DE MARSEILLE A JÉRUSALEM
DE MÀRSKILH A JERUSALEM
Marseille, 21 aoùl r:\
C'est demain que nous parlons pour rOrient ; mon neveu Frédéric cTOléon, prétend même que noire4 voyage est déjà commencé; vrai, je suis porté à le croire. Quelqu'un a dit de Pétersbourg : c'esl la porte de l'Europe, ne pourrait-on pas dire également : Marseille es1 le vestibule de l'Orient ?
La ville osi née sur le sol Français, mais de parents Phéniciens et (<i\'rs ; sa langue, sa physionomie, ses mœurs ont conservé dos traces profondes <lo sa double origine.
Monsieur Guizol a raconté, en termes charmants, cette naissance, à ses petits enfants,
Ce n'est qu'une légende, assurent les Bavants ; qu'importe, si elle est devenue presque classique à force d'avoirété reproduitepar les historiens de louis les temps? Les amateurs de ce qu'on appelait en 1830, la couleur locale, ne me feront pas un reproche de la suspendre
sous le péristyle du pays des rêves et du merveilleux.
Il y avait une fois un roi qui B'appelait Nann, et qui
iail sur la tribu Gaul
donl la capitale une fille n
veilleusement belle portanl l nom
i qu'elle fui en liant
que, Belon la coutume du p Bon époux, convi lèbn rriera du pa
même du jour où le banquet nom lieu, un q, aux
laisser tomber son ancre au fond a ït du
Rhône. ^
I >• ux hommes en <i lurent : l'un,
larda la barbe blanche; l'autre, jeune hommi de g t de nobl
tants du rivag i leur r
La principale vertu des G Nann accueillit avec bienveillan voyaient l<is dieux, et leur lit prendre place au festin.
Un usage qui su du pays basque, voulait que la jeune fille : La fin du repas, t' nanl à la main une . et
que celui jui elle la ;
fépoux de son choix.
La bonne grâce nal Le d'Eus manières po-
lies, la n et IV! - rsonne
traits, contrastaient singulièrement avec l'allure au farouche que vu! s COnvivi 5.
Gyptis n'hésita pas, et s'arrètant en face du Grec, elle lui tendit la coupe.
L'étormement et la colère furent grands parmi Gaulois : mais Nann croyant reconnaître dans cette ac-I tion de sa fille, un ordre des dieux, accepta le Ph< pour gendre, cl lui assigna en dot le golfe où il avait pifl terre, avec quelques cantons du territoire environnant 1
A IRAYERS i. ORIENT O
Euxène reconnaissant, donna à s;i femme le nom (VAristoxène, qui signifie la meilleure d^x hôtesses, renvoya son vaisseau à Phocée pour y recruter des colons, cl jeta, (Mi les attendant, au fonddu golfe, sur une presqu'île creusée on forme de, porl vers le midi, les fondements d'une ville qu'il appela Massalie, depuis Marseille.
Voici la première légende, niais l'hiatoire de la fondalion de la nouvelle ville n'est pas finie, une seconde légende succède à la première.
A peint» quelques mois s'étaient-ils écoulés, qu'avec le vaisseau d'Euxène arrivèrent de Phocée plusieurs galères amenant d(^ colons pleins d'espérance, chargées de vivres, d'outils, d'armes, de graines, de plants de vigne et d'olivier, ei portant en outre une statue de Diane (pu» la prêtresse Aristorché accompagnait dans sa nouvelle patrie.
L'activité et la prospérité tant intérieure qu'extérieure de Marseille se développèrent rapidement. Elle perlait son commerce partout oùles Phéniciens elles Rhodiens avaient frayé la roule, réparait leurs forts, s'appropriait leurs établissements, plaçai! sur ses médailles, on signe de domination, la Rose, emblème deKhodes, àcôté du Lion de Marseille. Malheureusement le chef gaulois qui avait protégé son berceau, Nann, mourut; son fils Goman partageait, contre les nouveaux venus, la jalousie dos Ségobriges et des peuplades voisines. Il promit et résolut en effet de détruire4 la cité nouvelle. C'était le temps (h1 la déraison de la vigne, époque de grandes solennités chez les Grecs-Ioniens, Marseille ne s'occupait que des préparatifs de lafête. On décorait de rameaux et de fleurs le s maisons et les places publiques. Point de gardes, point de travaux, l'occasion était favorable. Goman fit entrer dans la ville beaucoup
d'hommes & lui comme pour prendr
mces publiques, el encore pi caché*
fleurs ; Lui-même,
devait ;i un signal donné Ile
épouvantée par la levée des bouclier
i ne < îauloise, une iill<' d\A un Grec fil avorter le complot : instruit >m-
pa trio tes de leur sanglant dessein, elle I Grecs qui s'emparèrent di ut
sur l'embuscade, surprirent Coman et firent d dats, une sanglante hécatomb
Ainsi naquit Marseille du m un étranger.
