‹ A travers l'Europe [microforme]Chapitre 36 sur 49 · NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME

L n’y a que deux architectures mères, la grecque et la gothique. Les autres ne sont que des produits ou des variations de ces deux types.

Le caractère propre de l'architecture gothique est imposant, sévère et religieux. Tout d'abord il attristes il assombrit, il vous rappelle que vous êks un pri. sonnier, un exilé sur cette terre, que la vie est pleine d’ombres et de mystères, d'obscurités et de tristesses, et que la

tombe est la dernière demeure de chacun.

Mais tout à coup un rayon de lumière descend sur vous du vitrail colorié, et réveille au fond de votre cœur une immortelle espérance ! La nuit où vous nagiez s’illumine, et par delà les mondes réels, vous apercevez l'idéal, immatériel, l'infini !

S'il manque quelque chose à Rome, la ville de l'Eglise catholique, c’est un temple gothique ; et le plus grand mal peut-être que la Renaissance lui ait fait ce fut de n'admettre dans la construction de ses impérissables monuments que le style grec el ses ordres composites.

En France, au contraire, le gothique est en quelque sorte l'architecture nationale, et garde le souvenir impérissable de la mission civilisatrice et évangélique de la fille aînée de l'Eglise à l'égard des peuples du Nord et de l'Occident.

L'artiste qui a bâti Notre-Dame n'est pas un homme ; C’est un peuple, c’est la France. C’est la nation très chrétienne, ayant à sa tôle des rois très chrétiens, qui a voulu donner à sa foi une expression nouvelle, qui a rejeté les formes souillées par le paganisme, et qui a créé un art original, un langage de marbre .

jusqu'alors peu connu pour affirmer sa foi et perpétuer son culte !

Notre-Dame est un p£ême du moyen âge, écrit en marbre, majestueux et inspiré comme la chanson de Roland, varié 6f immortel comme le culte catholique, quoiqu'il n'ait pas it ne puisse pas avoir la même unité et la même harmonie.

Car, comme toutes les grandes églises dont la construction a exigé des siècles, Notre-Dame a subi ls transformations et ics modifications de l'art, en même temps que les dilférences d’'ins. piration des artistes et des écoles qui se succédirent dans l’ac. complissement de ce travail gigantesque.

Elle n’est l'expression ni d'un seul artiste, ni d'une seuto époque, ai d'un seul plan conçu et exécuté d’après les règles d'un stÿis uniyre. Klle porte l'empreinte de la marche des siècles, et rironto à Pavtiste cette période de l’histoire de l’art qui s'étend Cu soman an gothique. La base est romane, et les étages supérisu:s forment une zône gothique.

Ce n'est 5as encore l'ogive aiguë et légère, la flèche aérienne et ciselée, l'arcade hardie et délicate qui distinguent l’architecture gothique du XVe siècle ; Mais en même temps ses lourds piliers, avec leurs larges chapiteaux destinés à supporter le plein. cintre, portent sans fatigue, quoique sans élégance remarquable, les arceaux superposés de l'ogive, avec ses cadres efflorescents et fouillés.

Le gothique est toujours l’élancement vers le ciel, de ce fond ténébreux qui symbolise la vie humaine ; mais dans les XII et XIIIe siècles il rappelle le vol pesant de l'aigle, tandis qu’au X Ve siècle c’est le vol rapide et léger de la colombe. 11 y perdit

de la majesté ; mais combien il s’accrut en beauté !

Lorsque vous arrivez sur la place de Notre-Dame pour la première fois, vous êtes un peu étonné et désenchanté. La grande façade vous paraît trop massive et trop basse, et les tours surtout ne semblent pas assez élancées. Mais ces proportions grandissent à mesure que vous approchez, et peu à peu vous êtes charmé de l'harmonie de l’ensemble,

