VENISE
Venise. — Cliel'-licn de la province, esl cuiistniile à 4 kil. de la lerre lèrine, sur la lacune vive cl comprend 1 5.000 maisons et palais bàlis sur pilotis. La ville a 10 kilomètres de tour, elle esl sillonnée par 150 canaux (pii la divisent en 1 17 îles réunies par 378 ponts. Elle a une population de LiO.OOO liaOilanls.
Quelle ville bizarre rpie Venise. Lue situation unique sur les lagunes, des rues de 1"> 50 à y mélies de large, des monuments mei veillcux, des magasins dont la plujiai'l ne sont que desécboppcs misérables, noires, sales et des palais princiers; iinairbumide et point de poussière, point de voilures, mais des milliers de gondoles noires d’oii s’élèvent par moment des cris sonores et des chants.
Tout est contraste dans cette ville à nulle autre pareille.
Ma première constatation en arrivant à Venise a été l'odeur désagréable qui s’élève des canaux de la ville et la deuxième, la multitude des moustiques féroces qui prennent d’assaut l’épiderme des voyageurs.
L'n silence de moi t régne sur Venise (pii semble en léthargie.
En nous réveillant nous entendons tomber la pluie. Encore !
Ma foi, tant pis, nous nous armons de courage et de nos parapluies et
nous allons à travers les ruelles.
Il est tiés dilficile de s’orienter dans un pareil dédale. Les maisons ne sont pas numérotées dans chaque ruelle ; elles portent un numéro d’une série unique pour la ville entière, ainsi l’iiùlel oii nous logions portait le n® 5.G03. — El puis les rues ne sont pas tontes désignées par un nom, si bien qu’il nous esl arrivé de nous [lerdre dix lois dans la journée dans le louillis inextricable des ruelles, et de ne pouvoir revenir à l’Iiôtel sans y être reconduit par un naturel du pays.
Nous allons sur la place St-Marc, rendez-vous du tout Venise, l’une des plus belles du monde, dit-on, par la magnificence des monuments qui datent des xv« et XVI* siècles, qui l’entourent des quatre cotés. Elle est longue de 275 m., large de 82 mètres du ciàté de la basilique de St-Marc et de 57 de l'autre côté. Des deux côt(-s de la basiliipie s’élèvent les l’rocuralies et, au fomi, le palais (jue .\a[)oléon 1'®' fit
Palazzo Hori
conslruire en 1810. Ces trois côtés sont siijiportés par des colonnades qui forment -
des galeries sous lesquelles se trouvent des magasins de vente d’objets d’art et des ô
bibelots de l’industrie vénitienne et des cafés. , '
Après avoir fait le lour lie la place St-Marcet de la Piazzetla et donné un coup d’œil à travers la palissade derrière laquelle s’exécutent les travaux de ’
reconstruction du Campanile qui s’est écroulé il y a deux ans environ, nous entrons C
dans la basilique de St-Marc. ^
Cette magnifique église de style ilalo-bysanlin, a été construite au ix® siècle,
par Justinien Parlicipazio. .-j
C’est iîi que le chef de l’Étal venait entendre la messe et elle portait au temps ]
jadis le litre de chapelle Ducale ou du Doge.
« La basilique, dit un historien local, n était pas seulement le sanctuaire du I Saint Patron de Venise, mais encore le lieu oii éclatait renthousiasme national « les jours de triomphe et où tous les citoyens venaient se recueillir les jours de « deuil de la Patrie. »
Au dessus delà grande porte se trouve une mosaïque représentant le jugement dernier ; à droite, l’embarquement du corps de saint Marc à Alexandrie et son débarquement à Venise, toutes deux de IGGO ; à gauche, la vénération du corps du Saint.
Le vestibule occupe toute la largeur de l’église ; les arcades sont ornées de mosaïques dont quelques-unes sont très anciennes.
L’intérieur de l’église, en forme de croix, est éclairé par diverses fenêtres dont l’une est le grand arc de la façade.
