H PREFACE
quelques rares spécialistes; aussi, j'espère que le présent ouvrage, qui en contient le récit, sera bien accueilli du public.
Ce récit est celui d'un spectateur et d'un témoin.
En effet, pendant la révolution chinoise, je parcourais rExtrême-Orient et notamment la Chine où j'ai suivi pour ainsi dire pas à pas la marche des événements en Indochine, au Yunnan, dans le sud, dans le centre et dans le nord du pays bouleversé.
Pour narrer avec toute Pampleur voulue l'évolution d'un phénomène aussi considérable, il faudrait plusieurs volumes; j'ai dû, voulant observer une brièveté qui me paraissait nécessaire, me borner à présenter le tableau ou le récit des faits, permettant de bien comprendre dans sa genèse et dans son développement ce qu'est la révolution chinoise.
L'heure n'est pas venue, d'ailleurs, d'écrire toute l'histoire de cette crise, observée avec l'intérêt que peut apporter à une telle enquête un homme dont la plus grande partie de la vie a été consacrée à l'étude de la langue, de la littérature, de l'histoire, de la philosophie et des lois d'un pays si curieux, dans lequel il possède de nombreuses et anciennes relations.
Bien que, en dehors des tableaux pittoresques ou tragiques dont j'ai essayé de reproduire l'aspect, on trouve dans les pages qui vont suivre le récit de faits historiques, ceux-ci ne sauraient constituer
PRÉFACE m
'histoire complète d'une révolution accomplie dans un pays si vaste, surtout en ce qui concerne les événements extraordinaires qui ont donné lieu à la deuxième guerre civile, et où la politique européenne a joué un si grand rôle.
Seuls, l'historien écrivant lorsque le temps a fait son œuvre, ou le polémiste, combattant pour les intérêts publics, peuvent déchirer complètement le voile qui cache les dessous où se déroulent les conflits entre les passions désintéressées et les cupidités avides constituant la trame de la vraie histoire.
Toutefois, les membres de notre Parlement, Chambre et Sénat, qui s'intéressaient à mon voyage et m'avaient chargé de leur dire ce qu'était au juste cette révolution chinoise, désiraient que j'exposasse l'ensemble des événements graves accomplis en ces derniers mois.
J'ai donc poussé mon récit jusqu'à la consommation complète du coup d'Etat de novembre 1913, et j'ai dû expliquer avec quelque développement certains côtés de la politique financière suivie dans l'affaire de l'emprunt chinois : emprunt qui a été la cause déterminante principale de la deuxième guerre civile, des massacres et du coup d'État.
En cette matière délicate, je me suis efforcé de faire passer les documents sous les yeux du lecteur, afin que celui-ci pût porter lui-même son jugement sur les faits et sur une politique dans laquelle des