalité que l'horizon du désert. L'illusion est complète, la description impossible. Au fait, le

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désert est partout : là-bas, devant nous, à quatre mille pieds au-dessous de nous. Les ombres de la nuit envahissent déjà la vallée. Sur ce fond presque noir se découpent, à peine perceptibles, des taches vertes : les champs cultivés. Çà et là de petites plaques argentées reflètent le ciel rosé du soir. C'est l'eau qui fertilise ce sol avide de boire. En levant doucement les yeux, vous parcourez, à travers des nuances infinies, toute la gamme des couleurs de ]' arc-en-ciel. Les rochers lointains disséminés dans le désert ne sont plus bleus, mais d'un rouge pâle ; des teintes violacées inondent la plaine. Autour de nous, un chaos de rochers et de talus verts. Quel tableau! Mais ce qui me fascine, ce sont les petits étangs de la vallée, le nombre de petits yeux clairs et limpides avec lesquels le ciel semble vous regarder du fond de l'abîme.

Nous avons admiré ce spectacle sublime assis sur un banc de granit. Cet endroit est une sorte de salon en plein air. Tous les soirs à pareille heure on se réunit ici. Par on j'entends le résident, les trois officiers, les trois ou quatre ladies, le médecin et sa famille, en somme la très petite mais très élégante colonie de Mont-Abou. Pendant la saison chaude, les femmes des officiers et des attachés aux résidents auprès des divers maharajas rajpouts viennent jeter quelque variété

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