‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 140 sur 175 · ighly unsatisfactory · texte numérisé non relu

ighly unsatisfactory

2. Le nombre des travailleurs occupés en Queensland est de 6000, aux Fiji de 400, Rapport de M. d'Ortzen, secrétaire du consulat allemand à Apia, février 1883.

peuvent employer que des hommes de couleur.

On va donc aux îles pour y recruter ces travailleurs. Aux iermes de la loi, le libre assentiment de l'inaividu qui s'engage est de rigueur, mais en réalité, à l'exception de quelques tribus dans certaines iles, le travailleur estsimplement acheté pour une durée de trois ou einq ans. L'acquéreur s'engage à le rapatrier au terme de son engagement, mais il ne remplit pas toujours cette obligation. C'est sous des déguisements divers que la vente se fait. On offre des cadeaux aux chefs, aux parents, aux amis des jeunes gens qu'on veut enrôler, [est entendu que ceux qui reçoivent ces présents obligeront, persuaderont, enfin amèneront la recrue de gré ou de force. Un autre moyen, très souvent employé, consiste à faire des promesses fallacieuses que celui qui les fait n'a ni l'intention ni les moyens de remplir. Il arrive ainsi que des jeunes gens, attirés par des offres brillantes, quittent leur domicile en dépit de la défense du chef de leur tribu, où de leur commune, ou de leur famille. Or, comme en Océanie lindividu, pour ainsi dire, n'existe pas, mais qu'il se confond avec la communauté à laquelle il appartient, un acte d'insubordination semblable constitue un des crimes les plus odieux qu'un homme puisse commettre. On sait (car on ne peut l'igno-

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rer) que le recruteur est le vrai coupable. De là des actes de vengeance accomplis, non sur la personne du coupable, qui s'est soustrait aux représailles en partant précipitamment avec ses recrues, mais sur celle du premier blanc venu. A leur point de vue, la conduite des insulaires est logique, précisément parce que lindividu n'est rien à leurs veux et qu'ils ne reconnaissent que des communautés. Ils s’en prennent donc à la communauté des blanes, c'est-à-dire à ceux qui ont en commun le teint blanc de leur peau. Mais les recruteurs, en enlevant des jeunes gens malgré l'opposition du chef de tribu ou de la communauté, ne commettent aucune infraction aux actes de 1872 et 1875; car ces actes ne demandent que le consentement individuel de l’indigène, Lis own consentment. Ws sont donc restés dans les limites de la loi anglaise, mais ils ont violé une des lois ou, si l’on veut, une des coutumes les plus sacrées des insulaires, et ont donné lieu le plus souvent, à titre de représailles, au meurtre d'un ou de plusieurs blanes.

Ce qui précède est officiellement constaté par le rapport de la commission d'enquête, plusieurs fois cité. Je dois ajouter que tous les blancs que j'ai rencontrés dans mon voyage ont confirmé, les uns (fort peu à la vérité) avec indignation, d'autres en riant, le fait que la plupart

des travailleurs sont livrés aux recruteurs par les chefs, moyennant un prix convenu d'avance. Dans les iles Salomon on a lieu de croire que les chefs, en reconnaissance d'un beau cadeau, envoient leurs esclaves ou les membres de leur tribu à la plage, où le recruteur s'en empare pour les transporter à bord.

Il a été ditque ceux qui se procurent des traailleurs sont tenus par la loi de rapatrier ces hommes à la fin de leur engagement. Or il arrive constamment que l’on met une coupable négligence à remplir cet engagement. Si on les débarque dans une localité qui n’est pas la leur, ils sont souvent, et mème habituellement, mis à mort par les sauvages; c'est le rapport de Sir Arthur Gordon et consorts qui le dit.

En Australie on a l'habitude de passer légèrement sur toutes ces irrégularités. On aimerait encore mieux ne pas s'en apercevoir, [Il n’en est pas moins certain que pendant la «saison de travail », qui va de mai à septembre, où les recruteurs arrivent pour faire leurs opérations, ces Îles sont fréquemment le théâtre d'actes de violence, que l’on dérobe autant que possible à la connaissance du public. En Queensland le besoin de travaiileurs est si impérieux que les autorités semblent obligées, et dans tous les cas sont accusées, peut-être à tort, de fermer les

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yeux sur les infractions à la loi commises par les capitaines recruteurs et sur les complaisances des agents du gouvernement chargés de la surveillance du patron. De leur côté, les indigènes de la Mélanésie s'embusquent, attaquent et tuent, toutes les fois qu'ils le peuvent, les équipages des bateaux que le patron envoie à terre.