Le mailre-autel est surmonté d’un baldaquin vert antique, soutenu par quatre colonnes très antiques. Au-dessus de l’autel se trouve la Pala d’oro, composée de plaques d’or et d’argent, d’émaux et de pierres précieuses.
Dans la nef de droite, donnant sous les arcades, se trouve le baptistère au milieu duquel est une grande vasque en bronze, surmontée d’un couvercle audessus duquel on voit une statuette de saint Jean-Baptiste. La table de l’autel est formée d’une pierre du Mont-Thabor. A gauche de l’autel (xv® siècle), se trouve la tête du Saint, on voit au-dessus une pierre sur laquelle on croit qu’il fut décapité.
Les voûtes de l’église sont recouvertes de mosaïques très belles.
Le pavé en mosaïque est affaissé en plusieurs endroits et fortement ondulé.
Nous sortons de la basilique pour visiter le palais ducal, demeure des Doges et siège du gouvernement de la République, qui est à côté et communique avec elle par une porte percée à l’extrémité du transept sud. li est plus ancien que la basilique. Les fondations en furent jetées en 814, par Agnello Participazio, Il était alors entièrement entouré d’eau pour être à l’abri d’un coup de main. Il fut brûlé plusieurs fois, notamment en 976.
Le palais actuel, de style gothique, a 75 mètres de long sur la Piazzetta, et 72 sur le quai des Esclavons.
Sur la Piazzetta, la galerie d’en haut a deux colonnes en marbre rouge, les 9« et 10e, au milieu desquelles se plaçait le magistrat de la République qui prononçait les arrêts de mort. C’est de là que le dictateur Manin a harangué les Vénitiens pour la dernière fois en 1849.
On voit dans le palais la^alle du Sénat, celle des chefs du Conseil des Dix, la salle du Grand Conseil (50 mètres de long, 25 de large) où se réunissaient pour délibérer, sous la présidence du Doge, les patriciens inscrits au Livre d’or.
On y voit aussi la salle du Scrutin, la Bibliothèque de Saint-Marc qui contient 120.000 volumes, 10.000 manuscrits, beaucoup de monnaies et le bréviaire du cardinal Grimani avec de belles miniatures.
Dans la cour intérieure, entièrement entourée d’arcades, se trouvent deux citernes avec margelles en bronze.
En quittant le palais ducal, nous faisons un tour dans la ville et nous allons voir le pont de Rialto, où nous prenons le bateau à vapeur qui, moyennant dix centimes, nous fait faire le tour du grand canal.
En circulant dans les rues, nous voyons sur une petite place dont je n’ai pas conservé le nom :
Banca Unione cooperativa delle piccoli commerciànti
k Venise, donc, les commerçants sont devenus coopérateurs ?
Comme la pluie qui n’a pas cessé un instant se met à tomber à torrents, force nous est de rentrera l’hôlel.
Comme le temps s’est rasséréné et que nous devons quitter Venise aujour- t
d’hui, nous allons faire une dernière visite à la place Saint-Marc où, comme tous :
les visiteurs, nous achetons des cornets de maïs pour nous procurer le plaisir I
d’attirer à nous les bataillons ailés des pigeons de Saint-Marc. A peine avons-nous entre les mains les précieux cornets que les pigeons, accoutumés à ce jeu, accou- |
rent autour de nous par milliers et viennent jusque sur nos mains becqueter le -s
maïs. ]
Nous faisons ensuite une promenade en gondole sur le grand canal. L’un des ;
deux gondoliers, qui est très ferré sur les richesses artistiques de Venise, nous j
cite les noms de tous les palais qui baignent leurs murs dans le grand canal. i
C’est ainsi que nous voyons successivement les palais ; J
Giustiniani (xiv® siècle), — Emo Treves, — Tiepolo, — Conlarini Fazan (xiv® siècle), — Fini, — Gritli (xiv*^ siècle), — Dario (xv^ siècle), Corner de la Cà j
Grande (1532), c’est actuellement la Préfecture, — Da Mola (1532), — Loredan ;
(à Son A. R. Don Carlos d'Espagne), — Barbara, — Cavalli (xiv" siècle). Angaran (xv® siècle), — Giustiniani Lolin (xyii® siècle), — Giustiniani et Forarii (xiV^ siècle), ^
— Contarini delle figure (xvi® siècle), — Pizani Moretti, — BarbarigodellaTerrassa, ^
— Grimani, — Donalo (xiii® siècle), — Farzetli et Loredan (xiii® siècle), — \
Dandolo, - Bomba, — • Manin, — Morosini, — Cà d’Oro, — Fontana, — Pesaro, |
— Cattaneo et tant d’autres. î
Nous quittons le grand canal où des milliers de gondoles vont et viennent, et '
nous circulons dans les petits canaux intérieurs.
