‹ A travers l'Espagne: lettres de voyageChapitre 9 sur 38 · C50RD0UE · texte numérisé non relu

C50RD0UE

Les plaines de la Manche. — Le paradin des Maures. — Abd-ENRabman III — L» ville des palais. — Le fameux Almanzor. — Les jardins de l' A Jcazar. — ^L* ancienne Cordoue. — Rues et patios, ^

En allant de Madrid à Cordoue, nous traversons les plaines désertes de la Manche, que les exploits de Don Quichotte ont illustrées. Les gens du pays croient aussi fermement au chevalier de la Triste-Figure qu'au grand capitaine Gonzalve de Cordoue.

C'est à la station d'Argamasilla que l'on garde surtout le souvenir du héros. Quelques familles du village prétendent même descendre du barbier, ou du gentilhomme au caban vert. On affirme que la venta de Quesada est l'hôtellerie où Don Quichotte fit sa veillée des armes, et les moulins à vent de Criptaua sont ceux qu'il combattit avec un courage digne d'un meilleur sort. On sait que s'ils existent encore ce ne fut pas la faute du grand chevalier.

Nous dépassons Manzanarès, qui est une oasis au milieu de ce désert, et le val de Penas célèbre par ses vins. La voie monte lentement les pentes de la Sierra Morena. Les gorges de la montagne se rétrécissent, les rochers sont déchirés et prennent des formes bizarres.

Enfin le point culminant de la Sierra est derrière nous, et nous descendons rapidement vers la vallée du Q-uadalquivir. Nous passons près de Tolosa, illustrée par une grande victore des chrétiens sur les musulmans.

Le climat et l'aspect du pays ont changé : c'est l'Andalousie avec sa douce température, sa riche végétation, et son firmament plein de soleil. Les haies d'aloès bordent lés grandes routes, et les oliviers couvrent les collines de leur sombre manteau vert. Longtemps nous longeons les bords du Gruadalquivir que dominent tantôt un village ou une petite ville , tantôt les ruines d'un château mauresque, et. nous arrivons enfin à * Cordoue.

Voilà bien le paradis que les Maures s'étaient choisi, et dont ils avaient fait le siège de leur empire d'Occident. Avant eux, les Romains et les Groths y avaient aussi voulu asseoir leur domination. Mais tous ces peuples ont passé, et leur souvenir n'y vit que dans les ruines. Seul, le ciel est resté le même avec son immuable sérénité, et sur les cendres des palais et des temples le soleil fait fleurir l'oranger.

Des haies de cactus gigantesques bordent les chemins. Les eucalyptus, les bambous, les cyprès ombragent les jardins, et les orangers y laissent pendre leurs fruits d'or.

On ne peut rien imaginer de plus riant et de plus gracieux que les jardins de l'Alcazar, dont l'éternelle jeunesse offre un si frappant contraste avec les ruines qui l'entourent. Du célèbre palais que les Romains avaient élevé, et que les rois Maures avaient rebâti

dans leur style oriental, il ne reste plus que quelques débris, à peine digues d'attention. Quelques pans de murs qui croulent, quelques colonnes brisées, et quelques blocs de pierre jonchant le sol, voilà tout ce qui est resté de ces splendides demeures où vécurent le puissant Almanzor, et le grand Abd-el-Rhaman III.

Ce dernier fut Tun des plus illustres califes de Cordoue, et pendant la paix il favorisait le culte des arts. A quelques milles de Cordoue, sur les bords du Gruadalquivir, il fit même bâtir toute une ville de palais qui fut nommée Medina-al-Zarah, ville de la 'fleur, et dont les splendeurs étaient telles que Ton croit rêver en en lisant la description.

