LE PALAIS DU MAHARAJA
queen. Nous pénéträmes dans la seconde cour, toute remplie de courtisans et de domestiques supérieurs. Cinq ou six énormes éléphants magnifiquement caparaçonnés, la tête et les défenses couvertes de peintures, étaient rangés en ligne de bataille, Enfin nous mimes pied à terre devant l'édifice principal, habité par le maharaja.
Ce prince n'a que vingt ans. Il fut adopté par le dernier maharaja au moment où: celui-er se sentait mourir. Ce fait n'a rien d'extraordinaire. Dans les Etats indigènes l'héritier naturel, s'il en existe, est souvent épuisé et débile avant le temps. Aussi les princes ont-ils le droit, quoique parfois contesté, de se choisir un successeur dans leur famille ; mais ils n’en usent que le plus tard possible, sinon #2 articulo mortis. Cette pré- ‘aution s'explique. Le fils adoptif, s'il était d'un naturel impatient, pourrait hâter l'heure de son avènement, Vers la fin d’un règne on se demande avec inquiétude qui sera le nouveau maitre. De là les surprises qui, si souvent, se produisent au lit de mort des puissants.
Le jeune maharaja de Jeypour est un bel homme, dont la physionomie ouverte prévient en sa faveur, Il était au moment de sortir pour rendre des visites de condoléance à des familles nobles. C'est pour cette raison qu'il portait des vêtements blancs et un sabre d'argent, le blane
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étant la couleur du deuil. Selon l'usage indien il avait les pieds nus. Après mous avoir fait asseoir, il m'exprima ses regrets de ne pouvoir causer avec moi en anglais. I avait bien commencé à apprendre cette langue, mais son adoption a mis fin à ses études, Un maharaja a autre chose à faire. Je lui demandai quelle avait été son impression en apprenant que ce grand État était à lui. « Au premier moment, répondit-l, j'ai eu peur. La responsabilité m'effrayait; maintenant je m'y fais. »
La salle où il me recüt est une longue pièce tout ouverte sur le jardin et remplie de divans. Sur les murs on voit des impressions en couleur anglaises, parmi lesquelles un portrait du prince de Galles.
L'enceinte du palais contient plusieurs autres édifices, tous isolés, dont les plus remarquables sont les deux halls destinés aux réceptions publiques. Dans une de ces salles on nous fit admirer un dais couvert de plaques d'argent massif et de vermeil, style Empire, avec des décorations dans le goût persan. Ce meuble précieux a été commandé par le dernier maharaja; 1l a coûté cinquante mille livres sterling. L'ensemble de ces grands appartements, malgré l'influence très sensible du goût européen, offre le caractère d’une grandeur barbare.
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