AU NORD LE LONG DE LA COTE ORIENTALE
bouge pas. D'un seul coup de rame les indigènes poussent leurs kayaks jusqu'aux rochers de la rive, puis sortent de leurs embarcations; l'un lire son canot au sec, l'autre le laisse dans l'eau. Voici devant nous deux représentants des fameux païens de la côte orientale du Grônland.Leur physionomie toute souriante fait excellente impression. L'un est vêtu d'une sorte de jaquette et d'un pantalon en peau de phoque et chaussé de kamikkes'; entre le bas du pantalon et le haut des bottes, les cuisses sont à découvert. Eu l'ail de coiffure, le bonhomme a simplement quelques colliers de verroterie. »
Mon journal ne contient pas d'autres détails sur cette entrevue, mais le souvenir m'en est resté précis dans la mémoire comme si elle avait eu lieu hier; il ne m'est donc pas difficile de combler les lacunes de mon carnet.
Ceci dit, je continue la description de nos deux visiteurs. L'autre a des vêtements de fabrication européenne, à notre grand étonnement, notamment un anourak' de cotonnade bleue; comme son camarade il porte un pantalon en peau de phoque et des kamikkes. Une partie de ses jambes est également à l'air. Sa coiffure consiste en un large bonnet plat formé d'un cercle en bois sur lequel est cousu un morceau de cotonnade bleue et garni d'une visière en forme d'abal-jour. Sur le sommet de ce couvre-chef esl tracée une croix rouge et blanche. Un grand nombre d'Eskimos de la cote orientale portent des coiffures de ce genre quand ils vont en kayaks : sans doute pour se préserver des rayons du soleil, peut-être aussi les regardent-ils comme des ornements. Plus tard plusieurs indigènes me montrèrent de ces bonnets comme des objets auxquels ils attachaient un grand prix et qu'ils étaient très fiers de posséder.
Nos deux nouveaux amis sont de petits bonshommes d'apparence très jeune. Celui dont les cheveux sont ornés de verroterie a une physionomie agréable et de jolis traits. Sa peau esl presque brune; sa chevelure, rejetée en arrière par les colliers de perles, lui tombe sur le cou et dans le dos; son visage est ovale, ses traits régu-
1. Mocassins en peau de phoque employés par les Eskimos du Grônland. (Noir du traducteur.)
2. Jersey porté par les Eskimos du Grônland. [Note <lu traducteur.)
liers el doux. De prime abord, en le voyant, nous ne savons trop si c'esl un homme ou une femme. Il est leste et gracieux dans ses mouvements.
Une fois près de nous, les indigènes nous envoient un bon gros sourire, puis commencent à gesticuler et à babiller dans une langue dont nous ne comprenons naturellement pas un mol. Ils nous montrent le nord, le sud, la banquise, la terre, les canots, tout cela accompagné d'un bavardage inintelligible. Nous répondons à leur politesse en souriant.
Pendant ce temps les Lapons ne sont pas à leur aise; ils ont un peu peur des « sauvages » et se tiennent à l'écart.
Tirant alors quelques feuilles de papier sur lesquelles un ami avait écrit un vocabulaire eskimo contenant quelques phrases usuelles pour nous, j'adressai aux indigènes plusieurs demandes dans ce que je crus être d'excellent grônlandais. C'esl maintenant au tour des indigènes de ne rien comprendre. Je renouvelle ma tentative, je leur demande l'état des glaces plus au nord : même résultat, point de réponse. Après plusieurs autres essais tout aussi infructueux, j'ai recours à la pantomime; elle réussit mieux. J'apprends par ce moyen qu'un certain nombre d'indigènes habitent au nord du glacier de Puisorlok, et que pour doubler ce glacier il est nécessaire d'en suivre de près le front. En désignant le Puisortok, ils font force gestes et prennent une mine sérieuse; ils veulent sans cloute indiquer par là que le passage est dangereux et qu'il faut prendre des précautions. Les indigènes de la côte orientale ont de nombreuses légendes et croyances superstitieuses sur ce glacier. Nous essayons ensuite de leur faire comprendre par signes que nous ne venons pas du sud en longeant la cote, mais de la pleine mer; ils nous répondent par un long grognement sourd comme le beuglement d'une vache. Par ce cri ils veulent évidemment témoigner de leur étonnement. Ils se regardent ensuite l'un l'autre, puis nous lancent des regards d'un air de doute. Peut-être ne comprennent-ils pas le sens de notre pantomime, ou bien peutêtre nous prennent-ils pour des êtres surnaturels, ce qui n'est pas improbable après tout.
.Nos deux Eskimos examinent ensuite soigneusement notre équi-