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LACS ET BRUYÈRES

249 E touriste qui ne visiterait pas les montagnes et les lacs de l'Ecosse n'aurait Pas une idée juste de ce pays. :

Il faut voir cette nature tourmentée, avec ses cimes tantôt boisées et tantôt nues, entrecoupées de ravins, de lacs, de vallons, de torrents et de cascades, Il faut gravir cet entassement de rochers

volcaniques, formant d'immenses réservoirs où s’'amassent les eaux du ciel, et séptrés par des jardins féeriques, plus beaux que ceux de Sémirainis, et suspendus comme eux dans les airs.

C'est cette nature à la fois grande et jolie, majestueuse et pleine de grâce, qui a inspiré tant de belles pages à Walter Scott et à Byron. Car tous deux ont sillonné ces lacs et parcouru Ces montagnes,

Ces réflexions me trottaient par l'esprit pendant que le train nous emportait à toute Vapeur, de Glasgow à Ballock, tête du lac Lomond.

Un petit vapeur propre et coquet nous attendait en siflant, Quelle belle matinée nous avions, et comme les eaux transparentes du lac resplendissaient sous les rayons du soleil

Voyez-vous bas cette haute montagne avec sa tête ronde et ses larges épaules se drapant dans sa robe de bruyère ? C'est le mont Misère: mais, certes, il n'a pas l'air misérable en ce moment.

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Ce mont Hisère n'a pas d'ailleurs une si mauvaise position. Il a tout autour de lui des points de vue splendides, et le lac Lomond lui fait un miroir que plus d’une jolie femme lui en.

vierait. Eh ! voyez donc, il a eu ce matin, une visite qui lui fait .

honneur: ce jeune Anglais qui est à bord s’est mis en marche à une heure du matin et a grimpé jusqu'à son sommet pour y voir lever le soleil. Il paraît que c'est très beau ; mais il n'ya qu'un Anglais pour faire pareille course, à pied, la nuit, dans des sentiers impossibles. Pour ma Par, j'aime mieux attendre que le soleil ait lui-même fait l'ascension ; il n’en est pas plus fatigué, et je le suis moins,

Je me demande si nous avons au Canada d'aussi belles nappes d’eau que le lac Lomond, et je réponds : peut-être ; mais, à coup sûr, nous n’en avons pas de semblables.

Les lacs de la province d'Ontario sont beaucoup plus vastes, plus profonds, plus majestueux.

Nos jolis lars des Laurentides sont aussi pittoresques peut: être, plus sauvages, avec des cadres plus sombres.

Mais le lac Lomond a plus de grâce, plus d'éclat, plus de couleurs variées, plus d’aspects qui enchantent et qui étonnent. Rien n’égale le bleu transparent de ses eaux, et le vert de ses rivages lour à tour sombre et tendre, pâle et jaune comme le citron, ou semblable à l'émeraude. Les Ecossais l’appellent le Lac de la Beauté et la Reine des Lacs. Le Roi des Lacs ne serait pas un titre assez tendre.

Un voyageur enthousiaste, montagnard sans doute, déclare qu'il critiquerait le Paradis perdu plutôt que le lac Lomond!

Mon admiration est plus calme. Mais je trouve vraiment beaux les paysages qui m'entourent, et chaque demi-mille parcouru me découvre une perspective nouvelle et charmante.

Le lac Lomond a trente milles de longueur et dix milles dans sa plus grande largeur. Il est parsemé d’iles verdoyantes qui ressemblent à des corbeilles de fleurs, et qu’on croirait flottantes. Le bateau pimpant et mignon circule au milieu comme un oiseau mouche dans un parterre, De temps en temps il s'élance vers la terre, et va toucher en battant des ailes tantôt un petit village qui rit sur la grève, tantôt un bel hôtel où l’on va faire villégiature, et tantôt un Château, cachant mal dans la verdure ses clochetons et ses tourelles. :

La surface du lac est unie comme une glace de Venise, et c'est pourquoi l’eau paraît si bleue : ie firmament s’y mire avec

complaisance, Si quelques nuages y flottaient, ils viendraient

s'y réfléchir de même, et nous leg prendrions pour des Îles.