« Tuer un blane, dit le capitaine Moor”, est un haut fait aux Nouvelles-Hébrides et aux îles Salomon. Après le crime, ceux qui l'ont commis se rendent à leur village en battant du tam-tam, et annoncent qu'ils ont tué un homme blane. La nouvelle est aussitôt répandue dans le pays. »

Tous les capitaines de bâtiments recruteurs et tous les agents du gouvernement (du Queensland) sont munis d'une lettre imprimée qui définit leurs droits et leurs obligations. « Ces instructions, continue le capitaine Moor, restent évidemment à l’état de lettre morte. Quand lofficier d'une croisière en exige la production, les capitaines sourient de cette demande comme d'une plaisanterie de bureaucrate, où bien ils montrent un exemplaire usé, dont ils ont eu soin d'effacer les clauses principales, à savoir : l° que le travailleur s'engagera de sa propre

1. Rapport du capitaine Moor, du Dart de S, M. Britannique, au commodore Erskine Sydney, 7 novembre 1883, Blue

Books.

volonté ; 2° qu'aucun cadeau, trade, ne sera fait à ceux qui fournissent les recrues. Quand on leur demande des explications, ils répondent : « Si « je me conforr: ais à cet ordre, je rentrerais avec « mon bâtiment vide ». Et c’est la vérité, continue le capitaine Moor, mais j'ose soutenir que si les travailleurs ne peuvent être engagés d’une manière conforme à la loi, le recrutement se fait dans des conditions incompatibles avec l'honneur du pavillon anglais. »

La situation des agents du gouvernement, si ce sont d'honnètes gens, est des plus pénibles. D'une part, l'agent est lié par des ordres du ministère de Brisbane, qu'il lui est impossible d'exécuter ; 1l est vrai que le gouvernement n’examine pas sa conduite très rigoureusement, pourvu que Îles travailleurs arrivent en proportion du besoin. D'autre part, l’agent est à la merci du capitaine du bâtiment auquel il est attaché. « Ce n'est pas lui, dit le capitaine Moor, c’est le patron du bâtiment qui choisit le théâtre de ses opérations. L'agent sait peut-être que la localité est dangereuse, qu'on sera obligé d'y faire le coup de feu. Cependant, comme ses instructions lui prescrivent de favoriser les opérations du capitaine, 1l se borne à empêcher des irrégularités. S'il ya des incidents fâcheux, on tâche de les passer sous silence, la prétention des capitaines

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étant d'avoir retiré de la plage leurs embareaions gaillardement, et d'avoir accompli une lâche difficile. Mais peu d'entre eux peuvent nier qu'ils ne se trouvent au moins deux fois par voyage dans le cas d'inscrire sur leur jourhal : « Indigènes derrière arbres, tiré sur em- «< bareation, Répondu feu. Résultat de notre feu «inconnu. Joe ou Jim, ou quelque autre indigène «de léquipage tué. Enterré en eau profonde. » Je me contente de citer quelques cas où lon à fait le coup de feu. Jen connais beaucoup d'autres. Les indigènes tirent sur tout bateau envoyé à terre, principalement pour s'emparer des fusils et autres articles destinés au pavement des l'OCTUES. »

Le fusil joue un grand rôle dans ces transaclions. Il commence à changer la face des choses dans l'Ouest Pacifique. Le capitaine Bridge rapporte! que dans les Nouvelles-Hébrides les habilants sont en possession d'armes à feu de toute espèce, et que les armes ont été importées par des bâtiments de la traite. Le cadeau usuel «< offert » aux « amis » d'une recrue se compose ordinairement de fusils. Les travailleurs rapatriés du Queensland rapportent presque tou-

1. A bord de l'Expiègle. Hanover-Harbour New-Hebrides . 27 avril 1883. Blue Books,

jours d'excellents fusils de chasse. La poudre est devenue un moyen d'échange et sert de monnaie courante. L'habitude prise par les sauvages de se servir d'armes à feu et l'importation en grandes quantités de fusils de précision parmi eux produisent des résultats funestes. Il est devenu plus difficile que par le passé de punir les crimes commis par les sauvages; chaque entreprise de cette nature, toujours sur des terrains |

difficiles et inconnus, oblige à des préparatifs | sérieux et à des pertes graves. Désormais, pour châtier quelques sauvages qui ont tiré sur des blancs, il faut organiser une petite campagne. ( Comme les guerres entre tribus n’ont guère ;

cessé, l'arme de précision est aujourd'hui larticle le plus recherché. Pour s’en procurer, les chefs offrent au recruteur les hommes et les

femmes de leur tribu. Enfin les guerres entre

insulaires sont devenues plus meurtrières. »

Ecoutons aussi des témoins qui ne sont pas

anglais, mais dont les dépositions ne font que

confirmer ce qu'on vient de lire.

