‹ A travers l'Europe [microforme]Chapitre 16 sur 49 · DEUX EGLISES · texte numérisé non relu

DEUX EGLISES

? ES antiquités monumentales sont assez rares à DT Londres, à part l'abbaye de Westminster et la Tour. La chose s’explique, quand on se souvient qu'ilya deux siècles les trois quarts de cette ville furent détruits par un incendie, qui rappelle celui de Rome, sous Néron. Un autre point de ressemblance entre > ces deux incendies, c'est que les catholiques furent acgusés par les protestants de Londres, comme ils l'avaient été

par les païens de Rome, d’être les auteurs du désastre.

La cathédrale de Saint-Paul, qui avait été bâtie par les catholiques et qui datait du XIe siècle, devint alors la proie des flammes ; et la Réforme eut ainsi l’occasion de produire son monument par l'érection de la cathédrale actuelle.

Au premier coup d'œil jeté sur ce temple, on y découvre l’intention d’imiter Saint-Pierre du Vatican; mais on a voulu y ajouter, pour en faire quelque chose d'original, un certain amalgame de gothique, sans penser peut-être qu'en agissant ainsi, on empruntait encore au catholicisme, et qui plus est, au moyen-âge, qu’on appelle pourtant l'époque des ténèbres et de

l'ignorance !

Mais Saint-Pierre du Vatican est inimitabie, et l’imitation est restée infiniment au-dessous du modèle.

L'extérieur de Saint-Paul est néanmoins fort imposant, et fait hoxnour à l’architecte Christopher Wren. Le dôme est du plus bei effet, et domine majestueusement la grande métropole.

Les proportions et l'harmonie de l’intérieur sont fort imposantes, et ce n’est pas sans admiration qu'on s'y promène au milieu des statues et des monuments des hommes de guerre, es marins, des écrivains, des hommes politiques, et des citoveus plus ou moins illustres.

Mais où donc est Dieu, 11! n de tous ces hommes, dont plusieurs n’ont pas eu ce qu'est la vertu ? Voilà ce que le catholique se demande.

Où est l'autel du sacrifice ? Où est le Christ vivant avec nous jusqu'à la consommation des siècles ? Où sont les tribunaux de la Pénitence, ces piscines salntaires où la lèpre du péché est guérie ? Où les images des Saints dont les exemples nous enseignent le chemin du ciel ? Où les emblèmes et les symboles de l'alliance mystique de l’homme avec Dieu ?

C'est en vain que je cherche tout cela. Ce riche entassement de marbres ne me répond rien. Ces murs sont froids et muets, et les morts qu'ils abritent sont bien morts !

Il est vrai qu'ils me parlent de la fortune militaire de l'An gleterre, des progrès de sa marine et de son commerce, du développement de son empire colonial et de son opulence; or toutes ces choses m'intéressent quand je visite les musées, les galeries et les places publiques. Mais ce n’est pas pour cela que j'entre dans une église, et ce n’est pas de ces choses que saint Paul parlait À ses visiteurs.

O grand apôtre des nations, toi qui fus ravi jusqu’au troisième ciel, et qui disais de Dieu que tout est de lui, en lui et par lui, que dois tu penser du culte que tu reçois ici ? Comment aimes-!: ces nouveaux al1ls qui viennent habiter ta maison ?

Est-ce parce que lu as beaucoup voyagé sur mer qu'on y a placé les capitaines Duff et Cook ? Est-ce parce que tu guérissais les males qu’on a voulu y honorer le médecin Astley Cooper ? Et le peintre Opie, et les ingénieurs Mylne et Reunie, qu'ont-ils de commun avec toi ?

