‹ A travers le Turkestan russe (volume 2)Chapitre 33 sur 104 · LE PUPITRE DE MARBRE DE BIBY-KHAN1M · texte numérisé non relu

LE PUPITRE DE MARBRE DE BIBY-KHAN1M

tuaire, et l'effondrement de l'autre moitié, déjà très ébranlée, est à craindre, puisqu'il est trop tard maintenant pour sauver quoi que ce soit.

Le sanctuaire, dont les dimensions représentent un carré d'environ dix-sept mètres de côté, est barré ; aussi semblet-il plus sage de ne pas s'y aventurer.

L'ogive hardie de l'arche qui le précède, si légère malgré son énorme hauteur, est d'une majesté inexprimable. Un minaret octogone la flanque à chaque extrémité ; et à travers la large brèche du pan de mur, auquel elle s'appuie, apparaissent les superbes inscriptions en faïences émaillées qui, ici encore, comme au tombeau de Tamerlan, contournent la base du dôme au-dessous de la calotte béante de la coupole. Il faut renoncer à décrire en détail la fantaisie infinie des dessins et de la disposition des faïences qui ornent l'arche et le portail tout entier. La plume la plus éloquente serait impuissante à le faire.

A l'extérieur, les parois de droite du sanctuaire sont relativement bien conservées. On y retrouve ces mêmes bandes brillantes dont l'émail bleu se détache avec tant d'éclat sur les murailles rosées. Plus loin encore, un minaret isolé et des murailles d'enceinte indiquent les limites extrêmes du vaste emplacement assigné au médressé par son fondateur.

Certains auteurs prétendent que Biby-Khanim, en cela moins heureux que le Taj-Mahal d'Agra, ne fut jamais complètement achevé. Mais, rien que d'après les ruines du monument, on peut dire sans hésitation que l'œuvre maîtresse du règne de Tamerlan a été le joyau de l'Islam, dépassant

GRANDS MONUMENTS DE SAMARKAND

de beaucoup, par l'ampleur de ses contours et par la variété de son décor, les beautés si blanches, et pour cela assez froides, du célèbre mausolée de l'Inde musulmane.

Celui-ci a été restauré avec sollicitude et continue à être jalousement entretenu par les Anglais. Aussi faut-il déplorer qu'il ait été impossible, non seulement d'en faire autant pour Biby-Khanim, mais même de soustraire à l'anéantissement infaillible les glorieux débris de ce monument incomparable.

CHAH-ZINDÉ

Très différent des autres monuments de Samarkand, par l'irrégularité de ses détails et par l'escarpement de son site, Châh-Zindé ne représente pas une mosquée ou un mausolée, construit d'après un plan d'ensemble, mais toute une suite de sanctuaires édifiés par Tamerlan sur la pente d'une colline, où ils forment une nécropole princière, au bord d'un plateau sablonneux occupé par d'immenses cimetières.

Considérés de tout près et individuellement, ces sanctuaires sont de proportions assez restreintes ; mais, dans l'éloignement, ils prennent une importance bien supérieure à celle de leurs dimensions réelles, et leurs coupoles se profilent sur le fond bleuté des montagnes comme les silhouettes d'une autre ville surgissant à l'horizon.

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