Le capitaine Karcher, commandant d'un bâti- r ment de guerre allemand, écrit dans un rapport y

adressé au chef de l’amirauté à Berlin! : « Une

1. En date de Batavia, 6 juillet 1883. Annexe au Report of the Western Pacific royal commission.

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cause perpétuelle de danger, c'est que les insulaires ne savent pas distinguer entre les différentes nationalités et cherchent à se venger des dommages causés par un blanc sur le premier blanc venu. Au dire de tout le monde, la faute en est à la conduite des recruteurs. Certes on ne peut attacher une foi absolue aux récits des planleurs, mais, si une partie seulement de ce que le consul m'a dit et de ce que d’autres affirment est vraie, le recrutement des travailleurs est simplement une traite d'esclaves. S'il faut en croire ces assertions, non seulement les capitaines achètent des jeunes gens en échange d'armes à feu, même de fusils à culasse et de munitions ; mais encore, sous prétexte de trafiquer avec eux, les attirent à bord et ensuite les y retiennent malgré eux. D'autres, qu'ils rencontrent en mer dans leurs canots, sont simplement enlevés, » Le capitaine allemand, presque dans des termes identiques à ceux du rapport du capitaine Moor, ajoute : « Si les agents du gouvernement suivaient leurs instructions, la plupart des bâtiments recruteurs rentreraient sans recrues, [ls ferment donc les yeux, laissent faire le capitaine et se contentent de l'assurance qu'il leur donne que rien d'irrégulier n'a été fait, Les interprètes servent d'appeau. Ils’'ensui .: ‘encontres sanglantes. »

Tel est, selon les témoignages les plus authen=

liques et les plus autorisés, tous conformes aux observations que j'ai pu faire personnellement, l'état des choses dans ce qu'on est convenu d'appeler le Pacifique occidental.

Quelles sont les nations européennes les plus intéressées au maintien de l’ordre public dans ces parages lointains, et par conséquent les plus rigoureusement tenues d'y pourvoir?

C'est avant tout l'Angleterre, en v comprenant aussi les colonies australiennes : le Queensland, obligé par des intérêts vitaux de se procurer des bras et n'en trouvant pas parmi les aborigènes du continent australien, les représentants du type le plus bas de toutes les races sauvages du globe; la Nouvelle-Galles, qui avance les fonds aux traders des archipels; Victoria, qui donne les hommes : les planteurs et surtout les négociants.

En second lieu, l'Allemagne; les États-Unis dans une bien moindre proportion; enfin’ la France. Les relations avec le Mexique et les républiques sud-américaines sont nulles. € États restent donc en dehors de la questior

L'Angleterre. Le nombre des Anglais qui exploitent les îles est peut-être moindre que celui des Australiens, mais c'est de l'Angleterre que viennent les capitaux, ou directement, ou par l'intermédiaire des banques australiennes;

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LE LAROUR-TRADE, 437

elle possède le grand archipel des Fiji, et c'est aussi elle qui, par l'interm“diaire de son haut commissaire, assisté de deux sous-commissaires (deputy commissioners) et avec la coopération des bätiments de guerre de la station d'Australie, s'efforce de maintenir l’ordre dans les eaux et les îles des archipels, Et ici je me permettrai de constater, ce que personne n'oserait contester parmi ceux qui ont étudié la question sur les lieux, à savoir que le gouvernement britannique, servi avec zèle et intelligence, s'acquitte de cette tâche fort dispendieuse avec une assiduité, une énergie et une persévérance dignes de meilleurs résultats.

L'élément le plus important, mais un élément inquiet, remuant, envahissant, est fourni par les colonies australiennes. Poussé par le besoin de se procurer des travailleurs, le gouvernement du Queensland s'est, il Y a deux ans, de sa propre autorité, annexé la Nouvelle-Guinée. Lorsque le souvernement anglais, pour de graves motifs, déclara cet acte nul et non avenu, l'opinion publique des colonies S'enflamma en faveur d’une politique d'annexion qui, à l'heure qü'il est, passionne encore les esprits. L'opinion la plus exallée ne tend à rien moins qu'à faire du Pacifique un lac custralien. Le premier motif, peu sérieux il m -emble, et que j'appellerais plutôt le pré-

texte de cette agitation, a été produit par le projet, depuis abandonné, du gouvernement français de donner une plus grande étendue à son établissement pénitentiaire de la Nouvelle-Calédonie”.