Notre gondole nous amène devant la porte maritime du palais Cardinalice de J
Venise, d’où est sorti le pape Pie X.
Un peu plus loin, nous voyons le Pont des Soupirs et les plombs ou prisons d’Etat sous la République vénitienne.
Au cours de notre promenade, nous avons visité sur le grand canal une fabrique de mosaïques et des magasins où sont entassés les produits de l’art vénitien : mosaïques, glaces, verrerie, meubles sculptés, etc.
A deux heures du soir nous partons pour Milan, et pendant les six heures de chemin de fer qui séparent celte ville de Venise, nous traversons des contrées dans
lesquelles Napoléon 1®^ a remporlé de si nombreuses et si grandes vicloires. Les noms des villes, des lleuves, nous sonl familiers cl nous rappellent les étapes de la grande épopée napoléonienne : Vicence, Padoue, Vérone, TAdige, Mantoue, etc.
En passant dans la gare de Rezzato, nous remarquons sur un wagon d’un train de marchandises arrêté en face du nôtre, une hache portant la marque: Cooperaiiva di pmluzione, 4. via PelrarciL Torino. — Est-ce que le rêve de notre cher président, Charles Gide, aurait déjà un commencement de réalisation. Les coopératives n’ont pas encore de chemins de fer à elles, mais elles rournissent déjà des bâches aux chemins de fer. C’est quelque chose.
A huit heures trente du soir, nous arrivons à Milan.
Jeudi 15 septembre
Milan, capitale de la Lombardie dont la population s’élève à 500.000 habitants, a été fondée GOO ans avant Jésus-Christ.
Aussitôt après dîner nous faisons une promenade en ville.
Nous nous trouvons bientôt sous les galeries Vittorio Emmanuele où règne une assez grande agitation. Arrivés sur la place du I»ôme, nous entendons des cris partant des rues avoisinantes et bientôt de longues files d’ouvriers débouchent de ces rues en chantant et en gesticulant.
C’est une manifestation populaire qui commence.
Après avoir respiré l’air frais du soir pendant un moment nous rentrons à l’hôlel.
A ce moment, de nouveaux cris sont poussés dans la rue et nous voyons passer sous nos fenêtres des masses d’ouvriers sortant de la Chambre du Travail où iis viennent de décréter la grève générale en raison, nous dit-on, des résultats d’une collision qui a eu lieu entre grévistes et carabiniers en Sicile où des morts sont restés sur le lieu de la rencontre.
Des milliers et des milliers d’ouvriers passent ainsi sous nos fenêtres en criant : « Vivent les prolétaires de tous les pays » et en chantant.
Cela promet pour demain .
HATIVA THANSKKHEHA
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lesquelles Napoléon a reniporié de si nombreuses et si grandes victoires. Les noms des villes, des lleuves, nous sont familiei’s et nous rappellent les étapes (le la grande épopée napoléonienne ; Vicence, Padoue, Vé-rone, l'Adige. Mantoue, etc.
En passant dans la gare de Ilezzalo, nous remarquons sur un wagon d'un train de marchandises arrêté en lace du nuire, une hache portant la marque ; Cooperativa di pmhtzioue, 4, via Peirarca, Torino. — Est-ce que le rêve de notre cher président, Charles Gide, aurait <Iéjà un commencement de réalisation. Les coopératives n’ont pas encore de chemin.s de 1er à elles, mais elles l'ournissent diqà des haches aux chemins de 1er. C’est quelque chose.
k huit heures trente du soir, nous ai rivons à Milan.
