‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 138 sur 175 · HUBNER-BAY · texte numérisé non relu

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plus facile pour les bâtiments de haut bord que ne le sont généralement les côtes de ces îles, est destinée à devenir le point central des futures communications par les paquebots à vapeur, de Sydney et de San-Francisco avec Apia, Fiji et différents autres groupes du Pacifique occidental.

Le petit village, visible sur la plage, appelé par les indigènes Poloa, ne contient, à côté d’une église desservie par un instructeur indigène, qu'un petit nombre de huttes, sales et pauvres. Les indigènes qui sont venus hier, dans leurs canots, offrir des fruits et quelques gourdins grossièrement sculptés, nous ont paru d’un aspect particulièrement sauvage. Ils n'ont pas paru aujourd’hui, le repos dominical étant très strictement observé dans les communautés wesleyennes ou congrégationalistes.

Pendant que le lieutenant Ommaney et d'autres officiers, sous la direction du capitaine, se livrent à leurs travaux de sondage, je profite de ces deux jours de repos, probablement les derniers qui me restent à passer à bordde l'£spiegle, pour jeter un regard rétrospectif sur les six semaines employées à croiser parmi les archipels, et pour

résumer les informations que j'ai pu puiser à de

bonnes sources, sur l’ensemble de la situation de cette partie si peu connue du globe",

Le terme de Pacifique occidental, constamment employé dans les correspondances officielles anglaises, n'a jamais été défini d’une manière précise et authentique, mais il est entendu que l’on comprend sous ce nom tous les groupes de l'Océanie situés entre les deux tropiques et entre le 140° méridien est et le 170° méridien ouest de Greenwich. Trois races diverses se partagent cette vaste région : la papouenne, la mélanésienne et la polynésienne.

Au point de vue de la civilisation, on y distingue, en dehors des Fiji, devenues colonie anglaise, trois catégories différentes : les Nouvelles-Hébrides, Santa-Cruz, les îles Salomon, la Nouvelle-Calédonie, la Nouvelle-Bretagne, la Nouvelle-frlande, ete., dont les habitants appartiennent à la race mélanésienne. Ce sont des sauvages, pour la plupart paiens et anthropophages.

1. Mes sources sont d'abord les informations prises par moi pendant mon voyage, ensuite des correspondances officielles anglaises et allemandes communiquées au Parlement anglais et au Reichstag allemand, La pièce la plus importante est le Report of a commission appointed to inquire into the working of the Western Pacific orders in council, daté de Londres, 16 octobre 1883, signé Arthur Gordon, A.-H. Hoskins et J-.G. Wilson, et communiqué au Parlement en 1884,

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Dans d'autres groupes, principalement dans ceux de Tonga et de Samoa, les populations sont chrétiennes de nom et à demi civilisées. Aux Tonga il v a un roi nominalement constitutionnel, le pouvoir suprême et absolu étant exercé par un missionnaire wesleyen, Les îles Wallis sont habitées, comme celle de Futuna, par une population exclusivement catholique, et gouvernées par une reine qui considère un bref de Pie IX comme le plus précieux joyau de sa couronne, Des missionnaires catholiques sont les directeurs de sa conscience et de ses États. Aux Samoa un roi impuissant se trouve en présence d'une communauté européenne, et indirectement sous l'influence imparfaite et limitée des consuls anglais, allemand et américain.

Enfin, il v a une troisième classe d’iles, dont les populations ont fait quelques pas dans la voie de la civilisation, respectent l'autorité de leurs chefs et restent attachées à leurs us et coutumes, mais ne possèdent aucun gouvernement organisé,

La Nouvelle-Guinée est une terre encore presque inconnue. On sait cependant que les habitants, quoique divisés en plusieurs peuplades d'apparence et de mœurs différentes, forment des communautés agricoles, vivent dans de erands villages bien construits, eultivent leurs

terres et sont très jaloux de leurs droits de propriétaires fonciers",

Depuis la fin du siècle dernier, après que les capitaines Cook et Bligh eurent ouvert ces mers aux navigateurs, des aventuriers affluèrent en grand nombre, ethientôtle gouvernement britannique se vit obligé d'intervenir pour empécher et réprimer, autant que possible, les délits et crimes commis par ses sujets. Plusieurs actes (le premier de George IV, 1824) furent publiés à cet effet. Le plus récent, aujourd'hui en vigueur, est le Pacific Islanders AÆmendment Act (1875), qui investit un haut commissaire de la juridiction sur tous les sujets britanniques qui naviguent, trafiquent ou résident dans les parages etiles du Pacifique occidental. Il est établi que tout Anglais qui enlève des insulaires par la force ou par la ruse sera traduit devant la cour du haut commissaire. L'ordre en conseil, conforme à cet acte, publié en 1877, est donc en vigueur: depuis sept ans?.

1. D'après le rapport de M. Chester, magistrat résidant du gouvernement du Queensland à Thursday-Island, du 30 aot' 1878, cité dans le Report of the Western Pacific royal commission, et d’après les informations verbales que ce magistrat m'a données lors de mon passage à Thursday- Island,

2. La région à laquelle s’applique cette législation est définie vaguement. L'ordre en conseil nomme, il est vrai, les

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On s’est demandé quels étaient les résultats obtenus grâce à cette nouvelle organisation.