Les intérêts allemands sont principalement représentés par trois maisons hambourgeoiïses, dont la plus importante est la Deutsche Han dels und Plantagen Gesellschaft. Leurs transactions embrassent les groupes de Samoa, Tonga, Gilbert, Marshal, les Carolines, presque toutes les îles de la Mélanésie, comme Îles Nouvelles-Hébrides, les Salomon, la Nouvelle- Bretagne et la Nouvelle-Irlaade avec File de York. A Upolu et Savaï (Samoa) et sur d'au-

1. Le tableau suivant (Report of Western Pacific royal commission). montrant le nombre des bâtiments britanniques dans les parages de ces îles, mérite d’être pris en considéra-

lion :

Nombre

Colonie, Année, des bâtiments, Tonnage.

Queensland.....,... 1865 2 123

La Nouvelle-(Gralles,. 1880 138 48 965

La Nouvelle-Zélande, 1865 21 2 886

L'exportation de la Nouvelle-Galles seule aux îles du Pacilique occidental pendant les années 1875-1880 monte au chiffre de 1 603 589 livres sterling; l'importation de ces îles pendant la même époque, à celui de 1158613 livres sterling.

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tres îles elles possèdent de grandes plantations. Elles seules entretiennent des communications directes avec l’Europe (Hambourg), par des bâtiments fins voiliers qui sont leur propriété ou qu'elles nolisent et qui naviguent sous pavillon allemand. Elles occupent plus de cent agents (traders), la plupart Allemands. Mais les marchandises et provisions importées sont, en général, d’origine anglaise ou américaine. L'importance des maisons allemandes qui priment à Samoa, dans l'archipel de la Nouvelle-Bretagne, à l’île de York, aux Carolines est généralement reconnue, témoin les correspondances officielles communiquées au Parlement anglais.

Aux États-Unis l’opinion publique à depuis longtemps cessé de favoriser les entreprises à l'étranger. Jalouse de sa prépondérance exclusive sur le continent américain, cette république se montre peu favorable aux expéditions lointaines, à l'acquisition de nouveaux territoires, à out ce qui pourrait entraver le développement des ressources de son sol, qui fait l'essence de sa prospérité nationale. Les bâtiments sous pavillon américain, et surtout les baleiniers, ceux-ci à cause de la récente concurrence des huiies minérales, deviennent de plus en plus rares dans les mers australes,

La France y est à titre de puissance maritime

k40 SAMOA.

de premier ordre, La grande île de la Nouvelle- Calédonie, sa seule possession dans l'Ouest Pacifique, n’est qu'un pénitencier. Elle est représentée par des missionnaires, des officiers, des marins, des employés et des déportés, mais peu ou point par des colons. Les archipels de la partie orientale du Pacifique placés sous sa domination directe ou sous son protectorat ont plus d’importance, et le pavillon de guerre français se montre dans toutes les eaux de ce vaste océan.

En embrassant d’un seul regard l'état de choses que je viens d'analyser, on ne tarder: pas à reconnaitre dans le besoin de trouver des bras l'élément principal de ce qui, dans un avenir fort rapproché, deviendra la question du Pacifique.

Oui, des bras! On ne peut s'en passer. On les prend où on les trouve, et, comme on est peu serupuleux sur les moyens, on en prend tant, que bientôt l’on n’en trouvera plus. Ce ne sont pas les îles que l’on convoite, ce sont les insulaires. On m'a donné des chiffres énormes à l'égard de la mortalité des travailleurs de couleur au Queensland. Je m'abstiens de les inscrire dans ces notes, parce que j'aime à croire qu'ils sont exagérés. Mais le fait est qu'il devient de plus en plus difficile de se procurer des hommes : que les Nouvelles-Hébrides, à la suite de ce

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drainage constant, n’en fournissent presque plus: que les îles Salomon aussi commencent à se dépeupler ; que partout, avec des exceptions insignifiantes, la population décroit à vue d'œil. Et pourtant dans bien des archipels, depuis l'arrivée des missionnaires et l'apparition fréquente des croisières anglaises, les mœurs se sont adoucies, des guerres intestines sont quelquefois arrêtées, abrégées ou empêchées, le cannibalisme à disparu aux Fiji et dans d’autres îles : mais, malgré ces améliorations incontestables, le nombre des habitants diminue constamment.

Une des causes principales de cette décroissance, tout le monde en convient ici, c'est le recrutement des travailleurs. Les jeunes gens s'en vont, et peu d'entre eux rentrent dans leurs foyers. On est en train de tuer la poule aux œufs d'or.

