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plus belie du monde peut-être. Comment vous exprimer dans une simple lettre écrite à la hâte, sur un coin de table d’une chambre d’hôtel, toute mon admiration pour les nombreux chefs d'œuvre entassés dans cet immense musée ? Comment vous dire ce que l’on éprouve, quand on a devant soi les œuvres immortelles de génies tels que Murillo et Raphaël, Velasquez et Rubens, Ribera et Titien ? Car ici toutes les écoles sont représentées, les écoles de Rome, de Venise et des Flandres, comme celles de l'Espagne. Non, je ne puis pas même effleurer les contours d’une pareille étude.
Après le musée, deux choses m'ont plu à Madrid, ce sont les promenades publiques et /’Armeria.
Le Prado, le Buen Retiro, et les jardins du Palais renferment des parterres, des massifs de verdure, des charmilles et des pièces d’eau très bien entretenues. Le grand étang du Buen Retiro offre tous les charmes d’une navigation paisible, à la rame, à la voile et même à la vapeur ; car deux bateaux-mouches à hélices le sillonnent.
Mais ce qui m'a charmé, je puis dire ému, c’est le musée des armes. Il est beaucoup moins grand que celui de la Tour de Londres, mais bien plus intéressant. On ne saurait regarder d’un œil froid les armures de Charles-Quint et de Gonzalve de Cordoue. Il y a là des épées qui jettent des éclairs, et qui réveillent dans l'âme tous les plus nobles sentiments.
Voyez cette lame pesante et large, enrichie &@c pierreries ; c’est celle du Cid ! Regardez cette autre qui se
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repose maintenant sur un coussin de velours : elle faisait jadis un dur travail dans les mains de Roland !
Et ces deux fines épées qui se ressemblent comme deux sœurs jumelles, et qui se racontent peut-être leurs exploits et leurs voyages lointains ; il fut un temps où | ceux qui les portaient se nommaient Fernand Cortez et : Pizarre ! Voici la rapière de Don Juan d'Autriche, et celle de Dom Jaime ! Sur ce lit de camp a souvent dormi Charles-Quint ! Et ce drapeau dechiré, dont les lambeaux pendert dans cette vitrine, vénérez-le comme une sainte relique ; car il fut vainqueur à la bataille de Lépante.
O noble Espagne ! Quand on a ton glorieux passé, il est bien permis de se reposer sur ses lauriers ; maïs il ne faut pas s’y endormir.
Pour qu’une nation soit vraiment puissante et glorieuse, il ne suffit pas qu’elle vive selon les vrais principes sociaux et religieux ; il faut qu’elle ne perde pas de vue les principes économiques et les intérêts matériels.
Sans doute les premiers sont plus importants, plus essentiels à la vie nationale ; mais les seconds ne doivent pas non plus être négligés.
C'est pour avoir mis en oubli cette doctrine, que l'Espagne a vu décroître sa grandeur et sa puissance, de Charles Quint à Charles IT, l’Augustule de sa race, dit Donoso Cortès.
Mais cette belle nation s'est réveillée depuis, et ses | nobles enfants travaillent à l'agrandissement de sa |
prospérité, de sa puissance et de sa gloire.
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Sans doute elle n'a plus les preux chevaliers, les illustres marins, et les grands conquérants d'autrefois, Mais les temps sont changés, et il ne reste plus de Maures à expulser, ni de continents à découvrir.
Il lui suffit maintenant de produire des hommes
d'Etat, des théologiens, d’illustres évêques, des écrivains,
des orateurs, des poêtes ; et il y en a parmi les contemporains dont elle a droit d’être fière.