Que l.i Légende soit vraie ou fausse, l'enfant leusement grandi depuis: aujourd'hui quoique 1 » I * - r i éloigné de son berceau, il :\ c tinctif de son origine : phénicien pai goce, grec par sa fiévreuse turbulence, il parle une la gue particulière qui ;i pour elle, l'harmonie lat
de l'idiome d'Homère : passionné pour les des assembl
municipal, il B'enivre d tu-
dit aux discours d'autant pli creux de ses ;i g demeurés rhéteurs. L
bannirent Aristide \ Ven-
tendre appeler juste ; Les iVfarseill ont attaché une corde au cou delà statue de i pour punir le vénérable d'un dévouement
trop célèbre.
Dieu m 2 le de pousser plus loin ce parallèle, Unirais par mettre le pied sur s jsant de la politi-
que et vraiment au fond, malgré leur a bon ! ou les Iroun de Vair! qa ent d'un trottoir
;i l'autre, uniquement pourfaire du bruit, les Marseillais valent mieux que leur réputation.
J'ai d'ailleurs bien autre chose à faire qu'à me livrera des études psychologiques.
Nous sommes trente qui partons demain, au coup de midi ; c'esl moi que le comité de Paris a désigné comme président de la caravane, et cet honneur auquel on a oublié de joindre un programme et des instructions, prend depuis ce malin, les proportions d'une vraie calamité.
Si encore j'étais président in-cognito en même temps qu'irresponsable, si j'avais <\rs ministres, el quand ils ne savent où donner de la tête, si je pouvais aller chasser dans une forêt quelconque ; mais point !
— Monsieur le président, vous avez sans doute mon billet 1
— Monsieur le président, voudriez-vous bien m'indiquer le numéro de ma cabine?
— Monsii iir le président, seriez-vous assez bon pour me faire connaître l'itinéraire détailL
— Monsieur le président... !
Ali ! la belle position sociale !.. Pas menu1 le temps de
se raser, moi qui fais cette opération en cinq minutes, j'y ai mis trois quarts d'heure et me suis horriblement
haché le menton.
C'est une dame qui en esl cause, par L'empressement
avec lequel (die s'est précipitée dans ma chambre, sans frapper; la chambre du président n'est-elle pas du domaine public? cette impétueuse visiteuse venait me réclamer uni4 paire de bottines oubliées par elle en chemin de fer.
Il parait «pie pour ces bottines je dois adresser uni1
plainte a. l'administration et les retrouver, coûte que coûte, par la raison que je suis président; et que c'est
au présida ni seul qu'il appartû ni de :
iii;iii< ii-, de prendre
penseignem( nts, de... d le.
Cela prou
i le l'hôtel ont, parait-il, aussi !«• i
torturer; ils Be relayent pour m'accabl sans que je ne puisse le de leur échapper par la fuite, les bagages de toui les v<
C'esl une indescriptible Babel qu'il ont édifiée là; malles bardées de fer comme l< yen-
coffresà écraser un éléphant et de bar-
surunpetitàm al'écuy
bahuts parisiens, cartons à chapeaux <i de galettes, fusils '1*' cha c ou
s;m^ épée, badines et i côté d'une formidable paire de souliers héri d<»i ii Le poids seul doit fixer au sol leur malheureux ; priétaire . c >uvertui
casques de liège, voiles, moustiqui rtiment
complet d'ombrelles , de parapluies , de c lans
leurs boites de fer-blanc mince comme «lu papier sant distiller goutte à goutte, une huile épais
albums a dessins nu «les 1;
Silepr s test responsable, je donne ma ion.
Un périlleux tunnel pratiqué dans c*AU' ma>>«- bi lante avec le secours d'un touriste compatissant, m'a
permis de gagner l'escalier puis de là, la rue.