Il faut reconnaitre que Rob Roy Macgregor savait choisir les beaux endroits, et c'est un goût distingué que celui du beau. Rob Roy est un personnage historique qui pendant bien long:

temps fut la terreur du lac Lomond et des montagnes environ: nantes ; et l'Angleterre n'a pas soumis sans peine ce farouche rebelle, chef du Clan Macgregor. 11 y a mille souvenirs de lui sur ces rivages, et les récits populaires en ont fait un person. nage légendaire. Voyez là-bas, sur la grève, cet énorme rocher taillé comme une muraille. On l'appelle {a Prison de Rob Roy, et la tradition rapporte qu’il y suspendait ses prisonniers, attachés sous les bras, pour les faire consentir à ses demandes ; et quand ils avaient ainsi nagé pendant quelque temps dans l'air pur, il les menaçait de couper la corde, et de les faire nager dans l’eau du lac.

Les anciens romains avaient la roche tarpéienne ; mais la roce de Rob Roy était bien plus terrible 1

Pendant que je m'amuse à rappeler les hauts faits de Rob Roy, notre bateau mouche va toujours son train. Il se débat dans l’eau comme un Canard, il clapote, il bourdonne, et il met à nous traverser un empressement dont je ne lui sais gré.

Luss est déjà bien loin derrière nous, et nous avons dépassé Tarbet. Inversnaid est là-bas qui nous regarde venir. N'allons donc pas si vite, petit, nous sommes si bien dans cet éden.”

Mais il ne m’écoute Pas, el poursuit son vol. Le lac a changé d'aspect ; il est devenu sauvage, et les monts qui nous regardent passer sont escarpés, sombres, et entrecoupés de mystérieuses profondeurs: Je dis à mes Compagnons de voyage que, si j'étais sur la tête de ce géant qui est à notre gauche et qui s’appelle Ben Lomond, j'aurais un grand problème à résoudre.

— Lequel ? disent-ils,

— En descendre,

Il faut dire adieu à notre Charmant coursier; nous sommes à Inversnaid, et de hautes montagnes se dressent devant nous. Un grand omnibus traîné par d'énormes chevaux Clyde est là sur la falaise, Prenons-y notre place.

— Mais savez-vous quelles sont ces ruines, me demande un Compagnon de voyage en m'indiquant quelques murailles délabrées qui s'élèvent tout près de nous.

— C'est, je suppose, encore une prison de Rob Roy ? :

aucun

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— Non, c'est un fort que les Anglais avaient bâti préciséinent

pour dompter ces Macgregor turbulents, au commencement du siècle dernier.

— Alors il a dû se passer ici quelques faits d'armes remar

quables,

— Je ne saurais dire, Cependant l'historien Rae, cité par Walter Scott, en raconte un merveilleux.

Un corps de volontaires, parti de Ballock sur de grands bateaux plats, aborda un jour ici pour vaincre ou mourir, Ces braves montèrent la côte avec beaucoup d'intrépidité, aucun ennemi ne se montrant, —firent résonner leurs tambours d'une manière effroyable, déchargèrent leurs fusils À travers le feuil. lage, et s'en retournèrent triomphants.

— Et les Macgregor ?

— Ils étaient loin d'ici sur les bords du lac Katrine, et n'apprirent que longtemps après la brillante victoire des volonlaires du roi.

— C'est ainsi que j'aimerais la guerre, répondis-je en riant, C’est la bonne manière; il n'y a pas de danger de se faire mal.

— Mais voici une chose qui vous surprendra.

Vers le milieu du siècle dernier, le commandant de ce fort portait un nom que le Canada n'oubliera jamais.

— Lequel ?

