I A COTE OCCIDENTALE EN VUE
alerte. Dans la soirée nous rencontrons des déclivités très marquées. le vent prend de nouveau de la force, en chassant d'épais tourbillons de neige, et nous poursuivons à grande vitesse.
L'obscurité commence déjà à se faire lorsque soudain j'aperçois devant moi une tache noire sur la neige. Tout d'abord je n'y fais pas attention, croyànl trouver une simple dépression comme nous en avons déjà rencontré; à quelques pas, fort heureusement, je reconnais mon erreur, et n'ai que le temps de l'aire virer le traîneau : nous étions arrivés sur la marge d'une large crevasse; linéiques secondes de plus el nous disparaissions dans le gouffre, sans doute
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A LA VOILE ,\V CLAIB DE LA LONE, LE 10 SEPTEMBRE. (OESSIS DA. BLOC1I, d'aI'RÈS DN ULSSIN DE M. KAXSEN.j
pour toujours. De toutes nos forces, Sverdrup et moi crions aux camarades qui nous suivent d'abattre la toile de leur traîneau el de s'arrêter. Balto raconte cel incident en ces termes : « Le soir, vers sept heures et demie, nous marchions à la voile, lorsque tout à coup Nansen, qui étail en tête du premier traîneau, fait un bond de côté et nous crie : « Amenez la voile, il y a des crevasses ! •• Nous marchions alors à toute vitesse el nous eûmes les plus grandes peines à nous arrêter; pour enrayer il fallut noue jeter Ions de côté. Nous arrivions sur le bord d'une immense crevasse profonde de plus de 100 mètres.
« C'est la première crevasse que nous rencontrons sur le versant
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occidental, écrivais-je dans mon journal, et probablement ce n'est
pas la seule dans ces parages : nous devons donc être maintenant sur nos gardes. Nous n'avons plus envie de marcher ce soir à la voile, mais il est encore trop tôt pour camper, et d'autre part, puisque mois avons bon vent, il faut en profiter. Les voiles sont diminuée- sur les deux traîneaux, puis je pars seul en éclaireur, laissant à Sverdrup le soin de diriger notre véhicule en lui recommandant de marcher à une certaine distance en arrière de moi. »
Le vent nous pousse rapidement en avant. Sans remuer les jambes, je glisse sur de grandes distances, poussé par la brise. Dans les régions mamelonnées, j'avance lentement en sondant le terrain avec le bâton, pour m'assurer que la neige fraîche ne masque pas quelque crevasse. Dès que j'ai reconnu l'existence de fentes, je fais -igné aux autres de s'écarter, et cherche une route plus sûre. Malgré ces précaution-, Sverdrup et Kristiansen faillirent être engloutis; immédiatement après le passage de leur traîneau, la glace s'effondra dans une crevasse dont nous n'avions pu reconnaître l'existence, en dépit de notre attention.
Entre temps le vent devient plus violent, et à plusieurs reprises il est nécessaire de diminuer la voilure. Lorsque la faim commence à -i' faire sentir je donne à chaque homme deux biscuits à la viande et tout en mangeant nous poursuivons notre roule.
L'obscurité arrive bientôt; heureusement la lune se lève brillante; malgré les flocons de neige qui tourbillonnent dan- l'air, -a clarté est assez vive pour nous permettre de nous guider au milieu des crevasses. 1 n curieux spectacle que de voir derrière moi les deux masses nuire- des traîneaux glisser sur la plaine blanche, sous les rayons d'argent de celte belle lune!
Le glacier devient de plus en plus difficile; en avant apparaissent de nombreuses et larges crevasses. Elles sent remplies de neige; et leur traversée n'offre aucune difficulté.
Çà et là existent des trous béants, étroits heureusement, et que le- traîneaux passent -au- incident. Après cela je traverse une grande crevasse, puis j'en distingue une seconde de dimensions colossales. J'arrête mon élan, et m'avance avec précaution sur la glace vive eu cet endroit. Le gouffre est immense. Au delà appa-