Les trois portails avec leurs grandes portes en ogive, leurs galeries symétriques, leurs rangées de colonnettes, leurs niches et leurs statues ; la variété et la multiplicité des ornemnnis, de feuilles, de fleurs, de guirlandes, d’aiguilles, d'arêtes €: :: lancettes dentelées ; la grande rosace du centre et les x. les fenêtres latérales, laissant pénétrer dans le som're éd ice cinq

immenses jets dé !:nière qui rappellent les «:;, ns de l’homme, les bases s'étageant au milieu d ‘hesques ca-. pricieuses ; puis enfin les deux tours se dégageant do c::te mon-

n marbre, Fi tagne de pierre, et se dressant vers le.ciel, comme les: deux bras d, varié et 5 de Moïse agenouillé sur la montagne et priant pour son peuple ; pas 4t ne St tout cet ensemble est d’un effet imposant, et impressionne fortement.

truction a | Si vous faites ensuite le tour de la grande cathédrale pour ons et is Ve avoir une vue complète de l'extérieur, vous ne manquerez pas Ce d'ins- à d'objets d'étude et d’admiration. Les deux portails du nord et dans lac. À du fidi, la porte Rouge et son encadrement de sculptures déli-

jh cates ; le chevet extérieur avec ses galeries, ses arcs-boutants ine seule Ai et ses contreforts dont la sculpture a fait des ornements, ses les règles clochetons, ses aiguilles, et ses pyramides si gracieusement déirche des coupées, tout révèle Le travail persévérant et le génie de l'artiste. e de l'art @ Pénétrons maintenant dans l’intérieur du vaste édifice, et ne, et les sans avoir ni le temps ni l'intention d’en faire une étude, ou-

vrons seulement ce grand livre de pierre.

aérienne Il se compose de cinq chapitres, je veux dire de cinq nefs, ärchitec- traversées par un transept qui leur donne la forme de croix s lourds latines. Arrêtons-nous au seuil de la nef centrale, et nous aule plein- rons sous les yeux l’an des plus beaux effets que puisse produire : rquable, l'architectnre gothique.

rescents Quelle perspective, en effet, que cette double rangée de piliers

massifs se dressant de chaque côté de la grande nef, et se proce fond | longeant jusqu’autour du chœur, qu’elle embrasse ! Quel mysté. les XIIe térieux ombrage projettent ces cent vingt piliers, ressemblant aux troncs des vieux chênes des forêts primitives, se divisant .

is qu’ y RES au-dessus des arcades en plusieurs branches, je veux dire en colonnes plus légères, couronnées de chapiteaux à feuilles r la pre- d’acanthe, d’où s’élancent d'innombrables rameaux ou nergrande vures qui soutiennent la voûte ! Quels j jeux de lumière, quelles Ars sur- nuances variées, et quelle vie répandent au milieu de cette 1s gran- végétation de marbre les rayons du soleil lançant leurs feux à us êtes travers les ogives et les rosaces coloriées ! : Si nous adressions la parole à ces personnages de pierre qui , leurs nous regardent passer, il semble qu’ils nous répondraient ; mais niches laissons-les honorer les saints qu’ils représentent, et avançonsnis, de nous à pas lents jusqu’au chœur, qui est un travail magnifique lan. dont l’origine remorite au XIIIe siècle. Malheureusement les ou les sculptures de cette époque ont été détruites, et la clôture qui 2 cinq l'entoure actuellement est de date plus récente. Les boiseries ns de intérieures et les stalles de chêne dont les sculptures représen- US Ca-. tent les principaux événements de la vie de la sainte Vierge

à MOn- sont des chefs-d'œuvre, mais la face extérieure de la clôture est

plus intéressante et surtout plus en rapport avec le Caractère Bénéral de ce chœur du moyen âge, Elle se compose de pleins reliefs, racontant la vie de Jésus-Christ, et dont les personnages, mal dessinés peut-être, charment les visiteurs catholiques par leur naïveté et leur expression.

Les vitraux des Ogives nous représentent d’ tout autour du chœur, entre les colonnes latér.

isolées ou groupées, des statues de bronze o plusieurs sont des chefs-d'œuvre.

Après avoir circulé autour du chœur, Coup d'œil à toutes ces richesses de l’art,

autres scènes, et ales, se tiennent, u de marbre dont

et donné au moins un il faudrait parcourir

arrêter dans leurs nombreuses cha.

pelles pour y admirer les tombeaux,

ment ; il ne serait pas non plus sans in

mais nous n’en finirions pas,

Fermons donc le livre de pierre, et ouvrons un instant celui de l’histoire en embrassant dans un der

nier regard ce majes-

tueux temple.

