‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 72 sur 175 · SEE · texte numérisé non relu

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sement de services réguliers de bateaux à vapeur, des paquebots qui dévorent l'espace, Îles chemins de fer de l'Inde qui ont rapproché les cantonnements des stations d'été dans les monlagnes, où les enfants peuvent vivre, d’autres changements survenus à la suite de la grande rébellion et de la dissolution de la Compagnie des Indes, tout cet ensemble de faits nouveaux que le temps amena, le temps qui détruit mais qui restaure aussi, a profondément modifié la vie sociale de l'Anglo-Indien, et non seulement il l'a modifiée, mais encore il l'a moralisée et rendue meilleure qu'elle n'était naguère. Les officiers et les fonctionnaires obtiennent plus souvent des congés. Is en profitent pour visiter l'Angleterre, et ils en reviennent mariés. La femme anglaise, courageuse, dévouée, instruite, bien élevée, la femme chrétienne, cet ange gardien du foyer domestique, a de sa baguette magique accompli cette salutaire transformation.

Pendant qu'étendu sur une ottomane du grand salon, je me livre à ces réflexions, des sons de voix, assourdis par une épaisse portière, arrivent à mes oreilles d'une pièce attenante, C'est le commissaire qui dicte des instructions à son secrétaire hindou. Cet employé, quelque modeste que soit sa tenue, est un personnage. C'est lui qui sert de porte-voix à son chef. Au reste

le commissaire a l'œil sur lui et l'oreille aussr. I peut le contrôler, car, comme tous ses confrères, il sait l'hindoustani, le tamoul S'il a servi au Dekhan, et toujours le persan, qui est la langue de cour des princes mahométans.

J'ignore si, comme je l'entends affirmer, les rouages de cette immense machine administrative pourraient être simplifiés. Je sais seulement que le nombre des fonctionnaires et emplovés, comparé à celui de la population et à l'étendue des divisions et distriris, est excessivement reslreint. Aussi sont-ils à Icur besogne du matin au soir. Ge n'est que vers la fin de après-midi qu'ils secouent le fardeau des affaires.

Pendant toute cette longue journée la maitresse de la maison s'occupe de ses enfants, des soins du ménage, de la lecture, un peu de son piano. Mais à cinq heures tout le monde respire. Cest l'heure de la promenade. Les gros vieux tamarins du compound tamisent le soleil, qui déline, L'air est un peu rafraichi; au moins üne faible brise encourage cette illusion. Les feuilles des gros arbres, tantôt si immobiles, ne commeneent-elles pas à s'agiter? Une voiture attelée de deux walces, le cocher en livrée blanche ou rouge sur le siège, attend devant le perron. Deux palefreniers, le plumeau à la main, se tiennent près des chevaux. On va parcourir le band, la

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promenade publique, une avenue plus ou moins longue, toujours large, parfaitement entretenue et bordée de mimosas ou de tamarins. Et lon n'y sera pas seul. On sait d'avance qui l'on rencontrera dans d'autres équipages attelés et suivis de la mème manière, Ce sera madame lévèque, probablement avee le très révérend bishop à ses côtés, le chief justice et sa moitié, le colonel, si ce m'est pas un général, avec madame ou ses filles, l'Esculape officiel ou plus probablement sa flemme seule, car, hélas! l'emploi de médecir sous ce ciel meurtrier n'est pas une sinécure. Des cavaliers et quelques amazones ne feront pas défaut. Cette promenade est d'un aspect gai el animé, et ce serait plus gai n'était le teint de marbre blanc des femmes, surtout des jeunes iles, encore un effet du climat qui appauvrit le sang. Mais, enfin, c'est le beau moment dela journée, Quandil fait nuit, on a hâte de rentrer, C'est heure de s'habiller pour le diner, et le diner est le moment solennel de la journée, On s'est nourri suffisamment au 4/fin: ce qui vous attend n'es qu'une cérémonie, Gardez-vous bien, si vous tenez à votre santé, de prendrele diner au sérieux, Mais il comme dans le «vieux pays », the oldcountry, J'aime les dinner-parties des Anglais. La table est bien couverte, les femmes sont toujours mises