Jeudi 15 septembre
Milan, capitale de la Lombardie dont la population s’élève à 500.000 habitants, a été fondée 000 ans avant Jésus-Christ.
Aussitôt après dîner nous laisons une promenade en ville.
Nous nous trouvons bientôt sous les galeries Vittorio Emmanuele où règne une assez grande agitation. Arrivés sur la place du Pôine, nous entendons des cris parlant des rues avoisinantes et bientôt de longues liles d’ouvriers débouchent de ces rues en chantant et en gesticulant.
C’est une manifestation populaire qui commence.
Après avoir respiré l’air frais du soir pendant un moment nous rentrons à riiôtel.
A ce moment, de nouveaux cris sont poussés dans la rue et nous voyons passer sous nos fenêtres des masses d’ouvriers sortant de la Chambre du Travail où ils viennent de décréter la grève générale en raison, nous dit-on, des résultats d'une collision qui a eu lieu entre grévistes et caraluniers en Sicile où des morts sont restés sur le lieu de la rencontre.
De.« milliers et des milliers d’ouvriers passent ainsi sous nos fenêtres en criant; « Vivent les prolétaires de tous les pays v et en chantant.
Cela promet pour demain.
I HANSFKHKH \
Vendredi 16 septembre
L’UNIONE COOPERATIVA
de Milan
L’aimable président de l’Unione Cooperaliva, avait Lien voulu nous donner rendez-vous pour 10 heures du matin au siège central de l’Association (Palais Flori, Via Carlo Gattaneo).
Nous sortons de l’hôtel pour nous rendre à l’endroit désigné et nous constatons avec désappointement que la vie est complètement suspendue dans la cité milanaise.
Plus de tramways, plus de voitures, aucun moyen de locomotion, tout est arrêté .
Trente mille ouvriers, nous dit-on, sont en grève depuis ce matin et on annonce que le chiffre des chômeurs sera ce soir de 50.000. Agréable perspective.
Nous nous rendons à pied à l’Unione Cooperativa où le président Luigi Buffoli nous attend pour nous faire les honneurs de la maison.
Toutefois, comme il ne parle pas suffisamment le français pour nous faire l’historique de la Société et nous détailler les divers services qu’elle comprend, il met à notre disposition, à cette intention, M. Gianni Pacini, un jeune employé des bureaux delà Société qui paile le français comme sa langue maternelle.
Nous visitons successivement tous les ateliers, magasins et rayons, dont le personnel est diminué dans d’assez larges proportions en raison de la grève.
Nous voyons les rayons et magasins de meubles, de draperie, de lingerie, de cliemiserie, de blanc, de bimbeloterie, de jouets, de verrerie, de porcelaine, de chapellerie, de denrées alimentaires, le bar, le restaurant, les ateliers de confections pour hommes, dames, enfants et fillettes. Dans ce dernier atelier, on nous
présente le chef de rayon, une dame qui était premiéi'e dans un atelier de Paris et que l’Union Coopérative s’est attachée pour diriger son atelier de confections. Nous causons un instant avec notre compatriote à qui nous souhaitons bonne chance et prospérilé.
Tout en circulant dans l’immense palais qui abrite TUnion Coopérative, notre guide nous renseigne sur son fonctionnement et ses opérations. Nous résumons ci-aptès les détails qui nous ont été donnes et ceux que nous avons puisés dans les documents publiés par la Société.
La Société vend au public et elle déclare que ce iTest pas par un amour immodéré du lucre qu’elle a pris celte résolution, mais seulement pour taire connaître la coopération et inciter ses clients d’occasion à devenir des sociétaires fidèles et dévoués, pour bénéficier de tous les avantages qu’elle procure à ses adhérents.
Et pour mettre d accord ses actes avec ses déclarations, la Société a pris pour légle de conduite de vendre bon et bon marché. On pourra s’en convaincre en examinant les tableaux ci-après indiquant les résultats de ses opérations. La majoration des marchandises est faible et les inventaires annuels n’accusent que des i>onis très réduits.