Que d'évènements il a vus s’accomplir ! Que d'hommes illus. tres il a vus s'agenouiller sur ses dalles de marbre ! Que de chants, que de prières, ont réveillé les échos de ses parvis! Que de paroles éloquentes ont retenti dans sa chaire, depuis Bossuet et Bourdaloue jusqu Que d’âmes Pures, que de consciences virginales ont embaumé son encein ie,

vers ses murs Comme un fluide d'amour

Devant ses autels, il a vu s’incliner bie de saint Louis à Napoléon II, et il a avènements. Henri IV y donna des té ments catholiques. Napoléon fer y fu lustre pontife Pie VIT, qu'il devait Fontainebleau, moins de dix ans après !

Mais les édi ces, comme les homm

et leurs années de gloire sont môêlées lui-même, hé]

l'abri des profanations !

de jours de deuil. Dieu SanCtuaires ne sont pas à

caractère de pleins sonnages, ques par

cènes, et iennent, bre dont

10ins un arcourir ses cha.

‘aires et

renfer- > saCrisnnent ;

at celui Majes-

8 illus- Que de 8! Que Jossuet d’âmes Ceinio, amour

t bien Deum, cam-

nées, n des sentir lil.

ner à

1des, Dieu )as à

On jour, c'était le 10 novembre 1793, les portes de cette cathédrale— qu'un décret révolutionnaire avait transformée en temple de la Raison—s'ouvrirent avec fracas, et une procession de forcenés, qui s’appelaient le peuple français, et qui malheureusement gouvernaient alors la France, s'avança au milieu de la grande nef. Ils venaient célébrer la fête de la déesse Raison, qui avait remplacé la sainte Trinité, et inaugurer solennelle. ment son culte, La Déesse elle-même, qui était, selon M. Thiers, la femme d’un imprimeur, et, selon d’autres, une danseuse de l'opéra, se tenait assise sur un siège antique, porté par quatre citoyens, et des jeunes filles vêtues de blanc et couronnées de roses l’entouraient, Elle était vêtue d’une draperie blanche, avec un manteau d’azur flottant sur $es épaules, et le bonnet de la Liberté couronnait ses cheveux épars.

Puis venaient, pour parodier le culte de nos saints, les bustes de Lepelletier et de Marat, martyrs du nouveau culte. Dans la chaire, où l’éloquence sacrée glorifiait Dieu depuis des siècles, des impies blasphémaient, et le comédien Monvel sommait Dieu de le foudroyer, s'il existait.

L'organisateur de cette fête étrange, Chaumette, disait “que ‘ ces voûtes gothiques, pour la première fois, servaient d’écho ‘à la Vérité, et que les Français y célébraient le seul vrai ‘* culte, celui de la Liberté et de la Raison, et abandonnaient ‘: des idoles inanimées, pour la Raison, image animée, chef. ‘ d'œuvre de la nature 1...” et agile danseuse, aurait-il dû ajouter.

C’est cette mascarade impie et sacrilège qui arrachait à La. cordaire ces éloquentes paroles :

“ La raison pure voulut célébrer ses noces, Car elle n'avait “ célébré sur l’échafaud que ses fiançailles ; elle voulut aller “ plus loin et pousser jusqu’à ses noces. Les portes de cette ‘* métropole s’ouvrirent par ses ordres tout-puissants ; une foule ‘“ innombrable inonda le parvis, menant au maitre-aute] la ‘ divinité qu’on lui avait préparée pendant soixante ans. En ‘“ dirai-je le nom ? L’antiquité avait eu des images qui expo- “ saient la dépravation au culte des peuples ; ici c'était la réa- “ lité, le marbre vivant d’une cnair publique. Je me tais, “ messieurs, je laisse ce grand peuple adorer la divinité dernière “ du monde, # célébrer sans mystères les noces immortelles de “ Ja raison pure.”

Ge ne fut pas tout, le temple de la Raison changea bientôt de divinité. L’antique Vénus y vit revivie sou culte, el les cha.

pelles latérales furent souillées par de nombreuses profa. nations.