— Îl se nommait alors le major Wolfe, devint plus tard géné. ral, et mourut sur les plaines d'Abraham en léguant à la cou. ronne d'Angleterre cette immense et riche colonie de la Nou velle France qu'il avait conquise.

J'ai dit que noùs étions montés en omnibus. Est-ce bien le nom qui convient à cet énorme chariot sur lequel:noûs sommes juchés quatre de front, et qui conviendrait si bien pour porter des denrées au marché ? Mais qu'importe, quand il fait beau, quand le soleil étincelle, et quand les oiseaux chantent sur les bords du chemin ombreux que nous gravissons ? Déjà nous sommes arrivés sur les premiers sommets, et toutes les sinuosités de notre beau lac Lomond se dessinent à nos pieds. Déjà nous le contemplons une dernière fois à vol d'oiseau, nous compions ses baies, ses pointes, ses îles, et nous lui faisons nos adieux.

Mon voisin se montre moins tendre et moins ému que nous Il est au bout du siège étroit, et son cœur est un peu figé par la peur de tomber à chaque instant dans le précipice sur les bords duquel nous courons, J'essaie de le rassurer en lui van

neur devie beau Ce vapet pr'opa Ma La estom Let us Mai soin d vous de ses

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tant le point de vue superbe et nouveau qu'il aurait sans doute

s'il roulait au fond. Mais une secousse de La voiture qui lui fait

pousser un cri l'empêche de m'entendre.

Les arbres ont disparu, et les sommets des montagnes nous apparaissent comme les têtes des vieillards : ils ne sont plus chevelus qu'à la base. Le sol n'est Pas nu Cependant ; il est cou. vert de bruyères, La bruyère d’Ecosse est un arbuste mignon, ressemblant au bleuet, couvert de jolies petites fleurs violettes qui sont presque immortelles, Quel beau tapis’elle étend sur les flancs des monts! Quelles charmantes nuances, rose, violette, elle déploie 1 Mais elle n'est pas seulement jolie, puisque les chèvres la broutent et que les abeilles la butinent.

La longue ascension est finie, et nous commençons à descendre le versant opposé des Montagnes, par une pente tor. tueuse qui va nous conduire au lac Katrine. L’horizon qui s'ouvre devant nous est immense et d’un pittoresque indescriptible. C'est une nature profondément bouleversée, déployant, à perte de vue, sommets après sommets, gorges, ravins et précipices. Mais partout la même bruyère revêt les cimes lointaines de son écharpe colorée.

S'il faisait nuit, nous ferions sans doute la rencontre des sorcières de Macbeth chevauchant sur leurs manches à balai À travers ces bruyè Uar c'est bien ici leur patrie. Macbeth, devenu roi d'Eco.s, après avoir assassiné son souverain, venait les consulter sur ces montagnes. Mais on a sans doute tracé le chemin loin de la caverne où elles faisait nt bouillir lzur marmite.

Pendant que je songe à lady Macbeth, qui n'a pas fait honneur au beuu sexe écossais, notre course ge précipite, la pente devient plus rapide, et le lac Katrine étend sous nos yeux son beau miroir d'azur, encadré de montagnes.

Ue lac est plus petit que celui de Lomond, et le bateau à. vapeur qui le triverse est aussi un diminutif dans la même proportion

Mais il n'est pas encore à son quai, ni même en vue.

La course faite et l’air viviftant des montagnes ont creusé les estomacs. Un bon hôtel et une bonne table nous aitendent : Let us have a rest ; one hour for refreshments.

Mais vous aussi, mon cher lecteur, vous avez sans doute besoin de repos, et je ne dois Pas songer à moi seul. Je pourrais vous décrire encore le lac Katrine calme et solitaire, au milieu

de ses promontoires sauvages. Je pourrais vous raconter les

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agréables surprises et les aspects étranges que sa traversée pro: cure au touriste. Je pourrais faire parler ces rivages silencieux, où l’on n'entend pas d'autre bruit que le babil des torrents qui descendent des montagnes en faisant autant de cabrioles qué nos hommes politiques les plus versés dans cette spécialité. Je Pourrais emprunter à Walter Scott et à Wordsworth les vers charmants qu’ils ont congacrés à la peinture de ces lieux. Après le lac Katrine viendraient les Trossacks, auxquels les deux poètes ont aussi consacré des pages enthousiastes, et qui mériteraient certainement une pompeuse description.