Voici les détails que je recueille dans un historien de l'Espagne :

" Le palais que Abd-el-Rhaman III y fit élever était assez grand pour loger toute sa cour avec une garde de 12,000 cavaliers. Il était couvert de toits dorés, et soutenu par quatre mille trois cents colonnes des marbres les plus précieux. Le pavé, les murs étaient de jaspe, ou de ce stuc de couleur éclatante dont quelques monuments arabes conservent encore des restes admirables, mais dont le secret semble perdu. Le bois de cèdre était le seul qui eut été employé dans la construction. Les plafonds étaient peints d'or et d'azur, ornés d'arabesques en relief et de ciselures du travail le plus délicat Un jardin délicieux, où croissaient toutes les plantes du monde connu, entourait cette magnifique demeure. Parmi les pavillons de marbre et d'albâtre dont il était embelli, on distinguent le pavillon où Abdel-Rhaman venait se reposer des fatigues de la chasse.

** Il était formé par une galerie circulaire de colonnes de marbre blanc, surmontées de chapiteaux dorés. Les portes étaient d'ébène et d'olivier. Du milieu d'une conque de porphyre s'élançait un jet de vif argent, qui en retombant, reflétait les rayons du soleil, et jetait des éclairs dont l'œil avait peine à soutenir l'éclat.

" Dans presque foutes les salles il y avait des fontaines et des bassins de marbre ou de jaspe. On voyait dans la salle qu'on appelait du califat, une conque du plus beau jaspe remplie d'eau, au milieu de laquelle était un cygne d'or d'un travail admirable "

Un tel palais devait être féerique, et s'il n'était pas décrit dans presque tous les historiens, on serait tenté

de le regarder comme une invention due à la brillante

imagination des orientaux.

Abd-el-Ehaman III mourut à l'âge de soixante douze ans, et laissa sur le trône son fils El-Hakem, alors âgé de quarante sept ans.

Ce calife fut moins belliqueux que son père. Il favorisa l'agriculture et les lettres, et mourut après quinze années d'un règne pacifique et glorieux.

Son fils, âgé de dix ans, fut proclamé émir ; mais il n'eut toujours que le titre de souverain et n'en exerça jamais la puissance. Mohammed-ben-Abi-Ahmer fut nommé ha(ffeb,^o\x vice-roi, et ce fut lui qui gouverna réellement avec un éclat et une puissance, dont on retrouve les souvenirs dans le romancero espagnol.

Il y est toujours désigné sous le nom d'Almanzor, ou El'Mansour, le Victorieux Car il fut surtout un grand homme de guerre, et son règne fut terrible pour les chrétiens.

Personne n'ignore qne le caractère de l'islamisme était essentiellement militant, qu'il a dû au cimeterre toutes ses conquêtes, et que le coran promettait le paradis à tous les guerriers qui combattaient contre le nom chrétien.

Mohammed-El-Mansour fut sous ce rapport une des gloires de l'Islamisme, et Ton assure qu'il fit contre les chrétiens cinquante deux expéditions.

Convaincu que le chemin de la guerre est le chemin de Dieu, et que,- suivant un verset du Coran " celui dont les pieds se couvrent de poussière dans le chemin de Dieu est préservé du feu éternel," Almanzor avait pris dans ses expéditions une étrange habitude.

Il faisait secouer avec beaucoup de soin, chaque fois qu'il revenait du champ de bataille à sa tente, 'la poussière qui couvrait ses habits et la recueillait dans une cassette, afin qu'à l'heure de sa mort on couvrît son corps de cette poussière dans son tombeau. Cette cassette l'accompagnait dans toutes ses campagnes, et quand il mourut des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Calatanazor, et du chagrin d'avoir été vaincu, on l'enterra avec ses vêtements, et on le couvrit de la poussière recueillie dans ses nombreuses batailles.

On a amplifié la vie et la mort de ce calife fameux de beaucoup de récits merveilleux. Ainsi l'on a raconté que le jour même de la bataille de Calataîlazor on entendit aux bords du Gruadalquivir un pêcheur qui déplorait dans des chants lamentables, tantôt arabes, tantôt espagnols, les désastres d' Almanzor. Mais quand ou s'approchait de ce pêcheur il disparaissait, ce qui a fait

— TVdire à un historien espagnol que c'était le démon qui se désolait de rabaissement de Tlslamisme.