C'est après toutes ces horreurs que la noble Basilique fut enfin fermée, pour n'être rouverte au culte catholique qu’en 1802,

Hélas ! de nouvelles souills -# 1 attendaient encore, et, tout récemment, les COmmunards de 1871, dignes descendants des Hébertistes, l'envahirent le Vendredi-Saint, entassèrent dans la grande nef et dans le sanctuaire les chaises et l’'ameublement de l’église, les arrosèrent de pétrole et y mirent le feu ! Heu- Teusement l'incendie put être arrêté par les habitants du quartier, quand les incendiaires eurent disparu.

De nouvelles horreurs sont peut-être réservées à Notre-Dame , mais la sainte Vierge, qui aime la France, ne laissera pas détruire son temple !

ses profa.

silique fat ique qu’en

e,et, tout ‘ idants des nt dans la ublement VIII eu ! Heu- à du quar- LE PANTHÉON ET LA MADELEINE.

re-Dame, 'a pas dé-

PRÈS avoir admiré l'œuvre grandiose dont l’ar.

chitecture gothique a doté la France, il convient 4 de visiter les deux plus beaux monuments que Ge l'autre architecture mère ait élevés dans Paris. 1ls (ne sont à la vérité que des imitations de temples païens, et leur destination première était toute païenne aussi; mais ces imitations, inférieures à leurs modèles, sont néanmoins très belles, et méritent 4 fixer notre attention.

Le 1 iéon s'élève au sommet d’une colline qui s’appela sous les Romains le mont Lucotitius, et qui est maintenant la montagne Sainte. Geneviève, Sur les versants de cette colline ont longtemps campé les armées romaines, et lorsque Constance Chlore prit le commandement des Gaules, il s’y fit bâtir un palais, que l’on désigna sous le nom de Palais des Thermes, à use de l'étendue de ses bains, et qui couvrait de ses jardins et de ses vignobles toute la pente méridionale du mont.

Julien, devenu beau-frère de l’empereur Constance et gouverneur des Gaules, avant son apostasie, fit de ce palais son séjour favori. Il y fut proclamé empereur par ses soldats, pour obéir, disait-il, à la volonté de Jupiter qui lui était apparu en songe,

Les empereurs Valentinien et Valens y passèrent aussi l'hiver de l'an 365 Puis enfin, les Francs succédèrent aux Romains ; et Clovis, devenu leur roi, fit sa demeure du Palais des Thermes, qu'habitèrent plusieurs de see successeurs.

La reine de France était alors une sainte, qui de..son mari barbare avait fait un chrétien, etqui avait pour amie une autre

sainte, d'humble condition, mais que ses vertus avaient rendue illustre, et qui allait devenir la Patronne de Paris, Ces deux admirables femmes dont l’une, sainte Geneviève avait sauvé Ja France des fureurs d’Attila, et dont l'autre, sain e Clotilde, avait Converti son roi, Voulurent que leur patrie iémoignt au ciel sa reconnaissance pour tous les triomphes qu'elle avait remportés sur ses ennemis, et elles décidèrent Clovis à faire bâtir, au som.

met du mont Lucotitius né grande église dédiée aux apôtres saint Pierre et saint Paul,

Sainte Geneviève, déjà parvenue à un âge très avancé, fut la première enterrée dans celte église, qui bientôt porta son nom, Les corps de Clovis et de sainte Clotilde y furent aussi déposés plus tard, et l'église subsista Jusqu'à l'invasion normande,

A côté de l'église s'était élevée une abbaye, et ses moines “äuvèrent de la dévastation et de l'incendie de l’église par les Normands la châsse de la patronne de Paris,

C'était au IXe siècle, et ce ne fut qu’ France, Louis XV, ordonna d'élever su

église Sainte-Geneviève, un temple dont les formes seraient °Mpruntées à Saint-Pierre du Vatican et au P:

u heureusement, deux français ne put attein.

n ni la grandeur et la ni un Bramante, niun râce du Premier, ni la hardiesse Cependant il ne Manquait pas de ur de l'art que, lorsqu'il s'aperçut 8, s'alfaissait et faisait fléchir les e, il fut accablé d’une affliction qui

inajesté de Saint-Pierre, Soufflot n'était Michel Ange; il n'avait ni la g et la grandeur du second.

génie, et il avait un tel amo que le dôme, déjà trop ba assises sous son poids énorm abrégea ses jours.

