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Examinons maintenant le nom des ski dans les langues flnnoougriennes et sibériennes.

Les Lapons appellent les patins recouverts de peau savek, ceux en Lois brut golas. Les Finnois ont plusieurs mois : hiiden et suksi

un patineur arrêté a la descente par l'x escarpement ex cotoie le sommet, (dessin d'à. 111.01:11.)

désignent les ski en général, hjhj ou kalhu, celui de gauche, sivakka et potasma celui de droite. Kalhu vient du lapon (jolas, lui-même dérivé du vocable russe gohtsia, signifiant des ski en bois brut {ijolo, nu, lusia, ski). Nous ne pouvons cependant admettre avec certitude «pie les Lapons aient appris des ltnsses à se servir de patins non recouverts de peau sous la semelle. Savek et sivakka sont le même

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mol et des formes modifiées de suksi, qui paraît rire le nom original des ski en finnois. Cette hypothèse est confirmée par l'élude des langues du groupe finnois établi entre le lac Ladoga et la Lithuanie. Chez les Yoles, les Vepses, les Eslhoniens et les Lives, nous trouvons les vocables suhsi, suksi, suks et suks. Ce mot remonte donc à l'époque où tous ces différents peuples formaient un même corps de population ; il est vrai que peut-être ultérieurement ce mot a pu passer par emprunt d'une langue à l'autre.

Examinons maintenant les idiomes des Finnois du Volga. Chez les Mordva ou Mordvines, à côté de la forme tokh nous trouvons de nouveau le mot soks. Les ski étaient donc employés lorsque les Finnois du Volga et ceux de la Baltique étaient réunis. Probablement tokh est le même mot que suks. \'s et le / étant souvent remplacés l'un par l'autre. Le radical kok du vocable kokbiske. usité chez les Tchérémîsses pour désigner les ski est probablement le même que le tokh mordva. Plus loin nous citerons d'autres présomptions en laveur de celte hypothèse.

Ces premières recherches linguistiques prouvent que les >ki étaient déjà connus il y a plus de dix-sept siècles; leur nom remonte à l'époque où toutes les races finnoises d'Europe se trouvaient réunies, et est par conséquent plus ancien que le vieux norvégien et le gothique. On doit repousser toute idée d'emprunt survenu à l'époque actuelle. Les Grands-Russiens, qui séparent ces diverses races, sont d'ailleurs, en grande partie, des Finnois slavisésdans les six derniers sièeles, et le Volga a toujours été une grande route naturelle très fréquentée. Poursuivant notre élude linguistique, nous trouvons chez les Permiens ou Biarmes le vocable artakh pour désigner les ski (takh est vraisemblablement une forme parallèle du mordvine tokh), et chez les Syrianes, dans le mot kôrt-kok, le radical kok, le même que nous rencontrons dans le tchérémisse koklâske.

En îles temps très éloignés les races finnoises connaissaient donc les ski. Nous allons maintenant prouver qu'à une époque encore plu- lointaine ces races faisaient usage de ces patins.

Les Ostiaks, qui appartiennent au groupe ougrien, appellent les ski 'okh. Ces patins étaient donc employés en Asie avant la séparation des peuples ouralo-altaïques en Finnois et en Ougriens.

LE PATINAGE SUfl LES SKI. — HISTORIQUE DE CE SPORT.

L'élude des langues finno-ougrienncs conduit encore plus loin. Continuant l'examen des différents idiomes de la Sibérie, nous trouvons d'abord chez les races établies à l'est des Ostiaks des noms sans aucune parenté avec ceux en usage chez les populations de

PAIISEUn DESCENDANT ONE COLLINE LOISEK. DESSIN lu. BLOCII,

l'ouest pour désigner les ski. Plus loin, chez deux tribus samoyèdes de la Sibérie méridionale, les Karagasses et les Soïols, nous rencontrons les formes Iwli et hok. Dans la Sibérie orientale, les Goldes emploient les vocables suksylta ou soksolta, les Toungouses Manikoi celui de suksildx, et les Kondogiri-Toungouses la forme huksille. La première partie de différents mois : $nk, $ok ou huk, dérive

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évidemment, comme Castren l'a indiqué, do mks, vocable usité chez les Finnois de Finlande. C'est également une preuve que suh peut bien être le même mot que kok, puisque suk dans suksildse s'est transformé en huk dans huksille. Les Karagasses ont la forme hok et les Soïots kok : la transition est donc indiquée; à mon avis, il y a identité entre ces diverses formes1.