Mais la vue trop prolungée de la nature, quelque belle qu'elle soit, finit par ennuyer presque autant que la vue des hommes, et vous en viendriez à me dire: Allons, reconnaissons que c’est beau, pittoresque, sublime ; et que ça finisse !”

Je veux finir, avaut qu'on me le demande. J'ai d’ailleurs dîné Copieusement, et vous aussi sans doute ? Laissons-nous aller aux douceurs du far-niente, et. disons qu'après avoir voyagé toute la journée par terre et par eau, par monts et par vaux, en bateau, en omnibus et en chemin de fer, nous arrivions le soir à Edimbourg.

EPIMBOURG.

WE North British Railwa

y qui nous introduit dans la plus belle ville des Iles Britanniques ne nous en donne pas d’abord une idée favorable. A vrai dire, il nous y fait entrer par la porte de service, ou par la cave. La gare"est enfoncée dans un ravin creux —à peu près sous la ville—et ce n’est qu'après avoir monté plusieurs escaliers que nous arrivons au rezde-chaussée.

Le coup d'œil qu’elle nous présente alors est vraiment beau Il y avait longtemps que je voulais voir autre chose que des rues droites et des maisons bien bâties, comme j'en ai tant vu aux Etats-Unis. Edimbourg m'a offert ce spectacle dès les premiers pas que j'ai faits dans Princes Street. Je reçonnais ici la belle ville européenne, et qui à son cachet particulier.

Ce qui lui manque c’est la mer, Où un fleuve comme le Saint- Laurent. Encore ‘se vante-telle de posséder cet avantage, et pour peu que vous preniez la peine de monter au sommet de ses collines ou de ses monuments, elle vous montrera la mer en effet, mais trop loin cependaüt pour qu’elle soit justifiable de se croire une ville maritime.

C’est fâcheux pour elle ; car si le Forth venait battre les pieds de Calton Hill, Edimbourg serait peut-être, à tout prendre, la plus belle ville du monde, Son site est si pittoresque, si plein de surprises, si varié d’aspects. Il n’y a peutêtre pas une rue qui n'offre à l’une de ses extrémités quelque perspective char. mante. Mais la rue-des-princes est véritablement la mieux nommée : elle est princière.

Non seulement elle est spacieuse, bien bâtie, bordée de jardins et de monuments; mais elle ressemble à une terrasse construite fout exprès pour contempler la ville qu’elle traverse.

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C'est le balcon d’où la ville nouvelle, toute brillante de jeunesse et d'orgueil, regarde à ses pieds la vieille aïeule des Stuarts adossée à son château fort.

Edimbourg a deux têtes, ou deux sommets, le Chdteau et Calton Hill ; la rue-des-princes se promène entre les deux, en serrant de près cette dernière, dont elle ne se détourne qu'avec regret et pour en faire le tour.

En sortant de notre Hôtel Royal, bâti dans cette même rue, nous avons donc sous les yeux un panorama superbe. En face, des jardins magnifiques, qui descendent en pente douce vers la gorge profonde au fond de laquelle mugissent les locomotives, et sur le bord de ces jardins le monument de Walter Scott, l'un des plus beaux que l’Europe possède. C'est une pyramide gothique en marbre blanc, ayant quelque ressemblance‘avec la flèche de Strasbourg, et s'élevant à une hauteur de deux cents pieds. Sous la large voûte formée par les arceaux de la base, Walter Scott est assis, avec son chien couché à ses pieds. Un escalier intérieur conduit jusqu’au sommet du monument d’où l'on peut voir Edimbourg à vol d'oiseau.