Le style du Panthéon est gréco-romain, et malgré ses défauts c’est un superbe monument, Lorsque après avoir parcouru les boulevards, ou la rue de Rivoli, à l'ombre de ces grands édifices dont la symétrie et la Monotonie fatiguent et ennuient, l’on traverse le Quartier latin, c’est une agréable surprise de se trouver tout à Coup en face du’ Panthéon. L'esprit s'élève et

tures, œuvre de David (d’Ang la Liberté et l'Histoire, distribu qui les eniourent ; 80

ers), représentent La Patrie entre ant des palmes aux 8rands hommes us le béristyle, deux groupes ! : statues de

ient rendue Ces deux ait sauvé Ja tilde, avait Lau ciel sa remportés r, au som.

ux apôtres

1Cé, fut la soft nom.

si déposés ide.

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le roi de incienne seraient r'oinain, 1t, deux t'atteinur et la e,niun irdiesse , pas de iperçut hir les ion qui

léfauts ir'u les 8 édiuient, de se ve et indes culpentre mes ès de .

Maindron, qui nous montrent sainte Geneviève eh présence d'Attila, et saint Rémy baptisant Clovis; au centre de l'édifice, et posé sur sa lête comme une couronne colossale, le dôme avec ses trois coupoles superposées,

Le grand désavantage du Panthéon, c'est d'être trop neuf encore. Lorsque plusieurs siveles auront noirci ses pierres et

gravé leurs légendes sur ses murailles, il sera plus beau sans doute,

L'homme s'enlaidit en vieillissant; mais le monument éprouve un sort différent, et plus heureux, Si le front du Pan. théon montrait des rides, si ses flancs avaient des déchirures où croîtrait la mousse, si le lierre enguirlandait ses colonnes,

s'il avait à nous raconter de vieilles histoires, oh! comme il serait bien plus intéressant !

Mais aujourd'hui il ne renferme rien, et n’a presque rien à nous dire, Il a été destiné par la Révolution à recevoir des grands hommes, et les grands hommes ont fait défaut. La France l’a bâti juste au moment qu’elle n’en produisait plus !

Il nous montre bien les tombeaux de Voltaire et de Rousseau ; mais ces Lombeaux eux-mêmes sont vides. Ce n’est pas moi qui le regretterai, parce que je n'ait aucune vénération pour ces deux corrupteurs du peuple français. Que sont devenus leurs 08? On n'en sait rien ; mais s'ils ont été enlevés et emportés dans l’autre monde, il ne faut pas en accuser les bons anges.

C'est peut-être ce que signifie l'inscription qui couronne le mausolée du patriarche de Ferney : ‘ Aux mânes de Voltaire. ” On ne pouvait pas écrire: Gi-gît le corps...” il n'y est pas. On ne pouvait pas parler de son âme; ses contemporains en doutaient, et lui-même ne croyait pas en avoir une! Mänes est bien le mot qui convenait, si l’on a voulu rappeler les divinités infernales que l'antiquité païenne désignait sous ce nom !

Un des charmes du Panthéon, c’est la solitude qui l'entoure, et qui règne même à l’intérieur. En face, s'ouvre pourtant l'Ecole de Droit, dont la jeunesse eft bruyante; mais une vaste place sépare les deux édifices, et le bruit de l'Ecole n'arrive pas jusqu'aux sacrés parvis—que les élèves ne fréquentent guère d’ailleurs.

J'y suis entré plusieurs fois, et je n’y ai jamais rencontré per. sonne—sauf deux Anglais qui tenaient À voir le tombeau de Voltaire, et à faire toucher leurs bagues aux restes du grand

174 PARIS homme. Le guide n’hésita pas à leur affirmer qu'ils avaient

sous les yeux le Corps du plus grand génie que la France ait produit.

