LES PALAIS DE L'ALHAMBBA
La Cour deê Myrteê, — Le palais de Charles Qaint. — La Cour de» Liont. — Les salles des Abenoerages et des Favorites. — La salle des Ambassadeurs et Christophe Colomb.
Je crois vous l'avoir dit, on comprend sous le nom d'Alhambra, et la citadelle, et les palais qu'elle renferme. Aujourd'hui, ce sont les palais uniquement que je vous invite à visiter avec moi.
Nous entrons d'abord dans la Cour des Myrtes, ainsi nommée à cause des haies qui en divisent le parterre. Au milieu dort une grande pièce d'eau, où viennent se refléter les colonnes, les arceaux, les merveilleuses dentelles de stuc, les coupoles, et les hautes tours crénelées qui veillent comme des sentinelles sur cet écrin de bijoux.
Un promenoir admirable court autour du parterre, comme ceux des cloîtres, mais dans un style tout autre. Ici point d'austérité, ni de grandeur, mais des beautés, des délicatesses, des séductions d'architecture et de ciselure. Tout semble fait pour plaire, sourire, charmer, . inviter à la jouissance.
Les colonnes sont si finement taillées, et les chapitaux tellement fouillés qu'on en ferait des joujoux. Les
ciselures des arceaux forment un brocart si délicat que les femmes s'en couvriraient volontiers les épaules, comme de la plus admirable mantille. Il y a des coupoles si mignonnes, si jolies, si finement ouvragées et brodées, si admirablement peintes qu'elles pourraient servir d'ornement à la plus belle tête d'Ândalouse.
En faisant le tour de la Cour des Myrtes, par la droite, nous arrivons d'abord à une large porte qui conduisait jadis au palais d'hiver des rois maures. Malheureusement, les artistes de Charles-Quint ont eu la malencontreuse idée de détruire ce chef-d'œuvre, pour y élever un vaste palais dans le style de la Renaissance, et cette contraction massive, et sans élégance, est restée inachevée. C'est maintenant une ruine disgracieuse dont les quatre murs font l'effet d'un édifice incendié.
Plus loin, toujours à droite, nous entrons sous une petite arcade délicieuse, attirés par l'admirable perspective qui se déroule au-delà, et, après quelques pas, nous poussons des cris d'enthousiasme : nous sommes dans la Cour des Lions,
C'est la merveille de ce monde de merveilles. Rien ne peut rendre la beauté de la colonnade, le luxe des ornements, le fini des détails, la symétrie des lignes, le charme des perspectives.
Quelle grâce et quelle légèreté dans ces arcades ! Quelle élégance et quelle harmonie dans ces coupoles ! Quelle originalité et quels caprices dans ces dessins ! Quel art dans cetensemble d'ornements composés d'inscriptions arabes tirées du Coran ! Car les murs et les voûtes de l'Alhambra sont couverts de six mille six cent soixante six textes de l'œuvre de Mahomet.
Ce n'est pas la majesté, ni Télévation de Tart gothique. Ce n'est ni la régularité de l'art grec, ni l'étrangeté des formes égyptiennes. C'est un art oriental nouveau, ayant sa propre originalité, et ses règles propres.
Sans doute, il s'est révélé à Fez, à Tunis, au Caire, à Constantinople, et il y a produit des œuvres monumentales. Mais c'est ici, sous le beau ciel de l'Andalousie, au soulfle des brises embauyiées qui descendent des Sierras, parmi les palmiers qui courbent leurs grands éventails, c'est ici que l'art d'Islam a donné la mesure de sa force, et produit son plus beau joyau.
A chaque extrémité de la Cour des Lions s'avance un pavillon, formé de colonnes qui supportent une coupole, et ces colonnes, comme celles qui s'alignent autour du promenoir, sont tantôt géminées, tantôt isolées, et tantôt groupées de manière à former une perspective enchanteresse. Les arceaux, découpés comme une dentelle, sont de dimensions et de formes différentes ; les dessins des ornements sont variés à l'infini ; les plafonds sont sculptés et peints avec une exubérante richesse. Mais les coupoles sont peut-être ce qu'il y a de plus beau.
Tantôt coniques, tantôt pyramidales, octogones ou hexagones, imitant ici une orange, et là l'écorce de l'ananas, elles sont creusées, bosselées, fleuries, ciselées, coloriées et dorées.
Supposez un petit peuplier lombard très feuillu, couvert de givre et de glace ; imaginez les rayons du soleil jouant dans ces prismes mobiles, et y multipliant à l'infini toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, et vous pour-
re? peut-rêtre vqu$ faire ui^e ioaagQ cL^ ces grsiçieuses coupoles.
