‹ A travers le Nord-Ouest canadien [microforme]Chapitre 1 sur 5 · A travers le Nord-Ouest canadien [microforme] · texte numérisé non relu

A travers le Nord-Ouest canadien [microforme]

Il y a huit ans à peine, le voyageur désireux de se rendre au Nord-Ouest Canadien avait le choix de deux routes.

Il pouvait, en passant par Toronto, capitale de la Province d'Ontario, aller s’'embarquer à Owen-Sound, sur la baie Géorgienne, à bord de l’un des superbes “clippers” de la com-

{ rte rennes the orme

MO ne en it à

à A TRAVERS LE NORD-OUEST CANADIEN

pagnie du “ Canadian Pacific Railway.” Après avoir traversé dans toute leur largeur les lacs Huron et Supérieur, il débarquaiït à Port Arthur, petite ville canadienne située sur la rive occidentale de ce dernier lac, où il retrouvait les trains du ‘ transcontinental.”

J1 pouvait, d'autre part, par les lignes de chemin de fer américaines, se diriger vers Saint- Paul, capitale de l'Etat du Minnesota, puis, de cette ville, se rendre à Winnipeg au centre de la province du Manitoba.

Mais le chemin des lacs était fermé pendant toute la saison d'hiver, de telle sorte que la route à travers les Etats-Unis restait seule praticable d’un bout de l’année à l’autre.

Les relations commerciales entre l’Est et l'Ouest du Dominion se trouvaient, ainsi, de fait, à la merci du bon vouloir américain !

Depuis 1885, les Canadiens sont maitres chez eux. Ils peuvent, librement, parcourir d’un bout à l’autre leur superbe pays sans passer par la douane yankee !

Le Parisien qui s’embarque pour Marseille se figure très aisément qu’il va accomplir un grand voyage. Il fait, parfois, son testament avant de partir et, en tout cas, s’entoure de précautions qui feraient sourire de ce côté de l'Atlantique.

La distance de Paris à Marseille n’est, pour-

tant, que de 800 kilomètres ! — Celle de Mont-

ES

réal à Vancouver, sur l'Océan Pacifique, par le nord des grands lacs, dépasse 6000 kilomètres ! Personne, au Canada, cependant, ne songe à s'étonner d'entreprendre un aussi long voyage. Il est vrai d'ajouter que le génie inventif des Américains a su perfectionner jusqu’à l’invraisemblable les moyens de locomotion, et six jours de chemin de fer se supportent plus aisément en Amérique que quelques’heures passées dans

nos boîtes capitonnées d'Europe.

1 L’inspection de l’un des trains qui, chaque #1 jour, s’élancent de Montréal pour traverser * dans toute sa largeur le ‘ Dominion of Canada ” est déjà une source de surprise et d’émerveillement pour le futur colon qui en prend pos-

session.

Chacun a lu la description de ces superbes “ sleeping cars ” qui sillonnent de toutes parts le continent américain. Dans ces compartiments de luxe, le voyageur, moyennant une somme relativement légère, peut vivre aussi confortablement que dans un hôtel de première classe. Il a à sa disposition un buffet bien garni, une bonne bibliothèque, un fumoir, voire même une salle de bain. Mais ce que l’on ignore assez généralement ce sont les soins tout particuliers dont on entoure les immigrants. En cela la compagnie du ‘“ Canadian Pacific Railway s a n'est surpassée par aucune autre compose à américaine. - |

bg ete dub Lt lt IE id Mic: Ve télsii db is RG RE tt ne qe em

À vrai dire, les wagons réservés par la compagnie aux immigrants sont de véritables ‘ sleeping cars ” dépouillés de tout leur appareil de luxe. Mêmes dimensions et distribution identique. De part et d'autre de l’allée centrale sont fixés des sièges mobiles qui, accouplés deux à deux, forment de bons lits sur lesquels,

vers le soir, s’endorment les futurs colons pour

rêver de la fortune, à la conquête de laquelle ils s'élancent. Aux deux extrémités de ces wagons et dans des compartiments parfaitement isolés, deux énormes poêles en fonte sont installés en permanence. L'un sert à chauffer le compartiment l’hiver, le second, toujours allumé, est mis gratuitement par la compagnie à la disposition des ménagères quiauraient quelques provisions à faire cuire. Un réduit spécial est également ménagé pour les fumeurs. Si l’on ajoute qu'à chacun de ces wagons sont attachés des employés spéciaux ainsi que des interprètes, tous chargés, chacun dans leur sphère, de veiller au bien-être des voyageurs, il sera facile de constater que tout est mis en œuvre afin que la première impression de l’immigrant en se mettant en route pour l'inconnu soit favorable.

Le jour de mon départ, la pluie tombe à torrents, le vent souffle par rafales. Je me console de ce contre-temps en songeant que

ai

dans quatre jours, je respirerai à pleins pou-

mons l'air vivifiant des grandes plaines de l’ouest.

