PATINEUR TRAVERSANT USE PLAINE
[dessin exécuté d'après UNE PHOTOGRAPHIE DE L. 5ZACINSKI.
coudre. « Il n'existe pas de montagnes qu'on ne [misse gravir avec des ski », écrivait Ola ils Magnus en 1555.
La descente est toujours facile, mais on doit ne pas se laisser entraîner par la pente, et pouvoir toujours diriger ses patins pour éviter les pierres et les arbres. Plus la colline est escarpée, plus rapide est naturellemenl la marche; on peut alors dire, comme dans le Kongespeil, que le patineur sur ses ski dépasse la vitesse de l'oiseau au vol et de tout animal qui court sur le sol.
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En Norvège, le patinage sur les ski est un sport national. Aucun exercice ne développe plus la vigueur du corps, le sang-froid et le coup d'oeil. Vous parcourez les bois par un beau froid, vous vous trouvez au milieu d'une nature grandiose dans son linceul de neige éblouissante, vous courez par monts et par vaux, et quelle sensation plus agréable que celle de descendre à toute vitesse les collines, la figure fouettée par la bise, tout votre être attentif, prêt à imprimer aux patins une nouvelle direction à la vue d'un obstacle. Au milieu de la forêt, loin du tumulte des villes, vous éprouvez la délicieuse sensation de la solitude, et cette sensation exerce une influence profonde sur l'esprit.
Aucun pays ne présente un terrain plus favorable au patinage sur les ski que la Norvège. Partout, en effet, vous rencontrerez un sol accidenté et en hiver une épaisse couche de neige. Dès l'enfance, le Norvégien est habitué à marcher sur ces patins. Dans nombre de hameaux perdus au milieu des montagnes, les filles comme le-, garçons apprennent à se servir des ski presque aussitôt qu'ils commencent à marcher. Sans ces patins, il serait, pour ainsi dire, impossible de sortir de la maison pendant une grande partie de l'année. Durant de longs mois, tout autour de l'habitation, le sol n'est-il pas couvert d'une épaisse couche de neige, dans laquelle on enfonce profondément! De roule, il n'y en a pas entre ces pauvres hameaux perdus, et pour aller d'une ferme à l'autre, tous, hommes et femmes, doivent se servir de ski. Ces patins les empêchent de disparaître dans la neige jusqu'à la ceinture. Souvent, dès l'âge de trois ou quatre ans, les marmots commencent à marcher avec ces patins, et, dans beaucoup de localités, dès qu'ils ont un ou deux ans de plus, ils pratiquent continuellement cet exercice. Pour apprendre à se servir des ski n'y a-t-il pas, tout autour des habitations, de hautes collines sur lesquelles ils peuvent s'exercer à glisser! C'est sur les ski que les enfants vont à l'école et qu'ils prennent leurs récréations, encouragés souvent dans cet exercice par le maître lui-même. L'après-midi du dimanche, les garçons du village organisent des courses pour faire montre de leurs talents devant les jeunes filles, qui, elles aussi, sont d'habiles patineuses.
Telle est la vie de la jeunesse norvégienne en hiver. A dix ans, et
môme moins, un garçon sait déjà distinguer l'es qualités d'une pairedc ski, celles du bois servant à les fabriquer, et façonner avec de l'osier la courroie nécessaire pour fixer aux pieds les patins. Tous apprennent à se tirer seuls d'affaire et à devenir des hommes. Tant que nus vallées seront habitées, le patinage sur les ski sera un sport national.
Les ski sont surtout utiles à la chasse, el cet exercice forme les meilleurs patineurs.
Autrefois en Scandinavie on poursuivait pendant l'hiver, sur les ski, l'élan et le renne. Lorsque la couche de neige est épaisse, un bon patineur peut facilement attraper à la course les animaux, qui, enfonçant profondément, ne peuvent s'enfuir rapidement. Pareille chasse exigeait une vigueur particulière et une grande habileté dans l'art du patinage. Aujourd'hui elle est défendue par la loi; néanmoins, dans les parties plaies de la Suède encore couvertes de forêts, des braconniers s'y livrent fréquemment. Aujourd'hui les paysans norvégiens ne vont guère à la chasse sur les ski que pour tuer des lagopèdes ou en prendre au lacet. Celle chasse n'est pas très pénible, cependant elle présenté une certaine difficulté. Sur les montagnes, au milieu des broussailles chargées de neige, on peut faire une mauvaise chute, et quelle émotion en descendant à toute vitesse les pentes ! Sur les patins les paysans forcent souvent le lièvre ; quelquefois ils vont même attaquer l'ours dans sa caverne; lorsque la neige est pulvérulente, ils poursuivent à la course le lynx et le glouton. Les Lapons ont l'habitude de chasser sur les ski le loup, l'ennemi acharné de leurs troupeaux de rennes; ils le rejoignent facilement et d'un coup de bâton lui cassent les reins. La [dupait des peuplades de Sibérie chassent avec ces patins. Comme l'hiver dure, dans cette région, la plus grande partie de l'année, les ski sont pour ces indigènes un objet de première nécessité.