Je fais ici abstraction du côté philanthropique de la question, ou plutôt des considérations de charité chrétienne, qui cependant mériteraient qu'on en tint compte et qui, j'aime à le constater, entrent pour beaucoup dans lintervention du gouvernement anglais. Je me place exclusivement au point de vue des intérêts matériels, européens et australiens, engagés dans cette partie de l'Océanie.

Ces intérêts soat très considérables. On y fait le commerce et l’on cultive le sol. La culture est

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encore à l’état d'expérience. Les maisons allemandes, qui ont acquis de très grands terrains, n'en retirent jusqu'ici aucun profit. Les petits Jfarmers anglais et australiens se plaignent du peu de rendement de leurs terres. Il y a quelques grands propriétaires qui prospèrent. Je n'ai pas vu de nouveaux riches en Océanie, Mais, que l’on prospère ou que l’on en soit seulement à l'espérance, on a besoin de bras, et la difficulté de s'en procurer augmente de jour en jour. Les maisons allemandes se plaignent de la concurrence anglaise et australienne sur le terrain du labour-trade et vice versa. Le fait est que, si le travailleur de couleur venait à manquer, les plantations devraient être abandonnées". À défaut d'insulaires, elle aura la ressource du Chinois, mais le Chinois coûte plus cher et finit par évincer le blanc. Mille exemples dans différentes parties du globe le prouvent. La conservation de la race mélanésienne est donc une question de vie ou de mort pour le cultivateur blane en Océanie.

Pour le commerce :l est clair que les jours des grands profits de 700 à 800 pour 100 du

1. Les maisons allemandes, prévoyant la difficulté de se procurer des travailleurs par les moyens habituels et pour le terme de quelques années, ont l'intention de fonder des colonies de travailleurs,

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capital engagé seront bientôt une chose du passé. Les insulaires apprennent ‘rapidement à apprécier à leur juste valeur les articles qu’on leur offre en échange de leurs produits naturels. Et ce qu'ils demandent surtout, ce sont des fusils et des munitions; ce qu'ils donnent de leur côté, ce sont des hommes. Double manière de se détruire. Mais, je l’ai dit, la destruction des noirs est la ruine des blancs.

Il me semble qu'on tourne dans un cerele vicieux, d'où il ne sera possible de sortir qu'à condition de trouver les moyens de protéger l'horame de couleur contre le blane et contre lui-même. L'Angleterre l’a essayé, ainsi qu'on l'a vu, avec des résultats incomplets.

La commission d'enquête, que j'ai citée plusieurs fois, constate l'insuffisance des mesures décrétées à cet effet par l'order in council. C’est qu'à moins de sortir des limites tracées par le droit des gens, l’action du haut commissaire et de ses organes ne peut s'étendre qu'aux sujets britanniques blanes et noirs et ne peut s'exercer à l'égard d’autres nationaux, et, en ce qui concerne les indigènes non sujets anglais, seulement dans des cas qualifiables d'actes de guerre. C'est contre cette restriction qu'échouent Îles efforts tentés par le gouvernement anglais. Je doute que les amendements qu'on propose d’ap-

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porter à l'order ên council suftisent pour améliorer l’état de choses actuel. Le seul remède, je le vois dans un arrangement international dont les dispositions seraient applicables à tous les êtres humains, vivant ou voyageant dans les archipels ou parages du Pacifique occidental. Cette convention, reconnue par l'Europe et les États du continent américain, devrait être conelue entre les puissances les plus intéressées au maintien de la tranquillité publique et à la protection des indigènes. Ce serait à elles d'en surveiller la stricte observation. Ces puissances me semblent être, dans l'ordre des intérêts engagés, l'empire Britannique, l'Allemagne, les États- Unis et la France”.

Le Pacifique a cessé d'être une mer fabuleuse, visitée, à de longs intervalles, par de hardis navigateurs. L'âge des découvertes est près de se fermer à jamais. Aujourd'hui cet océan est devenu un champ d'activité ouvert à l'esprit d’en- Lreprise de toutes les nations. Le temps est venu de le faire participer aux bienfaits et aux restric- Lions des lois qui régissent le monde civilisé.

1. Je n'ai pas besoin de rappeler au lecteur que lorsque jécrivais ce journal, c'est-à-dire pendant mon voyage, l’Allemagne n'avait pas encore inauguré sa politique coloniale. Les négociations entamées depuis entre les cabinets de Berlin et de Londres tendent au but que j'indique.

