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LA POSITION DES CATHOLIQUES

OUT le monde sait par quelle série de persécu-

tions odieuses le catholicisme a été presque entièrement extirpé de l'Angleterre. La confisca- » tion des biens, l’emprisonnement et la mort furent les armes qu’on employa pendant près de deux siècles pour triompher du Papisme.

9 Le temps finit par apaiser ces haines violentes ; le

bon sens de la nation l’emporta sur le fanatisme, et les lois sanguinaires d'Elisabeth devinrent {ettre morte.

Enfin, en 1829, l'acte de l'émancipation fut voté par le Par. lement anglais, et pour la première fois la législation s’im. prégna d’un peu de justice pour les catholiques. Malgré toutes les restrictions de cette loi la liberté religieuse ÿ était reconnue en principe, et l’on crut qu’une ère nouvelle allait s'ouvrir pour l'Eglise catholique anglaise. Car cette Eglise subsistait toujours: c’est une semence que la persécution ne réussit jamais à détruire complètement.

La nouvelle loi fut en effet très favorable aux intérêts catho liques, et les années suivantes virent s'élever, en plusieurs en. droits du sol anglais, de belles cathédrales et de nombreuses écoles. La sève apostolique circula plus librement dans cette Eglise depuis si longtemps proscrite; et ses progrès furent ré. marquables. +,

Mais elle n’avait encore à sa tête que des vicaires apostoliques, et le besoin d’un gouvernement ecclésiastique régulier se faisait sentir. L'éminent cardinal Wiseman, que Pie IX a appelé ‘ l’homme de la Providence pour l'Angleterre ”, fut l’instrument dont Dieu se servit pour l’accomplissement de ce grand œuvre ; et le 29 septembre 1850, le grand Pontife qui gouver-

nait alors l'Eglise Promwlguait la bulle Universalis Ecclesiæ

régendæ, qui rétablissait La hiérarchie catholique en Angleterre, Ce grand évènement souleva dans notre mère-patrie une

véritable tempête, La presse, le Times en tête, s'écria qu’elle

avait peine à croire à l'impudence et à l'absurdité Papale, et

pendant longtemps elle broda à perte d’haleine sur ses sujets

favoris : “The Church in danger,” “ No peace with Rome,” “ Down with the Pope”.

Puis vinrent les Proleslations du clergé de toutes les églises, dont je ne puis donner une idée juste qu’en reproduisant une Page des spirituelles polémiques du Dr, Newman.

Que l’hérésie, le scepticisine, l'infidélité et le fanatisme, dit-il, se liguent contre l'église établie,

et l'attaquent en tous sens, ils ne réussiront guère à l'émouvoir, Mais laissez passer dans cette

b’ise le plus faible chuchottement catholique, et sur le champ il produi"à un bouleversement dans l'atmosphère.

“ Spontaneously the bells'of the steeples begin to sound. Not “ by an act of volition, but by a sort of mechanical impulse, bishop and dean, archdeacon, rector and Curate, one after “ another, each on his high tower, off they set, swinging and “ booming, tolling and chiming, with nervous intenseness, and “ thickening emotion, and deepening volume, the old ding-dong “ which has scared town and Country this weary time ; tolkng ‘and chiming away, jingling and clamouring and ringing the ‘* changes on their poor half-dozen notes, all about the Popish “ aggression, insolent and insidious, insidious and insolent, ‘“insolent and atrocious, atrocious and insolent, atrocious,

royal, and triple-bob-majors, “and grand-sires, to the extent on their compass and the full “ring of their metal, in honor of Queen Bess, and to the con- ‘ fusion of the Holy Father and the Princes of the Church.”

Un instant on se crut revenu aux jours d'Henri VIII et

d'Eiisabeth, et l’on se reprit à vanter les vertus de la chaste Queen Bess.

L'opinion publique s’enflamma jusqu’à l'émeute, et dans quelques villes le Pape et le Cardinal furent brûlés en effigie. Pendant ce temps-là Son Eminence rédigeait son mémorable

nesiæ terre,

une r'elle

Appel au peuple anglais, et vaquait tranquillement aux devoirs de son ministère.

Un grand nombre de pétitions furent adressées au Parlement, qui dut faire une loi pour donner satisfaction à l'opinion publique. Cette loi occasionna de grands débats, et causa bien des tribulations au ministère qui dut même résigner et qui fut ensuiie rappelé. Une voix protestante, celle de Sir James Graham prit la défense des catholiques avec une éloquence qui rappelait les grands triomphes oratoires d'O'Connell.

Malgré tout, la loi fut votée, déclarant nuls et illégaux les brefs et bulles du Pape, rendant passible d'une pénalité de cent louis sterling toute personne qui obtiendrait ou publierait ces brefs et bulles, ou qui prendrait en vertu de ces bulles des titres empruntés à quelque ville du Royaume.Uni,

La fureur populaire s'apaisa alors, et quand le calme fut rétabli, nul ne songea à faire l'application de la loi. Elle resta dans les statuts, mais elle ne passa pas dans les faits, Les évéques continuèrent de remplir leurs devoirs de pasteurs, ils adressèrent à leurs ouailles et publièrent des lettres pastorales qu'ils signèrent de leurs titres d’archevêque ou d’évêque, et personne ne les traduisit devant les tribunaux.

lnfin lorsque l’Archevèque de Westminster mouru t, les journaux protestants firent son éloge et rendirent ‘hommage

* non sculement à ses talents d'écrivain et d’orateur, mais encore

à la haute dignité ecclésiastique que Rome lui avait conférée.

Depuis lors, le mouvement catholique a toujours grandi en Angleterre, et la hiérarchie, cette nouvelle vigne du Seigneur plantée dans la patrie du protestantisme, produit des fruits abondants et attire de nombreux ouvriers dont le zèle, la science et la vertu sont admirables.

La position de nos coreligionnaires va donc s’'améliorant de jour en jour ; mais elle laisse encore beaucoup à désirer. Bien des portes leur sont encore fermées, et toutes les hautes positions du royaume sont inaccessibles poureux. La fortune, la puis. sance, et les honneurs appartiennent presque exclusivement à leurs frères séparés. Comme on l'a vu, l'Eglise catholique n'a pas à proprement parler d'existence légale en Angleterre, et la suprématie spirituelle du Pape sur les catholiques n’y est pas admise dans la loi. On la tolère, mais on ne lui reconnait pas de droits.

Cependant il y a depuis quelques années amélioration sens'ble

‘dans le sort que l'Angleterre fait à l'Eglise catholique. L'esprit

public vaut mieux que la loi, et le retour à des idées plus justes sur cette divine institution ést remarquable, .

C'est ce que m'a dit Son Eminence le Cardinal Manning, qui est une des illustrations de l'Eglise catholique.

Le Cardinal m'a fait l'honneur de m'inviter à dîner, et m'a fait visiter le spacieux palais, dont il a récemment fait l'acquisi. tion. C'est un homme grand, maigre, sec, au front dénudé, aux yeux vifs et profonds ! Il vif et travaille comine un béné. dictin, et tous ses discours, comme ses écrits, ont toujours du retentissement dans toute l'Europe.

IL est plein de confiance dans l'avenir, et il fait l'éloge des sentiments religieux et de l'esprit de tolérance des Anglais.

Qui sait si ce grand peuple, qui a l'esprit large et d'idmirables qualités, ue reviendra Pas un jour repreudre sa place à l'ombre de l'Eglise catholique !

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