‹ A travers le GrönlandChapitre 81 sur 100 · LA COTE OCCIDENTALE EN VI E · texte numérisé non relu

LA COTE OCCIDENTALE EN VI E

ailleurs, surtout dans les dépressions, elle est agglomérée en masses plus ou moins épaisses.

Après être arrivés au sommel d'un haut monticule, Sverdrup et moi dévalons rapidement sur les ski; avec une pareille pente la manœuvre des traîneaux est difficile, d'autant plus que de larges crevasses s'ouvrent des deux côtés. Par mesure de prudence nous

KRISTIANSEN ASSUJETTISSANT I.A TENTE.

quittons les patins, et, nous accrochant, aux deux côtés du traîneau, réussissons a le faire passer entre les gouffres béants. Sur cette déclivité les Lapons descendent avec une vitesse vertigineuse.

Un peu plus loin nous rencontrons une nappe de glace glissante, sur laquelle la marche est particulièrement pénible. Elle recouvre probablement quelque grand lac. Au delà le glacier est de nouveau très accidenté; à plusieurs reprises nous perçons des ponts de neige.

.-,10 \ TRAVERS LE GRONLAND.

Dans ces conditions il e-l préférable de reprendre les ski : la longueur de ces patins diminue les risques de glisser dans quelque méchant trou. Tout à coup, en longeant une crevasse, la corniche sur laquelle avance notre traîneau s'éboule, nous n'avons que le temps de sauter en arrière pour ae pas rouler dans le précipice. Une autre fois, pareil accident faillit arriver à Balto et à Ravna. En cherchant un chemin plus court que celui suivi par nous, les deux lapons arrivent sur une très large crevasse couverte : la couche de neige cède, le traîneau culbute, et ce n'est qu'au prix des plus grands efforts qu'ils parviennent à se tirer d'embarras. Naturellement j'étais furieux contre eux : pourquoi ne suivaient-ils pas noire piste? n'était-ce pas assez que ceux qui marchaient en tète fussent exposés ? Kristiansen manqua également de perdre son traîneau dans de pareilles circonstances.

Dans l'après-midi . grêle el tempête du sud-sud-est. Les grêlons nous fouettent la ligure; en même temps, les traîneaux, pris de flanc par le vent, dérivent sous la poussée de la brise. Le halage devient très pénible. Sverdrup et moi éprouvons surtout de grosses difficultés à faire avancer notre traîneau, qui offre une large prise au vent.

Dans la soirée, nous campons sur une petite plaque de neige fraîche.

En partant le matin, nous pensions arriver dans la soirée très près de la terre ferme, peut-être même l'atteindre. Notre espoir est déçu, il semble que nous en soyons toujours aussi éloignés.

Le lendemain, neige toute la journée. Impossible de voir la terre et même de reconnaître la bonne direction. Nous marchons à l'aveugle sur la glace.

Vers midi, halte pour déterminer la latitude. Le soleil luit de temps en temps à travers les flocons, il faut profiter de l'occasion pour savoir où nous sommes. La veille nous n'avons pu prendre aucune observation : le soleil était déjà passé au méridien lorsque nous nous étions mis au travail. Aujourd'hui nous nous trouvons par 64° 14' de latitude nord. Nous sommes un peu plus nord que je ne l'aurais désiré. A partir du moment où la terre a été vue, non- avons trop incliné dans cette direction: maintenant faudra-t-il

LA COTE OCCIDENTALE EN VUE. ."Il

peiner plusieurs jours pour réparer cette erreur? Eussions-nous poursuivi dans la direction première, nous aurions probablement pu avancer à la voile jusqu'à la terre Ferme. Maintenant nous faisons roule au sud.

Avec la neige épaisse qui bouche la vue, impossible de savoir où nous sommes. Il est inutile de continuer la marche dans ces conditions.

Nous décidons alors de nous arrêter. Dietrichson et les deux Lapons installent le campement, pendanl que Sverdrup, Kristiansen et moi allons à la découverte au milieu du dédale des crevasses, liallo, qui est maintenant cuisinier en second, doit préparer de la soupe de légumes et en même temps faire chauffer de l'eau. Ce soir nous aurons un grog au citron. Tout doit être prêt pour le moment où nous reviendrons.

Nous nous attachons tous les trois à une corde et parlons. Le glacier est très accidenté; partout, ce ne sont que des arêtes tranchantes séparées par des crevasses, la plupart peu profondes.

A peu de dislance du campement, voici une petite tache foncée entre deux monticules de glace. On dirait de l'eau, mais cela pourrail bien être aussi de la glace. Tout d'abord je ne dis rien aux autres, de crainte de leur causer ensuite une désillusion. Arrivé là, je tàte de suite avec mon bâton. <■ ("est de l'eau, mes amis. » Et nous voilà tous accroupis, buvant à pleines gorgées. Quel plaisir de boire de l'eau à discrétion, après en avoir été, pour ainsi dire, privés pendant un mois! Nous en absorbons tout d'une traite je ne sais combien de litres. Peu de temps après nous être remis en marche, nous entendons des cris et apercevons bientôt le pelit Ravna accourant derrière nous à toute vitesse. De suite nous nous arrêtons. Quelque accident serait-il arrivé? Non, heureusement; le bonhomme vient simplement chercher les mèches de la lampe à alcool que je porte toujours dans ma poche de pantalon et que j'ai oublié de remettre à balto avant de partir. J'élais très anxieux de savoir si Ravna avait vu l'eau que nous avions découverte; il se plaignail toujours de la soif, et je craignais qu'il n'en bût trop maintenant. Oui, il l'avait bien aperçue avec ses yeux de lynx, mais il n'avait pas voulu s'arrêter, de crainte de ne pas nous rattraper. En rêve-

riant, par exemple, il ne manquera pas d'avaler une banne lampée.

Au delà, nous rencontrons le glacier le plus difûcile que nous

ayons trouvé jusqu'ici. Il n'esl cependant pas absolument impossible

de passer par là: des crêtes de glaces tranchantes s'élèvent de tous côtés : entre elles s'ouvrent de larges et profondes crevasses: en certains endroits s'étendent de petites nappes d'eau recouvertes d'une mince couche déglace qui s'effondre sous nos pas.

L'obscurité arrive au moment où nous Imitons en retraite. Le retour est très pénible: aussi, avec quelle joie apercevons-nous la tente! Avant de l'atteindre, non- ne pouvons nous empêcher d'avaler encore une bonne quantité d'eau. C'est si bon de pouvoir entin boire à sa soif!

De retour à la tente, il non- arrive une bonne odeur de soupe chaude. Baltoest tout Ger d'avoir exécuté ponctuellement mes ordres; le repas est prêt, à table! Avec quel appétit nous mangeons, je vous laisse à penser; Ravna affirme n'avoir jamais mangé jusqu'ici à sa faim, n'ayant pu boire suffisamment d'eau. Aussi a-t-il économisé sur si"~ rations, et, à notre barbe, le voilà qui avale quatre ou cinq lii^cuits à la viande qu'il a en réserve. Après le souper, grog au citron, qu'on déguste au chaud dans les sacs de couchage.

IIIEMIÈIŒ TENTATIVE DE MEURE A LA TOILE, LE 19 SEPTEMBRE. (DESSIN DA. BLOCII.

MUS DE L INLANDSIS DANS LA DIRECTION M KANG1 RSUXEKFJOIU), LE 2S SEPTEMDHE. DESSIN DE NANSEX.

Page 1