Ce qui est certain c'est que la décadence de Tlslamisme en Espagne a commencé réellement après la mort d'Almanzor, d'abord par les dissensions entre les prince musulmans et ensuite par les hauts-faits des chevaliers chrétiens. C'était l'époque où le Cid allait remplir l'Espagne de sa gloire.

Tous ces souvenirs d'une époque, où les grands califes de Cordoue étaient encore puissants et riches, forment un contraste saisissant avec les débris et les ruines, que nous avons maintenant sous les yeux.

Puissance et fortune, trônes et couronnes, armées innombrables et somptueux Alcazars, tout a péri ; et les blocs de marbre et les cendres des émirs sont aujourd'hui confondus dans la même poussière.

Seuls les jardins sont toujours féeriques, et justifient le chant du roi Alphonse de Castille dans la Favorite :

" Jardins de TAIoazar, délices des rois Maures, Que j'aime à promener sous vos vieux sycomores

Les rêves amoureux dont s'enivre mon cœur ! "

Et cependant, Abd-El-Rahman III, qui avait eu cinquante ans de gloire et de succès, écrivait ici avant de mourir que, pendant ce long règne, il n'avait eu que quatorze jours de bonheur ! Que de pauvres diables en ont davantage !

Il fut un temps, où de la terrasse de ce palais, le roi musulman, regardant au delà du fleuve, y apercevait des chrétiens pendus à des poteaux. Quand ce spectacle l'importunait il les faisait brûler.

C'était en 860, et la persécution dura trois ans. Elle commença par saint Parfait, et finit par saint Euloge. Des vieillards, des jeunes gens, des vierges lassèrent la cruauté des persécuteurs.

Aujourd'hui, rien n'est plus calme et solitaire que ce coin de Cordoue, et le fleuve que les Romains appelaient le Bœtis, et que les Arabes nommèrent Ouad-al-Quebir, y fait toujours entendre ses plaintes monotones.

Mais les rivages sont toujours souriants, et parmi les orangers, les citronniers et les grenadiers chargés de fruits, jaillissent toujours les fontaines et gazouillent les jets d'eau.

On assure que Cordoue comptait jadis deux cent mille maisons, quatre-vingt mille palais, neuf cents bains, et avait douze mille villages pour faubourgs. Les Arabes y avaient construit sept cents mosquées, une foule de marchés, de bazars et d'hôtelleries.

Il y a sans doute de l'exagération dans ces chiffres ; mais il est certain que la Cordoue actuelle ne peut plus donner aucune idée de son ancienne splendeur. Ce qu'elle a conservé, c'est le caractère oriental de ses constructions, sa merveilleuse mosquée convertie en cathédrale, et quelques pans de murailles percées de portes monumentales, et flanquées de tours sarraslnes, chrétiennes, et arabes, qui faisaient partie de ses anciennes fortifications. Un vieux pont de pierre remonte même jusqu'à l'époque romaine, et mérite l'attention de l'antiquaire. L'on y arrive par une grande porte à colonnes, et il se termine par une forteresse crénelée, nommée la Carrahola.

Les rues de la ville sont étroites et tortueuses, et daus les vieux quartiers Ton ne pourrait pas circuler en voiture. Aussi n'y rencontrons-nous que des piétons et de petits ânes. Quand ces derniers sont bâtés de paniers, il faut se ranger le long des murs pour leur donner l'espace suffisant. Ces excellentes bêtes de somme font ici tous les transports, et je crois qu'elles font partie de la famille ; car j'en ai vu qui entraient sans cérémonie dans les maisons.

De chaque coté de la rue se dressent de hautes murailles, badigeonnées de jaune ou de blanc, percées de très rares fenêtres grillées, et je crus d'abord que nous errions dans un quartier inhabité. Eien ne semblait devoir jamais troubler la solitude et le silence dans ces ruelles profondes, qui ressemblent aux corridors d'une catacombe.

Mais bientôt la vie intérieure de cette ruche humaine se révéla. C'était le matin ; les portes s'ouvrirent, et à travers de jolies grilles peintes,nous aperçûmes les patios, qui font l'effet d'apparitions lumineuses. Il semble que l'on se promène dans un purgatoire, et que l'on a, de distance en distance, des échappées de vue sur un coin du ciel.