A gauche, la rue nous conduirait à Calton Hill, qui montre sa crête au-dessus des édifices, et qui semble nous inviter à lui faire visite. Mais à droite se dresse le château fort sur son roc inaccessible, et, je ne sais pourquoi, les vieilles murailles ont toujours de l'attraction pour moi. Dirigeons-nous de ce côté.

+ Voici le Mound, qui relie la rue-des-princes aux premières assises du château. C’est un terrassement énorme, une montagne artificielle jetée sur le ravin en guise de pont, et qui va nous permettre d'arriver au château fort presque sans ascension, en regardant sous nos pieds les trains du Caledonia Railway qui sortent en mugissant comme des monstres furieux de ce que j'ai appelé la cave d'Edimbourg.

Ces deux jolis édifices, appartenant à deux ordres différents d'architecture grecque, et qui s’allongent sur le Mound, sont la Galerie Nationale et l'Institution Royale.

Leurs longues rangées de colonnes qui s'étendent sur la même ligne font le plus bel effet, et ressemblent de loin à une gigantesque balustrade courônnant le Hound.

Ne laissons pas la rue-des-princes sans jeter un coup d'œil à droite, sur cette construction originale en style vénitien, char. gée d’ornements qui la rendent plus élégante sans lalourdir.

Elle m'intéresse tout particulièreinent ; car c'est le Life Asso.

ciation of Scotland Office, et c'est à cette compagnie que ma vie est assurée, ‘

— Si vous. y entriez, me dit M. Hébert, un de mes compagnons de voyage, vous y apprendriez sans doute combien d’années vous avez encore à vivre ?

— Ce n’est pas ainsi que j'entends la chose. Une vie assurée ne doit pas finir, je suppose. Ces bureaux sont pour moi l’Aca: démie : en y entrant je suis devenu immortel.

— Oui, sauf les accidents, et la force majeure, comme la fin du monde, par exemple. Badinage à part, dites-moi donc si l'assurance sur la vie est vraiment un contrat avantageux.

M. Hébert qui porte mieux ses soixante-trois ans que je n’en porterai cinquante, M. Hébert qui ne connaît les maladies du Corps que pour les avoir soignées chez les autres, et celles de l’âme que pour en avoir beaucoup guéries, qui s'en va de Qrébec en Palestine, comme les Parisiens vont de Paris à Fou-

‘æbleau, que ni la mer, ni le vent, ni’ la lune ne troublent,

‘+ ie cœur renferme un trésor de bonhomie et de gaîté, M. Hébert s'explique difficilement ce contrat tout aléatoire. Il est clair qu’il n’a pas été inventé pour lui.

Il est prêtre, et conséquemment ne laissera pas d’héritiers. Pourvu qu’il vive convenablement, qu'il thésaurise en bonnes œuvres et non pas en dollars, et qu’à sa mort il laisse suffisamment pour payer sa sépulture et ses créanciers, que lui importe le reste ?

Il lui convient donc de me citer en riant le mot d’un journal humoristique qui expliquait comme suit l'assurance sur la vie :

“Vous travaillez toute votre vie pour payer régulièrement ‘ une certaine somme qu’on appelle prime, et après votre mort, “ vous vous promenez la canne à la main!”

— Cette boutade est jolie, lui dis-je. Mais pour un homme qui doit laisser des héritiers et qui n’a pas le don d'amasser, je tiens que l'assurance est un excellent contrat. Il y a toujours pour l'assuré un gain certain, soit en argent, soit en années. S'il meurt jeune, il y gagne des années, ce qui vaut encore mieux

Au surplus, il ne faut pas compter pour rien la satisfaction de savoir qu’il y a de par le monde des gens qui s'intéressent sincèrement à votre santé, et qui vous regretteront amèrement quand vous mourrez.

Et voyez! Dans cette belle ville d'Edimbourg, connaissezvous quelqu'un qui s'intéresse à votre sort ?

— Ma foi non.