Sur Tua de$ côtés de la Cour des Lions^ s'otivre la salle des Abencerages, et sur l'autre,. la, salle des. deux Sœurs, ou des Favorites. Dans la première eut lieu, /suivant une légende que plusieurs historiens ont acceptée comme un fait historique, le, massacre des malh^ureUX; Abenqerages au nombre de trent^e six, et l'on nous montra encoiie^ le pavé de piarbre que Ton droit taché de; sang* mais qui en réalit;^i .^n'efit que rouillé- .Daws la sQçoijLde, ont dû s'accomplir bi?»: des événements, moins i^anglaut? mais . plus romanei^ques ji^uoore, Car c'est là que les sultanes ei;idormaiçnt leurs rêveries, et se penchaient aux balcons 4e liçurs xpiarajiors, pour aspirer les parfums des orangers en flwrs, , D'autres arcades nous introduisent dans la- s^Jle.dçs Ambassadeur^^ spacieuse et non, moins, privée quçi les autr<?s. Mais ici un souvenir historique absprbe no^re Mtention, et ce n'est pas sans émQtiQn.que, nous, nom reportons à l'époque des mémorables événeipentç. que cette salle^ nous rappeUe* : , i ; » j > :
C'était en l'année 149.2. G-onzalve de Cordoue venait .enfin, d'expulser définitivement, les Maigres de l'Espagne, et les rois catholiques avaient remplacé les Musulmans dans les somptueuses demeures de l'Alhambra. Ferdinand et Isabelle avaient réuni leur cour dan? cette salle, et donnaient audience à un, ambassadeur d'un nouveau genre. Car l'ambassade qu'il soUicitaitideyait le conduire vers un ps^ys que personne ne . connaissait ^aae-Qre^'^t dont l'eixistence était même prpblèpii9iiiiqi;ie.
Il sp .ûonipiait . Ot^Tistpp ; Cplojul), .^t . c'es^ , (Jaq^ cette salle qu'après ravoir. en J^eJlâ^, le rpiet la JçeÎAe. d'Espagne li:^i^repai^^njtjeu^u^tjC)îUs les , pouvoirs q^'il demandait^.pQU|r le, Df^pn^e iijLcpmxu. qu'il; allait ouvrir à lai civil;§^tiott .G>i;étieune. . I ^ ., , ;,: ., . . . .
Il fdeviçijLdriait i?^çtidi,e^qc de, pous^r pl.\is lotinU 4e8criptipi^j.de .t.9^t.ej^ |ies, be^autés de J'^thanjLJt)^^ chaque tour eu contient de nouvelle, et leur énumération seule serait un. long trayail. ,
Q^'il m^ suffise d'ajouter qu'à l'iuterieur de ces to^rs, dont l'extérieur a l'aspect sévère et formidable de forteresses.il y a. des. boudoirs où tout invite au plaisir et à l'amour. L'art mauresque y a prodigué des ornements et deç. |dépojrs^ qui oijit quelque chose du irêye^. , , ^ .
O'^pt idéal, ifajita^tiquei, féeriq]:|.e, CQUi^me > les vision,^ que,.f^oiY^ei^t ..aypjr.le^ fumeurs ,4? . ^^ifj et. l,çs>uveurs d'Qi)ijim,^ ^.. .; .. .. ' :. ;. . . .,:... . ; , .::, ,. ,, ;
La^ çyimi^trie ei} jè^.t sensible, mais à p^ine vi^b|e, tant le mouvement donne de variété et 4e, grâce à pçs^li^Jaes capricieuses et légères.
Les formes sont réelles, et cependant l'on croirait que c'est une illusion d'optique qui déroule ses jeux fantaisistes dans une lumière voilée, et que tout cela va s'évanouir quand apparaîtra la réalité.
Quel magique coup d'œil devaient donc offrir ces palais quand les sultanes animaient leurs splendeurs, et variaient leurs perspectives, quand des eaux parfumées jaillissaient de toutes ces fontaines, quand les fleurs ornaient ces niches, quand des tentures de soie
aux couleurs variées encadraient ces portes, et tamisaient la lumière qui descendait des coupoles !
C'est alors qu'il fallait voir la salle de la Baraka^ ou bénédiction, et celle de las dos Hermanas, ou des Deux- Sœurs, et le cabinet de Lindaraja, la sultane favorite, et le mirador de la Reinay et tout ce monde de merveilles.
Aujourd'hui, tout cela s'en va en ruines ; mais que ces ruines sont belles ! si belles que les artistes font le voyage d'Espagne uniquement pour les voir.
Les murs du mirador qu'a habité la reine Isabelle, après la conquête de Q-renade, sont couverts des noms des visiteurs, et l'on y voit ceux de Chateaubriand, de Byron et de Victor Hugo.
Washington Irving a vécu pendant deux ans dans le bas d'une des tours, et c'est là qu'il a écrit ses beaux ouvrages sur l'Alhambra et la conquête de Q-renade.
Voici la nuit ; arrachons-nous de ce séjour enchanté, et demain nous irons visiter comme contraste les habitations des G-itanos.