J'en ai profité pour aller, en compagnie de trois ou quatre de mes futurs compagnons, retirer n<»s ]>[. l'aire viser nos passeports, m'informer du nom du navire qui doit nous emporter, et de celui de son capitaine.
Le bateau s'appelle la Seyne* Je suis aile le visiter. C'est un gros navire appartenant aux : séries impé-
riales, navire qui, destiné d'abord aux voyages en Chine, fait maintenait ceux d'Egypte el de Syrie.
Nous lui avons trouvé très-bon air; il est large, bien assis sur l'eau : son vaste pont fora un charmant promenoir; la salle à manger très-élégante est entourée par une coursière libre sur laquelle s'ouvrent de nombreuses fenêtres par lesquelles on peut voir le paysage, tout en étant assis à table; la dunette forme plate-forme audessus, el los écoutilles ouvertes en ce moment pour le chargement, nous onl révélé une cale de capacité telle <|uo tout Babel y entrera facilement.
Ce qui ost moins agréable, c'est L'installation des cabines. Au lion de se trouver sur le pont, elles sont au dessous, les bublots en sont étroits, et en cas de grosse mer, il faudra los tenir fermés, c'est un grave inconvénient. Malgré tout, nous sommes très-satisfaits de notre visite, et moi, charme do savoir enfin quelque chose.
Pendant mon absence, quelques nouveaux voyageurs sont arrivés ; il en manque encore pourtant deux ou trois à L'appel, maisl'état-major est aucomplel ; vice-président, aumônier, trésorier et secrétaire.
C'est bien lo moins que je consacre une ligne à chacun de mes coadjuteurs ; le vice-président est à la fois curé de Montrougë et écrivain distingué; avec sa carte, il a aimablement déposé chez moi un volume ayant pour titre : Voyage en Italie. Ce voyage n'est pas le seul qu'il ait fait ; M. le euro Chauvière, avant de venir jeter l'ancre aux portes d^ Paris, a parcouru l'Afrique, résidé au Sénégal, et maintes fois traversé los mers. Ces courses ne l'ont pas fatigué; il a une carrure d'Hercule, le teint cojoré, le visage réjoui ; à en juger par les apparences, ci» sera un agréable compagnon et s'il faut en venir là, ce qu'à Dieu ne plaise., un vice-président à poigne.
L'aumônier par contre est maigre, nerveux, actif, in-
telligent, arti île même dit n. l ur lesquels j'ai failli m'embrocher, en p tunnel, Bervenl de pied a un appareil phi [ue
qu'il emporte en i •
i ii littérateur i$l un ai-iist... pour comi qui
va bien . le \ nnonce mieux qu'il n<
toul d'ab( rd.
Le très p qui s'appelle \ >mme undi
grands mini- I :it,
rompu a la comptabilité; la ca plus «l'un banquier appr
Quand au secrétaire, c'est un charmant a n dont il ne m'es! pas trop permis de dire le bien quej1 parce qu'il est mon neveu. Quoiqu'il n'ait q ila
fait deux ans & l'école d
docteur en droit, a gagné dans le «*> hussard de maréchal... des li s 9 diplômi rtifical
d'intelligenci ,une preuve qu'il <
écuyer, qualités qui ne sont pasàdédaig -
Des autres, je ne parle pas aujourd'hui; ils sont el mon portefeuille prendrait les dimensions d'un dictii naire des contemporains si je voulais graphe à chacun.
El puis, je craindrais de n'èl de ma coupure au menton, el de l'a ttin s.
Le calme ayant peu à peu succédé à l'agitation du matin, et la plupart des voyag trouvant eni
moment réunis à l'hôtel, nous en avons profita pour rendre visite ;i Monseigneur l'Evèque de Marseille.
La salle dans laquelle nous avons été introduit sentait à peu près le même aspect que celle que ri" quittions ; .1 itié pleines, les
autres déjà fermées, des cordes, de la paille: des toiles d'emballage annonçaient un prochain départ.
Monseigneur Place se prépare en effel en ce moment
à aller prendre possession de l'Archevêché de Hennés ;
pourtant si occupé qu'il fût en ce moment, il a daigné nous recevoir, nous a adressé quelques charmantes paroles el a voulu attacher de sa main le signe des croisés sur la poitrine de ceux d'entre nous qui étaient venus demander sa bénédiction.
