‹ A travers le Turkestan russe (volume 2)Chapitre 92 sur 104 · GROUPE DE SARTES PENDANT LES FETES DU SALI-NAOU A KHODJENT · texte numérisé non relu

GROUPE DE SARTES PENDANT LES FETES DU SALI-NAOU A KHODJENT

être comparées à celles de Samarkand qui se célèbrent sur le grand plateau d'Afrâsiâb et qui, toujours accompagnées de courses à cheval, offrent une animation extraordinaire.

D'ailleurs, nul endroit au monde ne se prête mieux qu'Afrâsiâb au déploiement de grandes fêtes populaires. Site abandonné de la ville fabuleuse, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, et qui aurait occupé une vaste étendue de collines et de ravinements entre le Samarkand actuel et le lit du Zerafchan, Afrâsiâb ajoute à l'imprévu de sa configuration le mystère de la légende qui se rattache à son passé.

Un immense ravin, situé à peu près à deux kilomètres de la nécropole de Châh-Zindé, forme une large arène au pied d'une hauteur, plus élevée que

GRANDES FETES MUSULMANES

le reste des vallonnements d'alentour. C'est là, dit-on, que se trouvait la citadelle d'Afrâsiàb ; mais comment en chercher maintenant les vestiges, sous les agglomérations de terre et de sable qui se sont formées à travers les siècles ?

En organisant des fouilles sérieuses, il est certain que l'on découvrirait

ici des objets de la plus

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AFRASIAB.

grande valeur archéologique. Le fait est indubitable, puisque les indigènes, en se livrant à de simples recherches, au moment des grandes pluies qui labourent le sol, voient leur patience couronnée de succès. Ils trouvent les objets les plus divers : ustensiles de l'âge de pierre, débris antiques de poteries et de figurines de terre cuite, lampes et lacrymatoires d'origine grecque, monnaies de diverses époques, intailles sassanides et koufiques, fragments de poteries chrétiennes, de poteries musulmanes du moyen âge, etc. , autant de témoins des civilisations successives qui se sont succédé.

Cependant les fouilles, même les mieux entreprises, resteront toujours incomplètes, car une grande partie de l'emplacement d'Afrâsiàb est occupée aujourd'hui par les plus vastes cimetières musulmans de Samarkand, immenses champs de tombes dont les « tumuli » se dressent côte à côte, parsemés çà et là seulement de monuments isolés.

Ce grand ravin d'Afrâsiàb, avec son lac jaunâtre et ses collines de sable en amphithéâtre, est donc l'endroit par excellence pour les courses au bouc ou koup-karé, courses qui, avec les danses des batcha, sont les divertissements favoris des populations de ces régions.

UNE COURSE DE KOUP-KARE A AFRASIAB.

D'origine turke, les koup-karé sont pratiquées partout en Asie Centrale. Elles s'organisent dès qu'un groupe d'indigènes s'est entendu pour l'achat des boucs ou des chèvres qui en sont l'enjeu ; mais si, à Afrâsiâb par exemple, un étranger ou un Russe fait annoncer que tel ou tel jour il offrira un bouc pour une course, l'affluence sera plus considérable encore, et le donateur verra un spectacle extraordinaire.

Des Sartes à cheval, débarrassés de leurs turbans et de leurs khalat, revêtus d'habits déjà usés par des courses antérieures, puis d'autres Sartes venus par centaines en simples spectateurs, à cheval ou à pied, attendent le commencement de la « fantasia ». On égorge le bouc, on lui coupe la tête, et le cadavre encore tout chaud est jeté sur un point de l'arène.

Les champions se précipitent, et celui qui, le premier, a saisi la dépouille,

GRANDES FETES MUSULMANES

UNE COURSE DE KOUP-KARE A AFRASIAB.

s'enfuit au grand galop, après l'avoir placée sur sa selle, où il la maintient avec la jambe.

Tous les concurrents le poursuivent. Dès qu'ils l'atteignent, la lutte recommence et devient aussitôt une mêlée effroyable de chevaux harcelés et de cavaliers en furie qui, sans descendre de leurs montures, tâchent chacun de s'emparer de la proie. La course continue au hasard ou au gré du caprice de celui qui la mène. Les cavaliers remontent sur les hauteurs garnies de spectateurs, ou redescendent dans le creux du ravin; souvent même ils s'engagent dans les eaux peu profondes du lac.

Quelquefois la course dure fort longtemps, et elle prend fin seulement quand le bouc est devenu une masse informe. Il paraît cependant

que le vainqueur en estime la chair encore mangeable, car il l'emporte chez lui et l'offre en festin à ses amis et connaissances.

Si un étranger veut faire monter au paroxysme l'ardeur des combattants, il n'a qu'à promettre une piécette d'argent à celui qui rapportera la dépouille du bouc

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