En Norvège le patinage sur les ski est pratiqué depuis une très haute antiquité; il était, connu bien avant l'époque historique. Nor (le père de notre race) et ses compagnons, racontent les légendes, seraient arrivés dans le pays en patins. Auparavant ils se seraient arrêtés en Finlande pour apprendre l'art du patinage, [mis auraient continué leur roule vers l'ouest en contournant le golfe de Bothnie. Ces légendes sont de date relativement récente.
Grâce à l'obligeance du professeur Gustave Storm, je puis donner quelques renseignements sur l'historique du patinage sur les ski en Norvège. Les plus anciens documents, m'écrit ce savant, prouvent que les Scandinaves ont emprunté ces patins aux Lapons. Deux auteurs du milieu du vi" siècle, le Grec Procope et le Golli Jordanes, donnent aux Lapons le nom très caractéristique de Skridfinner. Les Norvégiens avaient appliqué aux Lapons et aux Finnois le surnom de skrid, frappés par l'agilité avec laquelle ils glissent sur les pentes des montagnes; dans notre ancienne langue, le verbe skrida signifie marcher sur les ski. Le nom de Skridfinner disparut du vocabulaire de nos ancêtres lorsqu'ils eurent appris eux-mêmes à se servir de ces patins; mais il demeura chez les peuples habitant plus au sud. Ainsi on le retrouve, pour désigner les Lapons, dans l'histoire des Longobards de Paulus Diaconus (796), dans le récit du roi Alfred (890), dans Adam de Brème (1070) et dans Saxo le Grammairien (1200).
Pendant longtemps les Norvégiens et tous les habitants du Nord considérèrent les Lapons comme les plus habiles patineurs, et l'emploi des ski comme particulier à celle race. Snorre Slurlassôn, par exemple, fait dire à la reine Gunhild, élevée en Fin mark par deux Lapons, que ces indigènes sont les plus habiles patineurs du momie, qu'aucun homme, même aucun animal, ne peut les dépasser lorsqu'ils glissent sur les ski, et qu'avec ces patins ils attrapent à la course tout être qui fuit devant eux. Les Norvégiens avaient l'habitude d'acheter des patins aux Lapons, et jusqu'au milieu du xvne siècle ils regardèrent ces indigènes comme les maîtres dans l'art de fabriquer les ski. Dans une histoire de Norvège datant du \iue siècle, les Lapons sont représentés comme des chasseurs très habiles, habitant des tentes en peau. Quand ils se déplacent, raconte ce document, ces indigènes chargent sur le dos leur^ habitations, et, après avoir mis sous leurs chaussures des morceaux de bois, filent à travers les montagnes couvertes déneige avec la rapidité de l'oiseau. Le roi Harald vante son habileté dans l'art de se servir des patins avec lesquels les Lapons parcourent les montagnes couvertes de neige (saga du roi Harald et de Toke racontée par Saxo). Un recueil de lois islandaises remontant à 1250 condamne le criminel à être
banni «dans les régions lointaines où les Lapons ne peuvent arriver même en marchant sur les ski ». C'est certainement une formule judiciaire empruntée à d'anciennes lois norvégiennes.
On pourrait encore citer beaucoup de passages des anciennes sagas montrant l'usage que les Lapons savaient faire des ski. Ceux rapportés plus haut prouvent suffisamment que ces indigènes les ont introduits en Norvège.