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Dans l'histoire des iles de l'Océanie, qui est encore à écrire, les missionnaires remplissent une page importante.

C'est aux wesleyens ou méthodistes qu'appartent l'honneur d’être arrivés les premiers sur le terrain. Tenus aux constitutions de leur Église, qui n'admet ni centre, ni chef, ni hiérarchie, les missionnaires de la secte fondée par Wesley se trouvent placés, dans une certaine mesure, sous l'influence de la Société wesleyenne méthodiste d'Australie, à Sydney, dont l'œuvre embrasse la Nouvelle-Zélande, les Fiji, Rotuma, les iles Tonga, une partie des Samoa, la Nouvelle-Bre- Lagne et la Nouvelle-[rlande', C'est elle qui fournit les fonds, exerce sur les missionnaires une sorte de contrôle, leur demande et recoit d'eux des rapports réguliers qui, publiés par ses soins, tiennent les associés au courant des vicissitudes de l’œuvre”.

1. En dehors de l'Australian weslyan mnethodist Society à Sydney, il y a la Weslyun Mission Society à Londres pour le continent européen, l'Inde et la Chine, et la Methodist episcopal Missionaries Sociely aux Etats-Unis, où les wesleyens, au point de vue du nombre, occupent la première place parmi les différentes confessions chrétiennes.

2, Dans l'archipel des Fiji, les wesleyens où méthodistes comptent 906 églises, 11 ministres européens où australiens. 51 ministres indigènes, placés par groupes de 8 à 12 sous la direction d'un ministre blanc, 63 catéchistes, 1080 instruc-

Aux Fiji, en dehors des catholiques, il n°v a que des missionnaires wesleyens. Il n’en est pas ainsi dans les autres archipels de l'Océanie, où l'apostolat est exercé par des missionnaires des différentes confessions protestantes, surtout par des congrégationalistes et des ministres presbytériens. À l’île de Norfolk l’évêque anglican dirige une œuvre importante qui embrasse aussi certaines portions des îles mélanésiennes.

Dans mes pérégrinations en pays paiens, j'ai souvent entendu émettre par des résidents protestants des doutes sur l'efficacité des efforts de leurs missionnaires. « Ont-ils réellement, demande-t-on, planté au sein de ces peuples, avec les germes d’une certaine civilisation, ceux de la

teurs ({eachers\, 2254 maîtres d'école, Les catéchistes, les teachers et les maîtres d'école sont tous des indigènes, De tous les wesleyens blancs, anglais et australiens, qui résident dans les îles Fiji, 29 seulement pratiquent. Le nombre des communions indigènes est de 26000. Dans ce chiffre ne sont pas compris les catéchumènes, dont je ne trouve pas le chiffre noté, mais qui est très considérable, les missionnaires, pros testants et catholiques, ne conférant le baptème qu'au bout d'un certain temps et après avoir acquis certaines garanties morales au sujet des dispositions du nouveau converti,

Aux Fiji le révérend Langham, de Mbao, non comme chef (il ny en à pas). mais grâce à son autorité personnelle et à ses longs services, occupe la première place parmi les missionnaires, Le missionnaire méthodiste doit être marié et, S'il a perdu sa première épouse, se remariér à bref délai,

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foi chrétienne? En feront-ils jamais de vrais chrétiens? » A ce sujet les avis se partagent. Mais hâtons-nous d'ajouter que les mêmes incertitudes planent sur l'œuvre des pères catholiques, qui, avec certaines réserves auxquelles je reviendrai, sont les premiers à en convenir.

Pour arriver au même but, les organes de l'Église catholique et les disciples de Wesley, comme en général les missionnaires protestants, suivent des routes diverses, je dirai même opposées.

Le missionnaire protestant enseigne au sauvage les dogmes et préceptes de la religion chrétienne, le place sous la surveillance d'un instructeur indigène, lui fait apprendre un métier qui lui fournira les moyens de satisfaire aux besoins, nouveaux pour lui, du monde civilisé et chrétien dont il fera désormais partie.

