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qui, comme moi, attendent le diner avec impatience.
Darjeeling, bâti sur un des contreforts de l'Himalaya à sept mille pieds au-dessus de la mer, à cinq mille au-dessus du fleuve Ranijit qui sépare le Sikkim anglais du Sikkim chinois ou indépendant, est pendant la saison chaude le paradis terrestre du monde officiel et une station sanitaire de l’armée du Bengale. C'est en même temps le point le plus rapproché de la haute chaîne méridionale de l'Himalaya qui soit accessible à des Européens.
L'État de Sikkim, dit indépendant, mais qui est en réalité tributaire de la Chine, peut être comparé à une impasse entre les plus hautes montagnes du globe. A l’ouest, sur le terrain de Népal, s'avance vers le sud une des chaînes de l'Himalaya. Au nord ses géants forment une barrière qu'on ne peut franchir que par trois défilés, dont le plus élevé, le Tankra-pass, atteint une hauteur de seize mille pieds. A l’est la frontière est formée par le Boutan, autre petit État indépendant. Là, les montagnes, moins élevées que celles du Népal, s'abaissent graduellement avant de se confondre avec les plaines d’Assam.
Dans le Sikkim, le Kamchinjenga, haut de vingthuit mille pieds, a pendant longtemps passé pour le souverain du monde alpestre. Il fut détrôné par le mont Everett (Népal), auquel on a trouvé mille pieds d’élévation de plus. Mais, il y a deux ans, d'intrépides membres du Club alpin de Londres, accompagnés de guides suisses, ont escaladé des hauteurs jugées jusqu'alors inaccessibles, et c’est de ces points culminants qu'ils ont entrevu au nord, parallèlement à l'Himalaya, une autre chaîne thibétaine dont les pics semblent dominer Kamchinjenga et le mont Everett. Dans le Sikkim, des torrents profondément en-. caissés entre des murailles de roc, parfois hautes de mille pieds, se frayant passage à travers les gorges des contreforts, amènent leurs eaux écumantes aux tributaires du Brahmapoutra et du Gange. Un de ces torrents est le Ranjit, qui sépare le Sikkim anglais du Sikkim indépendant.
La dynastie régnante dans ce petit État est d'origine thibétaine. Le raja, par l'intermédiaire des autorités de Lassa, paye un tribut annuel à l'empereur de Chine. Les relations avec les Anglais remontent à l’année 181%, A cette époque la Compagnie des Indes se trouvait en guerre avec Népal. Le raja de Sikkim s’'attacha à l'Angleterre et fut récompensé par la dona-
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tion d'un petit territoire enlevé au Népal et par une subvention annuelle de trois mille livres sterling. En revanche 1l céda à la Compagnie la partie méridionale de son État, le district de Darjeeling, et accepta pour ce qui lui restait de son pays la garantie britannique (1835). Depuis lors, les relations entre ce petit potentat et ses puissants voisins eurent des hauts et des bas. En matière d’esclavage il fit la sourde oreille aux représentations philanthropiques du commissaire de Darjeeling, et un jour il lui prit même fantaisie de jouer à ce fonctionnaire un assez vilain tour. Ce dernier botanisait tranquillement sur le territoire duraja, en compagnie du célèbre savant docteur Hooker, lorsque ces deux messieurs furent saisis, enfermés dans une cage, et pendant six semaines solennellement promenés de village en village. La conséquence fut la suppression de la pension et, quelques années plus tard, la conclusion d'un nouveau traité qui faisait dépendre le payement de la subvention de la bonne conduite (good behaviour) du prince. On entend par bonne conduite : le libre échange, l'entretien des sentiers de cheval qui mènent aux défilés du Thibet et la protection accordée aux voyageurs européens et autres.
La population est un mélange de Sikkim ou Lepchas, de Ghourkas, de Boutias et de Thibé-
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tains. Les Ghourkas sont une race vigoureuse, guerrière et laborieuse. Les gens du pays, les Lepchas, au contraire, passent pour faibles, paresseux et efféminés.
Les lamas ou moines bouddhiques forment la classe privilégiée. Ils sont exempts de corvées et de tous impôts. Il y a dans ce pays-ci un nombre considérable de monastères, parmi lesquels trois srandes lamaseries fort vénérées des sectaires de Bouddha.
Tamlang, la capitale du raja, est bâtie sur une haute montagne. Il y a là quelques constructions solides : le palais du prince et les maisons de ses hauts fonctionnaires, dont la mission est de saigner à blanc les sujets de Son Altesse. Pendant la saison des pluies, le raja et tout son monde officiel passent les défilés et se retirent dans la vallée de Chutubi, au Thibet,.
Ce roi ou prince, me dit-on, est un pauvre sire, mais il a eu le bons sens d'envoyer à Darjeeling un « ambassadeur », fin et rusé compagnon, et représentant zélé des intérêts de la Chine plutôt que de ceux de son maitre.
C'est un monde à part que ce coin reculé de la terre, ce petit État soi-disant indépendant, perdu dans un pli de l'Himalaya, et qui pour-
tant, à un jour donné, peut avoir son imporlance. Pour comprendre l'atmosphère sociale et
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politique qu'on y trouve, il faut jeter un regard sur les deux voisins Népal et Boutan.
Au point de vue géographique, Népal est un Sikkim au grand pied. Au nord, les plus hauts colosses du monde; entre les crêtes qui s’abaissent vers le sud, de riches vallées; et dans Îles épaisses forèts un grand nombre d’éléphants.
C'est un revenu financier, car dans l'Inde un maharaja qui se respecte possède un certain nombre de ces animaux bien peints, bien dorés et bien harnachés, Or c'est Népal qui les lui fournit.
Les habitants sont d’origine chinoise et tartare et professent les doctrines de Bouddha.
L'histoire de ce pays, si peu connu malgré le voisinage de l'Inde, peut servir à constater l'étendue de l'influence et de la puissance de la Chine. A la fin du siècle dernier, les Népalais étaient en guerre avec l'Empire Céleste. Une armée chinoise passa des défilés hauts de seize mille pieds, par conséquent les plus hauts de la terre, et vint camper à une vingtaine de milles de Katamandou, la capitale du pays. Les Népalais conclurent une paix ignominieuse. En 1814 des hostilités éclatèrent entre ces montagnards et des troupes de la Compagnie de l'Inde, qui avancèrent jusqu’à trois journées de marche de la capitale. Une paix fut conclue, mais Népal n'ac-
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