Dès le xc siècle, d'après Storm, ces patins étaient connus en Norvège, tout au moins dans leNordland et les régions montagneuses du nord, peut-être jusqu'aux Opland. Des scaldes de celle époque comparent dans leurs poésies la marche du navire couvert de voiles à celle des patineurs. Guthorm Siudre, contemporain dellaakon le Don, appelle un bateau les « ski de la mer ». Si ces patins n'avaient été connus des indigènes, ces figures poétiques n'auraient point été comprises. Les ski ont même été considérés comme un emblème des divinités païennes. Dans un poème dont la date peut être fixée à environ 900, Eyvind appelle la fille de Thasse, Skade, on dur-dis, c'està-dire la déesse des ski, et l'Islandais Einav Skaaleglam, auteur d'un poème en l'honneur de Ilaakon Jarl (980), donne à lllr le surnom d'Odin des ski. Skade appartient à la mythologie Scandinave; les Normands ayant souvent pris les Lapons pour des démons, peut-être Eyrind croyait-il Skade d'origine laponne? Quant à lllr, il était considéré en Danemark comme la divinité du patinage sur la glace. « Ollerus, raconte Saxo, au lieu de naviguer sur un navire, traversait la mer sur un pied après avoir prononcé des formules magiques », c'est-à-dire qu'il chaussait des patins et passait ainsi sur la glace. Lllr fut regardé d'abord comme le dieu des patineurs sur les ski dans la Norvège septentrionale, puis comme celui des patineurs sur la glace en Danemark, où le climat rend inutiles les ski. On raconte que le roi danois llarald à la Dent bleue aurait descendu le Kullen, en Scanie, sur des ski; cette légende ne prouve pointqueces patins aient été employés dans cette région : le récit vient probablement de Norvège, où pareil exploit aurait été accompli par un roi llarald. Les sagas historiques mentionnent fréquemment les ski. Ainsi, à propos d'Egil Skallogrimsôn, un de ces documents rapporte que les envoyés du roi le quittèrent un peu à l'ouest de l'Eidskog et mar-
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choient sur leurs ski jusqu'au nord du Dovrefjeld. L'usage des patins pénétra dès cette époque jusque dans le Romerike. Harald le Sévère, qui habita le sud de la Norvège de 1050 à 1046, avait appris dans le Ringerike à marcher sur les ski lorsqu'il était jeune. A cette époque -i1 rapportent les chants héroïques relatifs à Heming, qui a accompli dans le Nordland une course merveilleuse sur ces patins; comme patineur il a encore aujourd'hui une place dans la poésie populaire. Des sagas postérieures contiennent également de nombreux passages relatifs aux ski ; ce patinage a donc toujours été pratiqué en Norvège. En hiver, quand il n'y avait pas de piste pour les traîneaux et poulies chevaux, le service de la poste était fait par les patineurs, ainsi que le prouvent des documents de 1525 et de 1555. Une lettre de 1555 rapporte qu'au commencement de décembre le postier devait traverser sur les ski le Dovrefjeld et toutes les forêts jusqu'à Throndhjem.
Aujourd'hui le- Norvégiens sont aussi habiles patineurs que leurs ancêtres. Jamais Arnljot Gelline (vers le ixc siècle) n'a pu patiner avec deux hommes placés derrière lui sur les ski, et marcher avec celle charge aussi rapidement que s'il n'avait traîné personne, comme le rapporte un chroniqueur. C'est une légende provenant d'Islande.
De nos jours, presque tous les Norvégiens savent marcher sur les ski: dans la partie occidentale du pays, l'état souvent mauvais de la neige rend cependant leur usage moins fréquent qu'ailleurs. Beaucoup de Norvégiennes sont d'habiles patineuses aujourd'hui comme au temps d'Olaûs Magnus ( 1555). où les femmes chassaient quelquefois avec plus d'ardeur que les hommes. Heureusement pour l'avenir de la nation, le patinage est toujours en honneur chez nous.
On trouve les plus habiles patineurs dans le Telemark,à Kristiania et aux environs; il y en a encore d'excellents dan- l'Osterdal, les Opland, le Numedal, le Hallingdal, le Valders, le Gudbrandsdal, le pays de Throndhjem, le Nordland et le Finmark.
En Suède les ski ont été introduits à la même époque qu'en Norvège, mais l'usage en est peu répandu, le pays étant relativement plat. Ces patins ne sont guère employés que dans les régions forestières el montagneuses du nord, jusqu'au Helsingeland, dans la Dalécarlie et le Vermland septentrional. En ces dernières années, la
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population des villes de la Suède méridionale, notammenl celle de Stockholm, s'occupe de ce sport. Les Norvégiens onl introduil jadis les ski en Islande, mais les indigènes onl bientôt, semble-t-il, perdu l'habitude de s'en servir. Les sagas islandaises ne mentionnent jamais que 1rs habitants emploient ces patins pour traverser les montagnes; au contraire, les Islandais consacrent de longs passages, dans les relations de leurs voyages en Norvège, à la description des ski, comme si ces patins étaient inconnus d'eux. Au xviu' siècle, ce patinage n'était plus pratiqué en Islande. Un décret de 1780 accorde une récompense au commis de marchand norvégien Buch, établi à Husavik, le seul habitant sachant marcher sur les ski, à charge par lui d'enseigner cet art à trois hommes. Dans le nord de l'île, m'a-t-on dit, on rencontre de bons patineurs, mais je doutequ'ils aient l'habileté des nôtres. Certaines habitations situées au centre de File, m'a raconté M. A. Hansen, voyageur en Islande, restent l'hiver sans aucune communication avec le reste du pays, les indigènes ne sachant pas marcher sur les ski.
