‹ A travers le Turkestan russe (volume 2)Chapitre 28 sur 104 · UN TCHA1-KHANE AUX ABORDS DU GOUR-I-MIR · texte numérisé non relu

UN TCHA1-KHANE AUX ABORDS DU GOUR-I-MIR

Généralement on pénètre dans le mausolée par la gauche en traversant une longue galerie voûtée, où se tiennent les moullah, gardiens et « ciceroni » du tombeau. Ils occupent aussi leurs loisirs à reproduire, pour les vendre, les textes sculptés sur la dalle funéraire de Tamerlan.

L'intérieur du mausolée est carré et mesure environ douze mètres de côté, le sommet de la coupole régnant à une vingtaine de mètres au-dessus du sol. Chacune des quatre faces comporte une large niche qui forme renfoncement.

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

Le bas des murs est garni de lambris de dallages hexagonaux en pierre dure, couronnés par des bordures à inscriptions très endommagées. A part quelques endroits intacts, on remarque surtout de nombreux raccords, bouchés au moyen de morceaux disparates.

La partie supérieure des murs n'a pas d'ornementation, mais la voûte de la coupole porte quelques traces de décoration et de dorures anciennes. Des ouvertures étroites, fermées de grillages en bois blanc, imitant les anciennes sculptures, laissent filtrer le peu de lumière qui éclaire le sanctuaire, dont l'aspect simple et sévère est encore augmenté par ce demi-jour favorable au recueillement.

Le mausolée contient neuf sarcophages. L'un, celui de Khodja-Imam Oumar — le moullah ou chapelain de Timour — est isolé dans un des renfoncements, en retrait de l'assise du dôme.

A droite, et dans l'axe central du sanctuaire, une petite coupole blanche et des hampes à oriflammes — emblèmes de foi militante, comme on en voit aux tombeaux des saints musulmans — accompagnent la sépulture de Mir-Saïd-Barakhat. Celle-ci occupe la place d'honneur parmi les huit sarcophages qui sont groupés dans l'enceinte rectangulaire d'une balustrade de marbre blanc à jour, et qui comprennent : ceux des deux fils de

Timour, de son petitfils Mirza-Ouloug-Beg , d'un de ses vizirs, de deux enfants de Mir- Saïd, ainsi que celui de Timour lui-même.

En réalité, les restes de tous ces personnages ne reposent pas directement sous les sarcophages du mausolée. Ils se trouvent dans une crypte moullah lisant au pied d'un arbre. à laquelle on descend

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par un escalier de neuf marches, très courtes et très hautes.

Cette crypte contient elle-même neuf dalles plates placées à peu près au-dessous des sarcophages du sanctuaire. La dalle funéraire de Timour est de marbre blanc et criblée d'inscriptions extrêmement fines.

Le sarcophage supérieur est fait, par contre, d'un bloc noir verdâtre, long et étroit , gravé aussi d'admirables inscriptions en caractères neskhi. D'apparence fruste et rude, ce bloc constitue une rareté géologique, car il n'est autre chose qu'une énorme néphrite, la plus volumineuse qui existe, et dont les dimensions sont un sujet d'étonnement et d'admiration pour les minéralogistes.

Placée auprès du sarcophage de ce conseiller et ami, aux pieds duquel voulut être enterré Tamerlan, cette pierre tombale laisse au visiteur une impression profonde de noble simplicité.

On ne conçoit nulle part plus vivement qu'ici la vanité des choses de ce monde, en contemplant ce petit espace réservé à la dépouille du plus grand conquérant des temps passés, la dépouille de celui qui réunit sous son sceptre l'Asie presque entière, et qui, après avoir envahi l'Europe, aurait peutêtre conquis tout l'Occident, si la mort ne l'avait touché (25).

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