Non cet édifice n’est pas ne église, et cependant il est l’expression la plus haui et la plus vraie du protestantisme. Saint Paul de Londres n'e pae ne église, parce que le protestantisme n’est pas une r ligio., mais un système politique. L'on peut appliquer à ce temple ces paroles qu’un de-teur puseyiste adressait aux protestants :

“Il n’y a plus d'adoration; la vénération et le respect ont “ disparu; plus d’humilité, plus d’obéissance ; la mortification, “ l’abnégation de soi-même et la croix ont été délaissées. Les ‘‘ règles sacerdotales, les bénédictions sacerdotales, les fonctions “ sacerdotales n'existent plus ; la parole de Dieu est corrompue, ‘“ les sacrements ont été changés en vains signes, et le Sacrifice

“ de chaque jour est supprimé.”

Le Docteur Newman qui connaissait parfaitement le culte anglican, en a fait le tableau suivant :

“ Un rituel foulé aux pieds et déchiré pièce à pièce ; des “ prières lacérées, rapiécées, déchiquetées, composées au hasard ‘ei sans ordre, au point de rendre méconnaissables leur sens “ primitif et le but qui avait présidé à leur composition ; de “ sorte que des office qui avaient toutes les beautés de la poésie "ne sont même plus de la prose correcte : des antiennes, des ‘hymnes, des bénédictions,des invocations, jetées à la pelle ; des “ leçons d'Ecriture Sainte transformées en chipitres; partout ‘un je ne sais quoi de languissant, dé lourd, d’engourdi, tandis

“qu'au même endroit, les rites catholiques avaient, pour ainsi

‘dire, les ailes, la vivacité, le feu d’un esprit. Les ornements “ sacrés éliminés, les lumières éteintes, les pierres précieuses “ enlevées ; le nombreux cortège des lévites dispersé, et le long “ordre des processions suppriiné. Quelque chose d'effrayant “ vous glace le cœur, Vous diriez d’un socinianisme commen “ çant, qui attaque en même temps l'œil, l'oreille, les narines “ mêmes de l’adorateur : une odeur de poudre et d'humidité “ qui a remplacé l’encens; une rumeur confuse de ministres “ protestants, qui récitent des prières catholiques, et de clercs “ de paroisse, qui fredonnent des cantiques catholiques: les ‘armes royales à la place du crucifix; de grandes loges ou “ chaires de bois destinées aux prédicants, qui penchent tris- “tement sur la tête des assistants, au lieu de l'autel des divins “ mystères : de longues nefs désertes entouré de balustrades, “ qui font l'effet d’enfermer comme dans des sépulc:.: les dé- “ bris dé ce qui n’est plus ; et quant à l'orthodoxie, une dogma- ‘tique froide, dure, triste, qui ne vous aide en rien, qui ne “ peut expliquer sa raison d’être, et qui ne souffre néanmoins ‘aucun autre enseignement, qui contiendrait un dogme de “ plus, ou un dogme de moins.” :

Ces idées m'ont particulièrement frappé aujourd’hui, et j'en ai compris toute la vérité en entendant la messe dans une chapelle française située dans George Street, et dont M. le chanoine Toursel est le chapelain.

Elle est bien :amble et bien pauvre, cette chapelle ; et cependant quelie atmosphère vivifiante on y respire! Comparée à Saint-Paul, que je visitais hier, c'est une étable à côté d’un palais ; mais c’est l'étable de Bethiéem à côté du palais de Nabuchodonosor. Ici est l'esprit, là-bas est la matière ! Ici Dieu me parle; mais là-bas il est absent.

M. le chanoine Toursel, frère du chapelain et supérieur dn petit séminaire de Saint-Omer en France, a fait lo sermon. , C'était un commentaire rapide mais éloquent des Aépons du bréviaire romain sur les Sept Douleurs de la sainte Vierge.

J'ai rarement entendu-un discours aussi émouvant, et aussi parfait de diction, quoique sans prétention. Un tel sermon suffit à venger de toutes les attaques dont il a été l'objet le Bréviaire romain, ce chef-d'œuvre du moyen-âge, ce poème inimitable, qu’on ne pourrait plus composer dans notre siècle positif !

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