— Eh bien, moi, je puis dire qüe tous les actionnaires de cette compagnie dont nous admirons les bureaux prennent le plus grand souci de ma santé, pour l'excellente raison que ma vie assure une part de leurs revenus. J ugez de leurs angoisses si je tombais malade ; non seulement ma mort leur enlèverait ce revenu ; mais elle les obligerait à Payer une jolie somme à mes héritiers. Bref, ils prendront mon deuil, et si mon nom n'est pas inscrit au temple de mémoire, il le sera certainement dans leurs livres, et chaque paiement qu’ils auront à faire à ma succession fera revivre mon souvenir, C'est cette espèce d’immortalité dont je parlais tantôt.

M. Hebert n’a rien répondu, et si les Bédouins ne le .‘ébarrassent pas de ce souci dans les déserts de la J udée, il sorgera peut-être à prendre une assurance à son retour.

En causant ainsi nous avons traversé le Mound, et, laissant sur notre gauche Eglise Libre et la Banque d’Ecossr, nous gravissons la pente qui nous conduit au château.

C’est ici le bercean d'Edimbourg, je pourrais dire de l'Ecosse, Il est perché sur un roc de basalte, inaccessible par trois côtés, et, vu de Grassmarket avec son bastion arrondi, il présente le même aspect que là citadelle de Québec, vue du marché Cham. plain. :

Il renfermait jadis un palais qui fut la résidence des anciens rois d'Ecosse, Mais il ne reste plus guère des anciennes cons-

tructions que la chapelle de sainte Marguerite et la chambre de la reine Marie.

On donne à Ja chapelle l'âge respectable de plus de huit siècles; mais il ne faut pas la confondre avec une autre, plus jeune de trois siècles, qui fut dédiée à sainte Marguerite et qui est beaucoup plus spacieuse, Celle que nous visitons n’a que seize pieds sur dix, et n’a rien de remarquable, si ce n’est qu’elle fut l'oratoire même de sainte Marguerite, reine d’Ecosse,

Elle-a été longtemps profanée et transformée en Poudrière ; mais finalement la mémoire de la Sainte a surnagé, et l’on a

restauré sa petite chapelle, la plus ancienne relique qu’Edimbourg possède.

s’enfuir après la bataille de Hastings qui soumettait l'A ngleterre à Guillaume le Conquérant.

Accompagnée de son frère Edgar, la jeune princesse s’enretournait en Hongrie, lorsqu'une horrible tempête les jeta sur les côtes d'Écosse, dans une baie qui porte encore le nom d'Edgard Port. Le roi Malcolm alla secourir les naufragés, et deviné tellement épris de la beauté et des perfections de Marguerite qu'il lui offrit de partager son trône, ce qu’elle accepta.

Sa haute éducation, ses vertus et la sainteté de sa vie contribuèrent pour une large part à la civilisation de l’Ecosse, qui à cette époque sortait à peine de la barbarie.

L'autre relique du château est la chambre qu'habita une autre reine d'Ecosse, l’infortunée Marie Sluart, et dans laquelle elle donna naissance à celui qui devait être Jacques VL C'est un appartement très étroit, avec une seule fenêtre, dont le plafond, peint avec goût, est bien conservé. Sur les murs pendent un portrait de Marie alors qu’elle était reine de France, et celui de son fils, et dans un coin se tient un vieux fauteuil de chêne qui servit à la malheureuse reine à l’époque de la naissance de son fils.

En mettant la tête à la fenêtre nous avons devant nous un immense horizon, et sous nos pieds un escarpement perpendiculaire d'environ deux cent cinquante pieds. C'est par là, disent quelques historiens, que huit jours après la naissance de Jacques VI, sa mère le fit descendre dans un pauier pendant la nuit, et le fit transporter au château de Stirling, où il put être baptisé, C'était sans doute pour le soustraire au pouvoir de Darnley, son mari; et des nobles écossais qui auraient voulu le sauver des erreurs du Papisme ! Pauvre mère! Quelle n’eût pas été sa douleur, si lisant alors ‘dans l'avenir elle avait connu que ce fils, l'objet de tant d'amour et de tant d’espérances, apostasierait un jour pour réunir sur sa tête les couronnes d'Angleterre et d’Ecosse !