(lette croix, l'allocution de L'Evêque, la vue de la rade couverte de navires, m'ont vivement rappelé les croisades, si vivement, qu'en sortant de L'évèché, je suis allé acheter un Joinville, ayant dans la précipitation du départ oublié de prendre Le mien ; et fermant ma porte à clef, je me suis plongé dans cette lecture.
Bien souvent, dans notre beau voyage, nous retrouverons sinon les traces, au moins le souvenir de Saint Louis.
l'ai- deux l'ois, il partit pour la Terre Sainte et chaque t'ois il s'embarqua à Aiguës-Mortes ; la première avec toute sa coui' el KOI) hommes d'équipage sur une net' appelée In Monnoit\ la seconde fois, sur //• PcutldÙ, navire génois de 1,500 tonneaux ayant un tirant d'eau de plus de 8 mètres.
Le portail de L'église de Saint-Gilles conserve encore
Les traces du séjour (\v^ Croises, el les fûts de ses colonnes sont un véritable album légendaire surchargé de noms, de monogrammes et de dessins gravés à la pointe de la dauuo ou du poignard sur la surface polie
du granit par Les compagnons du saint roi.
Parmi les signatures on reconnaît celle de Jehan de Joinville, l'historien de L'expédition : j'ai passé des heures à parcourir, ou plutôt à débrouiller toute cette mêlée de croquis naïvement barbares, où se coudoient et s'enchevêtrent hommes d'armes, L'épée au poing, L'écu au flanc, chevaliers bannerets, chevauchant sur de rai-
des destriers, donl le dessin n ipelle i
d'un enfant, archers bandant le pointues, au sommet desquelles flotte une bai moriée, tux fanta I . animaux impôt ces représentatif nefs, dai
l'année des occidentaux allait, quelqu< affronter les mille dai l'une n inconnue.
Toutefois lestrente-huil . ne pouvaient
transporter La foule I m-
bre à Aiguës-Mortes ou dans les vil que Guillaume de Nan à une nu
sauterelles couvrant toute la sup de la l
Joinville, le comte de Toulouse et une foule d'au! seigneurs, vinrent donc avec Leurs nonu mbarqi
a Marseille.
Cet embarquement eut lieu en 1248, Uya de 630 ans au lieu même où nous attend la Seyn . que jour pour jour, à la fin du même m<
« An mois d'aoust, écrit l'historien, entrâmes en neis, (1) à la Roche de Marseille. À celle journée que nous entrâmes en nos neis, fist l'en ouvrir la porte de la nef, et mist l'en touznos chevaux ens (2), et pi clost l'on la porte el L'enboucha l'en bien, aussi comme l'ennaye (3) un tonnel, pour ce que, quand la : en
la mer. toute La porte est en fvaue. Quant li eh* furent eus. nostre maistres notonnier escria à no-
tonniers, qui estoient « \) ou bec de la nef et lour dist :
— Est arée (5) votre besoigm
A Vaisseau.
(2) Dedans.
Noie.
I Qui et ii''iit à la proue.
5 Votre beso -elle terminée.
Et il respondirent :
— Oil Sire; vieingnenl avant li clerc etliprovere(l).
Maintenant que il furent venu, illourescria :
— Chantez de par Dieu !
Kl il s'escrierenl tuitàunevoix: veni creator spiritus 1 El il escria à ses notonniers :
— Faites voile de par Dieu !
Et il si firent.
Et en brief tens li venz se feri (2) ou voile et nous ot tolu (3) la veue «le la terre, que nous ne veisme que ciel el yaue ; et chascun jour nous esloigna li venz, du
pays OU nous avions estéi noi.
Et ces choses vous monstré-je (4) que cil est bien fol hardis qui se ose mettre en tel péril, atout autrui chatel (5) ou en pechié mortel ; car Ton se dort le soir là ou on ne sait se l'on se trouvera ou font de la mer au matin. »
N'est-ce pas un bijou ce récit ? Je le copie tel quel sans oser me résoudre à lo traduire. Je craindrais de lui enlever son parfum.
Voici La journée terminée, à domain le départ ; il me reste juste quatre heures pour méditer en dormant ces paroles si pleines de foi qu'en 1878 pas plus qu'en 1248 no devrait oublier aucun voyageur :
« Bien follement hardi est celui qui retenant le bien d'autrui, ou en état de péché mortel, ose affronter de tels périls, car ce soir là on s'endort sans savoir si le lendemain on ne se trouvera pas au fond de la mer. »
(1) Que lea clercs et les prêtres s'avancent
(2) Frappa les voiles.
