‹ A travers le GrönlandChapitre 57 sur 100 · I. Européens · texte numérisé non relu

I. Européens

avaient pris la fuite avec toute leur famille au sommet des montagnes, arrivés dans un golfe, nous nous arrêtâmes pour regarder ces pauvres gens qui s'enfuyaient. Nansen leur cria alors : Nogut pileagagl ce qui signifie : « Nous sommes ami< », mais ils ne liment aucun compte de cette démonstration amicale. Ils nous faisaienl des signes comme pour nous dire de nous en aller. Survinrent deux hommes de derrière un monticule; ils s'approchèrent du rivage et commencèrent à crier: In! Io! comme l'avaient fait tous les indigènes que nous avions rencontrés jusqu'ici. La taille de l'un d'eux ne dépassait guère 1 mètre. Nous allâmes ensuite à terre. Ayant lu dans le livre du capitaine Holm que la viande de phoque sèche était très bonne, nous en demandâmes aux indigènes. En échange, nous leur fîmes cadeau de plusieurs aiguilles; après cela nous continuâmes notre roule. »

Peu de temps après avoir quitté ce campement, nous vîmes arriver derrière nous plusieurs indigènes traînant à la remorque de leurs kayaks de gros morceaux de phoque qu'ils voulaient échanger contre des aiguilles. Nous dûmes poursuivre sans les attendre.

Quelque temps nous apercevons très loin derrière nous le petit nain en kayak, pagayant avec vigueur pour pouvoir nous rejoindre. Lui aussi veut avoir des aiguille--, mais en dépit de ses efforts le pauvre bonhomme ne peut nous rejoindre et doit abandonner la partie.

Plus loin nous rencontrons d'autres kayaks. Ces indigènes nous suivent et se montrent très communicalifs. Ils témoignent le plus vif étonnement de nous voir. Nos canots en bois sont pour eux un objet d'admiration.

Après nous avoir fait la conduite un bon bout de chemin, la nuit approchant, ils diminuent peu à peu leur vitesse et finalement s'arrêtent pour nous contempler encore une fois avant de retourner clie/ eux. Tout à coup j'aperçois un phoque sur un glaçon. Nous aurions vivement désiré le prendre pour avoir un peu de viande fraîche, mais non- préférâmes le laisser capturer par nos compagnons indigènes pour être témoins de la manière dont ils le prendraient. Sur notre signe tous les kayaks arrivent de Miile; nous leur montrons le glaçon, mais ils ne nous comprennent pas, ne pouvant

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apercevoir le phoque de leurs embarcations l ris liasses sur l'eau. Je n'en continue pas moins ma pantomime; tous regardent dans la direction indiquée, finalement ils voient le gibier. Aussitôt ils filent rapidement, pour s'approcher du glaçon. Le phoque lève la tête; tous s'arrêtent de suite; puis, dès qu'il s'allonge de nouveau, ils repartent. Deux kayaks ont pris l'avance sur les autres; ils sont maintenant tout près de l'animal; à chaque instant nous nous attendons à les voir lancer leurs harpons. Tout à coup le phoque plonge. Les chasseurs restent un instant immobiles, prêts à jeter leurs harpons s'il reparaît; mais la bête ne se montre plus. Les indigènes abandonnent alors la partie pour retourner chez eux, pendant que nous poursuivons noire route vers le nord.

Le soir nous campons sur un îlot (1)3° 20' de lai. N. et 40" de long. 0.) dans un golfe de la côte orientale de l'île où Graah passa l'hiver de 1829-1830.

Le lendemain la glace opposa de sérieuses difficultés à notre navigation; au nord la mer était heureusement plus libre. Maintenant dans ces parages nous rencontrons des embarras d'une autre nature. Jusque-là la carte levée par le commandant Holm et le lieutenant Th. -Y. Garde est très exacte, mais à partir de ce poinl nous rencontrons un grand nombre d'îles, de fjords el de récifs qui ne sont point indiqués sur ce document, ou du moins très inexactement. Finalement, impossible de nous reconnaître, et je prends la décision de ne plus me guider sur la carte. Jusqu'à noire retour je ne pus me rendre compte de la cause des erreurs de ce document; le commandant Holm m'apprit alors n'avoir pas eu le temps de relever lui-même cette portion de la carte el s'être servi pour remplir cette lacune des levés de Graah, qu'on avait tout lieu de supposer exacts puisque cet officier avait hiverné dans ces parages. Plus au nord les palmipèdes sont très abondants, nous réussissons à tuer un certain nombre de mouettes bourgmestres (Larus glaucus) et de guillemots (Uria grylle). Sur une montagne servant de place de poule à une nombreuse troupe de ces derniers oiseaux, nous essayâmes d'eu attraper déjeunes, mais sans grand succès. Nous en primes seulement deux, à noire vif désappointement, car les jeunes guillemots sont un mets de choix. Devant une montagne à oiseaux,