Quel affreux avenir allait s'ouvrir devant elle ! Treize mois à peine allaient s’écouler, et ce petit enfant serait tiré de son berceau, et couronné roi d’Ecosse, pendant qu’elle serait renfermée au fond d’un cachot 1 Ce petit être pour lequel elle eût donné sa vie, allait bientôt détrôner sa mère, et plus tard il renierait la foi, pendant qu’elle en serait le martyr !

Mais l'apostasie du roi, couronnement de celle de la nation, mettrait fin à la nationalité écossaise absorbée par la race anglosaxonne, et la couronne d’Ecosse, le sceptre et l'épée des Stuarts

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deviendraient des objets de curiosité qu’on exhiberait aux voyageurs. ï

A côté de la chambre de la reine Marie se trouve en effet nn

appartement qu’on a nommé Crown Room, et nous y voyons la ‘ PP q 9 Y VOy

couronne de l’Ecosse, son sceptre et l'épée de l'Etat. Ce ne sont plus que des bijouteries que la rouille du temps dévore, et qui finiront par être reléguées ‘dans quelque musée. Voilà ce que l'apostasie nrtionale en a fait !

Il ne faut pas sortir du chdteau sans faire visite À Mons Meg.

Qu'est-ce que Mons Meg ? allez-vous me dire. Mons est-il une abréviation de Monsieur, et Meg estil un descendant de la cé. lèbre Meg Merrillies ?

Non, Mons Meg serait plutôt son père; car il est bien plus vieux qu’elle, et n’a pas eu moins d'aventures. Mons Meg est un Canon, mais un canon plus canon que les autres canons.

Les Edimbourgeois le font si vieux, si vieux que je le soup- £onne d’avoir été fondu avant l'invention de la poudre. J'en ai fait l'observation à l’un des g:"diers du château, et il m'a ré. pondu sans rire : Perhaps ! Ilest en outre si gr'08, si gros que son nom de Mons lui vient peutêtre de montagne. Quant à celui de Meg, il paraît que la femme du forgeron qui l’a fabriqué se nommait ainsi, et qu’il faut y voir une galanterie de son mari,

Quoiqu'il en soit, Mons Meg est un objet de vénération pour les Edimbourgeois, et ils s'en sont bien ennuyés chaque fois qu’il est allé en guerre. Il ÿ à quatre cents ans qu'il est allé au siège de Dumbarton, et l’on s’en souvient encore. Au siècle dernier, il a passé soixante-dix ans à la Tour de Londres, pri. sonnier sans doute, Mais je suppose qu’on a reconnu son innocence, puisqu'il est revenu dans sa patrie. En justice, je dois dire qu’il a l'air d’une bonne pâte de canon, et je ne crois pas qu’il ait jamais tué personne, sauf peut-être quelque péché de jeu. nesse,

Laissons ce bon vieux dormir jusqu’à la fin des temps dans son bastion inaccessible, et descendons vers Holyrood en suivant High Street et Canon gate. Je ne puis que mentionner, en parcourant ces rues : la Cathédrale de Saint-Giles, qui est un beau monument d'architecture gothique où prêcha bien des fois le fougueux réformateur Knox, et où repose le célèbre et intéressant marquis de Montrose, pendu Pour son dévouement à la famille royale des Stuarts ; les édifices parlementaires, où

siègent maintenant les diverses Cours; la bibliothèque des

avo( letti côté cisn - CON:

qua

avocats, où nous voyons le manuscrit original de Waverley, une lettre autographe tout à fait catholique de Marie Stuärt, et à côté l'original de la confession de son fils abjurant le catholicisme, the errors of Popery; la maison de Knox et les antiques - constructions de Canongate, qui n’intéressent que les anti. quaires

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