(3) Oté la vue.
(4) Jf vous dis ces choses pour vous montrer combien, S Retenant le bien d'autrui.
Bardé de fer, l'épée au mon bouc]
1 « iii, quand deux coups frappi \u-
en sursaut.
Adieu la gloire, adieu !<• combat, il « 1/2
>. doua devons noua mettre en route pour I de-la-Garde.
Les dames attendaient au salon , j'ai dû lei
îuses que fort heureusement n'ont un
de mes compagnons laïques ou i leur toile! I ,
Ce n'est qu'un quart d'heure plus agents arrivaient.
A cinq heures, nous conduit ;i l'église. T
comted B ut la spécialité est, parait-il,
partout le dernier... quand il arrii
I > la hauteur où se dn . Le pan
est admirable et s'élargit à chaque mai
A travers une Légère bu . flottant
un voile diaphane, nous
ville silencieuse enc is-
sifs depuis -
aux Marseillais; de l'autre, les ports encombrés de na une forêt de mâtset de chemin : lu-delà, refermant comme des »ur pn
confiées à leur sarde . irs roch
les flots, les forts a icroupis sur les eim s, le-
boul comme une sentinelle veillan îleséparses près du rivage; plus loin, la mer infii dant vers le sud sa robe bleue moirée par les courants et
parla brise, puis en haut, se détachant dans l'azur du ciel et planant sur toute les choses de la terre, la statue de la Vierge, à l'auréole de laquelle le soleil levant accrochait ses premiers payons.
Un instanl après, nous pénétrions dans le sanctuaire dont les parois intérieures disparaissent sous la couche sans cesse renouvelée «les ex-voto, témoignages de reconnaissance suspendus par les marins en l'honneur de leur bonne mère, de celle que les fidèles appellent à si juste titre : l'Etoile de la nier.
Une place nous était réservée autour de l'autel où l'aumônier de la caravane célébrait une messe à noire intention.
Un voyage à Jérusalem en plein été, est chose pins dangereuse que Ton ne suppose, que ne le supposaient probablement, la veille, plusieurs d'entre nous.
Monsieur l'abbé ** membre du comité, nous en avait prévenus le soir, enjoignant à ce renseignement peu rassurant, quelques excellents avis dictés par l'expérience.
Serons-nous plus heureux que ceux de nos devanciers
emportés parla fièvre ou les maladies épidémiques? il faut
l'espérer, mais surtout le demander, car bien fol hardi qui ose se mettre en tel péril, sans implorer l'assistance du ciel.
Quand nous avons redescendu la montagne; la ville s'éveillait, le mouvement succédait au calme, le bruit au silence, le grondement sourd de la foule montait à nous.
se confondant avec le roulement i\^s voilures, le sou des cloches, le sifflement des chaudières : la mer s'était peuplée4 comme par enchantement el les barques de pèche. ouvrant leurs grandes ailes, s'éparpillaient comme nue volée de mouettes blanches sur les flots bleus.
10 k TRAVEE
Dans le port, lei chemin lorrents de noire l'un
Parmi nos compa plutôt à dire vrai, personne ne Be trouvait pr
Le coup de feu a rude que quelqu
res on1 payé leur peu de dilig mais enfin nous Bommi moment voulu, l - du moi
des b ! je n*< affirmer qu'iln'enmanq
\ Jaffa seulement nous aurons un< leur
égard; en ce moment, ils gisent à fond de cal , S ndébarquanten Palestine, nous constatons qu'un manque à L'appel, le propriétaire aura toujours l de La dame aux bottines: Le faire réel dent, puis... en prendre son deuil.
Ce n'est pas une que d'embarquer une
centaine de personnes encombn iux,
de cannes, «le Livres, <1<> cartes et de parapluii isils
même, car quelques-uns d'entre nous mblent à de
petits arsenaux.
Heureusement, Les maîtres d'hôtel, chai e les voyageurs, sent essentiellemen 'lards. I
eux, vous n'êtes ni monsieur, ni madame, ni mademoiselle, vous êtes le numéro de votre bulletin, pas autre chose; numéro 1, cabine 1: num . Ine2; et avec toutesles formes voulues mais en trois temps, trois mouvements , ils font rentrer Le numéro 1 ou 2 ou 3 da: boite comme Les tubes d'une lunette dans leur étui.