Vers minuit, le temps s’est éclairci, nous approchons d'Ottawa, capitale fédérale du Dominion. La lune s’est levée. A la clarté de ses rayons, nous apercevons, perchée sur son cap qui domine la grandiose vallée de l'Outaouais, la ville endormie. La masse sombre du Parlement se détache en vigueur sur le fond d'un ciel tout constellé d'étoiles.

Nous stoppons quelques minutes et voilà que, de nouveau, nous courons à toute vapeur. Le chemin serpente sur la rive droite de l'Outaouais, remonté, pour la première fois, en 1615, par un missionnaire, le Père Le Caron.

Carleton, Almonte, Renfrew, Pembroke que nous passons dans le courant de La nuit sont, au dire de mon ‘guide book”, d'importants centres agricoles et industriels. Bâties sur les bords de l'Outaouais ou sur ses petits affluents de droite, ces jeunes villes qui n'étaient hier encore que d’humbles villages sont aujourd’hui en plein progrès.

La nature, d’ailleurs, paraît avoir tout combiné pour que cette vallée de l'Outaouais devienne une des régions les plus prospères de l’est canadien.

Cette prospérité sera la conséquence naturelle de sa position géographique. L'Outaouais est,

en effet, sur le point de devenir la grande artère

sh: ; liés] * sr - oiier ï À i Haba | 1 peer pr UE SIN TT ob de tp boot DÉS Rial no A ES dat : à Ï j

commerciale de cette partie du Dominion que l’on désigne sous le nom de “ Grand Nord” de la province de Québec.

Le ‘“ Grand Nord ” est un territoire immense de plus de cent mille milles carrés qui s'étend de la rivière Saguenay à l'est, à la rivière Outaouais à l’ouest et dont les limites, vers le nord, se confondent avec les solitudes boisées des rives de la baie d'Hudson.

C’est à la colonisation de ce pays qu’un Canadien illustre, aidé par des collaborateurs divoués a consacré vingt années de sa vie. (1)

(1) Le ‘ Grand Nord ? ! ces deux mots rappelleront aux Canadiens le nom d’un grand patr.ote Je veux parler du curé Labelle, de ce prêtre, véritable colon d'autrefois, à l’envergure d'esprit trop large peut-être pour notre génération ‘“ fin de siècle’? ; de cet apôtre à la stature colossale, mais au cœur si tendre, au patriotisme si vibrant —-Le vénérable pasteur de St-Jérôme est enseveli aujourd’hui au seuil de ce ‘‘ Grand Nord ” à la colonisation duquel il consacra sa vie. Il repose dans sa soutane violette de protonotaire apostolique. Pour nous, ses amis de la première comme de la dernière heure, nous ne saurons jamais nous le représenter autrement que revêtu de la soutane jaunie et rapiécée qui fut son armure de combat.

Homme, le curé Labelle a été l’incarnation de cette puissante race de pionniers canadiens d'autrefois dont il avait rêvé de faire revivre au milieu des jeunes générations les hautes vertus et l’esprit agricole,

Prêtre, il fut l’un des apôtres de sa nationalité, l’un de ses héros, j'allais presque dire son prophète. La politique, qui ternit parfois ce qu’elle touche, a voulu faire de lui une de ses victimes. Dans sa foi naïve, le curé s'était un instant laissé circonvenir. Dieu eut pitié de lui et l’arracha aux politiciens qu’effrayait peutêtre sa popularité et que gênait assurément le grand prestige que lui avait conquis en France son patriotisme sans ostentation.

De superbes rivières, celles du St-Maurice, de la Rouge, du Nord, de la Lièvre, de la Gatineau, de la Coulonge; des lacs, véritables mers intérieures, celui du St-Jean, du Nominingue, du Témiscamingue, contribuent à la fertilité du pays et servent de voies de communication là où les chemins de fer n’ont pas encore pénétré. Le sol est partout d’une fécordité merveilleuse, Largement ondulé, il est propre à tous les genres de culture. Le boïs s’y trouve en abondance, et les pâturages y rivalisent de fertilité avec ceux du Nord-Ouest.

Le sous-sol contient des minéraux d’une grande valeur et le climat, enfin, est moins sujet à ces brusques virements de température qui font, depuis quelques années, le désespoir des cultivateurs du Bas-Canada.

Entraînés par la chaude parole du curé Labelle et par l'exemple d'hommes taillés sur son modèle, les Canadiens, depuis quinze ans, marchent à la conquête du ‘“ Grand Nord”.

Ils remontent le cours des rivières, s’établissent sur les rives des lacs, fondent en pleine forêt des paroisses nouvelles et, de toute part, font surgir du sol la prospérité et le progrès. Ils concentrent, en un mot, tous leurs efforts à mettre le ‘“ royaume ” du curé Labelle en état de devenir, au jour marqué par la Providence, l’une des forteresses de la nat'onalité Canadienne-Française sur le continent américain

on ae one

Page 1