LE TEMPLE D'OR
accompagnent. De temps à autre s'y mêle le bourdonnement «lu tam-tam. A ce bruit les ponts de l'étang se couvrent de dévots de tout âge, tous vêtus de blanc et saupoudrés de rose. Comme cette scène, d'ailleurs vraiment hindoue, ne brille pas par la variété, et qu'aucun devoir religieux ne nous retient, nous témoignons le désir de nous retirer. Le bralime, toujours galant et peu fanatique, interrompt aussitôt sa cantilène, nous met des guirlandes de fleurs autour du cou, et nous congédie. Nous montons à la coupole dorée, d'où nous pouvons admirer l'ensemble de la scène : le petit lac, les belles habitations des brahmes qui l'encadrent, les ponts couverts d'hommes et de femmes tous chargés de fleurs. Les fleurs, on le sait, jouent un grand rôle dans les exercices religieux des Hindous.
Ici encore j'ai pu faire une observation qui s'applique à toutes les villes de la péninsule : à côté d'une ressemblance générale, chacune a son caractère individuel. Amritsir a conserve un air de cour. Les mânes de Ranjit-Sing planent encore sur sa résidence.
Le cantonnement anglais est peu éloigné de la ville. Je le vois dans des circonstances peu favorables. La sécheresse et la poussière l'ont couvert d'un linceul gris. Mais j'y ai passé
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quelques heures fort agréables, et c'est avec regret que je m'en arrache.
Départ le soir. Couru la nuit. Arrivé à Delhi le lendemain matin 1 !
Delhi. — Je descends à l'United-service hôtel. C'est la première auberge que je vois depuis que j'ai mis le pied sur le sol de l'Inde. Delhi n'est pas un grand centre de commerce, et l'état primitif de cet établissement est dû à la rareté des voyageurs européens qui le visitent. Il gagnera avec le nombre des touristes, qui va croissant depuis que le nouveau chemin de fer a établi une communication directe avec Bombay. C'est une maison indigène et l'on me loge dans une chambre qu'éclairent faiblement deux vasistas pratiqués dans le haut des murs. Il ne faudrait pas de grands frais d'imagination pour se croire dans un cachot. En revanche, on y respire un air frais, presque froid. Avec cela
1. Delhi, qui a donné son nom à Fempire mongol et n'appartient ni par sa situation géographique ni par son histoire à l'ancien royaume des Sikhs, a été, pour des raisons purement administratives, placé sous le contrôle du gouverneur du Penjab.