Une fois introduit dans son logement, le passager, quelque novice qu'il puisse être ne court plus ai risque de se perdre, en revanche il lui est très-difficile de se retourner.
Ce n'est pas que le mobilier soit encombrant. Il se compose de quatre tiroirs superposés deux à deux et
contenant chacun une galette portant le nom pompeux de matelas. Une table de toilette munie de son robinet , une carafe, et trois clous pour suspendre les vêtements complètent ce luxueux ameublement, dans Lequel chaises ri fauteuils brillent par leur absence, l'administration prévoyante ayant jugé que rien n'empêche un voyageur de s'asseoir sur sa malle ou son sac de nuit.
L'espace demeuré libre, grâce à cette parcimonie, suffit en l'ait pour une personne, en droit, il doit suffire à quatre.
Dans ce cas qui se présente fréquemment, il reste un moyen de s'arranger. On tire au sort à qui s'habillera ou se déshabillera le premier, opération pendant Laquelle les numéros malheureux ou se tiennent cois dans leurs couchette, ou font queue à la porte.
En somme, une cabine n'est qu'un élégant cachot fait sur mesure, L'acajou y remplace La pierre ; le velours, la paille, quant à la chaîne qui rive le prisonnier, le mal de mer qui à bord se charge de vous immobiliser la remplace efficacement.
Par une heureuse exception, ma cabine n'a que deux couchettes formant deux étages, un rez-de-chaussée qui m'est assigné, un premier qu'occupera Frédéric.
Cette disposition de notre logement ne laisse pas que de m'effrayer. Si nous allions être malades tous les deux à la fois., que se passera-t-il au-dessus de ma tête?
Chassons ces idées pou rassurantes et ne sondons pas les mystères menaçants de L'avenir.
Je suis remonté suide pont un des premiers, les bagages se sont engloutis, et les écoutilles fermées offrent, entre la dunette et le grand mat, un large promenoir abandonné aux passagers.
Quelques-uns se sont déjà installés sur la dunette dont
la haute plate-forme do
H* t -I" b ml -'il b tut, notre ville flottai
i. 3 matelots deboul Bur la p lie, donn
aussitôt traduits en coupa
urs quittanl leu nt un
comme des lapins qu ni de i
Les curieux regardent, les prudenl moiselle II. V\ traînant 11»' un
de boites, de pastilles el autr annoncés à la quatrième des jour
là revue de tous les remèdes connus d<* nosjoi le mal de mer. lu abbé -
dépèche son bréviaire, comme s'il c u-
voir bientôt en réciter les prier
Mademoiselle Julia esl au c< ntraire une inti aussi n'a-t-elle emporté que Bon pan ne sera pas malade, elle le sait, elle i Pourquoi ? parcequ'elle le veut.
Il paraît que chez mademoiselle Julia lo; tés s'inclinent devant I ne.
La mer sera-t-elle d'aussi bonne comp< papa et maman? • • que n rons bi
M >nsieur de Brissac n'a pas gran ment perfide, nous le supj i int
apparaître en plein soleil enveloppé de tble
dans un caban de caoutchouc, dont la phy de tempêl
Par contre, Frédéric s'abrite sous un chapeau
tre d'un mètre d'enver recouvert d une toile bl
che qui lui donne un Taux air de can t - >us v<
Au pied delà dunette, tr installent ti
levantines dans des fauteuils de jonc, el empilent sur
A TltAVi lis L'ORIENT l!>
une petite table, à portée de la main de ces gourmandes
indolentes, (U>* sucreries el dr* confitures. Chacun B'arrange à sa façon, il va là à l'aire toute une
élude de nneurs.
Quelques minutes avanl deux heures, la cloche sonne à grande volée, la flamme monte aumâl de misaine, les amares tombent à L'eau.
Branle-bas général sur tout le pont, adieux, embrassades, serrements de mains, bousculades sur les échelles, el arrivée d'un dernier pèlerin dont nous avions fait notre deuil, d'une dame belge, accompagnée de sa domestique se rendant en Terre-Sainte el de quelques
autres retardataires pour lesquels, par un miracle delà
Providence, il reste encore un nombre de couchettes suffisant.
