‹ A travers le GrönlandChapitre 59 sur 100 · DESSIN D E. NIELSEN, D APRES EN CROQFIS DE L AUTEUR · texte numérisé non relu

DESSIN D E. NIELSEN, D APRES EN CROQFIS DE L AUTEUR

pourrons trouver facilement notre roule. La neige est toujours molle, et, pour faciliter la marche, nous chaussons les raquettes norvégiennes; grâce à ces patins nous enfonçons moins.

La descente s'opère dans la direction du sud. Bientôt l'obscurité nous surprend et il devient malaisé de distinguer les crevasses. Ici, elles sont rares, mais plus Las très nombreuses. Pour les éviter, nous suivons une arête entre deux dépressions. Pendant quelque temps nous avançons rapidement sur cette crête ; la neige devient plus ferme, et Sverdrup enlève ses raquettes. Les rochers où nous espérons trouver de l'eau et nous reposer ne sont plus loin maintenant. Avec quelle envie nous les regar-

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dons! Encore un effort et nous y arriverons bientôt, pensonsnous. Mais les apparences sont souvent trompeuses, surtout sur l'inlandsis : nous reconnaissons que de longtemps encore nous ne pourrons arriver à celle terre promise. Partout devant nous, des crevasses, les plus larges que nous ayons rencontrées jusqu'ici.

Au début, aucune difficulté; avec les raquettes je puis sauter par-dessus ces gouffres et me basarder sur des ponts de neige fraoiles. Ceux qui sont trop minces pour supporter notre poids, nous les passons en rampant. Plus loin voici des crevasses énormes, et au-dessus aucun pont. Nous les contournons, ce qui allonge encore notre chemin. Finalement nous arrivons devant un véritable gouffre; pour en atteindre l'extrémité et le traverser, un très long détour est encore nécessaire. Le rocher vers lequel nous nous dirigeons disparaît peu à peu dans l'obscurité, et la crevasse est toujours aussi large. Enfin nous arrivons à son extrémité. Désormais nous ne contournerons plus les crevasses vers le nord.

Nous avançons maintenant rapidement, notre rocher devient plus distinct. Tout à coup, que voyons-nous devant nous? une flaque noire, une crevasse, sans doute? non, c'est une petite nappe d'eau. Quelle joie, lorsqu'on a souffert delà soif depuis de longues heures! Nous prenons nos gobelets et nous avalons de longues gorgées de celte eau froide. Toute la journée nous n'avons eu d'autre ressource pour nous rafraîchir que de manger de la neige. C'est à mon avis une des plus grandes jouissances que de boire de bonne eau fraîche lorsqu'on souffre de la soif. Nous remplissons nos bouteilles de poche, puis atteignons bientôt notre rocher, où nous prenons un nouveau repas.

Maintenant la pluie commence à tomber. La situation n'est pas précisément agréable; à quelques pas devant nous, impossible de rien distinguer, et nous sommes encore loin du campement. Allons, du courage et en route! Nous nous dirigeons au sud le long du rocher. La surface du glacier est ici unie comme dans les localités où il est immobile et soudé par la gelée au sous-sol et aux parois encaissantes. Bientôt la pente devient très rapide, tout juste nous pouvons conserver notre équilibre. La situation est d'autant plus

critique que de larges crevasses s'ouvrent devant nous; où nous serions fatalement engloutis au moindre faux pas.

Les rochers situés au-dessus dé nous, très escarpés, déliant toute escalade, force nous est de continuer à descendre la pente sur laquelle nous sommes engagés. Nous arrivons enfin à une saillie de la montagne, mais au-dessous de ce pointemenl rocheux s'ouvre un rimaye' large d'au moins "20 mètres et plus loin on distingue dans l'obscurité d'autres crevasses. Impossible de reconnaître leurs véritables dimensions, elles sont toutefois assez grandes pour nous barrer le passage. La seule route ouverte pour atteindre la montagne est de suivre une vallée située à l'ouest de la rimaye, de traverser le pointemenl rocheux et de rechercher un passage de l'autre côté. Avec quel plaisir nous marchons sur le rocher après celle longue excursion sur la neige molle! La pluie tombe à seaux, néanmoins nous nous asseyons sur des pierres pour attendre le jour et continuer ensuite notre marche. Enfin l'aube se fait et nous pouvons reconnaître le terrain. En dessous, le glacier est beaucoup plus praticable que nous ne le pensions. Nous choisissons la direction à suivre, et maintenant en route. Dans sa partie voisine de la mer, le glacier est moins tourmenté que plus haut, il est cependant encore très accidenté, hérissé de monticules et d'arêtes de glace entre lesquels s'ouvrent des crevasses. Mais elles ne sont ni aussi larges ni aussi profondes que plus haut, et elles ne se rencontrent que sur certains points; cela provient de ce que les ouvertures du glacier se remplissent d'eau qui gèle ensuite. Après plusieurs heures de marche, vers cinq heures du malin, nous apercevons le campement. Comme nous le pensions bien, tous nos camarades dormaient profondément. En arrivant, tout de suite nous faisons un nouveau repas; après une promenade de 40 à 50 kilomètres sur le glacier nous l'avons bien gagné. Ensuite nous nous endormons à notre tour, satisfaits du résultat de notre reconnaissance sur cette inlandsis si mal famée.

Avant de nous mettre en roule pour la côte occidentale, nous avions beaucoup de choses à faire. Il fallait astiquer les patins

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