avec recherche: j'aime aussi la fleur indispen-

sable à la boutonnière des hommes, cravatés de blanc sous tous les cieux et dans tous les parages. Je ne dédaigne pas non plus le sitting, la demi-heure pendant laquelle les hommes restent à table après que les ladies se sont retirées. Autrefois on buvait: aujourd'hui on fume une cigarette et lon cause; et les Anglais, qui ne connaissent guère la conversation générale, sont presque toujours intéressants dans les apartés. Sous tous les rapports les Anglo-Indiens suivent scrupuleusement l'exemple des upper ten thousand de la métropole. À la rentrée des hommes au salon, les physionomies des ladies s'épanouissent. Évidemment on nous à attendus avec impatience. [+ a un peu de musique, c'est de rigueur, mais rassurez-vous, fort peu; après quoi, vers onze heures au plus tard, ear on se lève avant le soleil, tout le monde se retire.

Y a-t-il une existence plus enviable? Si le bonheur d'un homme, en dehors des jovissances de la vie de famille, consiste à trouver une sphère d'activité adaptée à ses facultés, jointe à une juste rémunération de ses services, le foncionnaire civil anglo-indien doit être un homme heureux, Mais 1ei-bas il n'y a pas de bonheur parfait, Ia renoncé tout jeune encore aux douceurs de la maison paternelle, Il $'est séparé de

ses parents, de ses frères, qu'il ne verra plus

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qu'après de longues années et pour peu de temps. ne rentrera définitivement en Angleterre qu'à la fin de sa carrière, lorsqu'il aura droit à sa pension, qui lui assurera, à lui et à sa femme, l'indépendance de leurs vieux jours, mais qui ne suffira pas pour lancer et placer les enfants, S'il en a. Les appointements sont considérables, mais bien réduits en comparaison de ce qu'ils étaient du temps de la Compagnie, qui était plus libérale que le budget de FEÉtat. Le vice-roi et, à un moindre degré, les gouverneurs de Bombay

0 Madras peuvent faire quelques éconouv. Les traitements des autres fonctionnaires suffisent à les faire vivre largement, mais c'est tout.

EL il va d'autres inconvénients. Sans doute on m'envoie plus les enfants en Angleterre, on les envoie à Darjeeling où à Simla, ou aux Nilguerris. fn ne se sépare plus des bébés comme autrefois, Mais les fils doivent faire leurs études, ils doivent devenir des Anglais, et non des babous ; 1 faut done s'en séparer, et, quand on les reverra, se rappellerontals qu'ils sont vos His? C'est le ver rongeur qui empoisonneles jours de la mère: c'est avec une terreur secrète qu'elle voit grandir ses enfants. EL puis les effets du climat! l'incertitude de la vie qui existe, il est

vrai partout, mais nulle part plus qu'ici. On vit,

on travaille, on s'amuse, on rit, on danse, on chasse entre des tombeaux ouverts ou fraichement fermés. Voilà donc le revers de la médaille,

Je touche au terme de mes longues pérégrinations à travers la péninsule, Partout la noble hospitalité dont j'ai jouit m'a permis de jeter un regard dans la vie intime de ceux qui me loffraient, Tv avait parmi eux des fonctionnaires et des employés de différents grades. J'ai rencontré partout des hommes dévoués à leur service, travaillant du matin au soir, et trouvant, malgré la multiplicité de leurs occupations, le temps de s'occuper de littérature et d'études sérieuses. L'Inde est gouvernée bureaucratiquement, mais cette bureaucratie se distingue des nôtres sous plus d'un rapport. En Europe les jours du serviteur de l'Etat se succèdent et se ressémblent. I faut de grandes révolutions, des guerres européennes, pour en troubler la plaeide monotonie. Lei il n'en est pas ainsi. La variété des devoirs élargit et faconne l'esprit du fonctionnaire anglo-indien; les dangers qu'il peut courir d'un moment à l'autre retrempent son caractère, [apprend à embrasser du regard de vastes horizons et à travailler dans son bureau pendant que le sol tremble sous ses pieds. Je ne erois pas trop dire en affirmant qu'il n'v a pas

de bureaucratie plus instruite, plus rompue aux

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