Pendant qu'on les installe, je pédige mesnotes-à la hâte sur la table de la salle à manger, et, sans désemparer, j'écris jusqu'au moment où le balancemenl du navire m'apprend que nous sommes en marche.
J'ai quitté aussitôt mon cahier pour la dunette : le spectacle en vaut la peine.
Nous sommes en route : à mesure que notre navire s'éloigne du quai en glissant au milieu d'autres bâtiments à vapeur attachés à leurs bouées, la mer s'élargit el les teintes s^adoucissent. Au premier plan, se dresse la nouvelle cathédrale tout récemment sortie de terre, etencore revêtue de cette teinte qu'un de nos vieux chroniqueurs appelle une robe blanche d'église : derrière elle, la vieille ville s'étage sur les coteaux d'Endoume, et forme avec ses toits rouges, une masse pourprée sur laquelle semble peser le rocher fauve couronné par Péglisede Notre-Dame-de-la-Garde. Bientôt uous distinguons le vieux port ou apparaissent, comme une forêt sans feuillage, les mille mais des navires a voiles, ancrés au
fond d'une coupure que dominent i el de Saint-Nicola
de roc] mt, font saillie ou
i. Iles 'I" R itonneau et de 1 nous, passent bord à bord puis vont se coi
-'• qui s'éloigne el auquel elles sembl plaquer.
L'île et l" château d'Ifleursuccèdent : la a »upe
trrondit : les collii vil-
LaSjdonl la blanchi but le fond vert de !
bosquets el de leurs gaz
Toute cette côte a un air de fête qui plall à rœil. Arrondie comme un amphith< lui par gradins dont chacun Be distingue par plus rapprochés de la mer sont d'un vert charmant :au second étage, le gris domine : liviers. Au dessus, la teinte bleuâtre indique celle d pins ; plus haut se dessine la eone fauve des tandis que les cimes qui se détachent dans le lointain, se teignent d'un bleu violacé qui monte, &'< tnt peu ;i peu. jusqu'aux nuages empourprés par l< du soleil.
Nous serrons La côte de si près qu'à l'œil nu, nous pouvons non-seulement en fouiller toutes lur 8,
au fond de chacune desquels in nid de pé-
cheurs, mais]compter les maisons éparses dans dure comme de blancs moutons dans la bru la
plupart sont précédées de jardins dont les murs disparaissent sous une épaisse draperie de plantes grimpantes ;ça et là, jaillissent quelque- palmiers, enfanta perdus de l'Orient, avant-garde de cette armée qui formerait une couronne ininterrompue autour de la Méditerranée, si elle parvenait à s'établir sur les ges inhospitaliers du golfe du Lion.
Quel délicieux défilé ! Au loin, la petite iledu Planier
coiffée (1(4 sa tour comme un chandelier <l<i sa bougie;
tOUl auprès de la terre, les iles de Maire avec leurs pittoresques rochers, de Jaïre, de Riou, de Madrague, formant écran à la petite haie de Cassis ; plus loin, la Giotat, île verte ; Bandols, un joli village que, du haut de sa passerelle, notre commandant examine avec une étonnantepersévérance. N'y découvrant rien de particulier, je demande à un matelot la cause de cette observation prolongée.
— Ça, fait-il, c'est son pays ; il regarde sa maison, d'où peut-être son épouse le considère.
Et (Mi effet, sans quitter de L'œil sa Lorgnette, le commandant salue en agitant son mouchoir blanc.
Puis il sourit et l'ait un nouveau salut ; je parierais (pie madame Caboufigue, c'est ainsi qu'il se nomme, a répondu à son signal.
Le brave homme a l'air tout attendri ; je lui en sais gré, et je me rappelle le vieil Ulysse, pleurant envoyant de loin fumer les toits de sa chère llliaque.
Je relirai ce passage d'Homère.
Longtemps Bandols reste en vue, et Le marin à son poste. Il ne le quitte que Lorsque nous doublons Ls cap Sicié, haute muraille de rochers couleur chocolat, taillés à pic et couronnés de pins bleuâtres, de genêts à Heurs d'or et d'un fouillis d'arbrisseaux, entre lesquels on aperçoit le célèbre ermitage de Notre-Dame-de-la- Garde, sanctuaire en grande vénération parmi les marins de la cote.