sur le revers septentrional du cap Mollke, nous vîmes un vol d'eiders, les premiers que nous eussions rencontrés jusqu'ici sur la côte du Grônland; de suite nous leur envoyâmes une décharge qui en abattit deux. Le soir nous aperçûmes également une troupe de ces oiseaux.

Ballo m'avait affirmé à plusieurs reprises que son camarade et lui n'étaient plus effrayés depuis qu'ils avaient reconnu le bon naturel des indigènes. On les avait étrangement trompés, disait-il, avant leur départ, en leur représentant les Eskimos comme des cannibales, et l'on pouvait en toute sécurité hivernerchez eux. Croyant que nous avions maintenant dépassé le- dernières localités habitées, et voyant que néanmoins nous continuions toujours à marcher au nord. Ballo et Iiavna étaient devenus très désagréables. A chaque instant c'étaient des plaintes sur le rude travail auquel nous étions tous soumis, sur la faible quantité de nourriture attribuée à chacun, etc., et puis, pourquoi allions-nous si loin vers le nord pour commencer l'escalade du grand glacier'.' J'expliquai à Balto qu'autour d'Cmivik l'escalade de l'inlandsis devait présenter moins de difficultés qu'ailleurs, comme du reste il avait pu le reconnaître pendant la dérive sur la banquise; il déclara alors n'avoir rien observé de pareil, et ses plainte- recommencèrent de plus belle. Fatigué de ces récriminalion-, je m'emportai, lui reprochai sa poltronnerie en termes très vifs, et linalemenl lui intimai péremptoirement l'ordre d'avoir simplement à obéir. Cela ne fut naturellement pas du goût de Ballo. et il se mit aussitôt à me raconter ses fatigues et ses peines. A Kristiania, ne lui avais-je pas promis du café tous les jours, et en outre autant de nourriture qu'il en voudrait? Or en trois semaines il n'avait eu qu'une seule fois du café, et tous le- jour- la ration était juste suffisante pour ne pas mourir de faim. Depuis qu'on avait atterri, jamais on n'avait fait un bon repas. Puis, on les traitait comme de- chien-, on les commandait par-ci par-là; du matin au soir, souvent même jusqu'au milieu de la nuit, ils devaient travailler comme des animaux; certainement qu'il donnerait plusieurs millier- de couronnes pour être resté tranquille chez lui en Laponie. Je représentai alors à Balto d'abord que je ne lui avais jamais promis du calé tous les jours, en second lieu que le temps manquait pour

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le préparer, el qu'enfin, à mon avis, ce n'était poinl une boisson aussi saineet forti Gante qu'il le pensait. D'autre pari, qu'arriverait-il si chaque jour on faisail bombance? Les vivres nous manqueraient alors au beau milieu du Grônland, el à ce moment il serait trop tard pour regretter de pareilles prodigalités; aujourd'hui nous devions donc partager fraternellement les provisions el les économiser. « Enfin, lui dis-je, dans une entreprise comme la nôtre il l'aul qu'il y ail un chef; qu'arriverait-i] si chacun agissait à sa guise? » MaisBalto ne voulait rien entendre, el plus que jamais il regrettah d'être parti avec (les « hommes aussi peu compatissants el aussi ducs pour le pauvre monde ». Avec les Lapons, de pareils démêlés son! fréquents. Habitués à ne jamais sentir aucune autorité, à faire ce que bon leur semble, à travailler quand cela leur plaît, ils se plaignent dès qu'ils sont soumis à une règle.

Lu dépit du bon caractère de Ballo, son esprit d'indépendance lui revenait de temps à autre par bouffées; mais avec le temps ces manifestations de mauvaise humeur disparurent peu à peu.

