LA VILLE DE JEYPOUR
M. l'agent veut Lien m'y conduire. Les hautes murailles de l'enceinte sont badigeonnées en rose, et la pluie y a tracé des lignes noires perpendiculaires de l'effet le plus singulier, avec une régularité due aux crénelures où l'eau s'est accumulée avant de s'écouler. Arrivée de l'autre côté, notre voiture s'engage dans une rue droite et longue. Les maisons, toutes badigeonnées en rose violacé, sont ornées de peintures qui représentent des pots de fleurs et des arabesques, si ce mot peut s'appliquer à des dessins essentiellement hindous. D'autres rues coupent à angle droit l'artère que nous suivons et qui mène à un grand square. Là où les maisons ne se touchent pas, elles sont reliées entre elles par des murs percés dans leur partie supérieure de petites fenêtres en plein cintre ou en cintre surbaissé, ei toujours couvertes de plaques de pierre ou de planchettes percées à jour.
Quoique le caractère oriental, spécialement hindou et plus spécialement rajpout, s'accuse ici fortement, le plan de la ville, les rues tracées au cordeau, les maisons bâties à peu près sur le même modèle, tout cela me semble en contradiction avec le génie de l'Inde. Serait-ce un reflet du goût de l'uniformité et de la régularité qui avait envahi l'Europe à la fin de l'époque que les Français appellent le « grand siècle » ? Invo-
100 RAJPOUTANA.
lontairement j'ai pensé à la place Vendôme de Paris, à la ville de Karlsruhe, toutes deux bâties, si je ne me trompe, en 1699.
Dans ces vastes espaces ouverts à la circulation règne une grande animation. Si les édifices sont roses et violets, la foule est blanche et rouge, et ces quatre couleurs mêlées ensemble donnent à la scène un aspect de gaieté et de fête. Très p de femmes. Celles qu'on voit appartiennent aux classes infimes. De nombreuses voitures tirées par des bœufs, soigneusement couvertes si elles contiennent des femmes. Ici, un noble coiffé d'un bonnet d'or semblable à celui des doges ; ses porteurs de palanquin, suivis de plusieurs domestiques, s'avancent au pas de course. Là un de ses pairs ou quelque haut fonctionnaire, monté sur un beau cheval, se fraye passage à travers la foule, qui ouvre ses rangs avec des démonstrations de respect. Un grand nombre de palefreniers courent à pied derrière leur maître. Beaucoup de chameaux et quelques éléphants varient le spectacle et gênent les piétons.
Le palais du prince occupe au centre de la cité un vaste terrain. Des soldats, les uns dans le costume du pays, d'autres en uniforme européen, postés à la porte et dans la première cour, présentèrent les armes à l'approche de l'agent ; quatre musiciens entonnèrent le God save the