Au cap succèdent deux nouvelles baies; de gros vaisseaux se dirigent vers la seconde, dont une presqu'ile ferme presque l'entrée et que dominent, du côte du nord, de hautes collines.
On ne voit pas encore, maison pressent déjà un porl de guerre ; c'est en effet Toulon avec ses arsenaux et
aujourd'hui, son b de caréna
chapelel de forts égrei le.s monta
sur la presqu'île de l'Ilôp lai; Ti .' ... ui p •• . il du coté de la mer, el qui sous peu, le terre quand le génie aura complété pa ta-
chés, el ce camp retranché al-
liera d'ouvriers, les ou\ Henry IV, continu* L XIV, pe
Napoléon.
Les Anglais parvinrenl un jou place par trahison : ils déni bien la gardi
faire un Gibraltar français ; un jeune capitaine d'art.. rie la leur enleva de vive force. Il i s In-
connu s'appelait Bonaparte ; phu mit lui en le traînant a l'ile d'Elbe d'où il leur échappa pour débarquer quelq - plus Loi itte
même côte, ;i Fn
Waterloo leurrendil leurpria >nnier; ilsi'em » ette l'ois au-delà <l Sainte-H ... i d'où il i
vint pas, mais il n'eurent pas Toul
J'ai vu la lettre que h1 futur Empi rivait a Y<>
sion de la prise de la ville. u Robes
Dieu! qu'il était donc républicain al<
pinionscha 2 ut énormément plus
La plupart des républicainsd'aujourd'huin'étaient-ils pas impérialistes hier, que sei - demain?
Plus ça change, plus c'est toujours la même chose.
Que de souvenirs sur o te!
Les Phéniciens et les Grecs. les Romains et Les w gothsl'ont occupée tour à tour: les Maure- ra-
sins y ont promené leurra- - t laissé la trace de leur pas saint Louis s'j est embarqué; Charles-Quint a
assiégé Marseille; le traître Bourbon a pris Toulon; Napo-
a riAVBRS i.'oiuknt
léon a débarqué à Fréjus; François I" ci Charles-Quint se sont embrassés à ligues-mortes. llyaurait dixvolumi a écrire, mais la Seyne marche vile je n'ai que le temps de regarder, à peine, de me souvenir.
Nous voici aux îles d'Hyères, les Stœcliades des Grecs : ilyen a quatre, nageant, l'une à la suite de l'autre, comme un troupeau <lr monstres marins ; leurs rivages sonl abruptes, plaqués de rouge e1 de jaune, avec dv* coulées de verdure sombre ; on les dirait inhabitées : (U>\\\ d'entre elles ont cependant une population assez considérable, mais très-modeste, paraît-il, car elle se cache • la us les broussailles comme la violette sous les buissons : du moins, ni moi ni mes compagnons n'avons-nous pu apercevoir aucune habitation autre que quelques phares plantés comme des quilles blanches, de distance en distance, et deux ou trois petits fortins qui paraissent parfaitement déserts.
I ii .jour, l'idée vint à François 1" ', qui était poëte à heures, de taire de cet archipel en miniature quelque chose d'original, et il l'érigea en marquisat des lies d'< »r. dont il lit cadeau à la famille d'Ornans,
Je ne sais si les nouveaux propriétaires, séduits parce nom, s'imaginèrent posséder le jardin des Hespérides; en tout cas, reconnaissant bientôt leur erreur ils négligent si bien leur domaine que le Roi, qui, dans h1 fond, 11 avait donne ces iles que pour se dispenser d'y entretenir une garnison , s'apercevant que le marquisat n'était pas gardé du tout, le reprit poury mettre des soldats.
En l'ace des iles d'Hyères, au fond d'une charmante
baie, et frileusement abritée contre les vents du nord, la ville aujourd'hui appelée Hyères, par corruption du mol latin areaimposê par les Romains et devenu Ahêres au moyen-âge, s'étale en amphithéâtre au flanc de vertes
collines séparées de la mer par un vrai paradis terrestre
loui embaumé de fleui . I villas entou
niera, bous Nombre parfui vivre, et n'arrivent trop chea phth
i Pendanl que je regard
I matelot esl venu m'a]
l II titt lui simplement d
ments dan • la distribution
dre dans lequel les pa l prendre place à la tabl
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i pour faire connaissance
( président chargé de les présenter.
Voici la chose fait aq min