Sainte Geneviève était une humble fille qui n’aimait pas le bruit, et peut-être se plaitelle au silence qui l’entoure, Mais

non, elle avait trop à cœur la gloire de Jésus-Christ, et sans doute elle s’attriste de voir ses autels déserts !

C'est au Panthéon surtout que peuvent s'appliquer avec vérité ces vers d'Auguste Barbier ;

Car les saints monuments ne restent dans ce lieu Que pour dire : autrefois, il y avait un Dieu !

A l'intérieur, moins encore qu’à l'extérieur, le Panthéon ne ressemble à une église. Il a si souvent changé de destination qu’il n’a pu revêtir le caractère religieux, On le dirait plutôt fait pour être un musée de sculpture et de peinture, et sa forme —la croix grecque—se préterait admirablement à cet arrangement, Les fresques les plus remarquables sont celles de la seconde coupole, exécutées par Gros, et représentent sainte Geneviève recevant les hommages des rois de France, personnifiés par Clovis, C! wlemagne, saint Louis et Louis XVIII.

Comme le Pant” on, la Madeleine est un temple à part, qui tranche sur la monotonie générale des édifices parisiens, et c’est un fort beau spécimen de l’architecture grecque. Elle a quelque ressemblance avec la Maison Carrée de Nimes—un chef-d'œuvre antique—et sa colonnade est une imitation du Parthénon d'Athènes, avec de plus vastes proportions. Sa ceinture de colonnes corinthiennes cannelées, son portique élevé, avec ses niches ornées de saints et de saintes, le fronton de la façade principale dont les sculptures colossales représentent le jugement dernier, forment un ensemble de l'aspect le plus imposant.

Le style de la Madeleine est éntièrement différent de celui du facthéon, mais les deux monuments se ressemblent par leur histoire et par les vicissitu®es qu’ils ont subies.

Comme le Panthéon, la Madeleine a dû son origine à Louis XV, et fut d'abord destinée au Culte ; mais elle ne put être ter. minée avant la Révolution, et lorsque Napoléon en ordonna l'achèvement, il voulut en faire un temple de la gloire, dédié à la grande armée,

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part, qui 8, et c’est quelque d'œuvre irthénon re de coavec ses a façade le jugenposant.

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L'empire tomba avant que l'architecte n’eût terminé son œuvre—car la France d'alors savait plutôt renverser qu'édifier, et Louis XVIIL, reprenant l'œuvre de Louis XV, le rendit au culte catholique. Elle est dédiée à Dieu très bon et très grand, sous l'invocation de sainte Marie-Madeleine.

Dans son genre, elle est après Notre-Dame, la plus belle église de Paris; mais son genre n’est pas vraiment celui des églises; malgré tous les saints personnages dont les statues font la garde autour d'elle, on ia prendrait encore de loin pour un temple païen, ou pour Madeleine, avant sa conversion.

L'intérieur se compose d’une seule nef, et il est d’une magni. ficence comparable à quelques églises de Rome. Le marbre et l'or resplendissent partout, et de quelque côté que vous jetiez les Yeux vous apercevez des peintures et des sculptures maguifiques, dans lesquelles l'art a tracé tantôt des scènes de la vie de sainte Madeleine et de plusieurs autres saints, et tantôt des pages de l’histoire de l'Eglise et de la France.

C'est en face de la Madeleine que les communards de 1871 avaient construit une formidable barricade, en travers de la rue Royale; et c’est là qu'après avoir mis le feu à plusieurs maisons, des pompiers, payés par la Commune, remplirent leurs pompes de pétroie et en arrosèrent le feu.

Mon cher lecteur, je voudrais bien vous conduire encore dans quelques églises ; car il y en a une foule d'autres qui méritent d’être visitées et étudiées. Mais je serais exposé à vous faire des descriptions nombreuses que vous trouveriez monotones, et qui donneraient à ces pages la physionomie d’un Guide Joanne.

Je ne puis cependant pas omettre entièrement les suivantes,

que vous devrez visiter, si vous allez à Paris.

Saint-Etienne-du-Mont, dont la construction remonte à 1517, et qui renferme le tombeau de la patronne de Paris.