Au Grônland les ski étaient inconnus avant l'arrivée d'Egede (1721). Maintenant ils sont employés par les quelques Danois habitant le pays et par les indigènes, mais aucun d'eux n'est 1res habile patineur. Le patinage est simplement ici un amusement de la population. Rarement les Grônlandais vont à la chasse sur les ski. Les Eskimos, qui vivent surtout des produits de la mer, ignorent les services que pourraient leur rendre ces patins. Un très petit nombre d'entre eux seulement chassent le renne sur les ski.
En Amérique, ces patins étaient également inconnus. Il y a quelques années seulement, l'usage en a été introduit par les Scandinaves, notamment dans le nord. Aujourd'hui, dans une partie des montagnes Rocheuses où il tombe beaucoup de neige, la population, m'a raconté le célèbre voyageur norvégien le capitaine A. Jacobsen, emploie les ski, pour porter la poste aux différentes mines. La plupart des facteurs seraient des Scandinaves. Dans le Wisconsin, le Minnesota et les États voisins, les Norvégiens ont importé les ski, et chaque hiver, dans plusieurs villes, il y a des courses de patineurs. En Californie, on fait également usage de patins. Enfin, il y a quelque temps, pour les travaux du chemin de fer de la Cordil-
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1ère entre le Chili et la République Argentine, on recherchait des patineurs norvégiens*.
Les ski ont ôlô souvent employés dan- les guerres de la Scandinavie; pendant une campagne d'hiver ils procurent en effel de grands avantages à ceux qui savent s'en servir. La célèbre carte des régions septentrionales d'Olaus Magnus (1559) esl ornée d'une vignette représentant des habitants du Finmark. monté- sur des -ki, bataillant avec les gens du Belsingland.
Pour la première fois, sous le roi Sverre, des patineurs prirent part à une guerre. Ce monarque recruta un corps d'indigènes des Opland habitués aux ski, et, à la bataille d'Oslo, en mars 1200, ces patineurs escaladèrent les collines appelées Ryenberg pour reconnaître la force de l'ennemi. Plus tard, au cours de différentes guerres, les Scandinaves ont également employé les ski : les relations de ces campagnes signalent à ce propos le rôle des Lapons. Au xv" -ièrle, raconte-t-on, un Lapon du Finmark fut contraint de conduire h travers les montagnes une troupe d'envahisseurs russes, (.'était par une nuit obscure : le guide marchait, une torche à la main, à la tète des soldats, qui suivaient dans des traîneaux tirés par des rennes. Allant à toute vitesse sur ses ski, le Lapon arrive devant un escarpement, saute dans le gouffre, et à sa suite toute la caravane culbute dans le précipice. Par ce noble sacrifice le guide aurait préservé son pays de l'invasion. D'après une autre légende, le Lapon aurait simplement jeté sa torche dans le goulfre, et la caravane, qui se guidait sur la lueur, aurait suivi. D'après une troisième tradition, les envahisseurs auraient été des Suédois qui marchaient sur des ski. Dans le Tysfjord (Nordland) on rapporte cette légende au temps de Frédéric III (1650), et dans les environs de Throndhjem aux guerres de Charles XII. Dans le pays de Solor on retrouve la même tradition. Dans ces divers récils le héros est toujours un Lapon
1. Je lis dans un article de M. A. -G. Guillemard sur les grandes cascades du globe (Den norske Turistforenuigs Aarboy. 1889, p. 17) que la neige est inconnue en Australie, excepté en hiver sur la montagne Kosciusko et les sommets voisins des Alpes de l'Australie méridionnale. Dans le district montagneux de Kiandra les habitants se servent de raquettes qui présentent une grande ressemblance avec les ski norvégiens. L'auteur ne dit pas d'où proviennent ces ski ; il est permis de penser qu'ils ont été introduits par des Scandinaves.