LES TOMBEAUX DE MONDORE
l'aide de consoles (motif essentiellement hindou), 3° des ogives dentelées (goût mauresque) qui de leur côté servent d'appui à une architrave octogone, sur laquelle, #, s'élève la coupole, qui est la moitié d'une boule.
Sur le square, les tons rosés et blancs prédominent, et le soleil dore le tout. Le silence qui règne dans cette solitude, la difficulté de l'accès, les souvenirs des exploits et des forfaits d’une race à la fois chevaleresque et barbare, qui se rattachent aux monuments, empruntent à l’élégie et à l'épopée les charmes poétiques répandus
sur ces lieux.
Le maharaja, comme ses frères, aime passionnément les chevaux et la chasse, I dit que l’argent dépensé pour ces plaisirs est mieux employé que celui qui passe aux mains des bijoutiers. Cet après-midi, il à bien voulu envoyer à la résidence, pour que je puisse les admirer à mon aise, une vingtaine de chevaux de sang, les plus beaux de ses écuries. Ces nobles animaux étaient fort bien tenus. Il y avait dans le nombre quelques magnifiques carrossiers importés d’Australie.
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Vers le soir, excursion à Kaïlana moitié en voiture et moitié à dos d’éléphant, mode de locomotion que je ne sais pas appr' "ler.
Kailana, situé à huit milles à l’ouest de Jodhpour, était le palais d'été du dernier maharaja. C'est une jolie et coquette construction hindouemauresque. D'une terrasse on nous faisait voir des sangliers occupés à prendre leur repas. Ce spectacle peut se voir ailleurs ; mais, ce qui m'a paru nouveau, c'est qu'à notre grande indignation, on apporta des fusils en nous invitant à lirer sur cette masse confuse et noire qui grouillait à nos pieds. Le site et la scène me transportaient par la pensée au pare de ce cher Friedland. Seulement en Bohème on ne nous aurait pas proposé une pareille tuerie, décorée ici du nom de chasse.
J'ai le regret de quitter la Zenana sans en avoir vu le maitre. Quelle hospitalité! Elle n’était pas provoquée par des recommandations officielles. Les directions que le vice-roi a bien voulu expédier à l'agent général, colonel Bradford, ne lui sont pas arrivées en temps utile. Il n’a donc pas pu prévenir de ma visite le colonel Poullet. Ce dernier en fut informé par des lettres de
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Mont-Abou. Étant obligé de partir avant mon arrivée, il dit à son maître d'hôtel: « Un gentleman viendra; ouvre-lui la maison et traite-le comme tu me traites ». Le colonel connaît par
expérience la valeur de l'hospitalité dans un
pays comme celui qu'il habite, et il l'exerce envers un homme qu'il n'a jamais vu, et que, probablement, il ne verra jamais.
Je dois à un heureux hasard d'avoir rencontré ici le major Loch, agent assistant du colonel Poullet.
27 février. — Départ de la résidence à sept heures du matin, encore cette fois-ci en compagnie de M. Home et dans la même voiture du prince qui nous avait amenés. Nous traversons la ville pour la dernière fois et la quittons par la porte des Soldats.
Peu après, un groupe d'hommes à cheval s'élancent ventre à terre à travers champs, évidemment pour nous barrer le chemin. Celui qui se trouve en tête monte un magnifique waler.
Cette noble bête se cabre, fait des écarts, rue furieusement, mais ne parvient pas à désarçonner le cavalier, qui semble vissé à la selle. Il s'approche el salue courtoisement, disant qu'il
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est venu nous faire ses adieux. C'est mahara) Pertale-Sing, le frère et le ministre du prince. Cette fois-ci il ne porte pas son beau costume marvari. Il est en Anickerbocker et en manches de chemise ; il a oublié de mettre une jaquette. Ce n'est pas beau, et je préfère Pertale vôtu comme il l'était l'autre jour; mais même sous ce déguisement de prolétaire il a grand air. Il me dit des phrases aimables, mais lexpression impassible de son visage ne répond guère à ses paroles. Pas même l'ombre d’un sourire n’effleure ses lèvres. On me dit que c'est le cas des Rajpouts en général, Ils ne sont polis et prévenants que lorsqu'ils ont quelque chose à désirer, à espérer ou à craindre, Ils ne sont pas aimables par nature.
Nous continuons notre chemin, et le prince, lançant son cheval au galop, s'éloigne aussi vite qu'il est venu. Je jette un dernier regard en arrière, Les contours fantastiques du fort se dessinent sur le ciel, Le roc taillé à pic et les palais qu'il porte, baignés de teintes safranées, se laissent deviner à travers un léger tissu d’or. La voiture pénètre dans un de ces groupes de rochers bas qui caractérisent le pays. Je cherche encore une fois des yeux la capitale du désert, Mais la vision s’est évanouie, Jodhpour a pour moi disparu à jamais. |
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VOYAGE A JEYPOUR. 97
Nous voilà de nouveau au fond du désert, du vrai désert. A deux pas de nous un beau dromadaire accroupi sur ses jambes de derrière, image du découragement, semble nous lancer des regards suppliants. On prétend que la physionomie des animaux ne parle jamais. Je crois le contraire. Ici la douleur et la résignation se peignent sur les traits d'un chameau. Il a un pied cassé, et, comme lHindou a horreur de verser le sang de toute créature vivante, le propriétaire l’a abandonné à son sort. N'ayant pas d'armes sur nous, il nous est impossible d'exaucer ces muettes prières, Des passants, de bons samaritains qui lui donnent à manger, ne feaient que prolonger ses souffrances, n'étaient ces oiseaux noirs qui planent au-dessus de nous : des vautours prêts à s’abattre sur leur proie et à la dévorer vivante.
Dans une des deux oasis que nous traversons, les provisions de bouche sont servies aux voyageurs sur les marches d'un temple. Des nuées de mouches leur disputent le déjeuner. Des buffles de dimensions colossales ronflent à leurs pieds. Il est midi, hommes et bôtes semblent écrasés par le soleil.
Mais, enfin, avant le coucher de cet astre les soixante milles ont été parcourus sans accident, et à la nuit tombante je me trouve à Jodhpour- I — 7
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Junction, confortablement installé dans ma mai-
son roulante,
Jeypour, 28 et 29 février, — ai couru la
nuit, et à neuf heures du matin le train entre dans la gare de Jeypour. Le D' Stratten, agent politique, me mène à sa résidence, un vieux palais du maharaja, situé à trois milles de la ville, Je suis logé dans une des tentes dressées au jardin pour recevoir le due et la duchesse de Connaught, attendus un de ces jour.
La ville de Jeypour ! est un grand centre d’affaires et jouit de la réputation d'être la ville purement hindoue la plus avancée, non seulement du Rajpoutana, mais de toute la péninsule, Amber, l'ancienne capitale, située à quatre milles d'ici, dans les montagnes, fut abandonnée par le célèbre maharaja Jey-Sing, parce qu'une vieille tradition défend aux princes de sa race de séjourner dans la même capitale pendant plus de dix siècles. Par sa splendeur et son faste, par la protection qu'il prodiguait aux arts et aux sciences, dans son monde indien l’émule et le contemporain de Louis XIV, Jey fit en 1728 construire cette ville, à laquelle, suivant la coutume rajpoute, 1l donna son nom.