‹ A travers l'Espagne [microforme]Chapitre 16 sur 85 · DL · texte numérisé non relu

DL

—Un ami qui ne se trompe pas.

—Cet ami me dit, à moi, que je “v puis plaire; je suis

si triste !

—Et moi je suis si gaie que je ne devrais pas plaire à celui qui ne l’est pas.

—Plût à Dieu qu'il en fût ainsi !

k —Moi je ne le voudrais pas!

Fe 2 —Alors vous voulez me plaire ?

—Est-ce que les étoiles n'aiment pas à briller ?

—Vous voulez être mon étoile ?

— Je ne veux rien, mais je suis ce que je suis.

— Non, je ne veux pas vous choisir sans que vous y consentiez.

; —Le consentement ne se demande pas ; il se mérite.

—Comment ?

—Cela ne se dit pas, cela se devine. ”

“ Ils arrivèrent. ” Il y a, dit Diégo, très ému, une fenêtre dans la cour de l'oncle Blas qui donne dans la petite rue; l’ouvrirez-vous ?

—Nous verrons.

—Rien qu'une espérance ?

—Voyez-donc, il n’est pas content! dit Pastora en sautant de cheval. Merci, Diégo. Il faut avouer que votre cheval marche bien.

—Beaucoup trop vite, Pastora. ”

“ Pastora le salua de la main, et entra en courant dans la maison.

“ Diégo s’éloigna, emportant le ciel dans son cœur. ”

| VII En TOLÈDE

En route.—Le palais Galiana.—Tolède et son histoire.—[Le Tage.—Les monuments. — L’Alcazar, — La cathédrale. — Les rues — San Juan de los Reys. —

Ximénès.—Santa Maria la Blanca.—Don Quichotte.

La plus ravissante excursion que l’on puisse faire pendant un séjour à Madrid est d'aller visiter Tolède, qui est située en dehors des grandes lignes de chemins

de fer. J’en arrive, et je suis dans l’enchantement. Nous sommes partis ce matin de très bonne heure.

La journée promettait d’être splendide, et pendant | qu’un fiacre nous emportait rapidement dans l'avenue (l plantée d'arbres que les madrilènes ont si bien nommée

| las Delicias, nous vîimes le soleil s'élever lentement El comme un ballon de feu dans les vapeurs du matin. 3 d 4. Il faisait froid, mais sec ; et dans l’immensité de l’azur

| à j céleste, de petits nuages roses flottaient légèrement, . | | comme des épaves sur les flots bleus. La voie ferrée F 1 [L traversait une vaste plaine, bien cultivée mais sans à 1 Ë arbres ni maisons, et l’on se serait cru dans un désert. d | {| Ce qui ajoutait à l'illusion, c'est que j'apercevais à G | l l'horizon lointain de lourdes charettes trainées par huit

| | | ou dix mulets, marchant à la file et ressemblant à des À D | ! caravanes. À

Le train cheminait assez lentement pour éprouver rudement notre patience. Mais voici qu’enfin il traverse un petit fleuve verdâtre, c’est le Tage. La campagne change un peu d'aspect. Quelques bouquets d'arbres apparaissent aux bords du fleuve, et sur notre droite se dessinent bientôt les ruines d’un vieux château, que l’on appelle encore le palais Galiana.

Qu'est-ce donc que cette ruine qui dresse encore aux bords du Tage deux tours couronnées de créneaux, et des murs jaunis que le temps a ébrèchés ? Ecoutez ce que répond la légende. Là vécut jadis le roi Gralafro, avec sa fille Graliana, éblouissante de beauté. Charlemagne encore jeune y vint, et fut épris d'elle; mais il rencontra un rival dans un roi maure géant qui le provoqua en duel. Charlemagne sortit vainqueur du combat, convertit Galiana au christianisme, et l’épousa. Les Tolédans croient à ce roman.

Encore-quelques tours de roues, dans autant de minutes, et nous apercevrons Tolède, couronne monumentale placée sur une montagne de calcaire.

Sur le bord des rochers taillés à pic s’écroulent ses antiques fortifications et ses vieux châteaux. Toutes ces ruines sont suspendues sur nos têtes à une hauteur énorme, découpant sur le ciel bleu leurs silhouettes déchirées et leurs teintes brunes et fauves. Au temps de sa gloire, Tolède était la capitale du royaume des Goths, et comptait plus de 200,000 habitants.

Elle était une des villes les plus anciennes de l'Espagne, et fut le siège d’un grand nombre de Conciles pendant les sixième et septième siècles,

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