Au début du voyage il n'était pas eu effet souvent agréable de n'avoir qu'une modique ration après avoir peiné toute la journée. Nos estomacs, habitués à une nourriture abondante, se contentaient difficilement d'une alimentation réduite; peu à peu ils s'y accoutumèrent cependant. « Nous savions, disait Krisliansen, que notre ration était suffisante, et celle pensée nous soutenait. » Après le retour de l'expédition, ce brave garçon répondit à quelqu'un qui lui demandait s'il avait toujours eu suffisamment à manger pendant le voyage: «Ma foi non, jamais je n'ai été rassasié. — Alors cela ne devait pas être très agréable, répliqua son interlocuteur. — Oui, au début, répondit Krisliansen, quand nous n'étions pas encore habitués à ce genre d'existence : mais lorsque Nansen nous eut prouvé que les rations étaient suffisantes, cela nous soutint. »

La côte devient moins escarpée, el les montagnes présentent des formes plus arrondies. Nous avons enfin atteint une région où nous pourrions attaquer le glacier; si la glace nous empêchait d'avancer plus loin vers le nord, il nous sérail possible de prendre pied ici sur l'inlandsis. La mer est libre et noire marche rapide. Comme la veille, nous avons ce soir-là le spectacle d'une magnifique aurore

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boréale. Les Eskimos expliquent ce beau phénomène par une fort jolie légende. Ils racontent ijuc ce sont les âmes des enfants morts

qui jouent là-haut à la balle.

Nous campons sur la côte ouest de File Rekartsarsuak. Tout à coup, après avoir dressé la tente, nous entendons dans la direction

du sud un formidable roulement de tonnerre: en même temps la terre semble tressaillir. En imite hâte non- escaladons le monticule le plus voisin pour voir ce qui arrive, mais nous ne découvrons rien. Le bruit dura environ dix minutes. On eût dit qu'une montagne s'était écroulée dans la mer; la surface du fjord fut soulevée par des vagues énormes qui balayèrent les rives jusqu'à une grande hauteur. Un isberg avait probablement basculé à une certaine distance au sud, peut-être aussi un éboulement s'était-il produit. Sur plusieurs points de la côte nous vîmes des traces d'avalanches considérables de pierres.

Le N août, la mer est libre et le temps magnifique. Nous essayons de passer entre les îles Igdloluarsuk et le continent, puis d'atteindre l'entrée du Kangerdlugsuak (fjord de Bernsloff) ; à l'embouchure île celle baie nous nous heurtons à une banquise impénétrable. Nous gravissons alors la pointe extrême de File Sagliarusek pour reconuailro la situation. H n'y a plus aucun doute à conserver : le passage esl absolument fermé. Nous devons revenir en arrière el naviguer au large de File. Sur la côte sud de celle terre, au fond d'une anse, -e trouvent plusieurs pierres dressées au milieu d'une des plus belles pelouses que nous ayons vues jusqu'ici au Grônland. Ce joli petit coin est égayé par la présence d'un lac où s'ébattent des poissons, dont il nous fut. à notre grand regret, impossible de déterminer l'espèce. Il v a en outre, sur ce point, des ruines d'habitations indigènes, une notamment de grandes dimensions, devant laquelle sont éparpillés des débris de squelettes humains. Au milieu de ce- ossements je découvre un fort beau crâne, que j'emporte. Suivant toute vraisemblance, là également la lamine a décimé la population. St'-ilu ils par l'aspect de celle verdure, nous faisons halte dans ce lieu de délices, y dînons et paressons ensuite quelque temps dans l'herbe sou-- les doux rayons du soleil. Les Eskimos avaient agi en gens fort intelligents en choisissant cette localité pour s'y établir;

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devanl s'élendaient un mouillage parfaitement abrité el nue belle grève où il étail facile de tirer au sec les oumiaks. La destination dos cinq pierres levées fut entre nous le sujet de longues discussions; d'après le commandant Holm, elles devaient servir à amarrer les canots en peau pour les empêcher d'être enlevés par le vent. Sur ces îles les vestiges de constructions étaient 1res nombreux; sur plusieurs caps on voyait des cairns et des pièges à renards en mines. Au delà d'Igdloluarsuk, à l'entrée du fjord, une masse d'isbergs

l\l PELOUS1 SUR LA CÔTE ORIENTALE 1)1 GROXLAND. (d'aPRÈS L'NE PHOTOGRAPHIE.]

gigantesques nous arrête el nous oblige à faire un nouveau détour du côté île la pleine mer.