Comment expliquer que deux races aussi éloignées l'une de l'autre que les Finnois de la Baltique et les Toungouses de la Sibérie orientale désignent les ski par le même mot?

Pour cela, examinons les routes suivies par les deux groupes ethniques dans leurs migrations. Tous deux sont, croit-on, venus de la région entre le Baïkal et l'Altaï. Un grand nombre de localités voisines des sources de l'Obi et du Iénisséi ont des noms d'origine finnoise : les Finnois ont donc occupé celle région. D'autre part, les Toungouses ont été chassés de leur pays d'origine vers le nord et l'est par les Iakoules et les Mongols.

Nous sommes ainsi conduits à ces temps préhistoriques où les groupes lînno-ougriens et toungouses habitaient dans le voisinage l'un de l'autre la région du Baïkal et de l'Altaï. C'est dans ce pays que nous devons chercher l'origine des ski et que ces différents peuples ont appris à s'en servir. Là sont établis aujourd'hui les Karagasses et les Soïots, qui donnent à ces patins un nom dérivé de suks, le vocable primitif.

L'examen du nom des ski dans les langues des différentes races de Sibérie fournit une nouvelle preuve que ces patins viennent de la région de l'Altaï. Les Samoyèdes de l'Ob appellent les ski : tolds, told, tolde et toldo, mot que nous retrouvons dans la langue golde sous la forme sok-solta ou suk-sulla, dans le toungouse sous celle de suksildse et huksille, et dans la langue des Osliaks du Iénisséi sous celle de a-sil. Solla a pu devenir tolda, et tulda se changer en toldo; d'autre part, sylta s'est transformé en sildx, puis en sille et finalement en sil. La présence du même mot pour désigner les >ki dans les langues de races aujourd'hui aussi éloignées les unes des autres que le sont aujourd'hui les Samoyèdes, les Osliaks et les

1. Le mot mandchou sualahha contient la même racine takh que la forme mordvine et ostiake sokh, et que la forme permiake artakh.

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Toungouses, prouve qu'elles soûl toutes originaires de la région de l'Altaï et du Baïkal.

Les Bouriates appellent ces patins sana ou hana, les Koïbais sana, et les Samoyèdes-tassor habitant dans le voisinage de l'Obi laùa1. Ces différentes races sont donc toutes originaires du pays du Baïkal où vivent aujourd'hui les Bouriates et c'est dans cette région qu'a pris naissance le vocable commun. Outre les noms dont je viens de donner la liste, on en trouve d'autres chez les peuplades de Sibérie dont l'origine commune est inconnue. La plupart se rencontrent dans les langues de populations dont nous ne connaissons ni la parenté ni les migrations.

Les noms des ski chez les principales peuplades du nord de l'ancien continent dérivent de trois radicaux; d'autre part, les peuples qui emploient aujourd'hui ces mots viennent tous de la région du Baïkal et de l'Altaï. 11 est donc permis de penser que ces diverses populations ont appris à se servir des ski dans ce pays avant leur séparation suivant les directions les plus différentes.

Les peuples aryens — le groupe ethnique le plus important dont les langues n'ont pas pour les ski un dérivé des radicaux indiqués plus haut — doivent avoir appris, à une époque relativement récente, l'art de se servir de ces patins. Suivant toute vraisemblance, ils le tiennent des Finnois et des Lapons, dont les langues désignent les ski par un dérivé des radicaux primitifs. L'usage de ces patins a été répandu par les races qui, après avoir appris à s'en servir dans la région du Baïkal et de l'Altaï, se sont ensuite dispersées dans différentes directions. Venant du sud et marchant vers le nord, elles avaient vraisemblablement des moyens de traverser aisément les plaines de neige pour ne pas être arrêtées en hiver dans leurs migrations.

La linguistique ne peut fournir aucune indication sur la date probable de l'invention des ski. Ces patins remontent en tous cas à une haute antiquité.