Le missionnaire catholique commence par agir sur les cœurs et, s'il le peut, par retourner les volontés. Il tâche de faire entrer d'abord le païen dans le giron de l'Église, et ensuite dans le giron de la civilisation, À cet effet, si Les circonstances le permettent, il isole ses ouailles, Il considère le contact avec les paiens et avec Îles blanes comme un danger auquel il ne compte exposer son converti qu'après l'avoir muni des armes de défense nécessaires. Or ces armes sont

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la foi entrée dans ses convictions et la pratique de la religion chrétienne entrée dans ses habitudes. C'est là, si je ne me trompe, la différence fondamentale entre les deux méthodes,

Les missionnaires catholiques ne pensent pas que le raffinement graduel des mœurs, la eul- Lure progressive de l'esprit, le travail et les jouissances légitimes qui peuvent en résulter, que le commerce continu avec l’homme policé doivent nécessairement amener le néophyte à la foi chrélienne, et ils sont convaineus que, pour arracher le sauvage à la barbarie, il faut d'abord remplacer ses superstitions par des croyances posilives, fortement enracinées dans son âme. Pour y arriver, ils croient ne pouvoir mieux faire que de former des communautés chrétiennes, des chrétientés, comme on les appelle en Chine:

des reducciones, d'après l’ancienne expression espagnole, et de faire entrer les élèves dans unc de ces chrétientés au fur et à mesure qu'ils quittent l’école de la mission. Il est indispensable que ces communautés soient fermées à tout inlus blanc ou homme de couleur. Les millions d'Indiens chrétiens des deux Amériques, les centaines de milliers de l'Inde méridionale, qui, tout en restant Indiens, sont devenus et restés, à lravers trois siècles, de vrais chrétiens ot, au point de vue moral, de vrais civilisés, sont rede-

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vables de ce bienfait à ce système. « Pour que la morale chrétienne pénètre dans le sang, disent les pères, il faut des générations. Le grain qui commence à germer, les jeunes plantes, doivent ètre protégés contre l'ivraie et les intempéries des saisons. »

Dans les grands instituts protestants, comme celui de Lovedale dans la colonie du Cap et l'excellent établissement dirigé par l'évèque anglican de l’île Norfolk, les élèves sont soigneusement préservés de tout contact avec le dehors. Mais, l'éducation achevée, ils rentrent dans leur pays et dans leurs familles: il en résulte de nombreuses défaillances qui affligent les missionnaires. Il n'est pas rare de voir retomber dans la barbarie des jeunes gens qui, à l’école, avaient donné les meilleures espérances, et l’on a remarqué que les récidivistes descendent ordinairement au-dessous du niveau où ils se trouvaient à l’état de sauvages. Je pour:rais citer à l'appui de ce que je viens de dire des faits nombreux d’une autorité incontestable. Je me bornerai, comme exemple, à laisser parler le capitaine Moor de la marine rovale britannique: « Quelques-uns des jeunes gens élevés à

1. Rapport au commodore Erskine, daté de Sydney, 7 novembre 1883, Blue Books.

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la mission mélanésienne de l'ile Norfolk où on leur donne une excellente éducation, revenus dans leurs îles, ont commis des actes d’une affreuse atrocité. Par exemple, le fils du chef qui vit sur la côte orientale de San-Cristoval, pendant dix ans élève à l'île Norfolk, où il avait appris à lire et à écrire, à faire de l'aquarelle et à toucher un peu de piano, commença par quitter ses vêtements. Considéré dans le pays comme une « vieille femme », parce qu'il n'avait encore tué personne, il chercha une occasion de faire preuve de courage. Voici comment elle se présenta.

La mère ou grand'mère d’un ami, Bo, le chef de Hiara, venait de mourir. Il fallait une compensation. Par conséquent, le village de Kahua fut attaqué et beaucoup de ses habitants furent tués. Une femme chercha à se sauver avec son enfant. Cela faisait l'affaire du jeune Rahanomaï : « Ne la tue pas! lui eria son père, elle travaillera dans nos champs de yam. » Mais le jeune homme l’abattit et lui brisa le crâne avec une pierre. Il tua l'enfant de la même manière. L'année suivante, heureusement, il fut dévoré par un requin, et son père est maintenant à la recherche d'une compensation. »

Les missionnaires catholiques sont exposés aux mêmes mécomptes, quand il leur est impossible de former des communautés compo-

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sées exclusivement de familles converties, Un prètre mariste m'a dit : « Je ne puis isoler mes indigènes, je n'arrive qu'à des résultats imparfaits ». L'exemple le plus frappant des avantages du système des chrétientés est offert par l'état, à tout point florissant, des Wallis, perdues au milieu de l'Océan, à quelques centaines de milles des Fiji et des Samoa, et de la petite île de Futuna, dont les habitants sont tous catholiques. Iei c'est la nature qui à créé l’isolement. Ce sont aussi les deux seuls points de l'Océanie où la population augmente. La communauté de M“Lamaze, près d’Apia, quoique moins complètement fermée aux influences du dehors, donne, parce qu’elle se trouve sous la surveillance directe et constante de l'évêque et des pères, les résultats les plus satisfaisants.