Pour découvrir le meilleur passage au milieu de ces montagnes de glace flottantes, je gravis rime d'elles. Vus d'en bas, ces isbergs semblent de dimensions colossales, ils paraissent beaucoup plus énormes encore lorsqu'on les voit de leur poinl culminant. Celui que j'escaladai présente un sommet presque uni. In quart d'heure est nécessaire pour le traverser dans sa partie la plus étroite, raconte Dietrichson dans son journal de roule. Le point culminant s'élevait à environ 70 mètres au-dessus de la surface de la mer. La partie immergée ayant six ou sept fois la hauteur de la partie émergée, on

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peul donc évaluer à environ 400 mètres l'épaisseur de celle masse de glace Qottante. Ajoutez que ces glaçons ont une largeur d'un millier de mètres et vous pourrez vous rendre compte des dimensions de ces montagnes de glace. Le long de la côle orientale il s'en trouve des centaines et même des milliers; rien qu'à l'entrée du Bernstoffsfjord on eh apercevait un très grand nombre. \us du sommet de l'isberg que nous avions gravi, tous ces glaçons semblaient une haute chaîne alpine émergeant au milieu de la mer.

Les isbergs présentent deux formes différentes; il semblerait par suite qu'ils proviennent de deux sources différentes. Quelques-uns ont, comme les glaciers alpins qui se terminent au niveau delà mer, une surface inégale et crevassée, des formes irrégulières et une belle couleur bleue; a ces caractères on les reconnaît de très loin. Evidemment ils proviennent des glaciers alpins. A côté de ceux-là on en voit d'autres beaucoup plus réguliers, comme celui que nous avons escaladé ; ce sont des parallélépipèdes de dimensions colossales, dont la glace est plus blanche que celle des montagnes de glace flottantes dont nous venons de parler. Rarement il s'en éboule des fragments, et l'on peut passer près d'eux en canot sans courir de trop grands dangers. A voir leur surface unie, ils ne semblent pas originaires des glaciers de la côte, et pourtant les isbergs présentant cette forme sont les plus nombreux; on en rencontre bien cinq de ce type contre un provenant des glaciers. Comment se forment donc ces montagnes de glace flottante? Très certainement il n'existe pas, dans la région, de glaciers dont la surface soit aussi unie et aussi dépourvue de crevasses que celle de ces glaçons, et d'autre part on en rencontre dans les fjords, devant des glaciers très accidentés : ils sont donc évidemment originaires de ces glaciers. Voici l'explication que je crois pouvoir proposer : les isbergs de la première catégorie sont des tranches détachées des glaciers, des fragments de surface naturelle de ces courants de glaces; les autres ont, au contraire, au moment du vêlage ou ultérieurement, subi un retournement, et leur large sommet campaniforme est formé soit par la l'ace inférieure du glacier, soit par un des plans de cassure, généralement unis et sans crevasse.

Par derrière ce rempart d'isbergs la mer était libre à une très

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grande distance vers le nord. Non sans courir de grands dangers nous réussissons à passer an milieu de ces montagnes de places flottantes. A jdnsienrs reprises, an moment où nous sommes engagés dans ce labyrinthe de glaçons, d'énormes fragments s'en détachent cl plusieurs basculent sur eux-mêmes en soulevant de hautes vagues. Ce passage fut particulièrement émouvant : de tous côtés la route nous était fermée, et pour sortir de cette impasse, nous tînmes

LE GLACIER ET LE FJORD DE JAKOBS1L1VX. (d'aPKÈS DUE PHOTOGRAPHIE DE M. CHAULES RABOT.)

nous engager sons un tunnel creusé de part en part dans un isberg.

Le soir, nous campons au delà du cap Môsting sur un îlot situé par 65° 44' de lat. N. et 40° 52' de long. 0. La place faisant défaut pour dresser la tente, nous dormîmes en plein air dans les sacs. Devant nous, sur le continent, se trouvait une falaise couverte de milliers de mouettes; toute la nuit les oiseaux firent un tel vacarme que nuire sommeil en fut troublé.

Pour les punir nous en tuâmes le lendemain un certain nombre,

afin de compléter notre approvisionnement. La chair des jeunes Larua glaucus est particulièrement délicate.

