ASSOCIATION
des Greniers Coopératifs à Monor
L Elablissemenl coopératif de Monor couvre une superficie de 18.600 « klaflers i carrés (80.000 mètres carrés environ). Il avait été construit à l'origine pour servir de minoterie d’exportation, à laquelle une boulangerie devait être
allachée. Un grand terrain, qui touche aux bâtiments, lait partie de la propriété et peut loger 9.000 porcs.
L Institut central de crédit, aidé par M. ïgnalius Daranyi, l’ancien ministre de I Agi iculture, avait fait l’acquisition de cette propriété dans un but coopératif, lorsque la minoterie fut détruite par un incendie. Les bâtiments appartiennent, maintenant, a 1 Association des Greniers coopératifs. Us ont été reconstruits et peuvent contenir de 25.000 h 30.000 quintaux métriques de lârines et de grains. Ils sont situés dans le voisinage de la gare des chemins de fer à laquelle ils sont réunis pai un embranchement. La Société a été créée en 1902 ; elle emmagasine et vend les grains de ses membres et avance aussi de l’argent sur la garantie des grains emmagasinés jusqu à concurrence de 66 Yo de leur valeur. La Société fait aussi des avances sur les récoltes sur pied jusqu a concurrence de 50 % de leur valeur. L Association coopérative de crédit occupe une partie des bâtiments. Une Société coopérative pour la vente des fruits, du vin et de la volaille, qui est actuellement en voie de formation, doit aussi être logée dans les locaux.
Lun de nos compagnons de voyage (1), a décrit comme suit notre visite aux Greniers Coopératifs de Monor:
(1) A. (le Foatgalland. — « Sixième Congrès de l’Alliance Coopérative internationale de Buda- Pesth. (5-8 septembre 1904). »— Société des Agriculteurs de France, 8, rue d’Athènes, Paris.
Nous étions fort désireux de visiter rEtablissement Coopératif de Alonor, pour compléter notre étude sur la Coopération agricole, dont le Crédit central et la Hangya formaient la base. A notre arrivée à Alonor, par train spécial, les Congressistes, à la tête desquels on nous avait placés, le comte de Rocquigny et moi, comme représentants de la France, furent reçus par une énorme foule villageoise au son des violons tziganes. Pour nous faire honneur les jeunes filles avaient revêtu le costume hongrois. Nous pénétrons dans le jardin de 1 Etablissement où le directeur nous harangue en français. Le comte Joseph de Hajos, Chambellan royal, Vice-Président de la Société Centrale de Crédit, nous sert de guide et nous voyons successivement les bureaux où les livres de comptabilité sont ouverts, puis les greniers immenses qui peuvent contenir 30.000 quintaux métriques de farine ou de grains. Ils sont pleins de blé, d’avoine ou de seigle. Les grains sont parfaitement appropriés et dans un état très favorable à la vente. Chaque case porte un numéro d ordre, de telle sorte qu’aucune confusion ne soit possible entre les propriétaires qui viennent y déposer leurs grains.
La rétribution perçue pour les grains est de six centimes par 100 kilogrammes, plus trois centimes d assurance, au total 9 centimes par année. Les magasins sont reliés au chemin de fer par un embranchement spécial.
En quittant les greniers, nous pénétrons dans une grande salle où l’on a réuni tous les produits agricoles de la saison : fruits, laitage, vin, miel. Il y a des fruits admirables, malgré la sécheresse ; il fauly goûter, car ils ont été apportés dans ce but : aussi les habitants des environs qui étaient venus en grand nombre ne se font-ils pas prier et, tout comme les Congressistes, ils mordent, à belles dents, dans les poires, melons, pastèques, en variant le plaisir avec d’appétissantes grappes de raisins. Un paysan s’approche, il nous présente son fils, en parlant français ! L’enfant s’exprime aussi fort bien, à notre grande surprise ; nous lui demandons comment il se fait qu’il parle notre langue. Il nous répond que dans son village, il y a plusieurs familles qui parlent français de père en fils, parce qu on aime la France en Hongrie, et que chaque semaine ces familles se réunissent pour causer et lire des publications françaises.
Peu d instants après, un jeune homme nous salue encore en français et confirme ce que I on vient de nous dire ; il nous sert de guide, pour continuer notre visite au dehors, pendant la dégustation des fruits exposés. Nous voyons sur la route les nombreux attelages qui ont amené les gens des environs ; il y en a de fort jolis ; et, pour compléter le tableau, des bohémiens, dont le campement est voisin, nous demandent l’aumône. Aussitôt un Hongrois s’approche pour les repousser et nous dit : Je suis sûr qu’en France,
vous appelez cette racaille, des Hongrois : ils ne sont pas de chez nous, ils viennent de l’Asie.
Vendredi 9 septembre.