Hélas! les espérances qu'elle avait fait concevoir ne se sont pas réalisées complètement. La raison du fait saute aux veux. Le haut commissaire et sa cour ne sont compétents qu'à connaître des délits et crimes commis par des Anglais entre eux ou au détriment des indigènes. Leur juridiction ne s'étend pas aux actes coupables de ceux, indigènes et blanes, qui ne sont pas sujets britanniques. A toutes les réclamations du haut commissaire le gouvernement impérial, se faisant fort de l'avis des avocats de la couronne, répondit et dut répondre par une fin de non-recevoir. ,

De là une grande irritation parmi les trafiquants et planteurs anglais et australiens établis dans cesiles. Ils avaient de la peine à comprendre une juridiction à laquelle ils étaient soumis, mais qui assurait l'impunité à leurs confrères, amis et

îles Friendly, Navigator, Union, Phænix, Ellis, Gilbert, Marshall, Carolines, Salomon, Santa-Cruz, Rotumah, la Nouvelle-Guinée à l’est du 143° méridien est, la Nouvelle- Bretagne et la Nouvelle-[rlande, enfin les Louisiades, en tout une région de trois mille cinq cents milles de l'est à l’ouest, et de deux mille cinq cents milles du nord au sud, Mais il ajoute aussi toutes les autres îles de l'Ouest Pacifique qui ne se ‘rouvent pas comprises dans les colonies des Fiji, du Queensland et de la Nouvelle-Galles,

rivaux, allemands, américains, scandinaves. En Australie il y eut des conférences internationales et des réunions publiques pour condamner la politique nouvelle de la mère patrie.

Avant la création des fonctions et de la cour du haut commissaire, la tâche de faire la police dans ces parages, d'y maintenir un peu d'ordre, de contenir les sujets anglais et les indigènes, el redresser à l'occasion les torts des uns et des autres, était confiée aux commandants des eroisières anglaises, qui, au dire de tout le monde, s'en acquittaient ordinairement avec taet et circonspection. Pour infliger une punition aux gens de couleur, il leur fallait des cas de guerre, acts of war, mais, en donnant à ce terme élastique plus ou moins d'étendue, ils parvenaient à faire du bien el à empêcher du mal. L'apparition d’un navire de guerre ne manquait jamais d'imposer aussi bien aux résidents blancs qu'aux indigènes de la localité, Quand un sujet anglais blanc avait commis quelque crime ou acquis la triste réputation d'un perturbateur habituel de lordre public, l'officier commandant la croisière le transportait en Australie pour y être jugé, ou dans une autre île éloignée du théâtre de ses méfaits. Ces procédés étaient un peu sommaires el, quoique autorisés par les règlements, un peu arbitraires, mais du moins efficaces dans une

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certaine mesure, d'autant plus que les traders n’v faisaient guère de résistance. Ilest vrai que des sujets britanniques inculpés échappaient souvent à l’action du commandant de la croisière en affirmant qu'ils étaient citoyens américains. L'installation du haut commissaire, muni de pouvoirs législatifs et exéculifs et assisté d’une cour, mettait virtuellement fin à l'intervention judiciaire des officiers de marine, ou, pour mieux dire, rendait cette intervention, encore que l’on continuät à la trouver nécessaire, épineuse, délicate et compromettante au point de vue des relations personnelles et officielles entre le eommodore de la station navale d'Australie et le haut commissaire, Ce grand fonctionnaire est d’ailleurs plus puissant en apparence qu'en réalité. Ses règlements et ordonnances ont, il est vrai, force de loi, mais le maximum des peines qu'il lui soit permis d'infliger aux contrevenants n'est que de dix livres sterling ou de trois mois de prison! Depuis la création des fonctions de haut commissaire aucun sujet britannique, quelque erime qu'il ait commis et si urgent qu'il soit de le punir dans l'intérêt du maintien ou du rétablissement de l'ordre publie dans la localité, ne peut ètre atteint sans avoir passé par les formes d'un procès régulier, Vu les distances, la rareté et la difficulté des communications, cette procé-

dure rend souvent illusoires les poursuites dirigées contre lui. En somme, en ce qui concerne les sujets anglais, les pouvoirs du haut commissaire, faute de moyens exécutifs, restent partout, et surtout dans les archipels peu visités, plus ou moins à l’état de lettre morte; et, d'un autre côté, à la suite de l'installation de ce haut fonctionnaire, l'intervention judiciaire de la marine aété, comme je l'ai dit, dans une certaine mesure, annihilée.

En ce qui concerne les indigènes non sujets britanniques, la cour du haut commissaire n’a pas le droit de s'occuper d'eux, mais elle peut empêcher les officiers de la marine royale, comme sujets britanniques, d'agir en dehors de leurs pouvoirs strictement légaux. Par conséquent, les commandants des bâtiments de la Reine ne peuvent agir qu'en cas de guerre. En d’autres termes, le haut commissaire, impuissant luimème à intervenir efficacement, paralyse le concours de la flotte au double point de vue des blancs et des indigènes",

La commission d'enquête nommée par le gouvernement, et dont Sir Arthur Gordon était le principal membre, en arrive à cette conclusion :

1, J'ai cité ici presque textuellement le rapport de la commission concernant les ordres en conseil.

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