L'apostolat catholique embrasse les Fiji, l'Océanie centrale (les îles Tonga, Wallis et Rotuma) et le Vicar'at apostolique des Samou".

1. Aux Fiji il y a 11 prêtres maristes et 5 sœurs du tiersordre, les uns et les autres Français. Le nombre des catholiques indigènes baptisés et catéchumènes est de 9600.

Les deux vicariats de l'Océanie centrale (Tonga) et des Samoa se trouvent sous la direction de l’évêque d'Olympie, M# Lamaze, qui est assisté de 32 prêtres et de 6 sœurs dites de l'Océanie du tiers-ordre, tous Français. Le nombre des catholiques et catéchumènes est, dans les îles Tonga, de

Les missions catholiques datent de 1837.

Elles sont très pauvres et ne jouissent d’autres subventions que celles fournies par la Propaganda fide de Rome et par la Propagation de la foi de Lyon. Aucune contribution n'est imposée aux convertis.

Les missionnaires catholiques ne comptent, comme il a été dit, sur des résultats tout à fait satisfaisants que lorsqu'ils peuvent isoler leurs ouailles, et ils pensent «ue les deux œuvres protestante et catholique souffrent également

quand elles se trouvent en présence lune de l’autre. Ils entretiennent les meilleurs rapports personnels avec les missionnaires wesleyens et autres, mais ils se plaignent des instructeurs indigènes, souvent disposés à user de force pour soumettre à leur autorité les membres de la communauté catholique. Ils se louent de l'impartialité des autorités anglaises là où il y en a, mais ils regrettent que la nationalité française de la plupart des j;ères donne parfois lieu à des

suppositions erronées : « Nous sommes, disent-

2000, aux Wallis de 4000, à Futuna de 1600. aux Samoa de

La population de Pile Rotuma se compose de catholiques et de protestants, Des hostilités entre eux, pour des causes qui ne touchaient pas à la religion, ont déterminé Sir Arthur Gordon à annexer cette île à la colonie des Fiji.

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ils, tout en restant bons Français, les serviteurs de l'Église et non les agents de telle ou telle nation. » J'ai entendu énoncer les mêmes doléances en Chine et ailleurs.

Aux Fiji les missionnaires wesleyens, grâce à la position dominante qu'ils v ont occupée du temps du dernier roi, et à l'influence, un peu réduite mais toujours considérable, que lannexion leur a laissée, sont des hommes publies, des publie characters, fort en évidence, Quoique généralement respectés, on conçoit qu'ils ne manquent pas de détracteurs. On les accuse de faire le commerce, d'être des trafiquants, des traders. On m'assure que cette assertion est mal fondée, Is augmentent, il est vrai, leur revenu au moyen d'une taxe que les indigènes acquittent en produits naturels et qui sont vendus publiquement ; mais, les sommes ainsi réalisées, ils les emploient, en très grande partie, au bénélice de leurs convertis.

On leur reproche aussi de trop étendre leur œuvre, de s'en décharger trop sur des instructeurs indigènes, souvent peu dignes de leur confiance, de visiter rarement les différentes communautés et de dosner trop peu de temps à ces visites,

En résumé, les missionnaires des deux confes-

sions visent le mème but, mais leurs points de

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départ sont différents comme le sont aussi les voies qu'ils suivent. Le missionnaire protestant, lorsqu'il pénètre en pays sauvage, amène sa famille, dans une certaine mesure les conforts de la vie et une portion de l'air natal qu'il a respiré dans sa jeunesse. Le plus souvent il quitte un modeste milieu qu'il échange d'emblée contre une existence plus ou moins en évidence, contre une place marquante parmi les résidents européens, S'il y en a dans l'endroit où il exerce son ministère, et ce sont ceux-là qu'il choisit de préférence. En fort peu de temps il devient un personnage important, avec lequel doivent compter les représentants de la couronne. C'est une belle carrière humanitaire et civilisatrice.

Le prètre catholique qui se dévoue à lapostolat suit une vocation. En quittant l'Europe, il sait que probablement il ne la reverra plus. I se sépare à jamais de sa famille et de s°s amis. [Il réunit dans son âme deux éléments. C'est un ascète qui répudie les jouissarices de ce monde, et c'est un explorateur qui a soif des vastes horizons de l'inconnu. Il arrive seul et pauvre. fl cherche les âmes qu'il espère gagner à la foi dans l'intérieur du pays qui lui est assigné comme sphère d'activité. Il s'adapte aux idées, autant que possible aux usages, à la nourriture des

indigènes, s'habille quelquefois (en Chine) à la

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