Il y a une grande variété de patios^ mais la plupart sont des cours intérieures, pavées en marbre ou en mosaïque, entourées d'un promenoir à arcades et à colonnes comme les cloîtres, ornées de fleurs, de peintures, ou de statues, et rafraîchies par un jet d'eau qui murmure dans une vasque de marbre. Les promenoirs sont souvent à double étage, avec des colonnades de

— gomarbre vraiment artistiques, et parfois même il y a deux ou trois patios, ouvrant les uns sur les autres et présentant la plus admirable perspective. La lumière y descend à flots. L'hiver, un toit de verre les protège contre la pluie et le froid, et Tété une tenture de toile les abrite contre le soleil.

C'est après une course intéressante dans ce coin d'orient que nous arrivons à la fameuse mosquée.

LA MOSQUÉE DK COBDOUE

La Meoque Occidentale — Forêt de marbre — (ïonzalve de Oordoue — L'ar.t mauresque et l'art chrétien.

Voilà le monument religieux par excellence de l'Islamisme. Elle fut pour les musulmans d'Occident ce qu'est Saint-Pierre du Vatican pour les catholiques du monde, et l'art mauresque n'a jamais élevé un plus beau temple à la gloire d'Allah !

Une grande enceinte couronnée de créneaux arabes, et à l'angle do laquelle se dresse une tour carrée assez bizarre qui domine toute la ville, voilà tout ce que nous apercevons d'abord.

Une première porte nous conduit dans une orangerie géante, dont les arbres sont contemporains des rois maures, dit-on. On y faisait en ce moment la récolte

des oranges, et il y en avait un monceau sous l'arcade de la grande tour.

Une seconde porte nous fait enfin pénétrer dans la mosquée, et nous nous arrêtons sur le seuil, émerveillés du spectacle qu'elle présente. C'est immense, et cela ne ressemble à rien de ce que nous avons vu jusqu'ici.

Tous les voyageurs ont comparé à une forêt de marbre cette colonnade étonnante de la mosquée de Oordoue.

C'est qu'en effet cette impression est irrésistible, et que la comparaison est absolument vraie. Mais il me semble qu'elle serait plus fidèle encore, si l'on ajoutait que les arbres qui la composent sont des palmiers.

Supposez donc une enceinte, large de quatre cent vingt pieds et longue de quatre cent quarante, plantée de palmiers symétriquement alignés, et assez rapprochés pour que leurs palmes se rejoignent et forment des arcs ; supposez que les troncs de ces palmiers soient de marbre, de jaspe, de porphyre, de brèche violette et verte, et forment des allées qui s'étendent à perte de vue dans toutes les directions ; supposez enfin que les palmes, formant les arceaux, soient alternativement blanches et roses, et s'entrelacent à deux rangs superposés, et vous aurez une idée encore imparfaite de cette étrange architecture.

C'est au centre de cette immense futaie qui contenait, dit-on, 1200 colonnes que l'on a construit la cathédrale ; et tout le monde s'accorde à dire que ce fut une faute, car ce bloc de pierre brise l'unité du monument, et détruit en grande partie l'incomparable beauté de ses perspectives. Mais d'autre part il faut reconnaître que c'est l'église qui a sauvé la mosquée de la destruction. Après l'expulsion des Maures, en effet, presque toutes les mosquées qui couvraient l'Andalousie ont été détruites par le zèle exagéré des chrétiens ; mais la mosquée de Cordoue fut sauvée parce qu'on en fit le vestibule colossal d'une église catholique.

Quand on parcourt les trente six nefs formées par les colonnes de la mosquée, et que l'on aperçoit au milieu

— sale dôme de la cathédrale qui les domine à une hauteur immense, Ton ne peut s'empêcher d'y voir une image monumentale de la victoire définitive du Christianisme sur Islam. Il semble que les colonnes musulmanes sont rangées en adoration autour du Christ, et qu'elles le reconnaissent pour le seul Dieu vivant.