Vous admirerez ses galeries, accrochées aux colonnes comme des guirlandes, son jubé jeté comme un pont entre le chœur et la nef et terminé par d’élégants escaliers en spirale, sa chaire élégamment sculptée et reposaut sur les épaüles d’un Samson, ses vitraux coloriés, œuvres de plusieurs maîtres célèbres, ses tombeaux et ses inscriptions qui rappellent la mémoire de sainte Geneviève, de sainte Clotilde, de Clovis, de Pascal et de Racine.

En vous arrêtant au bas de la nef, vis-à-vis la porte du milieu, vous vous rappellerez qu’en cet endroit même fut assassiné, par

Verger, Mgr Sibour, archevêque de Paris, au moment d’une procession autour de l’église,

-Saint-Sulpice, à côté dur célèbre Séminaire du même nom, renferme un mélange de tous les ordres d'architecture ancienne et moderne, dû aux nombreuses vicissitudes de sa construction.

Malgré son manque d'unité et ses parties inachevées c’est une des belles églises de Paris.

Pendant la révolution, Saint-Sulpice devint le temple de la

Victoire, et servit de salle de banquet au général Bonaparte, à son retour d'Egypte.

N'oublions pas Saint-Germain-des-Prés, la plus ancienne église de Paris. Elle s'élève sur l'emplacement de la célèbre abbaye du même nom, fondée dès les premiers temps de la mo. narchie française. Un roi de Pologne, Casimir V, fut abbé de Saint-Germain-des-Prés, et son tombeau est l’un des principaux ornements de l’église actuelle. Dans la crypte repasent aussi Descartes, et le savant Mabillon, qui fut une des gloires de l’abbaye, \

L'église actuelle date du Commencement du XIe siècle—ce qui est déjà un âge très l'espectable—mais, s’il faut en croire les archéologues, la tour de la façade serait un pr de l'antique abbaye,

L'intérieur est d'architecture romaine ; Mais de nombreuses restaurations en ont altéré Je Caractère primitif, Ce qui en fait aujourd'hui le principal intérêt et la beauté, ce sont les fresques

Magnifiques, dues au pinceau de M. Hyp. Flandrin, le grand artiste chrétien que la France regrelte encore,

Däns une étude Temarquable, publiée à Marseille en 1866, M. Claudio Jannet a fait l'appréciation des œuvres de ce peintre illustre, et il démontre que dans ses grandes comyositions de Saint-Germain-des-Prés, Flandrin a prodigué des chefs-d’'œuvre. Il nous fait surtout admirer dans l'artiste la fécondité d'i magi-

nation, la largeuf de style, la maturité du talent et l’orthodoxie du pinceau.

écieux reste

Mais pour connaître mieux l’œuvre du grand peintre français, il faudra, lecteur, visiter l'église Saint-Vincent-de-Paul, admirablement située au sommet d’une colline, et dont le péristyle à colonnes ressemble à un temple grec.

C'est là que vous admirez, dans toute leur ampleur et dans l’immense variété de leurs détails, les compositions du maître,

Peu de peintures ont p'oduit sur moi une impression aussi vive

Loment d’une

même nom, ure ancienne construction.

es C’est une

emple de la Bonaparte, à

S ancienne e la célèbre ps de la mo.

fut abbé de principaux nsent aussi s gloires de

siècle—ce t en croire cieux reste

ombreuses qui en fait s fresques , le grand

ce peintre sitions de -d’'œuvre.

d'imagirthodoxie

français, al, admipéristyle

r et dans maître, 1ssi vive

que cette frise de Saint-Vincent-de-Paul, où deux longues processions de saints et de saintes partant du fond Ge la nef sa. vancent parallèlement de chaque côté de l'édifice vers le chœur, qui figure le ciel, avec le calme austère et la simplicité grandiose d'êtres supérieurs aux faibles mortels.

‘ La frise de Saint-Vincent-de-Paul, dit M. Claudio Jannet, a déjà reçu le glorieux surnom de Panathénées chrétiennes. C'est l’œuvre qui a fait la popularité de Flandrin, celle avec laquelle il se présente à la postérité, comme Raphaël avec les Loges, ”

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