Au début de notre ère, des tribus finnoises habitaient déjà les régions voisines de la Baltique (Tacite). Les migrations de ces peuples

I. Il est douteux que les mois samoyèdes tudo et tuta soient le même vocable.

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depuis le Baïkal ont duré longtemps; c'est donc à une époque très ancienne que ces races étaient réunies dans la région de l'Altaï, et c'est en des temps véritablement fabuleux que les Finno-Ougriens, les Samoyèdes, les Mongols et les Toungouses habitaient la même région et ne formaient qu'une même population. A cette époque préhistorique les ski étaient déjà employés par ces peuples. Jusqu'ici les Norvégiens ont été portés à penser que ces patins étaient originaires de leur pays. Les recherches que nous venons d'exposer montrent, au contraire, que les Scandinaves n'ont appris l'usage des ski qu'à une époque relativement récente. Mais si nous n'avons connu que tardivement ces précieux engins, nous savons maintenant nous en servir mieux que les autres peuples.

Il est difficile d'indiquer la forme primitive des ski. Sur ce point nous avons seulement quelques indications, dont je vais essayer de tirer parti.

Les instruments des populations se perfectionnent suivant les mêmes lois qui président au développement de la faune et de la flore.

Les espèces les plus hautes se rencontrent dans de vastes régions, favorables, par leur étendue, à la lutte pour la vie, tandis que les espèces simples vivent isolées dans des zones écartées. La même loi doit se retrouver dans le développement des objets de l'industrie humaine, notamment dans celui des ski. La difficulté qu'éprouve l'homme à marcher sur la neige épaisse et pulvérulente l'a conduit à imaginer des instruments qui l'empêchaient d'enfoncer dans cette neige. Dans les régions où l'hiver est long, les indigènes ont dû chercher les moyens de se mouvoir facilement pendant celte saison. Par suite, c'est dans le Nord que nous trouvons les ski, les meilleurs engins pour marcher sur la neige. Le pays que la linguistique nous a conduit à regarder comme le lieu d'origine des ski, se trouve au centre de l'immense région limitée au sud par l'isotherme annuel de -+- 6 degrés. C'est là que les peuples qui ont répandu ensuite l'usage de ces patins dans l'ancien continent ont été amenés, par les conditions climatiques, à chercher le moyen de marcher sur la neige.

Dans l'Amérique boréale, l'usage des ski est inconnu. Perfection-

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nant des types très anciens et tirs imparfaits provenant de l'ancien monde, les indigènes de cette région ont inventé les raquettes, qui, à tort, sont comparées el même déclarées supérieures aux ski.

Nous n'arriverions à aucun résultat en recherchant les formes les plus voisines des types originaux des ski et des raquettes dans les régions où ces engins sont actuellement en usage. Imitant le naturaliste, nous devons au contraire aller chercher les types primitifs dans les régions écartées, par exemple dans les pays de montagnes situés en dehors de la zone des ski, mais dont le climat nécessite l'emploi de ces engins. Nous y trouverons plusieurs espèces de raquettes, de tryger, comme nous les appelons en norvégien.

Dans l'ancien monde, ces raquettes sont employées au Thibet, en Arménie, au Caucase, dans plusieurs pays d'Europe, en Scandinavie, par exemple, où à côté des ski on retrouve leur type original, enfin par les Tchuktehis et les Aïnos. Plusieurs ouvrages de l'antiquité grecque font mention de ces engins. Ainsi, quatre siècles avant notre ère, rapporte Xénophon [Anabase, IV, 5), les habitants de la région montagneuse de l'Arménie attachaient des sacs aux sabots de leurs chevaux pour les empêcher d'enfoncer dans la neige jusqu'au ventre. Au témoignage de Strabon, les indigènes des pentes méridionales du Caucase fixaient également à leurs pieds des disques de peau de bœuf non tannée. Aujourd'hui encore de pareilles raquettes sont en usage dans ces pays. En Arménie, d'après le même auteur, on employait des disques de bois garnis en dessous de pointes. Suivant Suidas, Arrianos (environ 140 ans av. J.-C.) raconterait, dans un ouvrage aujourd'hui perdu, que pendant une marche à travers des montagnes', recouvertes d'une couche de neige épaisse de 17 pieds, les habitants de Brulio, qui étaient habitués à voyager l'hiver dans cette région, reçurent l'ordre de prendre la tète de la caravane. Ils portaient aux pieds des cercles en osier.

Ces descriptions d'anciennes raquettes peuvent nous mettre sur la voie pour résoudre la question de l'origine des ski.

Il s'agit de marcher sur la neige sans enfoncer, en donnant au pied le plus large point d'appui possible. D'après Xénophon, si du

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