Nous étions enfin arrivés dans une région où presque partout l'escalade de l'inlandsis était facile. Un grand nombre de nunataks jaillissaient au-dessus du glacier. D'après les observations de la plupart des explorateurs, l'inlandsis serait particulièrement crevassée et accidentée dans le voisinage de ces pointemenls rocheux. A mon avis, cela n'arrive que dans les régions où le glacier est animé d'un mouvement d'écoulement rapide; dans ce cas, la glace se soulève contre les rochers qui lui barrent le passage. Dans les autres localités les nunataks rendent au contraire la surface du glacier unie; ils retardent son mouvement et par suite empêchent la formation des crevasses.

La mer paraissait libre jusqu'à Umivik d'où la distance à Kristianshaab est moindre, nous n'avions donc aucune raison pour commencer ici l'escalade.

A mesure que nous avançons vers le nord, la glace diminue, mais de tous côtés, des glaciers comme des isbergs, s'éboulent de gros glaçons.

Dans la soirée un accident faillit nous arriver. Nous étions au milieu d'isbergs, occupés à nous frayer un passage entre deux ûaques de glace, lorsqu'un craquement formidable se fait entendre. Un gros bloc se détache d'un des isbergs, tombe sur le glaçon situé à bâbord, le brise, et par sa chute nous ouvre un passage. Quelques minutes de plus et le bloc s'abattait non pas sur le glaçon, mais dans notre canot; c'était la troisième fois que semblable accident faillit nous arriver.

Nous ilinons sur la petite île de Kekerlarsualsiak, située à l'entrée du Kiuinpensfjord; puis j'en gravis le sommet très élevé pour reconnaître la route vers le nord. I.a mer paraît complètement libre de glaces de mer à perle de vue dans la direction d'I'mivik. En revanche elle est parsemée d'un grand nombre d'isbergs et déglaçons détachés des glaciers notamment à l'entrée du fjord de Gyldenlôve et devant les Kolberger Heide. Les hautes montagnes d'Umivik, notamment le Kialak, reconnaissable à sa forme conique et qui marque le terme de notre navigation, ne paraissent plus maintenant très éloi-

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gnées. D'après la carte, nous en sommes encore distants de 28 milles ; mais je n'en dis rien à nos compagnons. Pensant que nous arriverions le soir même au pied du Kiatak, ils ramaient plus, vigoureusement que d'habitude.

Dans la soirée très tard nous arrivons au cap Kangerajuk, où, entre tle grands glaciers, s'élève un petit espace rocheux (64°4' de lat. N., 40° 5 V long. 0.). Nous halmis à terre les canots, mais impossible de trouver un emplacement pour dresser la tente. Les sacs de couchage sont étendus par terre en deux endroits où le sol

VUE PRISE VK KOTRE BIVOUAC DE KASGERAJDK II ANS LA DIRECTION Ut' M RU (d'aPRÈS UAL1 PUOTOGRAPUIE.)

est relativement plat, et nous nous endormons. La nuit la rosée est abondante, et à chaque instant se détachent des glaciers et des isbergs voisins d'énormes blocs avec, un bruit de canonnade. Pareil vacarme n'entretient pas précisément le sommeil.

Le lendemain (10 août) je suis réveillé de bon malin par un renard. Le soleil est étincelanl, aussitôt je sors de mon sac pour prendre une photographie du paysage. Dans le fond apparaît un des puissants glaciers des Ko] berger Ileide ; au premier plan on voit mes camarades endormis. Dans le lointain se dresse le cône du Kiatak, au pied duquel se terminera notre ('lape d'aujourd hui.

A TRAVERS LE GRiiNLAMi.

Peu ou poinl de glaces. Jamais nous n'avons rencontré la mer aussi libre el noiis avançons rapidement vers le terme du voyage. Vers midi une faible luise se lève du sud, immédiatement nous hissons les voiles: non- axons loul le temps île manger à noire aise pendant que nous avançons sans fatigue. Voilà deux jours que nous fanions dans la direction du Kiatak el il non- paraîl toujours aussi éloigné. Enfin nous non- en approchons, mais en même temps arrive la grosse brume de mer. Avant qu'elle ait masqué toute vue, nous avons eu le temps de choisir le point où nous débarquerons et d'en relever la direction à la boussole.

NAVIGATION AD IIILIEO HES ISBERGS, 9 AODT. (DESîIN d'à. DI.OCII, D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHE INSTANTANÉE.

L\ MONTAGNE KIATAK, VUE PBtSE DE NOTRE DERNIER CAMPEMENT SUR LA COTE ORIENTALE DANS LA DIRECTION DE L'EST. Il AOUT. (d'aPRÈS D-NE PHOTOGRAPHIE.)

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