C'est une grande idée que les rois maures avaient conçue, quand ils élevèrent à la gloire de leur religion ce prodigieux édifice. Il est évident qu'ils croyaient bien établi pour toujours leur empire en Occident, et qu'en vue de l'avenir ils voulaient fonder une Mecque occidentale, qui deviendrait un lieu de pèlerinage pour tous les fils de Mahomet, et qui entretiendrait leur fanatisme religieux dans son ardeur primitive.

Mais pendant qu'ils rêvaient encore l'éternité de leur pouvoir, un faible enfant naissait à quelques pas de la mosquée, et c'est à lui que le Christ avait confié la mission de mettre fin, avec sa glorieuse épée, à cette domination d'Islam, qui était un opprobre pour la civilisation chrétienne en Occident.

O Gronzalve de Cordoue, ta ville natale vit encore de ta gloire, et elle lui suffit. Elle a produit bien d'autres hommes illustres, de Sénèque et Saint Euloge à Morales, mais c'est de toi surtout qu'elle se souvient et s'enorgueillit. Partout, je vois des rues, des hôtels, des cafés, des boutiques que l'on désigne sous le vocable de " grand capitaine^ On n'a pas besoin de te nommer ; car pour les habitants des Espagnes il n'y a eu qu'un grand capitaine au monde, et c'est toi, Q-onzalve de Cordoue !

Il y a un contraste frappant entre Tarchitecture mauresque et la chrétienne. J'en ai été saisi en visitant la mosquée, et plus tard, à Q-renade, il s'est encore accentué dans mon esprit lorsque j'ai vu T Alhambra. C'est que l'art mauresque manque d'élévation, dans le sens même matériel du mot.

Il fait des salles et des cours qui sont des bijoux, des palais qui sont des paradis, des temples qui ont une superficie immense, mais il ne fait rien d'élevé. Il ne lance pas dans les cieux, comme l'art chrétien, ses colonnes, ses arceaux, ses voûtes, ses coupoles et ses flèches.

Sans doute, la mosquée de Cordoue est une merveille ; mais les colonnes manquent de hauteur, les arcs sont bas, et la voûte vous écrase comme un plafond. C'est un promenoir splendide, mais qui ne charme vos yeux que si vous regardez droit devant vous. N'élevez pas vos regards, car le charme serait rompu.

Ah ! Comme j'aime bien mieux ces faisceaux de colonnes fuseléee, qui soulèvent des arcs en ogive et des voûtes élancées à une hauteur immense ! Comme j'aime ces dômes aériens qui semblent être la coupole même des cieux, et d'où les rayons du soleil descendent comme des flèches d'amour !

Sans doute, l'homme se sent encore misérable dans nos temples ; mais quand il lève les yeux, son regard plane dans les hauteurs, et son âme s'envole vers Tlnfini. Les peintures qu'il contemple, les attitudes des statues qui l'entourent, les flèches qui s'élancent au-dessus de sa tête et vont se perdre dans la nue, tout lui parle de ce monde supérieur où tendent ses immortelles espérances.

La mosquée n'a rien de tout cela ; elle déroule à perte de vue l'admirable perspective de sa colonnade, mais elle rampe. Elle ne se détache pas de terre, et ne manifeste aucun effort pour s'élever.

L'art musulman ignore, du reste, la peinture et la statuaire. Que dis-je ? Elles lui sont interdites. Car le Koran lui dit :

O croyants ! les statues sont une abomination inventée par Satan !

Pendant que je faisais ces réflexions, un train omnibus (il n'y en a pas d'autres dans cette partie de l'Espagne) m'emportait vers Grenade, et faisait courageusement ses dix ou douze milles à l'heure. Les chevaux du Prophète allaient plus vite, quand ils couraient à la guerre sainte.

Le soleil s'était enveloppé de nuages gris, comme un Marabout dans sa gandoura. Il pleuvait. Mais nous traversions le pays le plus pittoresqe et le plus fertile du inonde. Les vignes couvraient les flancs des collines, les oliviers en couronnaient les sommets, les aloèsetles figuiers de Barbarie tapissaient les rochers, et les oranges brillaient comme des bijoux d'or dans la verdure des bosquets.

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